‹ L'expédition de Chine de 1860; histoire diplomatique, notes et documents;Chapitre 123 sur 236 · LE HARO> GROS A M. TIIOLVENEL. MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES · texte numérisé non relu

LE HARO> GROS A M. TIIOLVENEL. MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

A bord du Du Chayla, devant Pe-t'ang, lo 7 août 1860.

Monsieur le Ministre,

Le gouvernement Chinois vient enTm de rompre le silence qu'il avait gardé jusqu'ici envers nous ; mais c'est par l'organe de M. Ward, le Ministre des Etats-Lnis, qu'il a fait proposer à Lord Eigin et à moi un projet d'arrangement pacifique (pii se termine cependant par un iillimalum menaçant, surtout pour les deux Ambassadeurs. M. \\ard ne m'a pas donné une copie de ce singulier document, il n'a fait que me lire la traduction anglaise qu'il en avait, et voici, si je ne me trompe, ce qu'il contient de plus remarquable.

Le gouvernement rappelle, à son point de vue, cela va sans dire, les négociations de T'ien-Tsin, pendant lesquelles l'Empereur, dans son inépuisable bonté, a concédé plusieurs privilèges importants aux nations étrangères. Il parle ensuite de l'échec que les Anglais ont essuvé devant Ta-Kou en vovdant, contrairement à la raison, détruire les fortifications d'une roule fermée, alors qu'on leur en indiquait une autre libre de tout obstacle.

I. Martin C. Morrison, alors consul d'Angleterre à Fou-tcheou ; •f novembre 1870.

LE BARON GIIOS A M. TIIOUVENEL a53

Enfin, arrivant aux t'véneinents du jour, il dit que l'Empereur a appris avec un profond étonnement que des soldats et des matelots français et anglais avaient, par ordre des deux Ambassadeurs récemment arrivés en Chine, débarqué à Pe-t'ang le i'*' août, chassé les habitants de la ville et occupé les forts des deux rives de la rivière ; mais que Sa Majesté voulant encore donner aux nations étrangères une preuve de sa clémence, consentait à ne pas considérer la guerre comme déclarée et demandait que les troupes alliées retournassent sur leurs navires en même temps que les troupes impériales s'éloigneraient dans l'intérieur du pays; et qu'alors les deux Ambassadeurs pourraient s'entendre avec de hauts dignitaires, et se rendre à Pe-king pour y procéder à rechange des ratifications des traités de T'icn-Tsin ; le Gouverncur général ajoute qu'en agissant ici, de grands malheurs seraient évités de part et d'autre et la paix assurée à jamais entre l'Empire et les deux nations alliées.

Le Gouverneur-général priait M. le Ministre des Etats-Lnis de vouloir bien communiquer ces propositions aux deux Ambassadeurs, et l'engageait surtout à bien leur faire comprendre que leurs troupes, assurément très habiles et très fortes sur mer, ne le seraient pas sur terre en présence des innombrables armées impériales, et qu'un second échec subi par elles aurait de plus graves consécjuences cjue le premier ; il devait aussi bien engager les deux Ambassadeurs à rélléchir sur leur position et leur conseiller de ne pas rendre leur retour dans leur patrie absolument impossible ! Si, dans un délai de trois jours, les propositions du Cabinet de Pe-King n'étaient pas acceptées, ou si M. Ward n'avait pas jugé à propos de les communicjuer au B°" Gros et à Lord Elgin, les troupes impériales campées non loin de Pé-t'ang agiraient conformément aux ordres quelles recevaient de l'Empereur.

Je n'ai pas bien compris si l'intention de M. Ward était de laisser cette communication sans réponse ou s'il voulait faire savoir au Gouvernement chinois cju'il ne lui est pas possible de présenter aux Ambassadeurs des propositions aussi inacceptables que celles dont 11 est question. M. ^\ ard m'a paru très affecté de l'aveuglement dans lequel se trouve encore le Cabinet de Pe- King, et il ne comprend pas que le haut dignitaire qui lui a écrit, et qu'il considère comme l'un des hommes les plus éclairés de l'Empire, ait pu accepter la mission dont il s'est chargé. Il désespère donc de pouvoir jouer ce rôle de médiateur qu'il lui est si fortement recommandé de prendre par son gouvernement et il retourne demain à Ghang-llaï en passant par Tche-fou.

a 54 pe-t'ang

En c[uittanl le Du Chayla, M. VVard s'est dirigé sur Pe-t'ang, où Lord Elij;in s'est établi à bord du Grnnada, petit navire airecté au service du général Hopc Grant. Le ministre américain m'a prié de communiquer à mou collègue d'Angleterre les ouvertures qu'il venait de me faire de la part du gouvernement du Pe Tche-li, mais dans le cas seulement où il ne rencontrerait pas Lord Elgin à Pe-t'ang.

La dépèche du Gouvernement chinois datée du ^ de ce mois, a été reçue le 5 par ^L Ward. Je dois la considérer comme non avenue, puisqu'elle ne m'a pas été adressée ofTîciellement et qu'elle est encore bien plus inacceptable par le lond que par la forme !

Les deux corps expéditionnaires sont débarqués et ce sont eux qui. dans deux ou trois jours, répondront à l'inconcevable dépêche du gouvernement du Pc Tchc-li.

Agréez, etc. B"" Gros.

p. s. — Au moment où j'allais fermer cette dépêche, M. l'amiral Charner m'envoie un document dont je puis joindre ici la traduction. J'attends donc, à tout instant, une communication de lord Elgin, car je crois que le gouvernement Chinois semble encore vouloir nous considérer comme étrangers au conflit actuel.

La malle partie d'Europe le lo juin dernier est arrivée hier, et ne m'a apporté que mes journaux et quelques lettres de famille.

Je puis encore ajouter quelques mots à cette dépèche. Lord Elgin est venu de Pe-t'ang pour conférer avec moi. La communication cjue lui a faite M. Ward n'est pas tout à fait semblable à celle que j'ai reçue de lui ; il ne lui a pas parlé du délai de trois jours. Lord Elgin croit en outre que c'est le gouverneur du Pe Tche-li cjui a pris sur lui de s'adresser ainsi à M. Ward. Il m'est impossible de comprendre que le Gouverneur ait agi sans en avoir reçu l'ordre de Pe-King.

La dépêche que Lord Elgin a reçue ce matin du Gouverneur Général n'a aucune importance, et ne change rien à sa position actuelle. L'ambassade d'Angleterre lui répondra que les affaires étant remises entre les mains des Commandants des forces alliées, il faut attendre que leur tâche soit accomplie. C'est vendredi lo de ce mois que les troupes se mettront en marche sur Ta-Kou.

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