‹ L'expédition de Madagascar: journal de campagneChapitre 10 sur 12 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

l'eiliiJie (l™ lliiVBs. — Marrlici priiilpiile. — Les ii[iériilions imilrt' Taiiniianii' — llomliaidcJiiCQL lie la ville. — Cii pHrlciiitxilaJr''. ^- i^s [roupe^ iiccu|ieiil la ra]iil,-ilr. — ICiiliiiisolennelle ilu K^nérat Diittiegne. — Insliillatiun & la Ké^idcnce de Fi'ant'c.

LE 29 septembre. — Hier noire convoi u été attaqué jinr l'oMnemi, qui nous il blessiî six hommes. Ce matin, uue patrouille du cavalerie qui avait pour mis-sion d'éolaÎR'r la raule passe devant un village k la porte duquel tous les Iiubilunls sont groupés avec les apparences Itss plus pacifiques. Les indigènes saluent la palrnuilleà grands coups de chapeau; ils sern-ntiname la main aux hommes, qui s'éloignent sans défiance. A peine noire Iroupe osl.-elle à 100 mè- Iros, qu'elle reçoit une décharge dans le dos : les prétendus paysans étaient des soldais déguisés. Le déguisement d'ailleurs est facile : le miramiio n'a qu'à cacher son fusil pour avoir l'air du villageois le plus paisible, il n'a pas d'uniforme cl, comme tous les Hovas, il est vêtu du grand lamba blanc. Ce lamlm est même très commode pour dissimuler les armes, aussi le général Molzinger, qui commande l'avanl-gardc, a-l-il donné l'ordre do n'aborder h l'iivenii' aucun Hova sans lui avoir fait au préalable entr'ouvrir son lumba el unmlrer ses deux mains.

Los mesures de clémence que le Génèml on chef avait prises vont être suspendues; le village qui nous a attaqué sera brûlé et une inscriplioo indiquera les motifs de celle exéculton.

En présence do ces dispositions hosliles, la colonne n'avance plus qu'en ■i environs; aussi avons-nous fait oo matin 9 kilomètres à peine. Pendanl toute

bon oi'dre d <■

celte niurcbe, nos troupes oui essuyé des coups do fusil. Au moment où ils débouchaient sur une petite cn^le,

les tirailleurs algériens ont ou un officier ol quatre hommes blessés.

A Ilafy, la patrie du premier ministre, où nous installons notre campement, il faut échanger des coups de fou loul l'après-midi avec l'ennemi pour placer les avanl-posles. Nos communications avec l'arrière sont coupées : un tram envoyé pour porter fies lettres à Andriba n'a pu passer; il est rentré à notre camp avec loule la correspondance.

Ia'S espions annoncent que le parti de la i-ésislance l'emporte ji Tananarive; le premier ministre a fait mettre la ville en élat de défense; sur plusieui-s poinLs, des batteries sont placées de fai;on Jl pouvoir balayer les rues ît coups d'obus.

g. i-eiue, (lîLos uu grand kabar soIi-jiik

fail juivr aux liubi-

I^-s feuiiUL'S ul les (.■iil'uuts ont ùtù l'cnvojùs; la iiiiue lauts dv se défi-iidre jusqu'à ta nioi-l.

Nous sommes à 8 kilomèlres de la capiUtle, que aous ailuqueroos demuiu.

30 Beplembre. — Nous devions nous metlrc en roule à 6 liouros et demie du matin. Dès 6 heures, l'ennemi ulUquc notre convoi et notre arrière-garde avec deux pièces d'artillerie; Je.-t obus viennent tomber h 20 mètres de la leute du Général en chef. Deux compagnies de (iriiitleurs haoui^sas sont déployées ver» l'arrière pour défendre la position «{ue nous occupons et empêcher le mouvement lournanl des Hovas.

Le général Metzinger est parti depuis 4 heures du matin pour coulourner Tananarive par l'esl aveu su brigade renforcée de deux batteries d'artillerie et du bataillon do tirailleurs malgaches. Il doit suivre une longue ligne de nréles pour arriver à la colline de l'Observatoire, qu'il lui faut occuper à tout prix. De celte colline, qui domine Tananarive, il sera facile de bombarder la ville.

Le général Voji'on attaquera de Fi-onl par le nord avec l'infanterie de marine et une balleric de canons; il attendra, avant de commencer sou mouvement, que la brigiidc Melziuger, dont le trajet est long el diflicile, ait pu opérer sa jonction avec lui, dès l'arrivée à proximité de la dernière ligne de collines qui nous sépare encore do la capitale. D'après les ordix-a du Général en clief, la série des opérations doit comprendre deux pliant-s dislinclea : 1" attaque dos collines qui, du côlé nord, forment il la ville comme un rempart naturel; 2» bombardement el, s'il y a lieu, prise d'atisaut de Tananarive.

L'état-niajor général accompagne la brigade Voyron. Nous partons k 7 heures du maliu, au bruit des canons ennemis qui lirenl sur notre arrière-garde. Pour mieux suivre les mouvemcnls des brigades, le Général en chef va se placer sur une colline d'où l'on découvre tous les environs. Au pied de celte colline s'étendent de vastes rizières bordées de digues étroites ; la route les traverse pour monter ensuite à liane de coteau ; à droite, dans la plaine, se trouve un grand village dans les rues duquel sont embusqués de nombreux soldats hovas. A gauche et un peu plus en arrière, tout notre convoi est rassemblé dans une sorte de cul-de-sac limité pur les mamelons environnants.

Devant nous, trois collint^, couronnées chacune par une batterie ennemie, se dressent sur une seule ligne comme un rcmpait, laissant voir plus eu arrière, par une échancrure, la montagne de Tananarive avec la grappe de maisons accrochées à ses Qancs el sa couronne de palais.

Le combat est déjà commencé ; les bulleries euueuiîes nous ont aperçus et lirt^nt sur nous ; un de leurs obus éelalo à 30 mètres d'une Itatlerie d'artillerie que le Général en chefvîent de poster sur le mamelon oii noussommi-s. La troupe bova abritée dans le village de droite lance des liniilleurs qui s'avancent .dans les rizières, profitant des inégalités de terrain, des pans do murs, pour se défiler et nous envoyer des balles, qui passent au-dessus de nous en si filant.

Nos canons répondent à l'ennemi coup pour coup ; au troisième obus, ils font taire la batterie installée sur la colline de droite ; les artilleurs hovas, pou)-sui\-is par nos projectiles, dégringolent la pente opposée ; ils reviennent cependant k la chaîne par trois lois. Nous n'avons pas encore rencontré une ténacité pareille.

Une compagnie d'infanlerie de marine, bientôt suivie par une autre, chasse lus tirailleurs ennemi» des rizières, et monte à l'asj^ut des batterii'S, qui sont emportées une à une.

Nous voici installés sur les crêtes d'où l'ennemi nous canouuail, el de leur sommet nous découvrons tous les quartiers de la ville. A la lorgnette, nous voyons même les habitants parcourant en grand nombre les rues étroites. Dans les carrefours il y a des attroupements de lambas blancs ; ils se pressent aussi fort nombreux sur les balcons suspendus aux étages dos maisons qui nous fonl face. Le blanc est décidément la couleur adoptée universellement en Imerina pour le costume : soldats ol civils, paysans el citadins, portent tous des lambas en cotonnade de celte couleur. Les Anglais qui vendent cette cotonnade rloivent fain' d'excellentes ad'aires, el l'oii comprend ipi'ils se résignent avec peine à nous laisser nous iniplanler dans le pays.

Le général Voyron a posté ses canons sur l'emplacement d'une batterie ennemie, derrière uu vieux mur en terre. Les Sakalavcs, qui viennent de prendre d'assaut le pic de l'Observatoire, ont tué les artilleurs ennemis sur leurs pièces; ils ont immédiatement retourné les canons et les ont braqués sur la ville; comme ils étaient tout chargés, ils ont en le pbiisir d'envoyer aux Hnvaa les projectiles que ceux-ci nous destinaient; ce sont les premiers obus qui sont arrives dans la place.

Maintenant toute notre arlillerie est en position : celle du général Melzinger à l'Observatoire, celle du général Voyron Hur lus crêtes noi-d; elles commencent à bombarder la ville. Une batterie liova, installée sur une des terrasses du palais de la reine, répond h nos canons; s<.<s pièces sont pointées à merveille el ses obus pa-ssenl h une 1res petite distance au-dessus de nos létes. Le palais de la reine, qui couronne la crête de Tananarive et se détache tout entier sur le ciel, est une admirable cible pour nos artilleurs. Deux ou trois obus k mélinite tombent toul près do lui et font, en éclatant, une fumée épouvantable dans laquelle le palais tout entier disparaît pendant quelques instants.

11 est trois heures et demie : la batterie du palais semble réduite au silence ; déjii les troupes qui doivent donner l'assaiil sont formées en six colonnes prêtes ft se mettre en roule; tout \ coup un oRicier, ([ui avait bra-.

V EXPÉDITION ht: MA }>A G A SCA fi.

I jin

que sa lorgnette itur le palais lie k reine, annonce que le grand pavillon hova, i|iii floltail un iustanl aujiiiravant au sommei d'uno dns tourelles, vient de dispanitlre, A-l-il 6i^ aLallu par un projectile? A-l-il iHi' amène; vol on lai renient?

Pour sir renseigner, le Général en chef fait venir une de» grosse» Urne lies ilirs bal te ries d'artillerie.

Plus de doute : le pavillon royal a bien été amené ; & HH plare Qolte mainteiianl un grand drapeau blam-.

Le feu dcnosbalteriis cesse h. l'inslanl, el, un ^'

quart d'heure après, un des officiers d'ordonoancc du

général Melzinger vient '■'■ i'"llii,..v.an.i. m.i l,i j j. ......

annoncer au général Du-

eliesne qu'un parlemenlaii-e bova si' présente aux aviiul-posles. C'est Marc Rabihissna, le si'civtu

ministre. Il arrive en grand lamba blanc, ch;iussé de lioUines vernie», teunnt k In luain l'inévitable chajH-au de

paille à larges borda. Il est porté en fiinnznnc ; devant lui marche un groupe d'hommes nu-pieds, en costume

national ; ils tiennent un drapeau blanc au bout d'une longue porche ; derrière, un autre groupe a également

arboré, en guise de pavillon, un immense Inmba blanc au bout d'un grand hàton.

Le général en chef a fait déployer le dmpenu du 200° de ligne ; ses trois couleurs flollenl nèrcmenl au-dessii» de la gai-de d'honneur qui s'i-sl arrêtée & quelques pas. Le Général reçoit le parlementais devant un petit mur en terre qui masque nos canons. L'emplacement est couvert de lombes ; c'est, prall-il, l'endroit oi'i l'on exécutait li's criminels; les tombeaux renfermenl les restes des suppliciés,

Marc Rabibissoa n'a aucun pouvoir pour traiter ; il est envoyé par le premier ministre pour demander simplement de faire cewer le feu de nos balleries. La reine est encore au palais et Bniuilaiarivony n'a pas quitté Tananarive.

Le Général en chef répond qu'il ne veut entrer en pourparleis qu'avec im personnage investi de lous les pouvoirs pour conclure la paix; il cessera les hostilités pendant une demi-bcure ; si, au boni de ce temps, le plénipotentiaire n'est pas arrivé, le bombardement de Tananarive recommencera et les colonnes donneront l'as-

Marc Rabibissoa se hâle de prendi-e congé el retourne vers le premier ministre de loule la vitesse de ses Imurjanes. Pendant cette demi-heure, toutes les lunclles dont dispose la colonne h'gtn' sont brnipiées avec persistance sur la route qui conduit au palais.

Dix minutes avant le terme lixé, un nouvel ambassadeur arrive dans le m^me apparat. Cette fois, c'est Raiélifer, le propre fils du premier ministre, et il a reçu pleins pouvoirs de son iière.

Le Général en chef exige l'enlrée immédiate des troupes françaises h Tananarive, le désarmement <Ie l'armée hova, la remise de tous les fusils, l'oceupalion le jour même de tous les postes de la capitale qui pourraient avoir un intérêt slralégiquo,

Lo plénipotentiaire accepte tout et repart nvec la même vitesse, uon sans avoir vu, avant de remonter en palanquin, la première colonne de nos soldats s'ébranler sur la route qui mène lï la ville. Il fnnl si- hâter; il est près de 5 heures du soir; dans une heure le soleil aura disparu; c''*! peu de soixante minutes de jour pour entrer la première fois en vainqueur dans une villi' aussi peuplée, dont les rues tortueuses, accidentées, pi-ofnndémenl encaissées, sont si faciles & défendre, dans laquelle se trouve une armée pourvue d'excellents fusils, do munitions nombreuses, el qui nous a tenu (été pendant deux jours.

Le Général en chef renonce à entrer aujourd'hui dans la capitale ; le général Melzinger ira seul prendre le commandement des troupes qui camperont celte nuit dans Tananarive, Demain, le génénil Duchesne fera sou entrée solennelle; pour ce soir, nous irons bivouaquer encore une fois sous nos lenles, pK-s des collines de l'Oliservatoire, où nous serons ventilés plus que nous ne le voudrions.

Avant qu'il fasse tout à fait nuil, nous courons r»''quisilioniier l'hûpital anglais d'isoavinnndriana, qui se

L'Esi'Einnos HE mm>.\(;.\scah.

ail 011 nous nous sommes arrêtés. Nos inaJadea el

ironl, ce soir iiii moins, Iwnnc notirrilure rt bon

trouve Pli Jpbors du k villi', fi 500 niMi-ps si'iilcmfînl do !'(.■ nos blpss<!«, (lui noua suivcnl eu cacolela dejiuis trois jniirB gile.

1" oclobre. — Une l)oUe journée pI un clair soli'il. A 7 lioiircs du matin, nous nous mntlons en route derrière le (.îém'ral en rheF. Noua aniDniiis tous en D^nellu bleiip; les plus favorisas ont des gnnls.

Deux cavaliers, la caruLine sur lo e.uisse, ouvrent lu marche ; puis vient un peloton de clmsseurs d'Afrique procédant le Général en chef, qui s'avaneo seul, à clievat; tout IV-tat-major est groupé derrière lui ; un autre peloton de cavaliirie ferme lîl marehe.

Le rorlège suit la roule de Taniatave; c'est la moins commode; mais, d'après les indications fournies par M. Ranchot, e'est celle que prennent toujours les vainqueurs on les gnmds personnages pour faire leur enln^ offieiellc dans la capitale.

Une foule nombreuse se pi-esse te long do la route pour nous voir passer. Très respecliieusemenl, les hommes enlèvent leurs grands chapeaux lorsque nous arrivons devant eux. Ils nous examinent attentivement el en silence ; la tigure de tous ces gens trahil simplement un vif sentiment de curiosité.

Les rues, dont les penlre sonl excessivement raides, sont pnv<!i?s de grosses pierres ma! jaillèes et initgales. Dans certains quartiers, le pavé manque ; il est romplaeé par de profondes ornières creusées par les pluies; on ne peut mieux comparer les rues du Tananarlve qu'à des lits de torrenls ou de cascades desséchés. Malgré lo décorum, nous sommes obligés, souvent, de mellre pied ù li'rre pour ne pas nous rompre le cou. Au palais de la reine, totiles les fen*5tres sont fermées ; il en esl de mf^me ati palais du premier ministE-e ; partout nilleiirs, la foule se presse, examinant avec curiosité le général Ducheane.

La place d'Andohalo, le quartier le plus central et le plus aristocratique, est occupé par un balailloii de lirailleurs aJgi'riens, dont les clairODs sonnent aux champs; le drapeau déployé salue au passage le Général en chef. Plus loin e'est le quartier indien, dont preiM[Ue toutes les maisons ont arboré le pavillon anglais. Lore du bombardement, beaucoup de riches Malgaches avaient fait de même, comptant, à tort ou à raison, être h. l'abri de nos canons sons ces couleurs.

Nous li-onvonsà gauche uoe ruelle étroite dans laquelle nous ne pouvons nous engager qu'à la file indienne. Nous passons sous une grande porte et nous nous arrêtons dans la tour intérieure de la Hi-sidence de France. C'est un immense palais en pierre avec perron monumental surmonté d'une marquise; il a grand air. La cour d'honneur esl Flanquée, de chaque edté de la porte d'entrée, do doux grandes constructions en briques, qui servaient & loger les employés et les bureaux.

Derrière lo palais, le terrain s'abaisse eu gradins successifs formant terrasses el reliés (mr de beaux escaliers en pierre. Sur une des terrasses s'élève la caserne, très confortable, de l'escorte; plus bas, deux petits bâtiments servaient, l'un pour l'infirmerie, l'anlro pour le logement des officiers. Plus bas encore, le terrain, planté en jardins et en bnscjuets, descend en pente douce jusqu'au lae .\nofiy.

Nous nous sommes tous rangés dans la eoiir d'honneur; le Général a faii mettre le sabre à la main aux cavaliers de l'escorle: la compagnie de pi(jiiel présenle les armes pendant que les clairons sonnent aux champs et

que tous, têle nue, le cœur plein d'une émotion profonde, nous voyons s'élever lentement le vieuï pavillon aux trois couleura qui tlotlail autrefois sur la Résidence de Franco et qui avait été amené un an auparavant au départ du résîdoni général. Ia- général Duchesnc va s'installer dans le palais même; nous nous partagerons les locaux accessoires. J'établis mon domicile dans une chambre de l'ancienne infirmerie, où je trouve une couchette toute montée. Avec (piel bonheur je vais m'y étendre I il y a si longtemps que je ne me suis glissé entre des draps blanesl

^ nu'' -

L'EXPÉUmON DE MADAGASCAR.

IMlails r#lri»pMtir« ; les raun^s dfl 1r n^Klitinn de Tanaïuirivc ; «(Tel d'un iiIiub liicn pnvoj^, — I.p Le raBernemeiil i\v» Irniipps. — I*b hapitaiiK. — l*s livn^eR An bouriaiiP!». — ïc Oeumii lu cnl — Arreslalion de [lainilaiarivony. — 1^ premier iiiiiiUlrc Raiiiisiiiit«zar;.

2 oclobro. — Nous Hpprenons des dflaib i^lrosiKTlifs iiil(''reswi[ils sur la prise di' Tananarivc : lo mouvemrnl lournanl que la rolonne lî-gôre a cxéculé autour dft la rapilalf a roniplèlflmpnl dérouté les Hnvas; nous voyant ubaadonner la roule dirrric, il» ont cru que nous renoncions à attaquer la ville t'I que nous nl'trogradions vers Tamalavc, La reine el le premier ministre, qui devaient se retirer dans le Sud et qui avaient commencé leurs préparatifs de départ, les ont immédiatement suspendus. Les habitants répandus dans les rues se livraient à toutes sortes de manifestai ions joyeuses; les maisons ont été illuminées dans certains quartiers. Le 39 septembre, quand nous nous sommes arrêtés à llafy, le premier ministre el son gouvernement persistaient encore dans leur erreur; ce n'est que ie 30, quand ils nous ont vus prendre position pour attaquer leurs batteries, que la vérité s'est fait jour dans leur esprit; mais le temps manquait pour fuir : le premier ministre el la reine ont dÛ se résigner à attendre les événements.

C'est ce départ manqué qui a amené la reddition de la place di>s les premiers coups de canon : le palais de la reine contenait des munitions de toute sorte et de gi'andes quantités de poudre; un de nos premiers obus fi la mélinite est venu eflfondrer un petit bangar voisin de la cour d'honneur et des npparlemenls privt^ de la reine, tuant une trentaine de personnes rassemblées en ce point de l'enceinte royale, et enveloppant de fumée et de débris l'endroit mémo o& se tenait Ranavalo; un second obus pouvait mettre le feu aux poudres et faire sauter le palais tout entier avec ceux qui l'iiaiitaienl. La reine et le premier ministre prirent peur : le drapi'iiii blanc fut aussitOl liis.sé. C'est grâce & ce concours heureux de circonstances tout à fait imprévues qu'iui iissiuil meurtrier n'a pas été donné el que le Général en chef a pu éviter l'oflusioti du sang français.

3 octobre. — La reine est toujours enfermée dans son palais; le premier ministre ne donne pas signe de vie; mais la ville a repris à peu pri?s sa physionomie habituelle. Les marchands ont ouvert leurs boutiques; les passants affaii-és se pressent dans les rues; le long des maisons s'installent de petits étalages en plein vent où les indigènes vendent des légumes cl des fruits : oignons, pimenls, ananas, bananes, des nèfles du Japon, des patates, des pommes de terre d'excellente qualité que le pays betsiléo envoie en quantité prodigieuse ù Tananarivc; tous ces produits sont d'un bon marché inouï.

Aujourd'hui vendredi, c'est jour de grand marché dans la capitale. La place ofi il se tient, le zomn comme on l'appelle, est située tout près de la résidence. Dès 7 heures du matin, toutes les rues qui y conduisent sont encombrées de citadins afl'airés, d'of6ciers en lilanzanes, do troupiers allant aux emplettes, d'auxiliaires kabyles ou sénégalais conducteurs de mulets, de campagnards apportant leurs légumes, leurs volailles, des paquets de rabanes, des paniers, des lambas ou des chapeaux. La place du marché est remplie de petits hangars bas couverts do chaume sous lesquels les vendeurs tiennent boutique ; ces hangars sont rangés sur

lit

L'/iXPHlUTION IlE M A PAOA SC.\ H.

plusieurs lignes très rapprochées loK unes des autres, liroilanl dans leur intervalle d'élroiles melles. GhaenD» ' de ces ruelles a sa spécialilf : iirî les bouchera, lîi les laiUeurs, plus loin le marcht; aux canuM à sucre, aux nattes, à la volaille, Ips chapeliers, les merciers, elc Les chapeaux de paille forment l'une des plus importantes branches de commerce; ils sont fabriqués dans le paya; les plus beaux, k très larges borda et à paille extrflmemenl fine, ne valent p(is plus de 1 fr. 50 l'un. Dn autre couvre-chef extrêmement apprécié des indigènes, c'est la calolle on velours ou en drap à broderies multicolore», du modèle de colles dont raffolent nos concierges. Elle coûte n-lalivement très cher; les plus riches Hovaa s'en parent avec orgueil. Les sutura catholiques indigènes de la confrérie de Saint-Joseph de Gluny viennent d'en offrir une superbe au Général en chef.

Dans le quartier des merciers, les étalages sont très intéressants k examitier en dèlail. Les marchands, assis sur leui-s talons, ont étalé devant eux sur une natte un ossorlimenl d'objets variés : allumelles suédoises, aiguilles, boulons, du fil, des .rubans, des pastilles de menthe, des bonbons anglais et même des drogues médicinales : sulfate de quinine, sulfate de cuivre, de l'ioduve de potassium dont les Hovas font un si fréquent usage, et pour cause!

On trouve de tout dans cet immense caravansérail, qu'on appelle le zoma de Tananarivo : des lambas pour ensevelir les morts nu pour parer les vivants aux fâles solennelles, des anmpy, petites idoles du foyer auxquelles le populaire assigne une puissiince m ei-vei lieuse, et môme des esclaves qui se vendent le long d'un petit mur en terre contre lequel les chalands les adossent pour les examiner plus & leur aise. Depuis notre arrivée, le marché aux esclaves est désert.

Avant l'occupation de Tananarîve, les transactions se faisaient exclusivement à l'aide de la pièce de 5 francs en argent, coupée en morceaux plus ou moins menus; chaque marchand était muni d'une pelile balance pour peser ces morceaux. On admettait que 27 grammes de monnaie coupée étaient l'équivalent d'une pièce de 5 francs entière. La différence de poids constituait le prix du change. D'ailleurs la valeur do la pièce entière variait suivant la beauté de la frappe et le millésime; les Malgaches n'acceptent pas volontiers les pièces de 5 francs antérieures au i-ègne de Louis-Philippe; ils refusent également toutes les pièces qui ne sont pas frjinçaisi's.

ces coutumes nous craignions, avnul iioiri' arrivée dans la l'apilale, que iu

Batterie Batterie Batterie

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