I-E BAKO> GROS AU GOLVERNELR GEKERAL DU TCHE-Ll
A bord (lu Du Cliayla, devant le Pei-ho. Le 22 août 1860.
Le Soussigné a reçu, hier, la dépèche que S. Exe. le Gouverneur général du ïche-li lui a fait l'honneur de lui écrire pour lui dire que, par suite des derniers événements qui s'étaient passés sur les rives du Peï-ho, il lui semblait qu'il n'était plus nécessaire de continuer les hostilités, et que des Commissaires impériaux, munis de pleins pouvoirs, allaient arriver pour s'entendre avec le Soussigné, au sujet du traité de 1808 et de l'ultimatum de cette année.
Le Soussigné est heureux de recevoir une communication de cette nature. Elle lui fait espérer que de nouveaux malheurs seront évités, puisqu'aucun acte d'hostilité ne sera commis par les troupes chinoises contre les forces navales et militaires qui ont mission de ne s'arrêter qu'à T'icn-Tsin. où le Soussigné se rendra bientôt pour se réunir aux Commissaires impériaux, s'ils ont l'ordre d'ailhérer aux demandes formulées par la France et dont le refus a malheureusement contraint le gouvernement de
I. Pour traduction conforme du texte anglais de M. Parkes (sig.) B"" Gkos. — Voir supra, p. 263-A. Cf. la traduction de Lemaire.
LE BARON GROS A M. TIIOLVENEr, 277
l'Empereur des Français à employer les mesures coercitives qui sont en ce moment en voie d'exécution.
Le Soussigné saisit cette occasion...
(Sig.) Baron Gros.
LE BAROîS GROS A M. THOUVENEL, 24 AOUT 1 860.
La lettre du baron Gros au Ministre des Affaires étrangères rend compte de cette série de négociations :
A bord du Du Chayla, devant le Pcï-ho. Le a/| août 1860. Monsieur le Ministre,
Au moment où j'écris à Volre Excellence, les troupes alliées occupent tous les forts qui dél'endaient l'entrée du Peï-ho, nos canonnières remontent la rivière en la déblayant des nombreuses estacades qui en barrent le cours, lavant-garde de nos troupes se met en marcbe pour T'ien-ïsin. Nous y serons, lord Elgin et moi, dans quelques jours, dès que nos drapeaux y flotteront et nous y trouverons deux nouveaux Commissaires, nommés par l'Empereur pour s'entendre avec nous sur les traités de i858 et sur les clauses de l'ultimatum du mois de mars dernier. Le Gouverneur général du Pe Tche-li nous a déclaré, par écrit, comme il l'a fait aussi aux Commandants alliés que nos troupes ayant déployé une grande babileté dans l'art de combattre. Vannée chinoise s'avoaail vaincue ; c|ue dès lors, les hostilités devant cesser, il remettait entre les mains des chefs militaires et maritimes les forts de la rive droite qui n'avaient pas encore été attaqués ; et il abandonnerait au vainqueur les armes et les munitions qui les garnissaient ; il s'engageait aussi à faire connaître aux Alliés les mines et autres défenses secrètes, qui avaient été préparées dans la rivière et il finissait par demander que les habitants paisibles fussent respectés dans leur personne et leurs propriétés.
Voici maintenant et sans entrer dans des détails, que j'ignore encore, et qu'il appartient à l'amiral Charner et au général de Montauban de faire connaître au gouvernement de l'Empereur, ce qui s'est passé dans l'espace compris entre l'embouchure du Pe-T'ang Ho et celle du Peï-ho, depuis le i''' août, jour où les
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alliés ont ch'-barquc et pris possession de IV-T'ang sans éprouver la moindre résistance.
Le !i. un corps de cinq mille cavaliers tarlares, à peu près, s'est approché de la \ille. et une sortie, opérée le lendemain matin, les a forcés à rentrer dans leur camp, après avoir échangé quelques coups de feu.
Le 13, ime colonne de 8000 hommes, Anglais et Français, est allée attaquer le camp tartare et l'a enlevé bientôt, les cavaliers avant pris la fuite, après avoir tenu quelque temps. La colonne s'est emparée ensuite du village de Sin-ho ou Sin-kao, où l'on a trouvé des documents curieux sur les événements du jour. — documents que je pourrai bientôt envoyer à A otre Excellence. On a pu reconnaître ensuite que la défense par terre avait été parfaitement organisée et que les Chinois, bien instruits de nos projets d'attaque, avaient mis à profit, et avec intelligence, le temps que de regrettables lenteurs leur avaient donné.
Le i4. une attaque combinée a eu lieu sur le premier fort, le plus éloigné de lembouchurc de la rivière, sur la rive gauche. Elle a été couronnée d'un plein succès et le général de Montauban voulait profiter de l'élan de nos troupes et du découragement des Tartares pour attaquer immédiatement les autres forts de la même rive, forts qui eussent été enlevés, sans aucun doute; mais le général Grant n'v a pas consenti, il a demandé quatre jours de repos pour ses troupes et a manifesté l'intention de jeter un pont sur la rivière, à 6 milles au-dessus de Ta-Kou, ce qui aurait coûté au moins huit jours de travail.
Le i5, le gouverneur général du Pe Tclie-li m'a adressé sa première dépèche et depuis lors une correspondance directe et assez active s'est établie entre nous.
Le 18, le général Grant hésitait encore et ne voulait rien entreprendre avant que le pont ne fut jeté sur lePeï-ho et qu'il n'eut assuré à son armée des vivTes pour dix jours. C'est alors que le général de Montauban, désolé de tous ces retards, a déclaré au général anglais qu'il allait faire passer, dans des jonques, 3()t) hommes sur la rive droite. Ces hommes, sous le commandement du colonel du génie Livet, ont franchi la rivière et se sont emparés du grand village dans lequel ils débarquaient, ils ont attaque ensuite un camp retranché défendu par i 5oo Tartares et se seraient trouvés un instant compromis sans le secours qui leur a été envoyé immédiatement. C'est le 2" bataillon de chasseurs h pied qui, passant sur des jonques, a repris l'ofTensivo el mis on fuite les Tartares. dont le camp a été enlevé. Nous
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avions dès lors, et sans besoin de ponl, une admirable position sur la rive droite et le général Janiin en prenait le commandement. Ce coup de main, aussi Iieureusemcnt exécuté que liardiment conçu, a dû modifier sans doute les idées de nos Alliés. Enfin, le 21, les troupes françaises et anglaises se portaient en force sur les fortifications de la rive gauche et après une canonnade, qui a duré pendant trois heures et pendant laquelle nous avons vu deux épouvantables explosions miner une partie de la défense, nous avons aperçu le fort le plus éloigné du rivage se couronner de monde et le drapeau français y flotter bien longtemps seul. A 9 heures du matin, le feu avait cessé, les forts chinois amenaient les innombrables bannières c[u'ils avaient arborées sur les deux rives et ceux du Nord (rive gauche) se couvraient de drapeaux blancs.
Le 22, au matin, nous apprenions avec joie que nous étions maîtres de tous les forts. Le gouverneur du Pe Tche-li écrivait à Lord Elgin et à moi que « nos troupes, ayant fait preuve d'une grande habileté dans l'art de la guerre. Vannée chinoise s'avouait vaincue » ; que dès lors les hostilités devaient cesser ; on nous annonçait en même temps que deux nouveatix Commissaires impériaux allaient arriver à T'ien-Tsin pour nous conduire à Pe-King V procéder à l'échange des ratifications du traité et résoudre les questions posées dans l'ultimatum du mois de mars dernier.
.Je ne connais pas encore nos pertes ni celles de l'ennemi, mais la résistance a été opiniâtre et les Chinois ont montré une bravoure dont on ne les croyait pas capables. Un des généraux en chef tartare, nommé Sou, je crois, a été tué dans le premier fort.
J'envoie à Votre Excellence une copie de toute la correspondance que j'ai échangée avec les autorités chinoises du Tche-li. Je ferais presque un double emploi, si je joignais à cette dépêche une copie de la correspondance de Lord Elgin avec ces mêmes autorités. Le fond est le même dans les dépêches de Lord Elgin et dans les miennes, mais Lord Elgin a été moins explicite que moi. J'ai cru bien faire en posant nettement la question et en déclarant, à plusieurs reprises, aux autorités chinoises, que, lorsque les forts de Ta-Kou seraient enlevés, la rivière rendue libre et ï'ien-ïsin occupé par nous, les opérations militaires pourraient être suspendues, et qu'à Ï'ien-Tsin seulement, elles seraient abandonnées si des Commissaires venaient accorder à la France toutes les satisfactions qu'elle a demandées par l'ultimatum du mois de mars et donner des garanties pour l'avenir.
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Tel csl. Monsieur le Minislro, l'ôlal de choses en ce moment sur les rives du Peï-ho. Les opérations militaires ne pouA aient être engagées d'une manière plus heureuse et je suis persuadé que la vigoureuse mesure prise par le général de Montauban, lorsqu'il a l'ait franchir la rivière à ses hommes, leçon qui n'aura pas été perdue par nos Alliés auxquels il fallait, disaient-ils, un pont et dix jours de vivres pour aller en avant, a certainement hàlé l'heureux dénouement, dont il faut maintenant que nous tirions parti.
Si les ailaires marchent au gré de nos désirs dans le Nord, les nouvelles que nous recevons de Chang-Haï sont affligeantes. Les rebelles se trouvent, dit-on, aux portes de la ville, ils veulent l'avoir et surtout la douane, source de revenus considéuables ; ils promettent de respecter les étrangers, si ceux-ci ne rompent pas leur neutralité, mais ils ont déjà saccagé l'établissement des jésuites à Zi-Ka-wei et tué l'un des pères qui s'y trouvaient. Chang-Haï est défendu par huit ou neuf cents hommes des troupes alliées, dont i5o Français, seulement. Pourra-t-on résister aux 3o ou ^o mille bandits, dont la cupidité est excitée par les caisses de la douane ' ? Si les rebelles triomphaient et saccageaient les factoreries, je n'hésiterais pas à proposer à Lord Elgin de faire occuper par nos forces Nan-lving, leur capitale, que nous ne pourrions rendre plus tard, cela va sans dire, qu'à l'Empereur. Ce serait un coiq) mortel porté à cette insurrection, qui n'a plus rien de politique et qui dévaste le pavs depuis 12 ans, et l'Empereur ne se montrerait-il pas reconnaissant du service que nous aurions rendu indirectement à sa cause. Je n'hésiterais pas à prendre ma part de responsabilité dans une mesure aussi grave, si Lord Elgin consentait à la partager avec moi; seul, il est évident que je ne pourrais rien faire.
Je désire et j'espère qu'il ne faudra pas en venir là et que les nouvelles, que j'ai reçues par voie particulière, sont exagérées. Les Commandants alliés peuvent, d'ailleurs maintenant, sans danger, envoyer des renforts à Chang-Haï ; et peut-être arriveront-ils à temps. On me dit aussi qu'un secours de ^00 hommes a été demandé de Chang-Haï à Chousan.
-Vgréez, etc.
B<^° Gros.
Cf H. Cordicr, Ilist. des Belat., I, p. 3o2.
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ARRIVEE DES ALLIES A T lEN TSIN
Les événements marchent plus vite que ne s'y attendaient les Plénipotentiaires; sans prendre conseil de personne, le 2.3, Tamiral Hope, mouillé à T'ang-Kou, profitant de la marée, pousse une pointe hardie sur le Coroinandel, suivi des canonnières Opossum, Havoc, Staiinch, Forester et Alger ine, et accompagné du consul Parkes, remonte la rivière; Tamiral Charner, sur V Alarme, avec V Avalanche, la Mitraille et deux petites canonnières, s'empresse de suivre son collègue, et l'escadrille pénètre sans coup férir à T'ien-tsin, abandonné de ses défenseurs qui s'étaient réfugiés au delà.
Le a/j août, les troupes étaient dirigées vers ï'ien-tsin, où elles arrivaient le dimanche 26, avec le général Grant, lord Elgin \ et le baron Gros : le général de Montauban arriva le 27.
A T'ien-tsin, les Français s'établirent sur la rive gauche du Peï-ho ; les Anglais sur la rive droite.
La rapidité de ces opérations devait singulièrement abréger la campagne, commencée plus tard qu'on ne l'avait projetée tout d'abord. Pour éviter une campagne d'hiver, il était nécessaire de se hâter.
I. « We reachcd this place about midnight. [t >vas aboul the most nervous opération at wliicli I evor assisted, goiiig round Ihe sharp turns witli this long sliip by moonlight. » (VVaIrond, p. 8/17.)