PROJET DE NOTE DE LORD EI.GIN AU PRINCE KOU.NG, 16 OCTOBRE
Le Soussigné, etc., etc., a reçu la dépèche C[iic S. A. I. le Prince Koung lui a fait l'honneur de lui écrire le 12 de ce mois, et comme cette dépêche répond principalement à une communication adressée à S. A. !.. par le Commandant en chef des forces de S. M. Britannique, le Soussigné a transmis une copie de ce documenta cet olficier général, afin qu'il puisse agir comme il le jugera convenable.
Il est inutile que le Soussigné réponde à cette partie de la dépêche qui se rapporte à l'attaque du Yonen-MiiKj yonen, et aux autres opérations militaires qui ont rapproché de la capitale les troupes françaises et anglaises. Le Soussigné rappellera seulement
PROJET DE NOTE DE LOUI) ELClN AU l'UlNCE KOUNG .')(](J
à S. A. I. que celle marche a élé inolivéc par le relus du fi;ouverncmenl chinois d'accéder aux conditions de paix ollerles par le Soussigné, en premier lieu à T'ien-lsin, cl ensuile à ï'oungtchcou, el parce que dans celle dernière circonslance ce refus a élé accompagné d'un acle de harhare perfidie sans exemple dans l'hisloire des peuples.
Le Commandanl en Chef a prévenu le Soussigné qu'il n'avait à faire aucune allenlion à celle partie de la dépêche dans laquelle S. A. I. demande C{u'on lui fasse connaître à quelles conditions la porte de la ville sera remise aux Alliés. Cette porte a été rendue sans conditions, et il est évident que si le Prince n'avait pas adhéré à cette remise, la ville aurait été assaillie et prise.
Le Soussigné doit encore prévenir S. A. I. que la lettre que lui a écrite le Commandant en Chef pour lui demander la remise de cette porte l'a été avant que l'on connût la manière dont les sujets anglais et français ont été traités, en violation de leur drapeau parlementaire, le i8 du mois dernier, et qu'il n'avait alors d'autre rapport à ce sujet que la dépèche dans laquelle S. A. I. assurait à plusieurs reprises, cjueles prisonniers n'avaient reçu aucun mauvais traitement, et qu'ils étaient logés convenablement et entourés d'égards.
Des renseignements reçus depuis cette époque prouvent qu'au moment même où celle assurance était donnée, plusieurs des sujets de S. M. B. qui n'avaient pas élé pris en combattant, mais qui avaient élé arrêtés et garollés alors cju'ils n'opposaient aucune résistance se croyant protégés par leur drapeau parlementaire, sont morts des suites des traitements barbares qu'on leur avait infligés dans la prison.
Le Soussigné répondra n^aintenanl à celle partie de la dépêche qui le concerne plus particulièrement, et surtout à cette assertion émise par le Prince c|ue la paix est rétablie avec la France et l'Angleterre.
Le Soussigné doit rappeler à S. A. I. que dans la première communication qu'il a eu l'honneur de lui adresser, il l'a prévenu que la suspension des hostilités el la reprise des négocialions pour ramener la paix ne pourraient avoir lieu tant que les sujets de S. M. B. qui étaient encore absents n'auraient pas reparu. Le Soussigné a toujours confirmé celte déclaration.
Comment cette condition que le Soussigné a toujours présentée comme étant indispensable à remplir pour pouvoir rétablir la paix et entamer les négociations a-l-elle été exécutée par le GoRDiER. — Expécl. de Chine, 1860. 24
870 DESTRUCTION DU PALVIS DKTl':
Prince Roung et par le gouvernement qu'il représente. Sur les Sy sujets anglais et français arrêtés contre les lois de l'honneur et contre le droit des gens, 19 seulement ont été rendus vivants, et tons portent, sur leur personne, les traces plus ou moins profondes des traitements indignes cpi'ils ont subis; 18 ont été l)arbaremcnt sacrifiés et dans des circonstances que le Soussigné ne pourrait flétrir qu'en se servant d'expressions qui ne doivent pas trouver place dans une dépèche comme celle-ci.
Tant que ce forfait n'aura pas été expié, la paix entre le Gouvernement Britanni([ue et la Dvnastic qui règne aujourd'hui sur la Chine ne pourra être faite.
Voici donc les conditions dont l'acceptation immédiate peut seule sauver le Gouvernement chinois du danger qui plane sur lui. Ce qui reste du palais du Youen-Ming youen, qui semble avoir été le lieu dans lequel des Sujets anglais et français ont été victimes des plus abominables cruautés, sera rasé jusqu'au sol. Cette condition n'a pas besoin d'être acceptée par S. .\. 1., elle sera mise immédiatement à exécution par le ('ommaiidant en Chef.
Une somme de 3oo 000 taels sera versée tout de .suite entre les mains des olliciers que le Soussigné désignera à cet elfel et cette somme sera répartie de la manière suivante :
Soooo taels seront donnés à la famille de chacjue ollicicr illégalement arrêté et qui n'a pas encore reparu.
3 000 seront donnés à la l'amille de chaque soldat dans la même catégorie.
5 000 seront alloués à chaque odicier illégalement arrêté et jeté dans la prison comnuuie.
5o() seront donnés à chaque soldat traité de la même manière. Des olliciers chinois seront désignés par leur gouvernement pour accompagner à T'ien-tsin les restes des victimes de cet assassinat, et il sera élevé dans cette ville, et aux frais du Gouvernement chinois, un monument sur lequel on pourra lire les circonstances dans lesquelles ces infortnnés ont été pris et sacrifiés, ainsi que les sommes que le gouvernement a été requis de donner pour expier cet acte de perfidie et de cruauté.
La signature de la Convention préparée à T'ieijrtsin telle qu'elle a été convenue, sauf cependant la faculté qui sera donnée aux armées de la France et de l'Angleterre de séjourner à ïientsin, si les Commandants on chef le veulent, jusqu'au moment oVi toufps les indemnités stipulées par la convention seront payées, aura lieu immédiatement.
LE HAUON GUOS A I.OUD l'.r.GlN Si I
Youen-Mlng-youen sera rasé tout de suite.
Si dans les 48 heures qui suivront la remise de celte note à la porte occupée par les Alliés, le Prince Koung n'annonce pas au Soussigné C[ue la somme demandée comme indemnité à repartir entre les sujets anglais et français qui ont été maltraités ou sacrifiés sera remise le jour suivant, et qu'il a de pleins pouvoirs pour^âjgncr sans délai la convention modiliée, et pour procéder ensuite à l'échange des ratifications du traité de T'ien-tsin. le Soussigné en donnera avis au Commandant en chefpour qu'il agisse en conséquence. Le Soussigné doit aussi prévenir le Prince qu'il s'adressera en même temps au Commandant en Chef des forces navales de S. M. B. et il doit rappeler à S. A. c|ue les revenus de la douane de Canton sont perçus en ce moment au profit du Gouvernement Suprême de la Chine, bien que cette ville soit occupée par les Alliés.
Il doit lui dire aussi cjue ce sont les forces militaires des Alliés qui récemment ont empêché Chang-Haï de tomber entre les mains des rebelles, et c]ue les jonques qui portent le riz et les tributs à Pe-Ring ont pu passer sans être inquiétées, bien que la mer et les rivières soient au pouvoir des Hottes alliées.
Si la paix n'est pas immédiatement conclue, cet état de choses cessera, et le Soussigné demandera aux Commandants en Chef des forces de terre et de mer de prendre les mesures nécessaires pour percevoir par la force les indemnités cjue le Gouvernement chinois doit payer à l'Angleterre pour couvrir les dépenses que cette Puissance a dû l'aire par suite de la conduite déloyale du Gouvernement chinois.
Sig. : Elgin et Kincardine.
Lés trois lettres suivantes indiquent bien les idées des deux Plénipotentiaires :