‹ L'expédition de Chine de 1860; histoire diplomatique, notes et documents;Chapitre 30 sur 236 · Lettre de M. de Bourboulon · texte numérisé non relu

Lettre de M. de Bourboulon

niiPAUT DES PIj:\IPOTK>TIArRT:S POUR LE NORD 00

stances il devait positivement refuser toute entrevue avec les (commissaires à Cliang-Ilaï ; que sa résolution de se rendre à Pe King était inflexible. Que son devoir était en même temps de prévenir S. E. Kouei-liang qu'il était décidé à insister pour qu'une réception en rapport avec la dignité de la nation qu'il représentait lui fut faite, et que tout manquement à cet égard aurait les plus sérieuses conséquences pour le Gouvernement impérial ». Cette note communiquée à M. de Bourboulon recevait l'entière approbation de celui-ci, et elle était remise le 9 à Kouei-liang.

De son côté, le Ministre de France fut extrêmement désappointé en parcourant les plis remis pour lui au Consulat général de France par les Commissaires impériaux de n'y trouver que des réponses aux notes qu'il leiu* avait adressées pour les prévenir de la reprise de ses fonctions de représentant du Gouvernement français. En conséquence, M. de Bourboulon faisait remettre le 10 juin, à Koiiei-liang, une note conçue absolument dans le même sens que celle de M. Bruce, auquel il la communiqua d'ailleurs :

Chang-Haï, le 8 juin iSSg.

Je ne puis vous cacher, Noble Ministre, qu'en recevant hier à mon arrivée dans ce port diverses lettres oflîcielles de V. E. et des autres Commissaires Impériaux, en réponse aux dépêches que je leur avais adressées avant mon départ de Macao, j'ai été grandement surpris de ne pas trouver parmi cesvlettres une réponse à la note que j'avais adressée spécialement au noble Secrétaire d'Etat, en dernier lieu, à la date du 18 mai. Il m'a été d'autant plus diiïicile de m'cxpliquer son silence sm- une communication de cette importance qu'avant chargé le Consul Général de France à Chang-IIaï de iaire parvenir la dite dépèche sûrement à V. E., j'ai appris de lui qu'elle avait été remise le 27 du mois dernier au Tao-t'aï de ce district, et ma surprise a été encore plus grande lorsque j'ai su que le haut Représentant de S. M. Britannique, M. Bruce, avait reçu du noble Secrétaire d'Etat une réponse à une note semblable qu'il lui avait adressée de Hong-kong en même temps et par la même occasion que la mienne. Je ne m'arrêterai pas sur le manque d'égards envers

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iiioi-iuèiiio el ma iialion qu'il y a à avoir laissô ma communication sans réponse, tandis qu'on a répondu à celle du Ministre de la (îrande-Hn'lai,Mie ; il suffit de mentionner le fait pour le caractériser.

Ce|)endant, je vois par cette ré|)onse, que S. E. le Plénipotentiaire de S. M. Britannique a bien voulu me comnuuiiquer, que les Commissaires impériaux, en même temps cju'ils lui déclarent qu'ils sont les seuls dii,mitaires par l'intermédiaire des- (piels l'éclian^^e des Traités ratifiés pourrait avoir lieu à Pe-kini^, l'inlbrment que leur vovage à la capitale occupera au delà de deux mois, c'est-à-dire qu'ils ne pourront être rendus à Pe-King que plus d'un mois après le jour fixé par le Traité pour cet échange, — - qu'il n'y aura personne pour recevoir le Ministre Britannique à T'ien-tsin, et personne pour échanger les ratifications à Pe-King. Et, en conséquence, ils prient S. E. le Minisire anglais de dillérer son départ de Cliang-Haï.

Comme ma position, en ce qui regarde l'échange des ratifications des Traités et le voyage à Pe-King pour y remplir la mission dont je suis chargé par mon Auguste Empereur, est absolument la même que celle du Haut Représentant de S. M. Britannique, et comme en l'absence de la réponse qui aurait dû m'être personnellement adressée, je dois considérer celle faite à mon honorable collègue, le Ministre Britannique, comme me concernant également, je regrette d'avoir à déclarer au noble Secrétaire d'Etat que cette réponse tend, à mes yeux, à violer tout d'abord le Traité dans une de ses stipulations les plus importantes, au moment où il s'agit par un acte solennel de suprême sanction d'assurer et d'inaugurer sa loyale et entière exécution, et que, pour ma part, je n'y prêterai pas les mains. Me référant donc à, ce que j'ai eu l'honneur de lui annoncer par ma dépêche du i8 mal dernier, je lui déclare ici, que je suis plus que jamais résolu à m'acheminer, sans aucun retard, vers la capitale pour y effectuer l'échange des ratifications du traité, dans le délai qui a été formellement stipulé et pour v présenter à S. M. l'Empereur de la Chine, en personne, la lettre de mon Avigustc Souverain dont je suis porteur et que rien autre que des obstacles matériels ne pourront m'arrêter dans l'accomplissement de ma mission.

J'ajouterai que c'est avec un profond regret que j'ai vu que l'annonce de mon projet de me rendre prochainement dans la capitale de l'Empire Chinois, dans les circonstances que j'ai fait connaître, au lieu d'être répondue, comme j'avais le droit de

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m'y attendre, par l'assurance d'un accueil cordial et empressé de la part des hauts Dignitaires Ministres de S. M. l'Empereur de la Chine n'a rencontré qu'un silence équivocjue, tendant à opposer des délais injustifiables à l'exécution des premiers engagements solennellomont consentis par le Traité conclu l'année dernière, cl peu faits pour préparer la bonne entente et les relations de sincère et solide amitié cjue ce traité a eu pour objet d'établir. — Je dois, en même temps, déclarer au Noble Ministre que, bien que placé dans la nécessité de poursuivre mon voyage vers la capitale sans aucune assurance de l'accueil que je pourrai rencontrer, je compte néanmoins que ma réception, tant en chemin qu'à Pe-King même, sera conforme aux relations amicales qui ont été heureusement rétablies entre nos deux empires et digne du souverain et de la nation cjue je représente, et que je renvoie à l'avance au Gouvernement de S. M. l'Einpereur de la Chine, toute la responsabilité des graves conséc|uences qu'entraînerait nécessairement tout manquement, à cet égard, à ce c[u'exigent les rapports de courtoisie établis par les traités et les ifSaGfes consacrés entre les nations civilisées.

(Sig.) A. BOURBOULON.

En même temps que cette note, notre Ministre faisait remettre aux Commissaires Impériaux, une autre dépêche relative au règlement de notre indemnité. Au sujet de l'attitude des Commissaires Impériaux, M, de Bourboulon écrit (Chang-Haï, 1 1 juin iSSg) :

« Il ressort de tout ce que j'ai appris que les malheureux Commissaires Kouci-Iiang et Iloua-cha-na, placés, le premier surtout en raison de son importance, entre une intluence pi'édominante à Pe-King cjui espère encore avoir raison des Barbares au moyen de la vieille tactique, — peut-être entre d'imprudentes promesses de leur propre part, se faisant forts de savoir nous tenir éloignés de la Capitale, ^ et les exigences péremptoires des représentants de la France et de l'Angleterre fondées sur les stipulations formelles des Traités, — que ces malheureux commissaires, dis-je, n'ont vu d'autre salut pour eux-mêmes que de rester à Chang-Haï, de s'y attarder au delà de l'époque où suivant le terme fixé par les Traités pour l'échange des ratifi-

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calions, ils auraienl dû se mettre en route pour pouvoir cire rendus à temps par terre à la Capitale, et qu'ils y sont restés, d'abord afm do pouvoir se couvrir vis-à-vis de leur gouvernement du prétexte de nous avoir attendus, ensuite dans l'espoir si chiméricpie et si vain qu'il eût paru à tous autres qu'à des Chinois après dos déclarations aussi positives de notre part, qu'ils parviendraient encore à nous retenir au moins pendant quelque temps et nous amèneraient peut-être, pour ne pas voir l'échange des ratilications retardé au delà de l'époque stipulée, à consentir à ce que cet échange eût lieu à Chang-Haï. »

Après de nouvelles tergiversations, des pourparlers entamés entre subordonnés des Commissaires impériaux et des Ministres étrangers, volte-face subite des Chinois.

Kouei-liang remet à M. de Bourboulon par l'intermédiaire du Tao-t'aï de Chang-Hai et de notre interprète M. Gabriel Lemaire', deux dépêches; dans la première qui émane de lui seul, Rouei-liang déclare qu'à la suite des communications des ministres de France et d'Angleterre, les Commissaires impériaux s'acheminent immédiatement vers Pe-King; il s'excuse de son mieux auprès de M. de Bourboulon d'avoir laissé sans réponse la noie de celui-ci du iS mai :

KOUEI-LIAIS'G A M. DE BOLRROl LOX

Chang-Haï, le ii juin 1869.

KouKi-LiANG, Haut Commissaire Impérial, muni de pleins pouvoirs, &c., &:c., adresse la présente communication ofTicielle en réponse.

Moi le haut (onctionnaire et mes collègues nous avons reçu, le iC) Mai de la présente année deux dépêches do V. E. datées des 7 et 8 mai auxquelles nous avons eu l'honneur de répondre en date du 20 Mai.

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