LES GENERAUX MONTAUBAN ET GRANT
Le 17 octobre, le général Montauban relusait de s'associer à la destruction du Palais d'Eté, pour les raisons suivantes qu'il donnait au général Grant :
« Je crois devoir, pour satisl'aire aux instructions que j'ai reçues, vous expliquer les motifs de mon refus de coopérer à une semblable expédition.
« Elle me paraît d'abord dirigée par un esprit de vengeance de l'acte de barbare perfidie commis sur nos malheureux compatriotes, sans que cette vengeance atteigne le but que l'on se propose.
« D'un côté, n'est-il pas probable que l'incendie allumé de nouveau à Yuen-ming-yuen jettera la terreur dans l'esprit déjà peu rassuré du prince Koung, et lui fera abandonner les négociations? Dans ce cas, l'attaque du palais impérial de Pe-King deviendra une nécessité, et la perte de la dynastie actuelle la conséquence, ce qui serait diamétralement opposé aux instructions que nous avons reçues. »
J'approuve complètement le général Montauban d'avoir refusé de s'associer à l'acte de vandalisme conçu par lord Elgin, mais ses raisons sont loin d'être topiques, car le Wancheou-chan a été incendié, le prince Koung n'a pas fui, et la dynastie mandchoue règne encore : notre Commandant en chef n'a jamais eu la connaissance ou le sentiment des choses de Chine.
Le général Grant répondait le lendemain, i8 octobre, pour exposer les raisons qui lui faisaient vouloir la destruction complète du palais de \ouen-Ming-Youen.
I" C'est dans ce palais que les prisonniers ont été traités avec une barbarie atroce; c'est là qu'ils sont restés pieds et poings liés pendant trois jours, sans avoir rien à boire ni à manger.
CoKDiEK. — Expéd. de Chiue, ifîGo. 25
386 DESTRUCTION DU PALAIS d'ÉTÉ
■2° La nation anglaise ne sera pas satisfaite si nous n'infligeons pas au Gouvorncinrnt chinois un châtiment sévère, inarcjne durahlc tlu senlinieiif éprouvé par nous de la manière barbare dont ils ont violé le droit des gens.
« Si nous nous bornions à faire la paix, à signer le traité et à nous retirer, le Gouvernement chinois croirait qu'il peut impunément saisir et assassiner nos compatriotes.
« 11 est nécessaire de le détromper sur ce point. Il est vrai cpie le Palais d'été de l'Empereur a été pillé. Mais le dommage infligé peut être réparé en un mois. Le jour même où l'armée française a cpiitlé \ouen-Ming-youen, le palais a élé réoccupé par les autorités chinoises, et cinq GhiiK)is qui ont été pris pillant, ont été exécutés par les ordres de ces autorités.
« Mes patrouilles ont depuis ce jour trouvé l'enceinte constamment fermée et les habitations non détruites. Il nous a été bien démontré que le palais de ^ oucn-Ming-vouen est considéré comme une place fort importante. Sa destruction est un coup dirigé entièrement, non contre le peuple, mais contre le Gouvernement chinois, qui est le seul auteur des atrocités commises.
« G'est un coup cpii sera très profondément senti par ce gouvernement, et, d'autre part, on ne pevit arguer contre cette opération d'aucune raison fondée sur des sentiments d'hmnanité.
« J'ajouterai que Lord Elgin partage entièrement ma manière de voir sur ce sujet ' . »
Le général de Monlauban se contenta de répondre le même jour :
« Je n'ai pas l'intention d'élever une polémique au sujet de l'acte qui vient d'être commis contrairement à l'opinion de l'Ambassadeur de France et à la mienne.
« Nos gouvernements respectifs sont seuls appelés à juger nos actions, et j'ai l'espoir que le Gouvernement français donnera une entière approbation à ma conduite dans cette circonstance, quels que soient les regrets qu'il éprouvera comme moi de l'acte déloyal qui nous a enlevé nos malheureux compatriotes-. »
1. Cf. Incidents in llic China U'ar, pp. 2o3-20.'i, et Blondcl, pp. iJ7-i58.