‹ L'expédition de Chine de 1860; histoire diplomatique, notes et documents;Chapitre 214 sur 236 · DIFFICULTES ENTRE ALLIES · texte numérisé non relu

DIFFICULTES ENTRE ALLIES

La situation entre Alliés devenait assez délicate ; au gré du baron Gros, son collègue d'Angleterre voulait aller trop loin.

« Lord Elgin pousse les choses bien loin et voudrait anéantir la dynastie régnante et aller peut-être donner la main aux rebelles de Nan-King, je ne veux ni ne puis aller jusque-là et je me séparerai de lui plutôt c|ue de conqjromettre nos intérêts dans ce pavs pour satisfaire un besoin de vengeance que je comprends, que je sens ausssi vivement si ce n'est peut-être plus que lui, mais qui me ravalerait au niveau des misérables tartares

398 DESTRUCTION DU PALAIS d'ÉTK

SI jo cliorchais à la salislairo aiijoiirtl Imi f|iie j'ai la force en main.

« Vous verrez par ma correspondance avec Lord Elgln que je n'ai pas voulu me joindre à lui dans ces idées de vengeance inulilc et dangereuse, il a voulu faire disparaître le Palais d'i^lv. j'ai refusé de m'associer à cet acte et le général de Montauban a agi comme moi. Ce matin nous avons vu d'ici l'incendie qui dévorait le |)alais et j'en ai le cœur serré. Lord Elgin voulait aussi détruire le Palais de Pe-King avant de tacher de renouer toute négocialion, mais il a cédé à c[uelques-uncs de mes objections et nous ne nous^ porterons à cette extrémité que si nous éprouvons de nouveaux refus et en nous retirant sur Tien-lsin, s'il le faut sans avoir termjné ; il a abandonné aussi cette idée de monument expiatoire à ériger par le (jouvernement chinois à Ticntsin et à faire conduire, par des officiers chinois, jusque dans cette ville les restes des malheureuses victimes du 18 septembre. Je n'ai donc pas perdu tout espoir d'amener le Prince Koung à céder, mais il m'est impossible de ne pas supposer que l'Ambassadeur d'Angleterre a des inslriiclions secrètes qui lui prescri\enl, ou lui permettent de pousser la dynastie régnante à sa perte s'il le peut. Je vous ai déjà écrit à ce sujet au moment de mon naufrage du Malabar et alors que Lord Elgin me disait (|n'il lui était impossible de laisser enlre les mains des sauveteurs, les inslruclions secrètes qui lui avaient été données. »

Et le baron Gros ajoute :

« Si j'avais pu prévoir ce cjui arrive, j'aurais refusé la mission, m'eùt-on oll'ert des millions pour l'accepter; ce qui m'alllige réellement c'est le dissentiment (jui s'élève entre Lord Elgin et moi, et cjui m'effraye! Mais enlln Dieu aidant et avec le sentiment du devoir, peut-être sortirai-je avec bonliour de la position plus (jue délicate dans laquelle je me trouve ' !

Il seinbierail qu'après roccupalion de Ngan-ling inen, lord Elgin aurait songé à un hivernage à Pe-King :

« L'Ambassadeur anglais considérait l'occupation comme devant, une fois le traité obtenu, en assurer le développement

I. Lettre privée du ijaioti («ros au miiiislrc des AITaires étrangères, 19 octobre iSdo.

LE GÉNÉHAI, IGNATIKV 3()()

sérieux cl durable; il n'avait pas, disait-il, à se préoccuper des inconvénients que cette mesure pouvait entraîner au point de vue militaire, laissant aux généraux le soin de décider, sous leur propre responsabilité, si l'exécution etW-tait possible.

I' Sir Ilopc Grant, tout en désa[)prouvant la proposition de Lord Elgin, était bien aise de s'appuyer, dans sa réponse, sur le refus du général Montauban.

« Le commandant en chef français n'hésita pas à déclarer que le salut de ses troupes ne lui permettait pas de prolonger son séjour dans la capitale au delà du i*^'" Novembre, et qu'à cette époque il se retirerait à T'ien-tsin, où tous les approvisionnements avaient été préparés pour passer l'hiver, tandis qu'il n'avait pris aucune disposition pour rester à Pe-Iving. D'ailleurs la saison commençait à devenir rigoureuse : les montagnes voisines étaient couvertes de neige, et le vent du nord, soufllant avec violence, faisait présager l'arrivée des mauvais temps, annoncée comme prochaine par les gens du pays'. »

LE GEÎS'EUAL IGNATIEV.

Heureusement, une aide imprévue allait permettre à notre Ambassadeur de sortir de la situation pénible dans laquelle sa conscience le plaçait en même temps qu'elle apportait une heureuse solution à des négociations si lentes que des difficultés nouvelles naissaient à chaque instant.

Pendant que ces événements se déroulaient aux portes de Pe-King, le général Jgnatiev, ministre de Russie, avait pénétré dans la capitale pour donner aux Chinois des conseils de prudence et le i8 octobre, il écrivait une lettre'^ au baron Gros dans laquelle il faisait part à notre Ambassadeur des efforts qu'il avait faits auprès des conseillers de l'Empereur pour les amener à voir le péril de la situation dans laquelle ils se trouvaient.

Notre Ambassadeur effrayé de l'attitude de son collègue anglais qui paraissait vouloir pousser les choses au pire avait

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