I.ETTUE \W. AI. DE ROURnOUr.ON AU COMTE AVAMCWSKI I 'i
inslruclions lui piescrivaipiil de se concerler sur toutes les mesures à prendre avec l'Amiral Français.
Je ne dois pas vous cacher, M. le Comte, f[uc je partage entièrement l'opinion de M. l'Amiral Hope sur l'incfTicacité des demimesures...
Cependant on n'était pas sans inquiétudes dans la capitale chinoise : les ouvertures discrètes faites par M. Bruce aux autorités locales avaient sans doute été transmises à Pe-King ; on racontait que des agents, et en particulier un certain Minchan, avaient été envoyés dans le Kiang-Sou pour se rendre compte de l'état des affaires, étudier les dispositions des Plénipotentiaires alliés, et agir, soit isolément, soit d'accord avec le vice-roi de Nan-king, Ho Kouei-t'sing ; tout en réalité se bornait à des démarches indirectes de Ho lui-même par l'intermédiaire du banquier chinois de Chang-Haï, Ta-ki, lié avec les Européens de celte ville et en particulier avec M. Whittall, chef de la grande maison anglaise Jardine, Matheson et C".
LETTRE DE M. DE BOtRBOULON AU COMTE AVALEWSKI, MI?JISTRE DES AFFAIRES ÉTRA>GÈRES.
Chang-Haï, 17 février 18G0.
Il parait qu'il est airivé dernièrement à Sou-tcheou un autre personnage envoyé de Pe-King mais de plus d'importance que l'émissaire Wang dont j'ai parlé à V. E. dans une de mes précédentes dépèches (et qui à ce que j'ai su depuis, était également envoyé de la Capitale, on dit ]iar Kouei-liang lui-même et non par le Scng-wang avec lequel il avait seulement communic{ué en passant par T'ien-tsin). Cet envoyé qui s'appelle Min-chan est l'un des deux secrétaires ou négociateurs de rang secondaire qui assistaient les Plénipotentiaires Kouei-llang et Houa-cha-na dans les négociations de T'ien-tsin, et aurait pour mission de chcrclier d'abord- à connaître exactement quelles sont nos dispositions et nos inlenlions, et ensuite de nous faire (peut-être conjointement
loo ir.TiM\TiM 1)1 r.\ FnANci; et de i. vNGi.ETnnnF.
avec le Coininissairo iiiipériul IIo) des proposlllons daccoiuinodcmcnl. Ces inronualions ont été données en confidence par le grand négociant et banquier Ta-ki, en relations intimes avec les Mandarins et leur intermédiaire habituel dans toutes sortes de transactions au Chef de la jirincipale maison anglaise de Cliang- Haï et rapj)orté par celui-ci à M. Bruce qui m'en a tait part. A la suite de cette ouverture, Taki a parlé en termes généraux de vives inquiétudes que les bruits de guerre répandus de tous côtés causeraient parmi le commerce, inquiétudes qui s'étaient communiquées à Pe-King même ; il a dit c[ue les principaux membres du Conseil impérial, tous les gens sages v désiraient ardemment que le difiérend avec l'Angleterre put être terminé par un arrangement ; qu'à la vérité, il y avait un parti exalté, à la tête ducjuel était le Seng-vvang qui était opposé à toutes concessions, mais que pourvu que les demandes du Gouvernement anglais ne fussent pas excessives, il pourrait être contenu et obligé à céder. M. \\ hitall (c'est le Chef de la maison anglaise auquel Ta-ki tenait ce langage), (quoique fort au fait de la situation, a naturellement répondu avec beaucoup de réserve, en engageant toutefois Ta-ki à revenir le voir. Les choses en effet n'en .sont pas demeurées là, plusieurs nouvelles entrevues ont eu lieu entre le banquier chinois et M. ^^ hitall, et celui-ci autorisé par M. Bruce, (pioique ne j)arlant bien entendu qu'en son propre nom a touché les divers points spéciliés dans l'Lllimatum anglais, et même la question d'une indenmité pour les dépenses d'armements. Ces pourparlers, comme de raison, ont été au fur et à mesure transmis d'ici à Sou-tcheou, et les réponses de l'envové de Pe-king, transmises à mon collègue par les mêmes intermédiaires, paraîtraient être dans un sens des plus favorables à un accommodement. Enfin M. Bruce est venu me voir il v a quelques jours, et m'a annoncé avec une satisfaction visible, que d'après les dernières informations de Ta-ki, un rapport avait été adressé par Min Chan à Pe-K.ing dans lequel il avait rendu compte de tout ce qu'il avait appris, en concluant à la nécessite d'un accommodement, et que la réponse du Cabinet de Pe-King était attendue dans neuf jours. Mon collègue ne m'a pas caché qu'il espn-ait ([ue ces pourparlers en éclairant le jcabinet de Pe-king sur nos véritables dispositions (c'est-à-dire sur celles du Gouvernement Britannique), en le rassurant dans une certaine mesure, amèneraient prochainement des ouvertures de sa part, qui pourraient conduire à un arrangement satisfaisant sans qu'if fût besoin de recourir à fa force des armes.
LKTTRE DE M. I)K ROUnnOl I.OIN \ M. LIÎ COMTK WALr.WSKI !.)[
Quelques jouis plus lard M. de Bourboulon donnait de nouvelles explications au Département :