‹ L'expédition de Chine de 1860; histoire diplomatique, notes et documents;Chapitre 202 sur 236 · LE BARON GBOS AU PRINCE KOUNG · texte numérisé non relu

LE BARON GBOS AU PRINCE KOUNG

traiter les afTaircs avec droiture et ne pas otiblicr que, chaque fois qu'il a manqué à sa parole, il a délié le Soussigné des engagements contractés par lui et lui a rendu tous les droits que lui donnent les victoires successives remportées sur les arniéos do l'Empire.

Voici donc les propositions que le Soussigné fait encore au Gouvernement chinois en s'adressant au Prince Ivoung cjui peut encore, s'il le veut, prévenir de funestes catastrophes.

Les Commandants en chef alliés voulant épargner à la ville de Pe-King et à W nombreuse population paisible qu'elle renferme les horreurs d'un bombardement et une destruction presqu'inévitable ont demandé aux autorités qui la commandent cju'on leur livrât, le to de ce mois. avant midi, l'une des portes de la ville pour s'y fortifier et être maîtres de la capitale, sans la faire occuper par leurs troupes. Cette porte leur a été remise avant l'heure fixée, mais par la population elle-même et nullement par l'autorité militaire envers laquelle par consécjuent les Commandants en Chef ne se trouvent liés par aucun engagement.

Il serait bien difficile au Soussigné d'avoir maintenant confiance dans un gouvernement c{ui ne se fait aucun scrupule de trahir sa parole et cpii pousse l'oubli des lois de l'honneur et de sa propre dignité juscj[u'à faire arrêter et sacrifier de la manière la plus barbare des gens sans armes qui, sous la protection du drapeau parlementaire, étaient venus se confier à lui. Le Soussigné ne peut plus entrer dans Pe-King avec une simple escorte d'honneur, il lui faut aujourd'hui une garde qui puisse le préserver de cjuelcjue trahison et lorsqu'il se trouvera dans l'une deg habitations de la ville que l'on aura fait disposer pour lui et pour la garde, des conférences pourront s'ouvrir, la convention de ï 'ien-tsin à laquelle le Soussigné doit faire quelques modifications qui ne seront que l'application de l'esprit du traité de i858, et la mise à exécution des promesses faites par l'Empereur Tao Kouang dans son décret du [20 mars 1846], c'est-à-dire la restitution des Eglises et des Cimetières cjul appartenaient autrefois aux Chrétiens et cjue le Gouvernement chinois avait conliscjués, cette convention pourra, dis-je, être signée, et la paix étant ainsi rétablie, l'échange des ratifications du traité de i858 ayant eu lieu, et toutes les clauses mises fidèlement à exécution, les troupes françaises se retireront ainsi qu'il en aura été convenu.

La persistance que le Prince Koung a toujours mise à ne jamais vouloir rei^dre, avant la signature de la paix, les Français

DFSTniCTION' DL' P\I,\IS I) ETK

et les Anglais que le Gouverneinenl chinois a fait arrêter et retenir contre toutes les lois de l'honneur, n'avait que trop fait craindre au Soussigné que les Autorités chinoises, coupables du crime, n'eussent poussé leur sauvage brutalité jusqu'à faire périr quelques-uns de ces individus qui n'avaient pas disparu dans un combat, comme semble le croire le Prince Koung, mais c|ui avaient été victimes d'un abominable guet-apens. La lettre, si embarrassée du Prince koung et les rapports malheureusement trop vraisemblables que le Soussigné a reçus au sujet de la conduite de quelcjues autorités chinoises envers les détenus qui à la honte éternelle du Gouvernement chinois ont été sacrifiés dans le palais même de Youen-Ming Youen, confirment les appréhensions du Soussigné et il exige aujourd'hui au nom de son gouvernement, une indemnité de 200000 taelsqui sera répartie par le Gouvernement français entre ses sujets victimes de l'attentat du 18 septembre dernier, et les familles de ceux dont on a causé si lâchement la mort.

Le Gouvernement chinois punira, comme il le voudra, les auteurs d'un crime qui placerait la Chine au niveau des tribus sauvages de quelques îles de la mer du Sud s'il ne flétrissait pas avec indignation la conduite de ses aiïents envers les détenus, et s'il ne la réparait pas, autant du moins qu'il peut être en lui de le faire.

En résumé le Soussigné demande à S. A. L de vouloir bien faire préparer dans Pe-king l'habitation dite Sou anfj fou ' pour qu'il puisse s'y établir avec la garde préposée à sa sûreté.

La Convention projetée à T'ien-tsin pourra alors être rédigée par les Secrétaires respectifs, en y ajoutant deux clauses que la conduite du Gouvernement chinois autorise le Soussigné à exiger.

Par la première le Gouvernement chinois s'engage à payer une indemnité de 300000 taels aux victimes françaises de l'attentat du 18 septembre dernier, et à verser de suite cette somme entre les mains du trésorier de l'armée française en Chine.

Par la seconde, le Gouvernement chinois s'engage à faire rendre au Ministre de France en Chine, les Eglises, cimetièi'es et autres propriétés qui en dépendaient et dont parle le décret impérial de Tao-kouang.

I. l'robablemcnt le Sou Ts in-wang fou, palais du prince Sou, en face de la lécralion d'Angleterre.

LE BAnON GROS AU PRINCK KOUNG S^f)

Lorsque cette Convention aura été signée et revêtue des sceaux respectifs, cjue réchange des raiilications du traité de i85(S aura eu lieu et que toutes les clauses cju'il contient auront été loyalement mises à exécution, l'armée française {Dourra aller prendre ses cjuartlers d'hiver à T'ien-tsln, mais jusque-là, le Soussigné ne pourra en aucune manière demander au Commandant en chef des forces françaises de suspendre, même pour un seul instant, les opérations en voie d'exécution.

SI toutes les conditions énoncées çi-dessus sont acceptées par le Gouvernement chinois, et si tous les actes cju'ellcs sli|)ulent sont accomplis avant le 2.3 du mois à midi, la paix sera rélahlie et les hostililés cesseront. Si, au contraire, le Soussigné éprouvait un refus ou qu'une réponse évaslvc lui arrivai, ou hien encore c[\ie le silence fût gardé envers lui, les hoslilités recommenceraient avec plus de vigueur, et la guerre portée aujourd'hui clans le Nord de l'Empire s'étendrait dans les Provinces où ces mêmes troupes ont combattu pour défendre contre l'Insurrection, h Chang-Haï par exemple, un gouvernement qui s'est conduit d'une manière odieuse envers c|uelques-uns de leurs officiers et de leurs soldats sous pavillon parlementaire.

Le Soussigné doit rappeler au Prince Ivoung c[ue les revenus de la douane de Canton, bien c[ue cette ville soit au pouvoir des Alliés, sont versés dans le trésor de l'Empire, et que les jonques qui portent à Pe-Rlng le riz et les tributs n'ont jamais été inquiétées par les escadres alliées, maîtresses de la mer. Mais S. A. L doit être prévenue cjue si la guerre continue, cet état de choses cessera Immédiatement et que les jonc[ues et les revenus de la Douane, comme les tributs, seront saisis par les forces alliées.

Le Soussigné en appelle encore au Prince Koung qui a la réputation d'être un homme de cœur, et c]ul doit par consécjuent être au désespoir de la conduite abominable de c|uelques autorités auxc|uelles son auguste frère a si malheureusement, peutêtre, accordé sa confiance.

Il ne tient qu'au prince Koung de rendre la paix à son pays. Le Soussigné espère que S. A. I. n'hésitera pas à le faire.

Le Soussigné, etc., etc.

Baron Gros.

Cette lettre clu baron Gros avait le caractère cFun ultimatum, puisque le a3 était fixé pour la signature de la paix ou la reprise des hostilités. Une nouvelle lettre du baron Gros au

DKSrUUCTION Dl" PALAIS D ETE

prince Koung^, du i8 octobre, fixe la date du 20 pour la réponse. D'autre part, le général de Montauban « avait refusé formellement au général Granl dattacjucr avant le 28 et avait déclaré nettement qu'il s'opposerait à toute attaque avant l'époque fixée' », le général anglais lui fit dire le 19, qu'il attendrait également le 23.

Page 1