I.ETTUE nu COMTE DE UASTARD AU BARON GROS
Monsieur i.k Baron,
Conformément à vos ordres, je suis parti hier d'ici pour T'oung- Iclieou, à f) liouves du matin, porteur d'une dépêche, adi-essée par \olrc Excellence aux Plénipotentiaires chinois, auxquels je devais la remettre, en réclamant une prompte réponse.
J'étais accompagné de M. de Méritens, interprète de l'Ambassade extraordinaire de France en Chine; et, montés sur des chevaux do l'artillorio que le général de Montauban avait fait mettre
LRTTRF, nn COMTR DE RASTARD AT BARON GROS 3l5
à noire disposition, nous étions snivis d'un lettré, d'un donieslique et d'un palefrenier chinois. Le général en chef, à la tète de sa colonne, quittait alors le camp de Ho-si-wou, pour aller le soir même s'établir à Ma-teou, à 4 ou 5 lieues, sur la route de T'oung-tclicou. Après avoir dépassé la colonne, il pouvait être alors 6 heures, nous rencontrâmes M. l'intendant Dul)ut, M. le colonel d'artillerie Grandchamps, Al. l'abbé Deluc, interj)r('te du G'" de Montauban, M. Chanoine, capitaine d'F^tat-Major, un ollicier d'ordonnance et deux autres officiers que je suppose être des comptables des subsistances ; ils avaient avec eux une escorte de 'j à 8 hommes et se rendaient, comme nous, à T'oung-tcheou, munis d'instructions du Général en Chef, relatives, je crois, à l'approvisionnement et au campement de l'armée. Nous nous joignîmes à eux et arrivâmes h i heure de l'après-midi à T'oungtcheou, distant de 1 1 lieues à peu près de Ho-si-Avou. Nous avions fait une partie de la route avec M. d'Escayrac de Lauture, chargé d'une mission scientificjue en Chine, lequel s'arrêta en chemin.
Sur notre gauche, à un kilomètre à peu près de la route et un peu en avant de Tchang-Kia wan, village fermé à 12 lis (4 800 mètres) de T'oung-tcheou, nous avions aperçu des tentes tartares et, sur la roule comme dans la campagne, nous avions vu souvent des groupes de cavaliers peu nombreux, qui prenaient des directions diverses. Les soldats d'infanterie tartare, que nous rencontrâmes, soit en chemin, soit dans les villaoes, n'avaient l'air ni militaire, ni surtout menaçant.
A notre entrée dans la ville, nous fûmes conduits par un mandarin (qui nous attendait à la porte) à un yamen, que les autorités chinoises avaient fait préparer pour nous ; nous traversâmes ainsi dans toute sa longueur T'oung-tcheou, au milieu d'une population c|ui semblait, en nous voyant, ne pas éprouver d'autre sentiment que celui de la curiosité. M. Parkes, interprète de l'ambassade de S. M. Britannique, plusieurs officiers militaires ou civils anglais, M. Bowlby, correspondant du Times, partis en même temps que nous de Ho-sI-avou, étaient arrivés à T'oungtcheou, trois heures au moins avant nous ; vous n'ignorez pas. Monsieur le Baron, qu'ils ont à leur service de bons chevaux. Ils étalent installés dans le yamen même habité par les Plénipotentiaires chinois.
Le Prince Tsaï, le principal Plénipotentiaire, à qui je Ils demander de suite une audience i-épondit, qu'occupé en ce moment à traiter avec M. Parkes, il ne pouiTait pas me recevoir avant 4 heures du soir. A quatre heures, en effet, il me reçut, sans
3l6 nCET-APF.NS DE t'oLNG-TCIIEOU
rn'avoir fait aflondre. En cela, il fut plus poli que les soi-disant l'jénipolenliaiirs de T'icn-lsin, koiicï-liang et Heng-k'i. Sa tenue bien dilTérenlc de la leur et ses manières hautaines, à l'égard de son entourage, indiquent chez hii l'haliitude de commander ou plutôt celle d'être obéi. Son visage d'une exlrèine dureté ne manque pas de distinction.
Je remis au Prince Tsaï la dépêche que vous lui adressiez ; il en prit connaissance et répondit n'avoir d'autre objection à faire que sur le nombre de mille hommes qui devaient servir d'escorte à chaque ambassadeur, lors de son entrée à Pe-king. J'avais entre les mains la dépêche du Prince à Lord Elgin. en date du i/j de ce mois, dans laquelle ce nombre était consenti. Je déclarais que je n'acceptais à ce sujet aucune discussion et que l'Ambassadeur de France devait être traité comme l'Ambassadeur d'Angleterre. « Rien de tel n'a été promis », répondit le Prince. J'invoquais de nouveau la dépêche chinoise, dont je n'avais, il est vrai, ([ue la traduction franc^aise (aite elle-même sur la traduction anglaise fournie, d'après l'original, par M. Parkes. Celui-ci logé, comme je vous l'ai dit. Monsieur le Baron, dans le même yamen que les Plénipotentiaires eut, à ma demande, la bonté de venir en personne me fournir, en présence du Prince Tsaï, les explications que j'avait fort à cœur d'avoir immédiatement. « L'assertion de Isaï », me dit M. Parkes, n'a aucun fondement ; « il no peut v avoir de sa part que malentendu ou mauvaise loi. »
Après une discussion assez longue, interrompue pendant quelques instants par la sortie du Prince, qui me demanda à en délibérer dans une salle voisine avec les mandarins, qui nous entouraient, il fut établi (jue l'escorte des deux ambassadeurs serait identi{{ue en nombre et ne serait pas composée de moins que d'un millier d'hommes.
Selon vos instructions. Monsieur le Baron, je fis demander par M. de Méritens en termes formels au Prince Tsaï s'il était muni de pleins ]iouvolrs ; il répondit alhrmativement, mais non sans avoir manifesté sa vive contrariété d'être en butte à pareille question, lui (jui, dil-il, n'avait jamais menti, dont l'autorité était supérieure à celle de tous les Plénipotentiaires et dont la signature avait la même force que celle de l'Empereur. Il prit ensuite connaissance du projet de convention préparée à T'ien-Tsin, dont je lais.sais entre ses mains le texte chinois. Il n'v fit des objections que pour la forme, se déclara prêt à tout signer et il promit de faire prendre toutes les dispositions nécessaires pour faciliter le voyage de Votre Excellence d'ici à T'oung-tcheou et de T'oung-