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L'EXPKIlITIOS liE
MM'Af.
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naire ne fill pas arroplL'fi sur Ip iiiarch'j hova. Hioii au conlrairc. elln a {-tf. prise tr6s riiriiciiicnl par I^ comme par les citadins. La monnaio dp liillon plli'-niême passe sans difficulté. Soulos les pi^ccs d'or, qui no sont pas encore suflisammenl connues, aonl refiisZ-es ]«tr les iadigùocs. Elles sont au contraire trî-s bien acceptées par les ludions établi)* h Tannnarive. Gciix-r.i connaissent m6me la valeur de nos billets de banipio el les prennent assez facilement en échange de leui"» marchandises.
La colonne lé^re se trouve, an point de vue de l'argent, dans une situation assez précaire depuis son arrivée dans la capitale. Toujours k cause des difficultés de transport, le service de la Trésorerie n a pu monter avec elle; comme nous n'avons pas encore les moyens do nous ravitailler par Andriba, il a. fallu, dès l'arrivée, faire vivre les troupes avec les ressources locales, qui sont plus que auffiaantcs; les quelques milliers de friioc.s que les officiers et les comptables ont emportés avec eux vont Sti-e vile épuisés par les achats sur place. Heureusement, M, Dolhorbe, le directeur du Comptoir d'Escompte, qui est monté avec nous à, Tananarive, a pu faire rentrer une partie des fond» prêtés avant la guerre à quelques Hovas. Il les a mis ft la disposition du général Duchesne et ils nous permettront de vivre en attendant l'arrivée du Tivsor, que le commandement a donné l'ordre de faire venir au plus vite.
k octobre. — Une partie des troupes est campée aux ■■nvirons, où elle occupe les points stratégiques les plus importants; le reste est logé en ville dans les temples proti'sl;ints, dans des écoles et dans de grandes maisons apparli'iianl au premier ministre, h la reine ou aux grands perï^nnuages malgaches. Ici tout appartient à la lamillc de la jeine, au premier ministre ou h. ses favoris.
L'autorité militaire s'occupe de faire construiif pour les hommes de troupes des lits malgaches, qui seront complétés iivec des paillasses remplies do paille de riz. De la farine iiinnle de Tamatave pour la fabrication du pain; en attendant, nos hommes mangent du pain de guerre ou de petits gâleanx do riz (pi'ils achètent sur le marché; quand ils pourront 80 procurer du pain, ils vivront dans l'abondance, car la viande, les volailles, les légumes de toutes sortes, le Inît frais, les œufs, abondent sur le marché et sont livrés à des )in\ extrêmement avantageux. Nos braves troupiers peuvent enhn se reposer do leurs grandes fatigues et ils en ont vrai- ]]u'nt besoin. Ils sont arrivés ici it bout de forces, complètement épuisés par l'effort surhumain qu'ils avaient accompli. Ils ont tenu jusqu'au bout, surexcités par le désir de parvenir au but; mais, une fois ce but atteint, beaucoup ont vu leurs forces tomber tout d'un coup et il a fallu les faire LE ûisiRAL Di-cRKaNE ici.i..nK. viEiiiiF. miT]. eulNT OU masse dans les hâpilaux.
Le Général en chef a consacré sa première visite aux deux établissements hospitaliers organisés dès la première heure dans des locaux réquisitionnés et avec du maté'riel acheté un peu partout dans la ville. Il ne fallait pas songer k attendre que les couchettes et les approvisionnements hospitaliers rt^glemenlaires aient eu le temps de monter de Majunga ou de Tamatave. Dès le lendemain de l'entrée à Tananarive, nous avions plus de trois cents malades; ils ont été rc'parlis dans deux établissements : l'hôpital anglais et l'ancienne écolo des sœurs.
IjO Général en chef commence sa visite par l'hôpital anglais : dans de grandes salles aux murs peints à l'huile, où sont suspendues çà et là quelques chromolithographies représentant la reine Victoria en costume do gala ou des scènes de la Bihic, sont disposées des couchettes en fer munies de draps blancs, oiî nos pauvres petits soldats malades, après los dures journées passées k cacolets ou îi mulets, et les nuits de souffrance sons la lento mal close, peuvent enfin li-onver un peu de confort. Partout règne la méticuleuse propreté anglaise : les planchers soigneusement cii'és, les grandes fenêtres aux vitres immaculées, tendues de rideaux blancs qui tamisent les rayons du soleil, donnent l'illusion d'un hôpital européen bien tenu. Seuls les infirmiers malgaches qui circulent sans bruit grftco à leurs pieds nus et qui, eux aussi, ont une tenue d'une iri'éprochalile propreté, montrent que nous sommes bien en pays hova.
L'autre hôpital est situé au centre de la ville, près de la place d'Andohalo, dans une s(-rie de bâtiments construits sur une succession do terrasses : c'est l'ancienne école des Sœurs de Saint-Joseph de Gluny. Aux murs des salles sont encore suspendus des cartes géographiques, des tableaux d'honneur où sont inscrits des noms bizan-es, impossibles h retenir. Les tables des classes, les estrades des maîtresses ont été remplacées par des lits
LE\PÈ!HT!ON DE MADAC, ASC.\ fi.
hovas faits comme nos li(s dv. sangle avec une loili solulimotit Ictidiir sur lin raiire île l>ois monlé sur quaire pîpds. Il a fallLt hi loiit iniproM^r en Irais jours pour recevoir les 300 malades que conlient actuellemenl l'hôpital. Les liis mit f:té réquisition ufs un peu partout (lirn lc« ittiu-^, à l'hôpital norvôgie», au collège des Pères Ji suites Aief de la loil achelt^'c au luarelié ou a coiifertiouné rapidemeul des drap'< (Us um loppes de paillasse, m^me des chemises de rechange pour les maladts ([m arrivaieiil avec du linge eu loques. Les Hovas sont Iris inlelligtnls il infiniment plus habiles que les Sakalavcs. Gi-Ace à la division du trav ul tout a été achevé en IrJis peu de temps. Nous avons môme Iiouvl d infirmiei-s indigènes qui au bout de qu^ipies levons nous ont rtnclu r très grands services. Il élnit temps, car nous n avions plus dinfiiniid français. Des quarante emmenés au départ de Suherbievilli il en lestail deux à peu près valides k l'aiTivée à Tananarive Les autres a\aient i^li évacués poiir maladie ou étaient morts à la peine
Il est impossible d'aller i. cheval nu même h pied dans les mes de ta capitale. Le cheval glisse sur les gros pavés inégaux; à pied, étant données la pente et les difiicullés du terrain, on se fatigue trop vite. Les montées sont endroits il faut se hisser h laide des mains. De toute nécessité, les ofiiciers ont dit se procurer des hourjanes et un filanzane. Go n'a pas été commode au début : presque tous les porteiira de litanzanes sont des esclaves des Hovas de liaule caste; leurs maîtres leur avaient défenilu expressément de ser\-ir les Français. Hi'ureusement le général Duchesne y a mis bon ordre.
Les porteurs de Tananarive diffèrent autant des bourjanes sakalaves que j'employais à Nossi-Cnuiba qu'un cheval de selle diffère d'un gros cheval de ferme ; ils forment une eonfi-érie spéciale dont les adeptes s'entraînent dès l'enfance à ce rude métier. Sur leur dos, on glisse littéralement, sans secousse aucune, sans fatigue; on passe
l.-ll.'i
sans olfort par des chemins impossibles, qui di
le pied extrêmement sAr: longeant une profonde ornière,
ils savent se cramponner k une petite pierre, à uu tronc
d'arbre sur lequel nous glisserions avec nos gros soiiliei-s
ferrés.
Chacun de nous a maintenant pour aller à ses affaires une étpiipe de bourjanos auxquels, pour les reeonnailri', il a donné une livrée spéciale. C'est facile et pas cher : quelques mètres de cotonnade pour le lamba et pour la chemise, un chapeau de paille fi larges bords orné d'un ruban de la couleur préféi-ée, cl voilà les porteurs habillés. Coût, 10 francs en totalité pour les 6 bourjanes que je possède. J'en ai fait Temple te h er au zoroa. Il fallait voir leur joie au retourl Ils so pavana ent devant leurs camarades, liers du leurs cl apea t et d I urs lambas neufs.
Le Général en chef a ne i vr rose, le général de Torc> ne 1 r bouton-d'or. Le direct r d g n e et moi, nous avons choisi n r ba bla e semé de petits dessins bl fou C t une joie pour nous de o s p om n dans la ville on cet attira 1 et noi bo r janes la partagent ; ils sont n fim h coup plus bruyants que nous.
6 octobre. — C'est fûle aujourd'hui dimanche pour la colonne expt^itionnaire. L'aumônier de l'hôpital militaire, le seul prêtre catholique que possède Tananarive à l'heure actuelle, a demandé au Général en chef l'autorisation de chanter un Te Deum solennel en l'honneur de la paix dans la superbe cathédrale que les Jésuites ont
'lUenls V
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'rlige. Ces por
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L'EXPÊUrnoS' hE MAPAGASCAIi.
mi couduit ju»({ii'à Iii maison de , restèrent près do lui uvi;c ordre
su rungtiu tinsuilc de chaque cAlû du fitiinzanc de KuiniUiarivony, qui fui f ï^uu pclil-tils, où il fui icLcruô. Deux officiers d'éLul^mujor, se reluyuul eutre c de Qe pus lr> perdre do vue uu seul instaul.
Le soii'Kiôme, toute la ville commenlail l'éviSnenient, ([ui eut un relenlîasement énorme. La reine eommença pnr pleurer sur la captivité de sod mari ; elle se codsoIil vile, attendu <[Uo ce mtiri était vieux, et i|ne la raison (l'Êlal voiilait qu'elle eo eût un autre qui peut-ûire serait plus jt'Uiie; le Général en chef avait d'ailleurs à diffé- 'reules reprises muDifcslé l'intetiliou de s'appuyer sur le parti do la cour, qui gagnerait do cetio façon tout eo que perdait en influence celui de l'ex-premier ministre. Le lendemain, les larmes étaient séchées; la ivine faisait dii'u au général Duchesne qu'elle était salisfaile el elle s'informait de sa sauté.
Le (jénéral en chef s'empressa de profiter de ci-s honnea dispositions pour faire arri^tcr dans l'eulourage de la reine quatre hauts personnages de la cour, qui s'étaient compromis par leur violence et leurs exactions, et qui étaient exécrés par le peuple. Ils seront conduits snua bonne escorte & Majunga à la suite du général Metzinger et de la première brigade, qui parlent aprèif-demain pour gagner la eâtc par la route d'Andriba et rentrer en France. Les prisonnière seront internés à Nossi-Bé jusqu'à nouvel ordre; on les autorisi' à voyager en filaniane portés par leurs propres bourjancs,
Il n'est pas facile de remplacer Ruinilaiai'ivouy ii la tôle des affaii-es : à lui seul, il personnifiait le gouvernement malgache tout entier; c'était un autocrate absolu, et la reine entre ses mains n'était qu'un instrument docile. Le Général en chef a choisi pour Remplir les fondions de ju-emîer ministre Rainisimbazafy, 15' honneur, ancien ministre de l'iuiérietir. C'est un gros homme un peu épais, marchant difficilement et qui ne paie pas de mine. Ses nouvelles fonctions en font de droit le mari de la reine. Quand on l'a proposé à Ranavalo III, celle-ci a d'abord demandé avec une moue signiticalivc si le candidat jouirait de toutes les pnJrognlivrs attachées à la fonction. Le Général en chef s'est empressé de répondre qu'il était décidé en principe que le nouveau premier ministre n'habiterait pas lu palais. Ranavalo rassurée lit imm^iatement introduire Rauisimbazafy, qui attendait dans une pièce voisine. « Je te nomme premier niinisti'e », lui dit-elle. Le gros homme porta la main à son front el s'inclina profondément. ■■ Il a été décidé que lu n'habiterais pas au palaîsl » Nouvelle inclination plus profonde el plus soumise; et ce fut tout. Le lendemain, une affirhe de couleur blanche (la couleur officielle), surmontée comme d'habitude de la couronne royale, était placai-dée dans toutes les rues de Tananarive; elle annonçait au peuple que, « en raison de son grand âge, Rainilaiarivony avait besoin de repos et que la reine avait désigné RuinisimbaKafy pour le remplacer dans ses fonctions de premier ministre el de commandant eu chef do l'armée malga(.'he ».
chauds en plein \ta\ i-v-irience sous du ^va
Aujoubij'hlu 21 oclobrc csl le jour choisi pur la reiiio pour lo grand kiiWp diuiB lequel elle doil présenter soicnnollemcnl à son peuplu li; nouveau premier ministre. D6s le malin loutea les digues qui, it travers les rizièn^B, relient les villages environnants à Iii capilnlc se couvrent do lambas blancs. Une animation t;x1raordinaire règne dans les rues do la ville : hommes et Femmes eudimanehés accourent à la place d'Andohalo. Bes fonctionnaires de la cour, des dames d'honneur de la reine, pussent eu filauzune au grand Irol de leurs bourianes, se rendant au palais pour prendre place dans le cortège ofliciel : les hommes eu redingote ou en frac noir, avec le chapeau de soie et les souliers vernis; les feuiines en grande toilette européenne, les pieds très petits chaussé» do fines bottines, les m uns irriprochablement gantées de blanc; une ombrelle protège c >nli k soleil leur leiul couleur de pain d'épico. Des tsimeinihtix (couriKi-s d ta reine) parlLnt ù. chaque instant pour transmettre des ordres. Us poitent tn sautoir une grande écharpe tricolore.
Pour miui\ voir je me suis installa sur un terre-plein dominant le (heiniu par ou doit arriver la reine : la place, les terrasses voisines, les balcons des maisons environnantes regorgent de monde; les lambas bUncs sont tollcmeut pressés que, vue d'ot'i je suis, la place parait comme saupoudrée do ntige Dans tous les coins s'inslallenl de petits mat^ u ru dis Linnc* i HUiie, des comestibles de loiile sorte plact^i bien en n Ltoll blan h Lt Général en chef, qui ne veul k aucun prix ijue la
I 'FM'ri'iriDS IlE MADAUASVAIi.
cûrémoniu 8oit Iroubii^i^, » consigné la troupe ilnns si's casernes et di^rpndu aux officiers de se promcurr il.iii-. li'S ruos pcndaul k durée du kabar. Les posles .!.i!ii;:Lis que la reine rencontrera sur son passage 'iiiivriit prendrt! les armes et lui rendre les honneurs. L'iie des casernes des tirailleurs alg^Tieus donne juslemenl sur le petit chemin que va suivre la cour pour »c> rendre à Andohalo.
A 10 heures et demie précises, un clairon annonce i'iirrivt-e du cort≥ une poussée se prnduit dans la foule; le poste des lirailleura prend les armes. Voiei d'ahord un héraut arm<5 d'une longue canne, qui fait ranger lu foule; puis des fonciionnaires du palais qui commandent du huul de leui's Il i.uis i.E nuB A TASANAiiivE. — ./«PHte nNH PH.itoù» AHi.it. filau/anes & Une escouade d'ageuls de police mal-
gach(>e. Ils précèdent des soldats de lu garde royale marchant sur quatre rangs, armés de lances, vCuis de blanc el coifl'és d'une petite toque assez gracieuse. Vient ensuite la longue théorie des dames d'honneur et des parentes de la ruine portées par leurs bourjanes; ces dernières se rcconnais.senl b. leurs robes rouges; le rouge est la couleur royale, et la famiUe seule de la reine a droit de la porter dans les cérémonies officielles. Un groupe de redingotes noires et de chapeaux de soie représente lo gouvernement malgache; un parent do Ilanavalo porte en sautoir le grand cordon de Radamii II,
La reine paraît enfin, précédée de sa musique qui joue l'air national hova el d'une troupe de femmes qui chantent en battant des mains. Portée en palanquin sous un grand parasol rouge, elle est velue d'une robe en velours de mûme couleur, brodée d'or.
Aussitôt que la l-eine a pris place sur une sorte d'estrade recouverte d'un dais en étoffe rouge el verte, la musique du palais reprend l'air national, bientfll suivi de la Minsi-illnise, que l'entourage de la reine écoute debout. Puis Hauavalo se lève et un grand silence se fait tout !i coup dans la foule, pendant que d'une voix ferme la n'ino lit au peuple une adresse dont elle liont le texte dans sa main gantée de blanc : " La guerre est finie, dit-elle; tous les habitants des campagnes doivent rentrer dans leurs maisons et cultiver leurs cliamps; aux quatre points cardinaux, les roules doivent s'ouvrir. Les Français sont les fi-î'res des Hovas; il l'uul que ceux-ci les traitent comme tels. Ou a répandu partout des bruits mensongers. On « dit que les Vazahas faisaient la conquête des peuples pour les entraîner ensuite à la guerre comme mercenaires; on a dit aussi que les soldais noirs, qu'ils ont amenés en Imerina, prenaient les petits enfants pour manger leur cccur et boire leur sang. C'est faux 1 Les Vazahas sont bons el justes ; ils rendront les Malgaches heureux. »
Après la présentation du premier ministre au peuple et un discours de Rainisimbazafy, Uanavalo regagne son palais, précédée de sa musique et dos dames d'honneur, avec le môme apparat qu'à l'arrivée.
22 octobre. — La légion étrangère et le 200" de ligne repartent aujourd'hui pour la côte, refaisant en sens inverso la route que nous avons parcourue avec tant de peines el du fatigues. Du bataillon du 200° il reste 120 hommes au plus; les autres sont morts, rapatriés ou malades dans les hôpitaux.
Les conducteurs kabyles, qui n'avaient été engages que pour la durée de la guerre, vont aussi parlir; ce sera une grande joie pour eux et un soulagement pour le Corps d'occupation. Ces malheureux, dont la plupart sont minés par la fièvre el dont beaucoup sont dévoréï^ par de larges ulcères, ont perdu toute énergie et toute gaieté;
ils n'aspirent plus qu'à rentrer dans leur pays. Les auxiliaires sénégalais, nu contraire, ont gardé leur bonne humeur et leur bonne santé, (jaïs, toujours riants, prêts à tout, même à faire le coup de feu s'il en était besoin, ce sont de précieux serviteurs. Ils se plaisent beaucoup à Madagascar et font très bon ménage (trop bon peutfilre) avec les Hovas : chaque Sénégalais a pris pension et môme logement chez un propriétaire indigène, qui lo reçoit dans sa rase, npi-ès le service fait à la coserne, et ipii lui donne une hospitalité des ]dus écossaises. Tous les soirs on voit notre homme faire sa promenade entre le Hova et sa femme, à laquelle il donne la main; cet accord parfait est winclionné par une foule do petits présents : des bijoux à la femme, des vêtements au mari, etc., etc. La solde de la semaine y passe tout entière. L'autre soir, en me promenant sur la place de
L'EXPEDITION DE MADAGASCAIi.
MuhamRsine, j'obaerviiis ciiHeiispnienL phisîonrs do ce» groupes sympalhiqiiea urrôli^s devant un chanteiip popiiliiirfi autour duquel ils faiaaionl cercle en riant aux éclats : l'artiste daiisatl d'iirie fu^-on prolcsquc- et chaatail en s'accompaguant de cet élrauge Tiolon malgache dont la caisse de résonance est faite d'un^^ courge creusée : " Bonnes gens, disail-il, il y a ici près une grouse rivit-i-e qui s'appelle t'Ikopa el un gué oii les eaux sont letlement profoudes (pi 'il est difScile de le traverser sans encombre, Quand vous passerez Rur l'autre bord, ne permetlez pas qu'un voisiu ac charge de votre femme. Si vous devcit tomber, il viiul mieux choir avec elle que de la laisser fuir devant avec un ami. ■>
Pour remplacer les Kabyles, le général en chef a décidé de recruter des conducteurs hovas. Un bureau de reerulemonl fonclioune en permanence place d'Analakély, aoua la direelinn d'un officier du Irain des (équipages. Les enrôlements marchent assez bien ; noua avons déjà plus tie deux cents volontaires. Gomme signe dislinclif, on leur a donné une petite calotte rouge ; on les voit conduisant les mulets dans la ville sous la direction de quelques Sénégalais tout fiers d'avoir un commandement. Les Hovas sont disciplinés; ils ont un grand n-spect de la hiérarchie. Ce sont des qualités précieuses que nous pourrons utiliser plus lard lorsipi'il faudra créer des milices el des bataillons indigènes.
>* novembre. — Au sommet de la montagne de Tananarive, tout près du palais de In reine, s'éli^ve le palais du premier ministre, grand bAii officielle, pas plus que la reine ne réside dans la sienne. Il était très méfiant, avait une peur extrfime des guels-apens, et couchait taulôl dans un endroit, lanlAt dans un autre.
Vu de l'extérieur, sou palais paraît Cire à deux étages; mais, en y pénétrant, on s'aperçoit qu'il est presque entièrement occupé par une immense salle allant du sol à la toiture et garnie à mi-bauteur d'une galerie intérieure qui en fait tout le tour. L'ornemenlalion de cette salle est resliMj inachevée; des écliafaiulages sont encore plantés dans la muraille, tapissée d'un papier doré du plus mauvais goût. Dans la pensée de l'architecte.
hall aux vastes proportions devait servir à tenir les kalmrs suleuuels, Eu fait, il esl, les petites chambres qui occupent les tourelles d'angles, entièrement rempli d'objets de loule sorte et de toute provenance qui lui donnent l'aspect d'un immense bauir : vingt tonneaux remplis de sulfate de soude à cAlé de paniers contenant du poisson sec; sur un billard, rangé lo long de la muraille, des chaises et des fauteuils on bois doré, recouverts de velours frappé ou de jolie soie brochée; un lustre en cristal de Baccarat an fond d'une immense marmite.
Parmi tous ces objets disparates, beaucoup proviennent des douanes que le gouvernement percevait autrefois en nature, d'autres de confiscations prononcées d'une façon plus ou moins arbitraire, d'autres d'achats faits par le premier ministre soit pour son compte, soit pour celui de la reine. En réalité, le trésor royal était enfermé dans les propres coll'res de Raiuilaiarivony, qui y puisait k pleines mains; n'ayant pas h compter, il achetait, dit-on, tout ce qui lui faisait momentanément envie.
Aujourd'hui que l'ex-premier ministre est en disgrâce, le gouvernement malgache réclame sa part des marchandises accumulées dans son palais. Cela est juste, puisque la plupart de ces marchandises ont été achetées avec son argent. Lo Général en chef a dt'cidé qu'une commission composée d'un officier chargé de le représenter, d'un fondé de pouvoirs de la reine et d'un membre de la famille de Rainilaiarivony procéderait à un inventaire minutieux, rendrait à l'ex-premier ministre ce qui lui appartient, remellrait à la reine tout ce qui vient do la couronne et vendrait le roalc au profit du trésor malgache, qui est à sec. Une fois débarrassé de son contenu, le palais sera transformé en caserne.
Je suis allé ce malin voir fanciionner la commission : au moment de mon arrivée, elle faisail ouvrir une
lât
L EXPlilHTIOS 1)1-: MMiAfiASCMi.
sérii- do grosses mallcH i|iii i-onli^naîent la pnrilo-rolje de Rainilninrivoriy : plus de deiu ccnLs patres Je l'iiiiii seili's di; sair, une groRSf (le chemises empesiio vonnnl du lion Marclu'- cl du Louvre, di-s centaines de ciavai d'un rouge ou d'un bleu invraiiwmblables, des uniformeH de généraux anglais eouverla de jiaBseTnenlcries d'm-.
En vidani plusieurs vieilles caisses i-emplies de cbiiïons el reléguées dans un coin, les eoimnissoires o liTiiivi'; loul au fond 50 000 pièces de 5 francs eu argent du noire monnaie, plus une douzaine de bouteilles Sainl-Galinier remplies de poudre d'or et une t^norme cbntne d'argent qui pesait plusieurs kilos.
Dans un autre coin du palais, on a découvert, gisant au milieu de vieilles ferrailles et épar]iillés pfile-iui sur le plancher, les lexlea authentîquefl des conventions el traités passés par le gouvernement hova avec difl ronts ÊLits d'Europe : lu France, l'Allemagne, etc. Ces textes, enfermés dans de jolis étuis de velours on marnqtiin rehaussés d'or el d'iirgenl, et seell/'s avec de larges sceaux en cire vierge, onl élé l'émis au Général i chef, (pii les il fiiil ilépesir ])rovisoiremenl dans les archives de hi R.mdenee de France.
■ lUiipi-l
20 novembre 1895. — Un aide de camp de la reine apporte au Général en cln-f des caries d'inviUilioii pour la céi-éraonie du Fandroana ou fôle du Bain, qui doit avoir lieu au palais le 22 novembre. Celle féie inaugure la nouvelle année malgache el coïncide avec l'anniversaire de la naissance de la reine.
Les caries d'invitation, imprimées sur bristol crème timbré de la couronne royale, sont ainsi libellées :
C''-ri'-nionie du Fendronna en souvenir de fa naissance de Raiiovol'iiiioiij'ihn III Roitio de MaiJngnitrar, elr., etc., 22 novembre 1895. Lr 22 n'ivemhm, le ivndredi, à 7 /lei/jvs ./» mb\ un r,Hrhrp,-it In pir nu jinhii^ </.■ Mniijnhnm'nnhntn. Carte d'enfj'ée pour M,
A l'ocrasion du Fandroana, In Général en chef vient de rendre k la reine sa garde d'honneur. Depuis noire entrée fi Tananarive, Ranavalo élail gardée dans son palais par une compagnie d'infanterie de marine ijnî logeait fi pmximili'. A partir traiijniird'hui. le service dit palais sera fail ]>nr 300 snldaU hovas auxi|.ielB le
VEXPiniTION DF. MAItAG.tSC.tn.
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général Duchosnc u fait l'unilri! Ii-iit-s fusils, («ns les cartouches, liien enleudii. La reiac au p»s fait grands Ti-ais pour leur uniforme : L'Ile leur ii douué uni? longue chemisu do calicot blanc, scrrfe autour des irins par la l'einturon du sabn^Imion nette, et un vieux shako do facteur dont on a Ironvâ un gros approvisionnement au palais de l'ox-prcmier ministre. Ainsi accoulré-s, ils sont grotesques, .l'aime bien mieux l'uniforme de la police indigène qui vient d'Ûlre cryée par le chef d'cscadi-on de gendarmerie Gandelette : casque blanc du modèle de nos troupes, pantalon blanc et blouse de même couleur à paremeuls rougps. Les agents de police sont armt-s du sabre-baïon nette, mais u'otil pas de fusil. On les rencontre partout, se promenant deux par doux dans les rues avec un air grave qui on impose aux indigènes.
21 novembre. — Nous accompagnons ce malin le Général en chef qui va au palais présenter ses compliments à la reine, k l'occasion de la nouvelle année malgache. Dépari à 9 heures en filanzanci le Général en chef, qui porte tous ses ordres, est salué respectueusement par la population indigène. Nous suivons en grande tenue de flanelle bleue ; nos vareuses, qui ont Fait 600 kilomètres dans la poussière du Boéni, et qui bien souvent ont pria des bains forcés dans les arroyos ou dans les rivières, ont passé successivement par des nuances peu réglementaires : les unes sont devenue» grises, d'autres noires ; quelques-unes ont pris nne teinte violette tout à fait extraordinaire. Et les ganls! Nous avons acheté chez les marchanda malgaches, moyennant soixante centimes la paire, des moufles de fil blanc laides comme des chaussettes.
Une rangée de soldais hovas, placés devant la porte du Palais d'Argent, où doil avoir lieu l'audience, présentent tant bien que mal les armes sur le passage du Général. Us sont commandés d'une voix brève et rauque par un officier de In cour, revâlu d'un uniforme anglais, chaussé de grandes bolles molles en cuir jaune qui montent jusqu'au-dessus des genoux.
Le Palais d'Argent est une grande case en bois toute noircie par le temps, occupée tout entière par une immenBe salle dans laquelle la reine nous attend.
Banavalo, assise dans un fauteuil en velours rouge placé sur une estrade, n revêtu la fameuse robe rouge brodée d'or des grands kabars; elle est coiffée d'une sorte de diadème surmonté de plumes d'autruche blanches, et est gantée de blanc. Eu sautoir, le grand cordon de la Légion d'honneur.
Le premier ministre Ralnisimbazafy est debout au pied de l'esfnide, assisté du premier interprète do la cour,
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VEXPlihITION DE MAltACASCAn.
Paul BalHimnhaba, eu hnbit noir très corrcci. Ce Paul a siîjourn^ dpux ou trois annéns en France, où il a suivi les cours de Sainl-Maixenl; il a fait un slage dans un de nos régiinonis d'infanterie; il passe pour avoir les faveurs
L'audience est privi'e; b. part une vingtaine d'offieiera ipii composent la suite du Général en chef, la reine n'a admis que sa propre famille : sa tanle, très grosso et 1res laide personne qui accuse quarante ans bien sonnés, une petite nièce assez jolie et une douitaine de parentes et de dames d'honneur rangées en brochette sur un grand canapé et sur des eliaises disposées à gauche du trAne. La partie masculine, debout à droite de l'estrade, comprend le premier ininislre, énorme, sanglé à on perdre la respiralion dans une redingote noire, les deux oncles de la reine, dcuï vieux au teint très foncé, aux pommettes sailknles et au regard faux.
Devant le Irftne, des fauteuils ont été placés pour le général Duchesne et les généraux de Torcy cl Vovron ; nous nous asseyons derrière eux sur des chaises en bois doi-é qui viennent du paini» de l'ex-premier minisire; elles ont élé envoyées h la reine le matin même.
Pendant que le Général en chef offre k Sa Majesté Ranavulo ses souhaits de prospérité pour elle el pour son paj-H dans un discours que traduit au fur et à mesure, à haute voix el mot à mot, l'inlerpréle de la Résidence debout en grand uniforme k calé du Général, j'examine la salle extrêmement spacieuse et h plafond très haut où nous sommes reçus. Les murs sont ornés de grandes glaces avec de larges bordures dorées. Au-dessus des deux portes k double buttant, des tableaux superbement encadrés : celui qui me fait face représente deux femmes peintes jusqu'à rai-corps dans un paysage ex Iraord inaire, enlre deux polila arbres semblables k des sapins de Norvège droits et raides comme des cierg(.«. Pour composer ce chef-d'(ruvre, le peintre a employé les couleurs les plus violenlis de sa palette ; des jaunes aveuglants, des verls el des rouge» invraisemblables. A droite du Ipône, sur le mur, je découvre la fameuse scène de baluille dont on m'a tant parlé : des zouaves peints à la façon des images d'Épinal montent baïonnette en avant h l'assaut de retranchemenls surmontés d'une tour.
Celte reine k la peau noire, au coslumc européen, produit sur ce fond de peinture bizarre le plus singulier elel. AjoulK! h cela les n&gres en haiil el en redingote, les négresses de la cour revêtues de loileiios européennes aux couleurs vives el pré len lieuses, les chapeaux à plumes, les éventails agités avec des gestes maniérées, et vous comprendrez le fou rire qui nous saisissait K la gorge et que nous avions grand'peine à réprimer,
22 novembre. — A 5 heures et demie du matin, je suis réveillé en sursaut par des pélards el des coups de canon parlant de tous cûlés : les Malgaches annoncent ainsi le commencemenl de la fCle. Le Général en chef leur a fail délivrer pour la circonstance un assez grand nombre de charges de poudre; les salves dureront jusqu'à ce qu'ils aient tout épuisé.
Depuis liier soir, de grands Iroiipenux lîe bieiifs ,i|i|i;ii Irii.ini j h n'inc sent ]>ar(|i;i's sur biplace d'An-
L'EXPÉDITION ne MAnAGAKCin.
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dohftlo. Pendanl loiilo la jniirmV, rcs animaux («ronl lancés un à un par Ips rues, en liberté; la population 1pi4 cxcilera de la voix et du bftton; lus btnirjnncH clicrcheronl à les capturer à la rnurse; il y aura risos, disputes, et les pi'iis de polie* devront ne multiplier pour aiellrc tout le monde d'aecord.
Les Wiifs ainsi lAchi''S par la ville sont des l'iidi^fiux que la reine rail au peuple à l'occusifln du F;mdro.ina; le passant qui n^ussit à les saisir et h s'en emparer les garde en toute proprii'té; maïs eelte capture n'est pas faeile : le biruf, excité par les coups qu'on lui distribue rie tous cM^ et par les vociférations des gens qui le poursuivent, devient quelquefois furieux el eharge ses agresseurs : alors c'est un sauve-qui-peul général. Li.^s gens paisibles I!. ™iii (i«But (m.ti laïf — i.>.^-i> .■.,: M..^., évilenl do sortir k certaines heures de la journée
pendant les ffites du Fandroana, et le Général en chef a sagement agi en consignant ces jours-lk les troupes dans leurs casernes.
Nous dînons de bonne heure pour pouvoir assister à la fête du Bain au palais. La cérémonie commence à 7 heures, et dès 6 lieui-es trois quarts nous sommes réunis au pied de lescalier d'honneur de Manjakamindana, où un grand nombre d'officiers et de fonctionnaires attendent l'arrivée du Général en chef pour lui faire rortfge. Passent quelques membres de la colonie anglaise et norvégienne, les uns en babil, les antres en frac noir et gilet blanc, presque tous coiffés de petites casquettes do voyage.
Les dames d'honneur de la reine, qui arrivent en filanzane, mettent pied à terre avant de monter l'escalier : personne ne pénètre en chaise k porteurs dans la grande cour du palais, par respect pour Sa Majesté. Ces dames sont en grande toilette européenne avec corsage montant, mais sans chapeau : elles ont jeté par-dessus leur robe le lamba national, grande pièce d'étoffe de soie de forme rectangulaire, brodée do larges raies teintes de couleurs brillantes. Voilà les fonctionnaires et les invités indigènes également drapés dans le lamba : c'est le costume de cour.
Arrive alors une musique hova, puis deus, puis trois, formant chacune un groupe de 20 k 30 exécutants qui viennent se masser près de nous entre les doux rangées de soldats de la garde royale, échelonnés do chaque cAté de l'avenue conduisant au palais. Tous les artistes portent do petites vestes do calicot blanc et une culotte de même étolTe : on dirait un rassemblement de marmitons.
Le Général en chef parait il 7 heures 10 minutes. Immédiatement les trois musiques, qui le guettaient, se mettent à jouer à la fois, pendant que les deux lignes de soldats présentent les armes. Chaque musicien attaque l'air qui lui plaît sans se préoccuper de son voisin : notre cortège se forme el se met en roule au milieu d'une cacophonie épouvantable.
Dans la grande eour se presse une foule énorme de populaire, au milieu do laquelle un étroit passage a été ménagé pour nous permettre d'avancer jusqu'à k varangue du palais. Il fait nuit noire; à l'entrée de la cour, deux grands lampadaires munis chacun d'une vingtaine de bougies éclairent !e chemin. De distance en distance, daiis la foule, une lanterne portée par un esclave nous permet de nous orienter et de suivre l'officier de service
qui guide le Général en chef,
La varangue du palais est encombréf? de nombii'ux fonctionnaires qui vont et viennent affairés; deux soldats armés de sagaies d'argent gardent la porto à double battant par laquelle on pénètre dans la salle où doit avoir lieu la cérémonie. Cette salle est immense; elle occupe toute la surface du palais. Au crnlre, une énorme colonne en bois soutient tout l'édiiice. Autour de cette colonne, des tables recouvertes de tapis, sur lesquelles des serviteurs de ta cour ont disposé toutes sortes d'objets précieux, entre autres de Iros grands vases en argent massif exécutés par des artistes malgaches sur des modèles européens.
Les murs de la salle sont recouverts d'un papier h fond blanc et à grands dessins dorés du plus désastreux efiet. Aux fenêtres, des rideaux de peluche rouge
L' EXPEDITION l>E M Ml AC ASC Mi.
I2il
drapé* & l'europooniie avpr nsccz peu rie (^rrull. Diins un ilos coiriB opposi- ii Iil pnrie (i'ynliiîo sYiiVe une eslradu de plusieurs murchcs garnie d'un Inpîs cl suniionlée d'un dais en velours rouge onii5 dit frangea d'or. Souh co dais, lin gnnid fniiU'uil en hois dor^. A droite do l'estrade, dans un des angles de la salle, des druperies rouges limitent une sorte de compor liment ([u'ollea masquent à tous les jeux : ce compartiment est éclairé par doux appliques garnies de bougies; il contient une Litignoiru dans laqui.'lJc la reinu se plongent tout .\ l'Iieui-e, La souverainu attend on ce moment, f:acln''e derriSre les draperies.
A gauche de l'estrade, un vaste cspaee a {^U- limité par une série de cordes dont les exlr^mil^ sont tenues par des officiers de la garde royale en brillants uniformes anglais : haut casque blanc, tunique om(5e de pai-ements rouges et de galons d'or, pantalon de drap sombre. Une partie du compartiment limité par les cordes e)<t occupée par les familles des fonctionnaires de la cour; dans l'autre partie, des groupes de trois pierres formant foyers : c'est sur ces pierres qu'on posera tout à l'heure les marmites destinées & cuire le riz et la viande pour le repas de la nouvelle année.
Le Général en chef, le général do Torcy et le général Voyron prennent place sur dos fnuleiiils e\\ face du trflno; nous, noua sommes assis derrière eus sur des cliai-^es dispn: lion tout à fait n^volutionnaire que ces fauteuils et ces chaises.
Jusqu'à ce jour, nul n'avait le droit de s'asseoir devant la reine.
L'anuée dernière, au Fandroaua qui a pn'cédé celui-ci, tout le monde était debout; seul le résident de France avait obicnu, depuis quelques années, le privilège inouï d'avoir un siège bas, cl il lui avait fallu batailler pendant longtemps pour arriver à ce résultat. Aujourd'hui tous les assis- Lints de marque sont assis : les parentes de In reine sur un vieux canapé rouge, au pied
du trône ; ses deux i-iVHsnrï i.r.f n.Ei rs tE jrvi. I.II [■«•.i.iio*!.* - i.rfsi^ nnii.uï.y,
oncles, dont l'im est
revêtu d'unu longue robe en satin vert tendre, sur des chaises adossées ^ la muraille, à gauche de l'estrade.
Les dames d'honneur, les femmes des fonctionnaires du palais, et ju»[u'au chapelain de la reine, un vieus
Malgache protestant qui se prépare à faire entendre la mallrise du temple royal, ont leur chaise ou leur
lahourot.
En attendant l'apparition de Sa Majesté, les musiques font assaut d'harmonie, alternant avec des chœurs de l'emnies indigènes placées dans la cour. Rainisimbawify, le premier ministre, rouge, suant, soufflant, s'agite cnnimo la mouche du coche, suivi respectueusement dans toutes ses allées et venues par Raniamanpandry, le ministre do l'intérieur. RainisimLazafy, sanglé dans un uniforme gris-souris brodé d'or sur toutes les coutures, ne me paraît guère distingué, avec son gros ventre surplombant le ceinturon et son crâne en pain de sucre, poli comme du vieil ivoire. Je préfère de beaucoup le minisire de l'intérieur, dont la longue face pâle encadrée de favoris noirs, les yeux intelligents, contrastent avec ceux de son chef.
Mais soudain les draperies du petit réduit qui avoisinn lu trflne s'agitent et s'enlr'auvrent : le premier ministre s élance jusqu'au pied de i'(«lrade ot crie à haute voix : « Voici la reine de Madagascar! » Les musiques iiionnenl toutes ensemble l'air national malgache, les officiers hovas de garde aux barriÈres saluent à l'europ I une la main droite au cas(|uc, et Ranavalo pamil, enveloppée de la \S^\ii aux pieds dans un grand lamba en soit rouge vif Elk gravit majeslucusemont les marches de son trône, et, après qu'elle s'est assise, le défilé des (silavcs charges des détails do la cérémonie commence. Les uns portent sur leur tôto do grandes jarres pleines d'eau: d'autres des paquets de bois sec, des paniers de riz, des marmites à couvercle contenant des conserves do
L'EXPÉlUJUtA l>E MADAGASCAR.
MX Uii% l'aniU'c précédenlfi, au vieilli; femnie lient uno immeoso
viaiuie Or brruf proTeiinnl A'; momeul du dt-niior Fandroariii.
corne de buffle remplie de miel.
Tous CL-M ffens, revfllus de grandes chemises roses d'une proprelé irrépifiphable, s'insltillenl dans l'espace qu'on leur a réaervii et s'accroupissent en cercle autour des pierres prépari5ea pour servir de foyer. Bientôt le fou pétille sous les marmites, un feu de bois Iras sec qui ne laisse éciiapper aucune fumée,
L'oau nu tarde pas k bouillir dans l'un des votées; un esclave au torse d'allilète l'emporte derrière les draperies du petit réduit pour pn'parer le bain de la reine. Celle-ci vient de disparaître derrière les rideaux, qui sont soigneusement refermas sur elle; le premier ministre se promène de long en large devant la draperie, sans doute pour empPcher une uaain indiscnsle de la soulever.
Une demi-heure se passe; le bain de la reine est décidément trop long : dans lassistaneo, chacun fait k convei-sation avec son voisin, comme à l'entr'acle, au ihéfiire. Enlin Ranavalo reparaît; elle a i.'altïi;b. - UÎ6SIN t>E ii'jsjir. n^vi^lii la fameuse robe rouge et ceint le diadème royal. La musique
joue l'hymne hova, pendant que des coups de canon tirés à inicrvalles égaux flans la cour du palais annoncent ft tous les habitants de Tananarive la fin du bain de la reine.
Sa Majesté tient a la main une sorte d'aiguière supportée par un long manche et contenant de l'eau de sa baignoire fortement parfumée à l'eau do Cologne; elle en asperge tous les assistants en passant devant les fauteuils; elle s'arrête un moment devant le Général on chef, qu'elle arrose libéralement sans pouvoir retenir un sourire.
Après qu'elle s'est replacée sur son trône, les hauLs fonctionnaires de la cour et les chefs de castes, successivement, par ordre de préséance, défilent devant elle, en débitant à haute voix les compliments et les souhaits d'usage. C'est d'abord le premier ministre, Rainisimbazafy; le pauvre homme a dû apprendre par cœur un très beau compliment; mais la mémoire lui fait défaut; il s'arrête à chaque phrase, et son aide de camp, qu'il a placé derrière lui, est obligé de lui souffler les mots les uns après les autres. Le chef de la caste noire ne peut s'avancer jusqu'au trûne; il reste ft mi-route, débitant son discours do fort loin pour bien montrer son infériorité par rapport aux autres dignitaires hova». Chaque orateur dépose, après avoir parlé, une offrande dans la main d'une parente do la reine, qui se lient accroupie au pied du trône; celte offrande annuelle n'est jamais bien considérable : une piastre, deux piastres au plus.
Aussitôt le défilé terminé, Ranavalo prononce quelques paroles d'une voix lente, en traînant la dernière syllabe de ses phrases : elle annonce l'année nouvelle, souhaite des jours de prospérité à ses sujeLs et leur recommando de respecter la France, « celte grande nation qui aime le peuple malgache et dont la protection rendra la patrie prospère ».
30 novembre. -- Le jour du Fandroana, au moment même où la reine et le premier ministre hova accablaient do leurs protestations d'amitié les représentants de la France, des paysans ligués contre les étrangers assassinaient, k kO kilomètres au plus de la capitale, un missionnaire anglais, sa femme et sa fille, et, sous la conduite d'un sorcier qui prétendait rétablir le culle des anciennes idoles, se répandaient partout dans la campagne, prêchant la gueiTo sainte, incendiant et pillant les villages qui leur résistaient. La reine, conseillée par le Général en chef, avait envoyé une troupe de soldais indigènes, sous la conduite d'un officier du palais, pour rétablir l'ordre et arrêter les principaux meneurs; l'envoyé royal et ses soldats ont été massacrés par les rebelles, déjà au nombre de deux ou trois mille. Ranavalo a lancé aussitôt une proclamation qu'on affiche sur Ions les murs de la ville : les insurgés sont déclarés traîtres à la patrie ; la reine conjure les bons citoyens de s'opposer par tous les moyens en leur pouvoir au développement de l'insurrection ; elle cite les noms des principaux meneui-s, dont elle annonce la dégradation et dont elle met la tête à prix.
Non contente de ce manifeste, Ranavalo a désigné deux do ses officiers pour accompagner et guider les compagnies de tirailleurs haoussas et sakalavcs que le Général en chef a envoyées, dès les premières nouvelles, sur le théâtre de l'insurrection.
Le sorcier qui dirige les rebelles les a complètement fanatisés, li a réussi à leur persuader que ses idoles les ont rendus invulnérables; ces fous furieux s'avancent jusque sur nos baïonnettes, tendant leurs lambas pour recevoir les projectiles, convaincus que les balles seront arrêtées par leurs vêlements. Le jour où ils ont pris le coulact de nos soldats, ils sonl revenus sept fois k la charge. Depuis, les nombreux cadavres qu'ils oui laissés dans les rizières ont refroidi leur ardeur.
Taudis qu'on se bat à quelques kilomètres de la capitale, les hauts dignitaires de la cour hova conlinuent h nous accabler, à l'occasion du jour de l'an, de leurs visites et de leurs cadeaux. Les fonctionnaires de tout rang envoient des quartiers de viande, des dindons, des bœufs, des œufs, du ri^, otc, etc. 11 faut rendre en pourboire
aux porLeurs beiiiicoup plun que la valeur do ce qu'on reçoit eo nature ; et loules ctis politesses finiinienl, si l'on n'y prenait garde, par niellre notre bourse à suc. Tous les aoirs, la sique de la reine vient donner une aubade dans la cour do la résidence. Invariablement ■■ concert commence par lu Marseillaiaey qui est éi de main do niailii'. Chaque
EST: jlife
iiistrauicnliBle veut à toute force se faire enleudre; c'est it qui soufflera If plus fort cl couvrira le bruil des iii^lrumeols voisins.
Les visites se succèdent tout le
Km;; du jour: cliaquc dignitaire a'
~ I faiiiille au gimnd complet : la
liuiiuc, les filles, les petits enfants,
loui le monde veut ôlro reçu. On fait
i.ïsBiM iiK muW. * "' ' queue dans l'anlichanibre du général
Uuchesnc et jusque dans la cour
d'honneur. 11 a fallu recevoir les déléguées du la société de tempérance, une vingtaine de fcmnics en lambas d'un
Llauc immaculé. Leur présidente a prononcé un discours en malgache que l'inlerprète a déclaré fort bien tourné.
Il est même venu uue dépulalion de Sakalaves, qui ont fait sensation dans la capitale, avec leurs sagaies et leura
cheveux tressés en cordelettes : mon boy malgache prétend qu'ils ont été envoyés par leurs villages pour savoir
si ce qu'on leur a dit est réel et si le» Français occupent bien Tananarive. Arrivés le matin, après avoir fait eu
trois jours 150 ou 300 Lilomèlres, ils sont repartis le soir même pour leur pays.
\b décembre. — La saison des pluies s'annonce. Chaque soir, depuis une semaine, nous essuyons un orage épouvantable avec de fulgurants éclairs et des coups de tonnerre qui éclatent comme un pétard de dynamite. La pluie tombe en douche cl, en un clin d'œil, la petite rue qui longe ma maison se transforme en un torrent qu'il est impossible de traverser sans se mouiller jus<[n'à mi-jnmbes. Ce torrent entraîne dans ses eaux boueuses toutes sortes d'immondices. Quand on songe que les sources où les bourjanes vont puiser sont loules siluées au bord des chemins creux, et que tous ces détritus passent au-dessus d'elles et s'y mélenl, on se demande combien de milliei-s de microbes innommables les habitants du Tananarive boivent à chaque repas. En fait, les bas quartiers de la ville fournissent toujours, en cette saison, de nombreux cas de fièvre typhoïde. L'autorité militaire a bien fait de réserver pour la garnison les meilleurs puits do la ville, de placer auprès d'eux des sentinelles permanentes, et do prescrire, pour plus de précaution, qu'on fasse bouillir l'eau destinée aux troupes.
20 décembre. — Les contingents d'infanterie de marine venus de France pour combler les vides laissés par la maladie dans le Corps d'occupation, et partis il y a un mois de Tamalave par la roule que les bourjanes mettent sept jours en moyenne b. franchir, sont arrivés h. Tananarive. Ils ont laissé 90 hommes environ, sur 300, dans les ambulances échelonnées le long du parcours. Beaucoup do ceux que j'ai vus entrer dans la capitale ont des accès de fièvre. Cependant le commandement leur avait donné, au départ de Tnmatave, un couli par homme pour porter le sac, plus vingl fiIauKanes avec leurs porteurs, qui devaient charger les soldats les plus fatigués. Cet exemple paraîlra-t-il convaincant aux tacticiens d'occasion qui récemment encore, dans les journaux politiques frani;ais, demandaient pourquoi le Général en chef n'avait pas conduit ses troupes par la route de Tamalave? Le dernier courrier do France apporte, en même temps que les lettres de rappel du général Duchesne, la
L'EXPEOITIOS L>E M.\ DAU ASCAfl.
nouvelle do la uominnliun du rt-fideal gi^*iiûnil do Mu'lnguscur, M. Luroclic. Cu dornlur duil arriver i ment. La iiérlodc di' gUL-rrt' somble IcrmiiiiSi; ; l'orgauisaliou polili([U(i du pays va commencer, elle GCaiin} en | cher SB hàle d'expédier vers la cflle le reliquat des officiers el des troupes qui ne sont pas compris dans les cadres ' du Coqis d'oceupalion. J'ai reçu l'ordru de rentrer en Francs par la voie du TaraiilaïC ul la permission de partir avant que les pluies diluviennes, (jui ue vont pas tarder à tomber sans interruption pendant trois mois, aient transformé les ruisseaux en fleuves et les chemins en torrents.
La iwule de Tananarive à Tamalave a été si souvent décrite qu'il est inutile de raconter à nouveau l'odyssée de cette descente fantastique h dos de bouiganei», Jt Iravei-s les foiidiières, lus marais, les forêts vierges et les I torrents. En six jours, sept joiire au plus, les 290 kilomètres qui sépan-nt la capitale du port d'embarqué m eût sont franchie par les porteurs tmttaut, riant, jacassant tout le long du parcours sans paraître le moins du monde . fatigués par leur lourd fardeau. On s'arrête une heure dans le milieu du jour pour déjeuner et souffler un peu, et l'on repart iiltëgromcnt pour aller coucber le soir dans quelque pauvre village où, moyennant cinquante centîmoa, les indigènes sont enchantés d'abandonner pour la nuit leur case aux voyageurs. Mais quels chemins! les mulets eux-mûmes ne peuvent y passer. Pendant notre deuxième jour de route, nous avons rencontré un convoi de Sénégalais en détresse sur les pentes d'une descente presque à pic. (ihose à peiuo ci'Oyable, les noirs ont été obligés, en certains endroits, de porter leui-s animaux pour les faire arriver jusque-là. Les mulets devaient descendre jusqu'à Beforona ; i! a fallu y renoncer et les laisser Ik où ils étiùeut, dans uu poste intermédiaire : les malheureuses bâtes ne pouvaîcut plus ui avancer ni retourner sur leurs pas; elles seraient mortes à la peine.
Le jour du notre arrivée k Tamatavc, le B janvier, ta charmante petite ville qui me donne déjà un avantgoilt de France, est sens dessus dessons ; les rues sont sillonnées par des officiers en uniforme, par des fonctionnaires affairés, par des soldats en armes. L'arrivée du nouveau résident général est annoncée pour le lendemain, et Tamalave se prépare à le bien recevoir.
Dès 6 heures du malin, les Bctsimisaraka, les créoles de la Kéuuion el de Maurice, qui forment la population indigène de Tamalave, encombrent l'avenue n* 1, l'artère principale du la ville. Les troupes sous les armes font la baie de la Résidence à la plage. L'amiral Bionaimé, les notables, les officiers, les Pères jésuites, le gouverneur hova en habit noir portant au cou ta croix de Radania, se réunissent devant le débarcadère. Vers 8 heures, le canot amenant M. Laroche arcosle au bruit du canon et au son do la Mtirsçillaise jouée par la musique des Pères. Les troupes présentent les armes, et l'amiral, en tenue blanche, nomme successivement officiera et notables au nouveau Hésident général, qui a un mot aimable pour tous.
Puissent ceux qui arrivent trouver la grande île malgache plus clémente el plus hospitalière! Puissent-ils ne pas connidtre les angoisses et les tristesses qui s'effacent de mon souvenir comme un mauvais rfivc, au fur et à mesure que je me rapproche du cher pays de France que tant d'autres ne reverrout plus !
Edouard Hucquakd.
TABLE DKS MATIÈRES
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