‹ L'expédition de Chine de 1860; histoire diplomatique, notes et documents;Chapitre 195 sur 236 · DESTRUCTION DU PALAIS D KTK · texte numérisé non relu

DESTRUCTION DU PALAIS D KTK

« Deux batteries de brèclie,rune de quatre pièces anglaises de 68 livres, l'aiilrc de quatre canons ohusiers de 12 raves, furent élaljjics entre la porte Njran-ting et l'angle N.-K. du retranchenieul : la batterie anglaise, installée dans le Temple de la Terre, était à 260 mètres de la ville; la batterie française, à 70 mètres environ?'.

Le 12 octobre, les Alliés lançaient une proclamation aux liabitants de Pe-King, prévenant ceux-ci que si la paix n'était pas faite le lendemain à midi, la ville serait attaquée; que dans ce cas, on leur recommandait d'abandonner la capitale, car on ne [)ouvait répondre des conséquences de la lutte.

Le même jour, le prince Ivoung alïblé — il cbangeait de résidence toutes les nuits — par la sommation des Commandants en chef, écrit une lettre aux Plénipotentiaires, cherchant encore par des moyens dilatoires à retarder l'entrée des Alliés dans Pe-King.

LE PRINCE KOUXG AU BARON GROS, 12 OCTOBRE

KouxG, Prince de la famille impériale et Haut Commissaire, etc., fait la communication suivante:

J'ai l'honneur de faire savoir à Votre Excellence que j'avais donne des ordres pour que l'interprète de voire noble Empire, d'Escayrac, fût traité avec égards, et que mon intention, après avoir réglé avec lui à l'amiable toutce qui est relatif à la signature de la convention, était de renvoyer de suite et d'une façon convenable vos compatriotes détenus. Je vous l'ai écrit plusieurs fols. N'étaitce pas là une marque de grande bienveillance pour votre noble empire? Pourquoi les soldats français onl-ils pillé et brûlé le palais d'Eté de l'empereur? La France est un empire civilisé, ses soldats sont soumis à la discipline ; comment donc ont-ils, de leur propre autorité, incendié le palais de l'empereur? Ce que les généraux et \otre Excellence paraissent ignorer.

Blondel, p. i53.

LE PRINCE KOUNG AU BARON GROS 365

II est nécessaire que volie Excellence, en me répondanl, m'informe clairement de la manière ilonl. elle entend vider le dilTcrend actuel.

Je reçois aujourd'hui une dépêche du général en cheC de l'armée française, Montauhan ; il demande à occuper la porte Ngan-ting, et il déclare qu'en attendant ma réponse, il fait élever des batteries de siège, et qu'en cas de refus, le i3 de ce mois, il attacfuera la capitale. Rien n'est changé à la convention préparée à T'ien-Tsin, convention à laquelle les Plénipotenliaires mes prédécesseurs et moi avons donné, sans réserve, notre assentiment, puisque Votre Excellence se rend dans la capitale pour échanger les ratifications du traité de i858, et que, comme cela a été convenu, l'armée française doit camper hors de la ville, l'entrée n'en étant permise cpi'à l'escorte qui doit vous y accompagner. Votre Excellence a déclaré qu'elle ne devait i'ormuler aucune demande nouvelle, qu'elle voulait seulement procéder à l'échange des ratifications pour assurer la paix à perpétuité, ainsi que le témoigne la convention préparée à T'ien-Tsin. Les portes de la capitale sont sous la garde d'un Ibnctionnaire ; si, aujourd'hui, je les faisais ouvrir, il serait à craindre que les bandits ne prohtassent de cette circonstance pour causer des désordres: il y a donc des mesures à prendre. Des troupes françaises doivent occuper la porte Ngan-ting, est-il dit dans une dépèche de votre noble empire ; j'y consens, puisque nos deux enqiires sont en paix; seulement, il faut me faire connaître les conditions de cette occupation. Dès que la réponse de Votre Excellence me sera parvenue, nous fixerons un jour pour la signature de la convention et l'échani'e des ratifications ; en attendant, nous entrerons en pourparlers pour assurer la paix. Quant aux Français arrêtés par les plénipotentiaires, mes prédécesseurs, nous pourrons, comme je vous l'ai déjà écrit, prendre jour pour la mise en liberté de ceux c|ui sont actuellement entre mes mains, j'ai donné des ordres pour cpi'on recherchât et qu'on soignât ceux qui ont disparu dans le combat ou qui ont été blessés, et je remplirai mes promesses.

J'ai déjà écrit tout cela à Votre Excellence; jai, il est vrai, reçu une dépèche de votre général en chef; mais comme la paix est conclue, c'est à Votre Excellence que j'adresse nécessairement cette réponse.

Importante connnunication faite à S. Exe. M. le Baron Gros, le 12 octobre.

366 DESTRUCTION DU PALAIS d'ÉTÉ

nrOMITION DK >GA>G TING Ml.N, l3 OCTOBRE

Cependant les habitants de Pe-King, terrorisés par la proclamation, agissaient sur les autorités qui devant la pression d'une population capable de se porter sur elles aux pires extrémités se décidèrent à céder. Dans la nuit du 12 au i3 octobre, Hcng-K'i, ayant demandé de conférer avec deux déléofués franco-anffiais au suiel de la reddition de N^an-tinn: men fut mis en rapport avec le commandant Campenon et M. Parkcs ; après quelques objections, Ileng K'i finit par céder sur tous les points. Le i3, à midi, Ngan-ting men était ouverte : un bataillon du loi'" régiment d'infanterie, avec le colonel Pouget, campa sur le rempart à gauche de la porte ; à droite, s'établirent Sir Robert Napier avec 3oo hommes du Gy" régiment d'infanterie et 100 hommes du 8* régiment d'infanterie du Penjab.

Le jour même, le baron Gros envoyait à lord Elgin le projet de note qu'il se proposait d'écrire au prince Koung ; notre Ambassadeur rétablissait la vérité des faits au sujet du meurtre de nos compatriotes altérée par le prince, et réclamait la propriété des églises et des cimetières chrétiens de Pe-Kins;.

LE BAKON GHOS A LORD ELGIX, lO OCTOBRE

Devant Pe-King, le i3 obtohre 1860.

Mon cher Lord Elgin,

Il mo semble impossible de laisser sans réponse la singulière dépêche du Prince Koung, dont je vous envoie ci-jointe une traduction. Voici également le projet de note que je me propose de lui faire parvenir et que je vous soumets avant de l'expédier. yia note rétablit la vérité dénaturée par le Prince, et lait des

I,E PniNCE KOUNG AU BARON GROS 867

réserves pour oblcnir satisfaction du meurtre de quelques-uns de nos infortunés compatriotes, dont malheureusement il ne nous est plus permis de douter. En outre, la force des armes ayant mis entre nos mains des pi'opriétés françaises conquises dans Pe-lving, c'est-à-dire des Eglises et des Cimetières que l'Empereur ïao-kouang avait pi'omis, par im édit impérial de rendre aux chrétiens, je voudrais régulariser |)our l'avenir une conquête que la force des armes me donne aujourd'hui. Vous avez l'epris à Ta-Kou les canons que les Chinois vous avaient enlevés en iSôq, je reprends dans Pe-King les propriétés françaises que les gouvernements précédents nous avaient confisquées, et la dernière fois, en i83o.

Le rétablissement du culte chrétien dans la capitale, et la permanence des Légations européennes auprès de l'Empereur, me semblent être les deux battants de la porte à ouvrir pour ([ue la civilisation moderne puisse pénétrer plus vite dans l'Empire.

Si vous avez quelques observations à me faire, vous savez cjue mon désir le plus vif est de marcher, autant que possible, toujours parallèlement à vous.

Je voudrais, si aucune objection sérieuse ne m'est faite, envoyer ma note au Prince le plus tôt possible.

Tout à vous, etc.

lîaron Gros.

Le prince Koiing-, remis de sa frayeur, voyant que Toccupation de la capitale s'est passée sans troubles, qu'elle a rendu la tranquillité aux habitants, le lendemain de l'entrée des Alliés à Pe-King, leur écrit qu'il a donné l'ordre à Heng- K'i de s'entendre avec un délégué étranger pour régler tout ce qui est relatif à Ja signature de la Convention préparée à T'ien-tsin, et pour fixer le jour de l'échange des ratifications du traité de i858.

LE PRINCE KOUNG AU BARON GROS

i4 octobre 1860.

Le Prince Koung, Membre de la famille impériale et Haut Commissaire, etc.

Je viens d'apprendre que les soldats de l'escorte de \ . E. sont

368 DKSTiaCTION DU PALAIS d'ÉTÉ

entrés dans la ville. La sage discipline qu'ils ont soin d'observer a ramené la tranc|uillilé parmi !a population et dissipé son inquiétude et ses craintes. Il csl (li tnonlré que les intentions pacifiques de Y. E. sont sincères, je suis heureux de le savoir et de mon côté je dois agir avec la même sincérité. J'ai donc donné l'ordre à Ileng K i, Directeur de l'Arsenal, de s'entendre avec le délégué que A . E. désignera, pour régler tout ce qui est relatif à la signature de la Convention préparée à T'ien-tsin, et pour fixer le jour de l'échange des ratillcalions du traité de i858, afin que je puisse tout l'aire préparer en conséquence. Si ces préparatifs étaient laits à la hàle, après l'entrée de V. E. dans la ville, il serait à craindre que des dispositions convenables n'aient pas pu être prises, ce qui serait contraire à mes intentions.

Communication importante adressée à S. E. le Baron Gros. i4 octobre iSOo.

Le i6 octobre, lord Elgin rédigea un projet de Note au prince Koung, qu'il abandonna d'ailleurs; il ne renonçait pas à la destruction du Palais d'Eté, mais à l'érection d'un monument expiatoire à T'icn-l'sin. Lord Elgin aurait voulu, pour bien constater que nous étions maîtres de Pe-King, qu'on s'emparât, at'a/i/ le traité, du Palais Impérial : le baron Gros préférait que le palais ne fût pris que si Ton refusait nos demandes.

Page 1