I.E MINISTRE DES AFIAIUKS ETHAINGERES AU HAHON GROS I
elîct de replacer sous le patronage portugais la province de Kouang-Toung et d'annuler la décision par laquelle, il y a deux ans, le St-Père avait confié à Mgr. Guilleinin, en le sacrant évoque de la Vice-Royauté de Canton, les intérêts de la religion dans cette partie de l'Empire chinois. Or, cette dernière mesure avait eu justement pour but de faire cesser les conflits regrettables qui s'élevaient chaque jour entre nos missionnaires et l'autorité portugaise diocésaine de Macao, investie depuis un siècle de la juridiction sur le clergé indigène; le concordat portugais tendait donc à les faire renaître, mais c'est une question, moins à résoudre sur les lieux qu'ici même par une négociation entre le Gouvernement de l'Empereur, le St-Siègc et la Cour de Portugal. Mgr. Guillemin pensant cependant que d'après les nouvelles dispositions consenties par la Cour de Rome, la Direction spirituelle de la Vice-Royauté sans doute lui échapperait pour être attribuée de nouveau à l'Evêque de Macao, avait insisté pour obtenir, tout de suite, les terrains destinés aux édifices religieux, dont il désirerait poser sans retard les premières assises, il espérait ainsi que le gouvernement de l'Empereur se considérerait alors comme engagé dans la question et se porterait garant que ces établissements ne sortiraient pas des mains de la Congrégation des Missions. M. le Commandant d'Aboville n'a pas voulu prendre sur lui de brusquer les choses pour satisfaire aux désirs de Mgr. Guillemin, et il en a référé à la Légation qui semblait du reste disposée à accéder à la demande de Mgr. Guillemin.
Une seconde difliculté fort grave vient du mode à employer pour obtenir les terrains nécessaires pour les établissements dont il s'agit.
Le droit de la victoire, que nos missionnaires ont beaucoup invoc|ué, droit incontestable, il y a deux ans, à la suite de la prise de la ville, ne semble plus pouvoir être exercé aujourd'hui ; nous y avons nous-même renoncé, en faisant racc|uisition de certains terrains, pour la communauté française. La voie de la légalité consistant à obtenir de l'autorité chinoise la concession gratuite d'un emplacement convenable, en compensation des nombreux édifices religieux dont le culte catholique a été dépouillé à l'époque des persécutions, serait celle qui présenterait dès lors, le plus de chance de voir respecter à l'avenir et quand nous n'occuperons plus Canton, les établissements de nos missionnaires. Le droit d'une restitution paraît tellement clair que les Mandarins se sont montrés peu disposés à le nier, et il serait
POLITIQLE DE I. A.Nr.LETKHKE
préférable de ne devoir qu'à ce droit seul le terrain sur lequel s'élèvera l'église Française : malheureusement Mgr. Guillemin n'a pu produire de docuinents prouvant l'existence et la saisie sans compensation, de quelques-uns des nombreux monuments religieux qui exi:^taient autrefois dans la province de Kouang- Toung. Ces documents sont sans doute entre les mains du chapitre de Macao et Mgr. Guillemin n'a pas osé lui en demander communication, dans la crainte de s'exposer à un refus.
Mgr. Guillemin a indiqué trois sites comme lui paraissant convenables pour le but proposé.
1° La Trésorerie, mais ce site, d'après le rapport de M. le Commandant d'Aboville, a été désigné pour servir de casernement à ■j ooo hommes, intéresse par conséquent la sécurité de notre occupation et ne présente qu'un emplacement à peine suEGsant ; — 2" l'ancien palais de \c, ce lieu étant près du fleuve présenterait de grands avantages, au point de vue de la sécurité, mais il faudrait que le Gouvernement Britannique renonçât au projet qu'il avait eu d'v établir son consulat ; — 3° la pagode de Tao Tie. Il se pourrait, en elfct, que les Mandarins en vissent sans regret la destruction.
Dans l'opinion de M. le Commandant d'Aboville, toute mesure qui aurait pour effet d'attribuer à nos Missionnaires, sans arrangement préalable, un site appartenant au Gouvernement chinois ne ferait que les exposer un jour à de nouvelles tracasseries et à de nouvelles persécutions. Il ne crovait donc pas opportun de donner satisfaction aux vœux de Mgr. Guillemin, toutefois, comme il en a référé à la Légation en même temps qu'à ^I. le Contre-Amiral Page, il se peut c[u'à l'heure qu'il est la question soit autrement décidée.
Si la question était encore pendante lorsque le Plénipotentiaire de l'Empeieur arrivera en Chine, c'est à lui qu'appartiendrait d'arriver à la solution qu'elle devra recevoir. Les informations reçues postérieurement à la rédaction de cette note et datées du 10 Février de Canton, apprennent cpie M. de Bourboulon appréciant les considérations développées par M. d'Aboville avait lemis entre ses mains l'affaire de la concession du terrain. M. d'Aboville se proposait, en conséquence, d'en chercher la solution par les voies légales et avait, par suite, insisté auprès de Mgr. Guillemin, pour obtenir de lui les données de nature à seconder ses démarches. M. de Bourboulon avait aussi admis les objections soulevées par M. d'Aboville contre l'alfectation du site de la Trésorerie aux établissements des KR. Pères.
LE MlMSTUE DES AtlAIliES ÉTUA.NGÈUES AC BAUON GROS IJ(J
III. — Passeports ileslinés aux niisslonnaires et aux Français fjui auraient à pénétrer dans Vintérieur de la Chine. — Rang d'un consul général. — Mars 18G0.
Peu de temps après la signature du traité de T'ien-Tsin, M. de Bourboulon avait appelé l'attention du Département sur l'importance d'assurer la plus grande publicité possible aux clauses de cet acte relatives au libre exercice de la religion cbrétiennc et sur l'intérêt réel qu'il y avait aussi à revêtir d'un caractère particulier d'authenticité les passeports destinés aux missionnaires catholiques. Les idées qu'il soumettait en vue d'atteindre ce double but, ayant été approuvées, il avait été décidé, qu'après l'échange des ratifications de notre traité, la mission de France transmettrait par une circulaire à tous les Evêques et Missionnaires catholiques résidant en Chine, soit français, soit italiens ou espagnols, des copies authenliques en deux langues des articles qui se rapportent à leur sûreté et à leur dignité personnelle, à l'exercice de leur apostolat et à la pratique du catholicisme par les convertis Indigènes. La Légation de l'Empereur devait en même temps leur délivrer leurs premiers titres de voyage et profiter de l'échange des ratifications à Pe-King pour réclamer l'apposition sur ces passeports du visa d'un des principaux secrétaires d'Etat chinois, au lieu de celui de quelque autorité relativement subalterne.
Quant aux passeports cjue les Consuls français auront à délivrer à ceux de leurs nationaux qui se proposeraient de pénétrer dans l'intérieur de la Chine, M. le Commissaire et Plénipotentiaire extraordinaire de l'Empereur avait pensé qu'il serait convenable d'adopter les dispositions suivantes. Ces titres de voyage écrits dans les deux langues française et chinoise, valables pour une année à l'expiration de laquelle ils pourraient être renouvelés moyennant une faible rétribution de chancellerie, indiqueraient le nom, l'âge, le lieu de naissance, la profession et contiendraient le signalement de la personne qui en serait munie. Ils devraient en outre être signés et timbrés par le consul qui les auraient délivrés, et revêtus de la signature et du timbre de l'autorité chinoise du lieu où ils auraient été donnés, ainsi que de la signature du porteur si cela était possible. Le Département a approuvé les mesures proposées à ce sujet par M. le Baron Gros et qui devraient être définitivement arrêtées avec les autorités chinoises, lors de l'échange des ratifications du traité de T'ien-Tsin. GoRuiEK. — Expéd. de Chine, 1860. 9
l3o fOLITlQUii DE I. \N(;i.i;TEhRE
C'est également à ce nioinciil que le Représentant de l'Empereur après s'être concerté avec celui de S. M. Britannique avait à s'entendre avec les autorités chinoises sur le rang qui devra être reconnu à un Consul général.
Le règlement de ces différents points ayant été reporté à l'époque où l'échange des ratifications aurait lieu, l'Ambassadeur extraordinaire et Haut-Commissaire de S. M. sera peut-être dans le cas de s'en occuper. On a cru devoir en conséquence les lui rappeler afin qu'il put lui-même s'il n\ rencontrait pas d'obstacle, donner suite aux intentions du Département.
IV. — Reslitalion des églises de Soung Kiang et de Pe-King. Mars 1860.
11 a semblé au Ministre de l'Empereur en Chine qu'il serait d'une grande importance dans l'intérêt de notre protectorat religieux si étroitement lié à notre inlluence politique dans ce pays, d'obtenir la restitution des anciennes églises catholiques de Soung- Kiang et de Pe-king confisquées jadis par le gouvernement chinois. Cette restitution avait été promise formellement en i8Zi4 à M. de Lagrené par les autorités chinoises, mais c'est en vain que la Légation de France leur a demandé depuis l'exécution de cette promesse. Bien qu'il ne se trouva dans les stipulations de notre nouveau traité rien qui se rapporta à la restitution de ces monumens, M. de Bourboulon pensait que l'on pourrait, si l'idée qu'il soumettait au Département était approuvée, profiter de cet acte, pour réclamer du gouvernement chinois l'accomplissement de l'engagement qu'il a contracté en i8^4- — On signale aujourd'hui cette suggestion à l'attention du Commissaire extraordinaire de l'Empereur ; il y aurait, en effet, s'il était possible, un intérêt véritable à v donner suite.
V. — Publication des clauses du traité relatives au Christianisme et punition des meurtriers du missionnaire Chapdelaine. — Mars
Avant son retour en Europe, le Commissaire et Plénipotentiaire extraordinaire de l'Empeieur en Chine avait appelé particulièrement l'attention de M. de Bourboulon sur deux clauses du Traité de T'ien-Tsin dont il jugeait indispensable d'obtenir la stricte exécution dès l'échange des ratifications de ce traité. La première est celle de l'article XIII abrogeant tout ce qui a été précédem-
INS'lliUCTlOiNS DU liAUoN GltOS l3l
nient public par ordre du gouvoriicineiit chinois contre le culte chrétien. Dans la pensée du Commissaire Extraordinaire de l'Empereur, il était nécessaire d'exiger en dehors de la publication du traité qui doit être faite dans tout l'Empire un édit Impérial déclarant, en vertu du nouveau pacte, nulles et non avenues, toutes les lois de proscription contre le Christianisme et demander en outre que dans le nouveau code qui se public à intervalles très rapprochés les peines prononcées contre le Christianisme fussent abolies.
Il s'agissait en second lieu de l'exécution des articles séparés i et 2 stipulant la punition du magistrat coupable d'avoir fait mettre à mort le missionnaire Chapdelalne et portant que cette punition ainsi que son motif soient publiés dans la Gazette officielle de Pe-King.
En retournant en Chine, M. le Baron Gros va se trouver naturellement appelé à veiller lui-même à l'exécution de ces clauses de notre traité qu'il signalait très justement à l'attention de M. de Bourboulon.