‹ L'expédition de Madagascar: journal de campagneChapitre 2 sur 12 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

LK 8 rUV^-mbre 189<t, le Ministn' do l;i guirre mVnvoyail d'iirpcnri' l'ordri' cIl- m'einbarquiT pour Mailngascar nvvc lo «ommaiidanl liu gt^nie Miijîui' sur lu paquebot ïrmiuaiUiy ptkrlatit le 12 du raôniH mois de Marseille, Il nous donnail mission dn choisir l'emplaReineul t'I de préparer l'iiislallalion d'un sunaloriuin de eini[ ctiiils lits, destiné à recevoir le» e.ouvalesceiils du corps expéditionnaire, el il nous invitait, avant d'ari'iîlor déHnitivenient uolro elioix, à visiter la moulagne d'Anihn-, les Oomores, Mayolle el Nossi-Bé.

Noua louchons, le 18 décembre, à Port-Saïd, et le lendemain 19, ii 1 heure du malin, nous nous en^goons dans le canal de Suez, La iravorsée de ee eanal cofllo cher. Le droil d'entrée, pour chaque passager, usl de 7 fr. 50, sans compter le droit de fret sur les marchandisea. Le commandant de l'Imounddy a versé 30 000 francs pour son seul baleau ft l'administration du canal.

23 décembre. — Ce matin, nous devons arriver A Obock, et d&s la pointe

.«iiti hAiiii.t. — i.)>^i> tif, ii..™Mi. du jour nous fouillons l'horizon pour tâcher de découvrir la terre. La voici

qui apparaît comme uue longue bande grisâtre battue par la mer, Bieutâl

nous distinguons, il l'extnîine pointe, la maison blanche du gouverneur, les Mtiments do l'hâpitHl, un petit bois

d'acacias, le pénitencier colonial, lo village nègre, tout cela rangé sur une môme ligne droite, face à la phige.

/Vb'/hp l'itia Ivn (Icfiii* de re foyiigr. oui ^té ftfc'cdlt'ii rFaprfii U* pholognifjhien ilii U- llnri/uard; le» huit Mijel» «BtvanU anl fû ilKK»itté» d'ajirin Icê jihotagmphiet eommwiii/uéta par JM. ï'i'ini/re, l'illuitmleur de Uilenl, enwyé ïprfcîuf du Monde IlluBlrii ') Mndngnti-nr : En l'olouiie iliuiK \w grand» niitrÙH.

|i, {i3: Travernâc de la rivliVc do Harciviiav, |i, 5^; Ciin»iiiiii''iii [liivralc reniorquanl dos «'halainl!!, [i. &i; \.c Invoir des liniijk'urs i, Hsrolnlo, p. Sï; FunérailteB du (.-agMiraJ Sa|>in et du lii^uknant AugOï-Dufresse, p. 73^ Petite vue do HévataiHinn, p, 7&; Tearuwnts. p. 76: l'iare iIl- Mi}valanaiia. Canoni^ [iris buk Iionos, p. 77.

Dans le port, un slalionnaire, peint en blanc de rexlrémitë des mais h la coque, vient d'arborer Tétroite flamme tricolore qui indique un navire de guerre et répond au salut de notre bateau avec son pavillon. Nous jetons Tancre, et aussitôt des boutres arabes et de petits canots indigènes entourent le paquebot pour décharger les marchandises ou embarquer des provisions.

Le poste d'Obock est affreux. Sous ce soleil de feu, les Européens ont peine à vivre; aussi les relève-t-on tous les six mois. Nous arrivons pendant la saison fraîche : en juillet, le thermomètre monte à 45 et même à 48 degrés dans le milieu du jour.

Il y a en ce moment à Obock un gouverneur et 17 Français, non compris l'équipage du bateau stationnaire. Ce port va être abandonné : les navires iront mouiller à Djibouti, k 20 milles plus loin. Djibouti possède, paraît-il, une rade meilleure, et les communications y sont plus faciles avec les caravanes venant d'Abyssinie. 11 n'y a d'ailleui*s à Obock aucune curiosité qui puisse tenter le voyageur, à part les timbres, dont le gouverneur a fait éditer une collection des plus variées, que les amateurs s'arrachent. Il en est qui valent de 50 k 100 francs. Ce commerce rapporte tous les ans un joli revenu k la colonie.

24 décembre. — Je me réveille en rade d'Aden, à 6 heures et demie du matin. Une tasse de lait avant de descendre k terre; il faut profiter des heures fraîches : quand le soleil est déjk haut k l'horizon, il n'est pas prudent de s'aventurer au milieu des rochers arides et surchauffés.

Nous avons maintenant le costume des pays chauds : pantalon, veste, casque, ombrelle, tout est blanc. Déjk les Somalis nageurs entourent notre bateau et encombrent l'échelle. Ils nous assourdissent de leurs cris : « A la mer! k la mer! » pour qu'on leur jette dans l'eau les menues pièces de monnaie qu'ils iront se disputer sous les vagues en plongeant comme des marsouins, malgré les requins qui pullulent dans ces parages. Ils sont venus dans leurs petites pirogues faites d'un seul tronc d'arbre, si légères qu'ils n'ont besoin pour les faire évoluer que d'une seule pagaie formée d'une longue perche, avec une rondelle de bois hxée k chaque bout. Ils passent partout; ils grimpent partout, en s'aidant de la moindre saillie : le bateau en est envahi. Il y en a une douzaine assis sur la tente qui recouvre le pont; d'autres sont couchés dans les embarcations hissées aux portemanteaux de bâbord et de tribord. Ce sont de vrais singes : on les chasse d'un côté k coups de balai ; ils font la grimace, et reviennent de l'autre.

Le transport à terre coûte une demi-roupie par personne. La roupie, monnaie anglaise en usage dans toute l'Inde et l'Afrique, a une valeur qui varie suivant le change local. A Adcn, elle vaut actuellement 1 fr. 40 environ.

Avant de nous embarquer, nous avons dû nous approvisionner de roupies près des changeurs juifs, qui sont venus jusqu'au bateau nous faire leurs offres de service. Ces juifs d'Aden sont parfaitement reconnaissables à leur coiffure : ils portent les cheveux très courts, sauf deux petites mèches longues et généralement bouclées, qui leur descendent de chaque côté de la tête sur les oreilles et qui leur donneraient une vague ressemblance avec des épagneuls, n'étaient leurs nez droits et busqués. Malgré leurs efforts, nos rameurs mettent assez longtemps pour nous conduire k terre, à cause du vent contraire qui souffle le matin. A quelques encablures du débarcadère, ils nous font faire la halte obligatoire qui va leur permettre de s'habiller : pour ramer, ils se sont mis k peu près nus, mais ils veulent débarquer avec tous leurs avantages; l'un passe une vieille culotte de matelot k laquelle il ne manque que le fond, un autre une vareuse qui n'a plus qu'une manche, et ainsi de suite.

Les navires qui viennent du large ne jettent pas l'ancre devant Aden, mais devant Steamer^Point (la pointe des bateaux), où se trouvent la ville anglaise, les hôtels et la plupart des maisons de commerce. Steamer-Point s'étend tout le long de la baie, qui forme comme un arc de cercle bordé de maisons blanches; les maisons sont adossées k une ceinture de rochers rouges, nus, brûlés, qui entourent la ville d'une haute et imposante muraille. Sur ces rochers sont construits un phare, des casernes, enfin quelques confortables cottages anglais où, leurs affaires terminées, les grands négociants de l'endroit vont se reposer de la chaleur du jour en respirant la brise de la mer.

Vite une voiture, nous avons justo le temps de faire une promenade aux citernes. 11 y a k Steamer-Point des stations où l'on trouve de petits véliicnU^s k quatre roues, munis d'un vélum pour éviter les insolations. Ils sont traînés par des poneys indiens et conduits par des Malabars k turban rouge. Ces voitures sont tarifées, et moyennant 4 roupies elles mènent ])ride abattue les voyageurs k Aden et aux citernes. A l'heure où nous les prenons (7 11. et demie du matin), c'est une promenade charmante. Nous parcourons d'abord les quais de Steamer dans toute leur longueur, puis, laissant k gauche le port marchand, dont les appontemenls sont encombrés de balles de café, nous nous engageons dans les lacets d'une route qui monte au flanc du rocher, pour aboutir k la porte d'Aden. Cette porte, pratiquée en pleine roche et gardée par un poste de Cipayes, est, avec un étroit passage souterrain, l'unique brèche par laquelle on peut sortir de l'enceinte de rochers qui environne la ville anglaise. Partout ailleurs, les rochers sont reliés les uns aux autres par des travaux de terrassement ou par des forts, de sorte qu'il est impossible de les franchir sans l'assentiment des Anglais.

La route descend en pente douce l'autre versant des collines pour aboutir k une grande plaine dans laquelle sont construites les casernes de Cipayes et la ville nègre qui porte le nom d'Aden. Cette route est extrêmement fré(fuentée. A chacjue instant nous rencontrons de nombreux indigènes qui vaquent k leurs affaires, des Malabars

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«irBpés dana des éloffes aux couleurs violontt's, doB Pai-sis i-oilWa do longs lioiint-ts poiutUR, des AJiyssins couleur (le suie et dt'H Sonialis ^ la peuu bronzûo, conduisant do longues fili's de clinincntix cliargé:i de bois see ou d'herbe telleineul desséchée qu'elle a pris la couleur de In mousse arlificriellemeut teinti- en verl.

La voituri' tourne adroite et, aprfs avoir longé le champ de manœuvres, elle s'engage dans les j'ues d'Adeii. Ces rues sont élroiles el tr^s fréqnenléea; les indigènes prenuenl le frais du iiintiu devant leur porlc, assis comme des tailleurs sur dos esp^cs de lits en treillis de bambou, Beaucoup de Somalis ont les cheveux teints d'une couleur jauno filasse qui fail le plus drflli; do contraste avec leur peau bronzée et leurs yeux très noirs. Us obtiennent celle teinte en saupoudrant leur chevelure noire el rrépue de chaux vive, el ils font retle opération soil par coquetterie, soil souvent pour débarrasser leurs cbeveux des parasiites qui y foisonnent. Sur une pelile place entourée de mure k hauteur d'appui, un grand nombre de chameaux, accroupis sur les genoux. prennent leur repas du malin, devant leur gardien, qui leur tend d'une main un peu d'herhc desséchée.

Les citernes sont situiios à l'exlrémilé de la ville d'Aden, Construites, dit-on, par Salomon el détruites par les Romains, elles ont été rebâties el réinstallées complètement par les .\nglais. 11 y a dix ou douze réservoirs qui sont séparés les uns des autres par des conduites en maçonnerie et qui peuvent contenir de S 000 ^i 12 000 gallons d'eau chacun. Ils occupent lo fond d'une vallée IrÈs étroite, liordée de rocher» vnlcjiniques presque ît pic. Les anciennes coulées de lave ont sillonné la surfare de ces rochers d'élroils canaux qui vont du sommei k la base, et comme le roc est imperméable, toutes les eaux de pluie doivent suivre ces cananx, qui les amènent jusqu'aux réservoirs des cilernes. Seulement, il ne pleul pour ainsi dire jamais k Aden, si bien que les citernes sont toujours vides. A peine Irouve-l-ou dans les plus profondes une mince nappe d'eau croupissanle, couverte de conFerves. Si les Anglais devaient boire de celle eau, il y a longtemps qu'ils auraient quitté lu place. Toute l'eau consommée à Aden par les Européens est de l'eau de mer, distillée k grands frais à l'aide de puissants appareils venus d'Europe. Ce manque d'eau complet fait qu'il n'y a aucune végétation possible sur la cale : la terre, horriblement nue, ne produit rien; l'herbe nécessaire aux animaux, le bois même qui doit servir pour la cuisson des aliments, vicnuenl de fort loin k dos de chamoau.

31 décembre. — D'Aden à Zanzibar il y a six grands jours de traversée, pendant lesfiuols nous n'avons vu ni un bateau, ni un coin de terre, sauf le cap Gardafui, aride el désolé. Aujourd'hui, nous allons faire escale h Zanzibar, et le pilote qui doit nous guider pour entrer dans la rade, d'un accfsa difficile ît cause des récifs de coraux qui l'entourent, accoste V Irnoiinil'hi au petit jour, sur une barque indigène k balanciers faits d'un seul tronc d'arbre. Ces barques, eu usage k Zanzibar el sur la côte de Madagascar, sont extrêmement étroites; elles n'auraient aucune stabilité sur l'eau sans les deux lourdes poutres maintenues de chaque cAlé, il prf« de 1 mètre des bords et au-dessus de l'eau, par des traverses en bambou reliées k l'embarcation. Par les temps do grosse mer, pour empCcher le bateau de chavirer, les indigènes sont souvent obligés de monter sur le balancier, donl ils augmentent ainsi le poids. Ils s'y cramponnent, accroupis sur les talons, tandis que le bateau file à loule vitesse, poussé par la petite voile qiiadrangulairc qu'ils ont hissée.

Pendant que nous avan(;Dns lentement, la côte d'Afrique se déroule devant nos yeux comme un panorama splendidc. Le rivage est bas, couvert de superbes cocotiers et de manguiers énormes, qui abritent sous leur épaisse ramure les petites cases basses, recouvertes do chaume, des indigènes. De dislance en dislanee, nous découvrons de jolies maisons blanches, bordées de vérandas spacieuses : ce sont ou des palais du sultan, ou des maisons de plaisance appartenant aux riches commerçants européens ou indiens de Zanzibar. Un de ces palais semble avoir été abandonné depuis longtemps; son toit est crevé en plusieurs endroits et ses murs s'écroulent sous l'efl'ort des plantes parasites. 11 appartenait, me dil-on, à l'ancien sultan; à la mort du souverain, toutes les portes el les fenêtres onl été fermées, et l'habitation entière, y compris les meubles et les tentures qu'elle contenait, a été abandonnée k l'effort destructeur du temps : ainsi le veut la coutume locale.

Nous approchons peu à peu; au loin, une grande ligne do maisons blanches semble émerger des flots : voici le palais du sultan surmonté de la grande tour, dite de l'Horloge, qui donne l'houro officielle, les maisons des consulats avec leurs pavillons; nous distinguons les détails des quais, qui s'étendent à perte do vue, limitant le port, les nombreux bateaux et la llotto Innombrable de boulres arabes et des petites barques Indigènes do toutes dimensions et de toutes formes.

Aussitôt Xlriiouoihhj ancré it 500 mètres du débarcadère, nous nous rendons k lerrc par une petite burqne indigène. A peine avons-nous louché le sol, que nous nous voyons soudain entourés par une foule de négrillons criant, hurlant, gesticulant, su cbamailluol, qui veulent k toute force s'emparer de nos ombrelles, afin d'avoir un honnête prétexte pour nous réclamer le Ijocchk-h (pourboire) traditionnel. Nous nous débarrassons de ces fâcheux en faisant le moulinet avec nos cannes, et nous choisissons pour nous guider le nommé Ali, un grand Zanziliariie couleur de bronze, coiffé d'une chéchia rouge et velu seulement d'une chemise en calicol blanc qui lui emprisonne étroitement le cou ut qui descend jusqu'au-dessus de ses pieds nus. Il est muni d'une baguette llexible. Nous pouvons être tranquilles, à présent; il ne laissera plus approcher personne.

Nous traversons la place du Sultan et nous nous engageons dans un dédale de rues étroites et tortueuses qui doivent nous mener au consulat de France. Ces rues sont bordées de gi-andes maisons à plusieurs étages, dont

4 i: i:\PEIilTlflS liE M AU AC ASC Mi.

Jcs murs, badigeoiini^s de (rhaux, nous renvoionl brulaloun^ut los rayons du soleil brûlant qui nous poiirtmit depuis nolit* ilpscente ?i [«rry. Les maisons sonl portées d'élroiles feni^lres, soîgnfiusemeïil fermées «vue de petils grillages ou des volels de bois peint. Elles ont toulcs de superbes portes, admirablement aculplépa dans le goill indien et garnies de beaux clous de cuivre dselt's, k l&Ios pointues et saillantes. On dirait des portes de cathédrale ou de palais. Quelques-unes sonl enlr'ouverles et noua laissent voir un grand vestibule garni de baiirs et donnant sur une cour intérieure, ombragée de beaux palmiers. A l'entrée du vestibule se lient un nègre de haute stature, armé d'un bâton ; sans doute le concierge du pittoresque hôtel.

Une foule bariolée, grouillante, alTairée. se coudoie dans ces étroilet; ruelles, qu'elle encombre; toutes tes races et toutes les couleurs de peau semblent s'y être donné rendez-vous. Presque tous ces gens sont vêtus de la graude gandoura blanche. Les Arabes riches Honl coitl'és d'un ample turban et passent par-dessus la gandoura une longue robe de drap noir, rehaussée de riches bordures en broderie d'or. Cette robe est ouverte sur le devant pour laisser ît dérouvert une large ceinture de aoie à grandes raies multicolores, dans laquelle est fixé un superije poignard fi lame recourbiH!, il long manche d'argent arlislement travaillé. Les pieds nus sont chaussés de sandales, plus ou moins ornées, dout la semelle est fixée par une lanière transversale en cuir vert, passant mir le coude-pied, cl une autre plus petite se relinnl h la première entre le poure et le deuxième orteil. Tous le» Arabes de haute lignée, y compris le sultan, portent le même costume; les ornements en sont plus ou moins riches, suivant la fortune du propriélitire, mais la coupe est toujours identique. Ils vont gravement, majestueusement, par les rues, sans su hâter jamais, et leur allure compaasée forme un contraste frappant avec celle des nègres de basse caste, qui sont toujours pressés cl trottent du matin au soir.

Les négresses sont extrêmement pittoresques, avec leura cheveux soigneusement tressés en une intinité de petites nattes, leur pagne blanc semé de grands dessins bleus. Ce pagne est lise aous les aisselles, de façon à laisser à découvert les bras, les attaches des épaules et la poitrine jusqu'à la naissance des seins. Quelquesunes de ces négresses ont la ligure à demi cachée par une aorte de masque formé de deux valvea en cuir, rehaussées d'or et d'argent. Ces valves reviennent comme deux volets sur les joues el ne laissent entre elles qu'une légt-re fenle à travers laquelle on n'aperçoit que le nez, la bouche et le milieu du front; les oreillères en cuir qtt'on fait porter aux chevaux attf le-, rappellent assez bien leur forme, leur disposition et leur mode d'attache.

Les négresses et les Indiennes couvertes de bijoux comme des châsses, sont les seuls représeulanLs du sexe faible qu'on peut apercevoir en pircourant les rues. Les Arabes conlînenl leui-s femmes dans des harems soigneusement placés, h. I abri des rtgard'j profanes, daus l'endroit le plus reculé de leurs maisons. Les grands murs blancs que nous longeons forment un rempart impénétrable que notre civilisation européenne n'a pu réussir encore à faire tomber. Le sultan actuel n'a qu'une seule femme, mais les ministres et les principaux dignitaires de sa cour en ont chacun un grand nombre, qu'ils gardent prisonni^res au fond de leur palais, sous la surveillence de leurs nombreux esclaves Les Anglais, qui se sont emparés du protectorat de Zanzibar sous le prétexte d'abolir l'esclavage, savent parfaitement que c'est impossible, el mainlenanl qu'ils sont arrivés ù. leurs fins, ils ferment les yeux.

Noire première visite est pour h Lonsnl de France, qui habile une grande maison arabe avec un joli jardin rempH de beaux arbris où inquetlent des milliers de callats au plumage noir et au gros bec rouge, très communs K Zanitibar, Noua aurions bien voiiluobteuir une audience du sultan, mais Son Excellence Mohamed Twenei ne reçoit que le matin. Le consul nous promet de demander pour nous au palais une voiture qui nous permettra de faire une promenade à la campagne quand la chaleur du jour sera lombée. Seul, le sultan possftde des voitures il Zanzibar. Il les met & la disposition des étrangers quand les consuls lui en font la demande.

• La voiture doit nous prendre k 4 heures chez le consul ; en attendant, guidés par Ali, nous allons visiter lu ville. Tout le commerce de détail est entre les mains des Indiens, qui occupent un des plus beaux quartiers. Les uns sonl tailleurs, d'autres changeurs, d'autres vendent des curiosités, de jolies cannes en peau d'hippopotame ou des objets en argent repoussé d'un beau travail. Les objets d'argent se vendent au poids : on place l'objet dans le plateau d'une balance ut on fait la lare de l'autre côté avec des roupies. Un compte ensuite ces roupies, et l'on ajoute le quart pour le prix du travail.

En retournant chez le consul, nous passons près du marché, qui se tient dans un étroit carrefour, sur lequel donne une grosse lour, reliquat des anciennes fortifications de la ville. Les indigènes peuvent se procurer sur œ marché tous les légumes el les fruits du pays : mangues, mandarines, bananes, noix de coco, ananas, jaquiers, manioc, girofle, etc. Zanzibar est un des grands marchés du girofle. Je suis passé près d'un magasin qui en contenait plusieurs voilures. L'odeur s'en répandait fort loin dans la rue. A cûté de ce magasin, il y en avait un •iulre où des indigènes étaient occupés k enfermer dans des sacs des défenses d'éléphant. J'en ai compté plusieurs centaines, qui sans doute avaient été amenées de l'intérieur par les caravanes.

La voilure est prèle el nous attend q la porte du consulat. C'est un grand landau attelé do deux petils chevaux indous. Sur le siège prennent place un cocher malabar, k grand turban rouge, et le drogman du consulat, un beau nègre de Sainle-Marie-de-Madagascar, richement vêtu, comme un .\rabe de grande caste. Nous faisons si bel elïel en cet équipage, qu'eu passant près du palais du sultan nous voyons sortir le poste, dont les soldais

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nous présentent les nrmeB, Ces soldais sonl vêtus à peu prùs à l'européenne : ils onl le pantalon btane, la veste do même couleur et une petite calotte tpii porte sur le devant un éousson bi'odé figurant deux drapeaux rouges entre-croiaïs.

Le chancelier du consulat qui nous accompagne donne l'itinËraire. Nous passons d'abord, au grand trot^ & travers le di^dale des étroite» rues de la ville. C'est merveille qu'à celte allure nous n'accrochions pas à chaque coin de carrefour et noua n'écrasious pas les pieds de quelques passants : la voilui'c est presque aussi large que la rue. Notre cocher pousse k chaque instant une sorte de grognement rauque qui fait ranger prestement le populaire sur les côtés du la chaussée. Après avoir passé sur un pout de pierre, jeté sur la lagune, nous nous engageons dans un long faubourg boi-dé de chaque c6té par des cases indigènes très basses. Les murailles en sonl faites avec un treillis de boîs dont les mailles, Irws larges, sonl comblées avec de la terre gâchée; la toitun^ est formée d'une couche épaisse de feuilles de cocotier. Tous les liaLilanls de ces cases sont de petits marchands qui ont établi leurs étalages sous l'auvent de la façade donnant sur la rue.

Nous voici maintenant eu pleine campagne. Le paysage est magnifique : des manguiers énoi-mcs couverts de fruits, des cocotiers mesurant 8 ou 10 mètres de hauteur, surmontés d'un bouquet de grandes palmes vertes, des plantations de manioc, de ricin, de girofliers, de canne à sucre. Parlent devant les petites cases basses, éparpillées au milieu des champs, de vieilles négresses pilent dans des mortiers de bois le riz ou le sorgho qui doivent servir au repas du soir.

Nous nous arrêtons un instant, pour laisser souffler les chevaux, près d'une mosquée construite en pleine campagne, à l'ombre d'un énorme ja({uier dont les fruits, semblables à de grosses citrouilles vertes couvertes de verrues, pendent du tronc même, à la naissance des grosses branches. A travers les grandes baies qui remplacent les fenêtres, je vois un vieil indigène, accroupi sur les talons, le nez armé de lunettes énormes, lisant attentivement dans un Coran crasseux. Plus loin, un gi'and Arabe aux yeux luisants, maigre comme un ascète, se lient debout, tourné vers le soleil couchant, dans nue attitude de prière, immobile comme une statue.

Pour rentrer, nous prenons une autre route, qui nous conduit, en longeaul des étangs où nègres et négresses font leurs ablutions du soir dans le plus simple appareil, jusqu'à la promenade la plus fréquentée de la ville. Nous croisons tout le long du chemin la partie siflect de la population européenne de Zanzibar : le ministre anglais, de grands commerçants allemands avec leurs femmes en amples robes toutes blanches, serrées à la taille par une ceinture; elles portent, comme les hommes, le casque des rolonies, qui li^ur donne un aspect peu banal.

2 janvier 1895. — Un fallu trois jours k l'Iraouudily pour aller de Zanzibar h Mayotle. Aujourd'hui, d&s G heures du matin, nous distinguons à l'horizon l'Ile du D'zaoud'zi, couronuée par une série de petits mamelons verdoyants.

Le groupe de Mayotle compi-end trois Iles principales : Mayolle, appelée aussi la Grande-Tene, D'zaoud'zi, et Pamanzî. Toutes c*'s Iles sont entourées d'une ceinture h peu prî'S ininterrompue de coraux, formant de très longs bancs presque à fleur d'eau. Entre les coraux el la plage sont des criques spacieuses, mais d'un tn'js difficile accès, attendu qu'elles ne communiquent avec la pleine mer ijue par des passes étroites bordées de récifs dangereux. Le bateau marche très lentement; il pleut à torrents et la vue est forcément très boinêe, à cause de celte pluie qui obscurcit tout. Au moment oii nous jetons l'ancre, l'horizon s'éclaircil soudain et nous pouvons embrasser toute l'étendue de la rade, dont la vue est léellement fort belle. A bâbord, la Grande Teriv avec sa couronne de montagnes couvertes de forêts, et sur la plage un village dont les cases en paille semblent se mirer dans l'eau. A tribord, la petite tle de D'zaoud'zi, toute vei-doyanle, reliée à l'île de Pamanzi par une jetée étroite faite do main d'homme.

La majeure paj'lie de la colonie française habite D'zaoud'ïi, où se trouvent l'hûlel du gouverneur, l'administration des postes el l'hâpîtal. L'hâpital est un grand bâtiment en pierre très bien construit contenant des salles assez grandes et suffisamment aménagées. Il y a place pour soixante Hls environ. L'administration pourrait en nu'lli-e facilement trente à la disposition du Coi'ps Expéditionnaire; seulement, ii D'zaoud'zi, la fièvre paludéenne règne en permanence, et de plus on no trouve pas d'eau. Le gouverneur a été obligé de faire construire des citernes qui recueillent l'eau des pluies; elles soûl bien pourvues en celte saison où la pluie ne tombe que trop, mais <{uand arrivera le période de sécheresse, de mai îi septembre, il faudra envoyer chercher de l'eau k la Grande Terre dans des baripies qui mettent une heure pour faire le trajet aller et retour.

11 y a à Mayolle des plantations de canne à sucre et de vanille trt's florissantes; elles sont presque toutes situées sur la Grande Terre el elles ofl'rent un séjour assez malsain à cause des marais qui les environnent. Chaque plantation exige un troupeau de 100 a 300 bu.<ufs pour les charrois et un personnel très nombreux, variant entre 200 et !.Û0 Iruvailleui-s.

Le gouverneur a fait bAtir, à <tbO ou 500 mètres d'altitude, sur un des pitons les phis élevi^ de la Grande Terre, une villa assez spacieuse où, pendant les grandes chaleurs, il va se reposer avec sa famille des fatigues du climat débilitant de Pamanzi. Si Mayotle n'avait pas une réputation d'insalubrité, malheureusement ti'op justifiée par sa ceinture do marécages, on pourrait envoyer dans ce minuscule sanatorium, gracieusement mis à la disposition du Corps Expéditionnaire par l'administration locale, cinq ou six officiers convalescents tout au plus.

6 VEXPÉlUTiON DF. MMiAGASCAH.

k JBnvier. — Nous uvous quitli5 Mayotlc hier soir ii 5 heures, et co malin "h 7 heures X Ivaouaddy jelle l'ancro en rade de No»si-B^. Nnssi-Bé, on malgaclie, veut dire la (irande-Ilc. Sa rade, vue du large, esl des plus pilloreatpies ; elle forme un arc de cercle bordé de collines en majeure partie couvertes de beaux arbres. Devant nous, sur un pelit promontoire ijui se prolonge dans la mer par une jetée de pierres siVlies, se trouve HellvïUe. la capitale de l'Ile, a\-cc ses jolios vîllus perdues au milieu des manguiers. Plus à droiu-, au fond d'une crique limitiV par les fourrés impénétrables do la forft I^oukoubt', le grand village d'Ambanourou montre ses maison» ' blanclies recouvertes de tftie onduli^, habilita par une eolonic importante d'Indiens qui entretient un florissant commerce aveu toute la rôle ouest de Madagascar. Plus loin encore, séparée de Nossi-Bé par un étroit bras de mer, s'élève l'Ile aux Makis {Nossi-Cumbn], qui a la forme d'un cône immense i^ecouvert d'un chevelu de foréis. 5 janvier. — An réveil, à 6 heuivs du malin, nous avons doublé le cap d'Ambre et contourné la pointe nord de ta grande ilc de Madagascar sans tanguer ni rouler. Il parait que nous avons été siugulï&rement favorisi^. Généralement, îi cette époque de l'année, la région du cap d'Ambre est assez dangereuse; le plus grand nombre des navires en bois qui composent noire escadre de l'océan Indien n-douto ce pas-sage et ne i'airi-onte qu'avec de grandes difficultés.

Je ne puis détacher mes yenx de celle lerre do Madagascar que je contemple pour la premii're fois et sur laqueUe je vais passer de longs mois. A la limite de l'horizon j'aperçois une cbalue de hautes montagnes profondément ravinées qui s'étend k perte de vue du nord au sud et îi laquelle l'éloignement donne une teinte gris neutre. Plus près, un grand nombre do petites lies, couvertes de verdure, car nous sommes à la saison des pluies, sont entourées de coraux à fleur d'eau, contre lesquels le flot vient se briser. Bientôt apparaît il tribord l'étroit goulet qui donne accès dans la baie de Diégo-Suarcz, entre les caps Tanifotsy etAndranninody. A l'entrée de la passe, un îlot, Nossi-Volana, diminue encore le chenal, déjk si étroit, de sorte que, du large, on a peine h reconnaître l'entrée delà baie, et l'on s'imaginerait volontiers (pie la côte ne possède aucune solution de continuité, lia baie de Diego est cependant l'une des plus grandes du monde; une escadre entière y pourrait trouver place et y serait parfaitement à l'abri en cas de mauvais temps- Une seule batterie installée sur la pelile lie de Nossi-Volana suffirait pour défendre l'entrée du goulet aux naviivs ennemis tpii lenleraienl de le foreer.

Nous jetons l'ancre à l'embouchure du cul-de-sac Gallois, dans le port de la Nièvre, entre Diégo-Suareï et Anisirâne. Les établissements français de la baie de Diego sont en effet installés sur deux points différents, séparés par le bras de mer qui constitue ce qu'on appelle le port de la Nièvre. L'un, Antsirane, est le plus important : il comprend plus de deux cents cases, placées au sud du cul-de-sac à la pointe dite de Corail; l'autre ne renferme guère qu'une douzaine de constructions appartenant presque toutes à l'Iiôpilal : c'est le village de Diego, situé îi la pointe de ce nom, au nni-d du cul-de-sac.

A Antsirane se trouvent le siège du gouvernement, les directions civiles el militaires, les casernes et tous les

établissements de commerce de la région. On y fait même de la politique : les premières barques qui accostent

riraouaitily nous apportent les deux journaux locaux, fc Clairon, et l'Avenir ilc Diego, publiés en français

toutes les semaines ou tous les quinze jours, et où le gouverneur de la colonie est pris à partie de la plus belle façon.

La colonie de Diego vient d'être mise en état do siège par le commandant Bienaimé, qui a reçu du

gouvernement français tous les pouvoirs civils et militaires sur rtle de Madagascar, en attendant l'arrivée du Général en chef du Corps Expéditionnaire. Le gouverneur civil, M. Frogé, |t:irl par le paquebot que nous allons quitter pour S il i u te-Mari i^e -Madagascar, après avoir remis la direction des afl'aires au lieiit«nant-colone! d'artillerie de marine, major de la garnison d'Anlsirane,

La ville comprend, milre les établissements militaires dont j'ai parlé, ime importante agglomération de paillotes malgariies, situées sur le plateau.

Il l'ouest du quartier officiel,

L EXPÉDITION DE MADAGASCAIt.

et un quartier coinmerçiini i^Ubli le long (lu rivage : ri; liLTiiicr oRthahilcl par quelques Européens qui lieiiin'tiLdos maisons de gros >■[ par des ludien» Mdlubui's qui ont atcapHr^ pres(|iii> tout le commerce do délail- Depuia pou, une nouvelle rue s'est formée, près du village malgache, eu fjni' du marché; des créoles di' Maurice et de la Réuuiou y vendent des spirilueux fil des ciimostihlcs, el unicolonie chinoise commence îi faire une concurrence sérieuse aux Malabar», qui , n.ct i.v mi.uit a het.i.vil.i.e. - Dtisi.i i.e ihii'wki,, sont loin d'élre satistails.

Malgré tout, je ne crois pas la colonie de Diego appelée h nn grand avenir au point de vue commercial. Kituée à l'eslrt^me pointe de l'Ile de Madagascar, elle est trop éloigni''e des roulca que suit le commerce de l'intérieur pour aller à la côle. Le paj-a euvironnant est extrÉmement pauvre el dépeuplé. De plus, k pari les ha»irs indiens, chinois, européens, créés pour les besoins de la garnison. AnlHiranc n'a pas de trafic local et surtout pas de commerce d'exportation. Les famé use» salines, dont un a beaucoup parlé en France, n'existent qu'à l'étal de vagues projets; il y a bien, lout au fond de la baie, nne grande falirique do conserves de viandes do Ixpuf, dilfi In Graineterie, qui e.xportait d<'s boites d'endaubage; mais jusqu'à présent l'établissemenl n'a pas réussi. On dit que la fabrication va reprendre avec do nouveaux directeurs; espérons qu'elle aura plus de succiV. De l'aveu de ceux qui connaissent bien la i-égion, elle pourrait ^Ire frucliieuse, el cette industrie, atteignant les proportions qu'elle comporte, onricbimil le pays.

En allendanl, la colonie vit dans «n état assez précaire; ses habitants, n'ayaul pas confiance dans son avenir, n'osent pas y engager leurs capitaux o[ no fonl rien pour s'y lixer d'une façon définitive. Le voyageur esl loul do suite renseigné sur cet état des espiûts en parcourant les rues de la ville. Touies les constructinua ont l'air d'ôtre provisoires; îi pari le gouvernemeni, les casernes, le commissariat de la marine et l'habitation du chef du génie, elles sont faites en ]ilanches ou en mnlériaux démontables, comme si leurs propriétaires s'allendaient ri abandonner d'un moment a l'autre lu colonie.

Ew

e de marine, une case lTt>s originale : elle est r une charpenle en fer, Seul le plancher,

J'habite à Anlsirane avec le commandant Belin, de l'infanlerii

construite lout enliére avec dos plaques de tôle boulonnées, : élevé de 2 mètres au-dessus du sol, esl en bois.

Nous mangeons, il raison de 2 fr. 50 par repas, dans l'unique liûtel de la ville. Il est installé dans une maison en bois à deux étages dont l'enseigne, visible de la rade, surprend singu]ii>n.'ment le voyageur qui arrive par le paquebot et qui lit en lettres longues de doux pieds : Ildlel ilr l'Unii'ei-9, senûcc « riiixtar den BriuiHnns Duval lie PavK. Les clients entrent par une petite porte !i claire-voie donnant dans un jai-din semé dç tessons de bouteilles el de débris de toute sorte. La salle k manger n'a pas de fenôlres; elle est éclairée par trois portes qu'on laisse ouvertes en permanence; ses parois, en bois brut, sont garnies de rayons en planches non rabotées sur lesquels s'alignent des bouteilles el des hnllcs de conserves. Trois quinquets fumeux descendent du plafond.

Le service est fait par un nègre de Sainle-Murie, les pieds nus, la taille serrée dans une pièe« d'étolfe qui lui descend en forme de jupon jusqu'au-dessus dos genoux. Dans les grandes circonstances, il revêt une livrée composée d'un jersey et d'une vareuse de matelot. Il répond au nom harmonieux de Bt', qui. en langue sakalave, veut dire ■< grand ■>. il parait intelligent el baragouine quelques mots de français; il comprend mieux cette langue qu'il ne la parle. Le restaurateur lui donne 30 francs par mois, ce qui esl une grosse somme pour le pays.

Ce restaurateur est un ancien cuisinier de paquehol, échoué à Diégo\k suite de je ne sais quel comcouj-s de circonstances bizarres. 11 est du Midi et ferait une cuisine passable s'il ne fourrait de l'ail partout, sous prétexta que ce condiment pi-é.wrve de la fièvre el lunific In fihrc. Je l'ai prié de m'expliquer son enseigne, m lui

8 L EXPÉIIITION I>E AfAHAGASC Ali-

avouant francliemenl ijik' je ni? voyais rii-ii daiia sou l'ialilisscoienl ijui pûl rossemliliT mC-ino At- loin auiTBoiiUloafl Duval parisiens, U m'a monlré du doigt uno ué(;m»S(.i mulgacht', au nuï ilpaté, aiix chevaux cr^iiua torliUouDé» f.n p^tiles bouk'S suivant la mode du pays t " C'est la bonne, itmlar Duval, t'IiargiSe de l'i-lage inft'rieur, où viennent les soldats de la garnison et les colons ».

J'ai mis mon L-ostimii? it l'unisson de celui des ofliciers de la colonie. Je porte le pantalon blanc, le dolmaii blanc avec les galons et les boulons d'uniformo mobiles, le casque de tiège el l'ombrelle. Cbcz moi, j'ai les pieds nus dans des babouches indiennes en cuir rouge dont les exlrdmiti!s pointues se prolongent en un gi-and filament de cuir semblable à une longue queue de rat. Cii pantalon flottaiil et une aorle de camisole à larges manches constituent mou costume. Pas de chemise: it fait trop chaud. J'ai (île, pour acheter ce rosluine, eliex le meilleur marchand de confections d'Antsirane, un Indien du nom de Charifou-Jewa, qui avnil fuit le voyage avec moi de Nossi-lié k Diego el qui, au cours d'une pmmcnade sur le pont, m'avait discrfelement glissé sa carte, comme un courtier eui-op&n. Gharifoii, qui n'avait rien à ma taille, m'a fait choisir l'élofl'e, une cotonnade k grandes raies roses et blanches, dont la couleur causerait certainement quelque sui-priae en France; puis il m'a conduit chez une vieille Malgaehe, Celle-ci, apr&s avoir pris me» meaun's avec le cordon de son tablier, s'est installée sur une nalle et a immédiatemeut lailtd dans la pii'-ce d'étoffe un complet qui me va comme un ganl ; coût 5 francs pour l'étoiïe et la façon.

Il pleut presque chaque jour, une pluie cliaude qui lombo comme une cataracte. Le soir ordînairemenl le ciel s'éclaircil et, vers 6 heures, il fait bon s'étendre sur la grande chaise longue eu rotin, k l'ombre de la véranda. A travers les festons de lianes qui forment i ma case comme un beau rideau vert, je laisse ei-rer mes yeux distraitement sur l'immensité de la rade. Au premier plan, j'ai mon petit jardin iirmplî d'arbres et do fleurs superbes : seul, un massif de zinias ma rappelle les parterres do mon pays. Un caméléon gris, installé h cinq mî! très de moi sur la rampe du balcon, roule ses gros yeux étranges; des petites maisons d'Antsirane éparpillfîes sans ordre sur le coteau, face h la mer, me viennent des sons d'accordéon, l'instrument préféré des Malgaches, tandis qu'au loin, dans les casernes, le clairou invite le troupier à prendre sou repas du soir.

Depuis notre arrivée, nous nous occupons, le commandant Magué et moi, à préparer une excursion à la montagne d'Ambre, l'un des points que nous devons visiter en vue de l'inslallalion du sanatorium. Uelle montagne est éloignée d'environ 30 kilomètres d'Autsirane, el, comme l'ennemi tient la campagne, il nous faut organiser une véritable expédition.

Le 8 janvier, tout est prêt : l'artillerie nous donne des mulets pour porter nos bagages et nos personnes; le commandement, deux compagnies de tirailleurs sakalaves qui nous feront escorte; le service civil, des porteurs el des Ulanzaut*. Nous décidons de voyager de nuit K cause do la grande chaleur du jour, et nous uous mettons en marche vers 8 heures du soir, par un beau clair de lune el un petit vent frais qui donnera des jambes à nos hommes.

La colonne pnmd, en passant 'a la Baie des Amis, le reste de l'escorte qui nous attend au camp des tirailleurs sakalaves. Ce camp est situé à quelques kilomètres d'Anlsirane, dans une grande plaine herbeuse; il compi-cnd deux agglomérations de paillotes, l'une pour les tirailleurs, l'autre, appelée le Camp des Femmes, réservée aux épouses do ces messieurs. Ici, comme au Tonkin, il serait impossible do recniter aucun indigène pour le service militaire si l'on no tolérait ses femmes. Aux changemeuts de garnison, elles suivent le bataillon, qu'elles rejoignent a chaque étape pour s'itistalier au campement auprès de leurs maris.

Au départ, nolrt^ colonne a fort bon air : en léle, un peloton de tirailleurs sakalaves, coiffés de la chéchia rouge ornée d'un gros gland bleu, vCtus d'une petite veste courte en calicol blanc taillée comme celle des zouaves, et d'un lamba ou jupou de même élofl'e orné sur le bord inférieur d'une large raie multicolore; ils vont jambes nues. D'une taille généralement aunlessus de la moyenne, ils ont un air assez martial avec leura gi'ands yeux noirs et leur peau couleur de bronze poli; seulement, il y a quelques traînards. Ces tirailleurs ont la funeste habitude de s'enivrer en fumant du chanvre indien. Quelques-uns d'entre eux ont fumé outre mcsui-e; ils marclienl en zig-zag, s'affaissent de temps en temps sur leurs jambes et ont l'air hébété.

Nous venons immédialement apri'S l 'avant-garde, montés sur de petits mulets. J'avais lu dans les ouvrages publiés sur Madagascar que les mulets et les chevaux peuvent difficilement vivre dans la grande ile. Il n'en est rien ; les artilleurs de Diego ont 150 mulets qui leur rendent des services inappréciidjlcs pour les transports. Quelques-uns do ces mulets sont ai-rivés il y a dix ans k Madagascar, amenés par les troupes françaises qui y ont fait la guerre h celle époque. Ils se portent loujoui-s admirablement.

Nous traversons de grandes prairies naturelles en suivant une piste tracée par les lrou]jeaux de bœufs et semée de trous et de fondrières. La terre argileuse, détrempée par les pluies de la veille, est glissante; mais nos mulets nnl le pied sftr et le flair nécessaire pour éviter les endroits dangereux. Cependanl, par suite d'une fausse manœuvre d'un conducteur, un mulet porteur de bagages glisse el dispai-ait dans une mare de boue uoirAli-e dont on a loules les peines du monde k le sortir. C'est justement celui qui porte nos vèlemeols do rechange; heureusement les caisses sont solides.

Vers 10 heures du soir, nous arrivons pi'ès d'une rivière encaissée connue bous le nom de rivière des

Caïmans à causr dos saurions ([iii IVocjuonlonl sos bords; nous la tiavorsons sur un suporlx» ponl do hois construit par le sorvico local d'Antsirano ot nous (îomnionçons aussitôt apros à gravir los ponlos ahruplos qui doivent nous conduire à noire premier gîte d'étape, le fort de Mahalsinzo, à travers les cailloux roulants, les fondrières et les flaques d'eau. Le chemin est difficile et la colonne s'allonge de plus (*n plus. Pour comble de malheur, une pluie diluvienne nous assaille, et nous arrivons au fort vers 10 heures du soir, absohnnenl trempés. Heureusement, les officiei-s des tirailleurs sakalaves qui liennenl garnison dans ce fort nous altondaient , prévenus de Diego par le télégraphe optique. Ils se mellenl on quatre* ])our nous bien recevoir ot nous donner une hospitalité aussi convenable (jue le com])ortont les ressources assez pauvres du })oste : il n'y a ([uo quelques misérables cases en paille où logent los tirailloui-s sakalaves et un grand hlftrlthnus^ sorte do phalanstère où sont réunis les magasins, les artilleurs et los sous-officiers tuiropéens, le ca})itaino ot sos d«'ux lieutenants.

Le capitaine nous offre sa chambro, la meilleure du blockhaus: c'est un<* j)otito pièce aux murs tout nus percés de meurtrières avec dtnix lits do camp, une tablo-buroau ot une cliaiso boiteuse. Les officiers sont là depuis le mois d'août : pauvros gens!

9 janvier. — Toute la nuit, nous nous sonnuos battus avec los pucos, los rats, los cancrolals ot les mousti({uos. Réveillés à 3 heures du matin par lo commandant Pardos, ([ui veut se n'iucttro on marche, nous jugeons inutile de continuer plus loin. La route, qu'on nous disait ètio praticable aux voitures, rst tout entière à faire sur une étendu«î do 35 kilomètres; elle coùtoiait 300 000 francs, exigerait dix mois do travail et au moins 400 terrassiers. Le sanatorium, pour rendre los sorvicc^s qu'on on attond, doit être installé en quatre mois au plus, et, dans celte région déserto, il no sorail })as possiblo do rocrutor, mémo à ])rix d'or, plus de 100 travailleui-s. D'ailleurs, tant qu'on n'aura pas exploré la baie du Courrier par dos sondages qui seront longs et difficiles, il faudra que h's bateaux venant de Alajunga doublent lo cap d'Ambre pour aller mouiller dans la baie de Diego; de l'avis du commandant do la division navale, la flotte de guerre ne possède pas plus de trois navires capables de franchir à coup sûr et sans danger ces passages difficiles pendant les moussons contraires qui soufflent de mai à novembre, c'est-à-dire dans la saison où le sanatorium sera en plein fonctionnement.

Nous absorbons une lasse de café chaud à la popote du camp on attendant le jour et nous nous mettons en roule vers 7 heures du matin pour rentrer à Anlsirano, refaisant en sens inverse le chemin de la nuit dernière.

Le 12 janvier au matin nous embarcfuons par une pluie battante sur la canonnière le (iahi's. ({ui a reçu l'ordre de nous conduire à Nossi-Comba. C'est un petit baleau armé d(; pièces d'artillerie de gros calil)re, qui possède 75 hommes d'é([uipage, mais qui n'est pas fait du tout pour recevoir des passagei"s. Le lieutenant de vaisseau Serpette, qui le commande, met à notre disposition sa chambre et les doux canapés de son salon; nos bagages sont sur le ])ont, abrités seulement par les toiles ([ui recouvrent h's canons. Heureusement la traversée ne doit durer que vingt-quatre heures.

An sortir de la rade, le Gahèfi^ qui n'a rien dans ses cales et ([ui est très chargé sur le pont à cause de sa grosse artillerie, commence à rouler et à tanguer affreusement. Il fait une chaleur torride dans la chambre du commandant, qui n'est pas pourvue de panka. Nous préférons coucher cette nuit sur le pont, où l'on nous a fait installer une grande tente de toile. Des cadres ont été suspendus à une vergue; mais ils ont par les coups de roulis des mouvements vibratoires tellement désagréables (jue je me contente j)our dormir d'une grande chaise de rotin, où je serai moins secoué.

Le Offbès file 6 nœuds à peine. Au lieu d'arriver à Nossi-lîé vers 10 heures du matin comme on nous l'avait annoncé, il est 2 heures de l'après-midi quand nous jetons l'ancre en rade d'Hellville, chef-lieu de la colonie de Nossi-Bé, dont dépend l'île de Nossi-Comba.

Nous descendons à terre aussitôt, heureux de cjuitter le pont mouvant du (lobrs. Mais, à l'appontement, nous ne trouvons personne pour débarquer nos bagages. C'est aujourd'hui dimanche : les manunivres du port ont congé et, à cette heure chaude, tout le monde fait la sieste. Heureusement nous recevons un accueil extrêmement cordial de M. l'administrateur principal François, (jui donne immédiatement les ordres nécessaires pour que nous soyons installés dans une grande maison très confortable dépendant du gouvernement local. Une escouade de prisonniers indigènes, sous la conduit»» d'un agent de police, met la maison en état en un tour de main. Nous avons des lits, des draps, des mousti(|uaires. La même corvée va nous cluMchor nos bagages. Le soir même nous sommes complètement installés.

Hellville ])ossède un très joli cercle civil et militaire où nous prendrons nos repas et un marché convoi t très bien approvisionné où nos ordonnances, (jui feront popote à la maison, pourront se procurer à bon comj)te t)ul ce qui leur est nécessaire : un beau poulet coûte 8 sous et la viande de bœuf vaut 30 continuas le kilo.

14 janvier. — Au coui-s d'une visite chez l'administrateur, nous décidons d'aller parcourir le lendemain l'île de Nossi-Comba, que nous devons examiner en détail au point de vue de l'installation du sanatorium. Le 15, à 6 heures du matin, nous nous ombanjuons, avec l'administrateur et le lieutenant de vaisseau Sorpolte, dans une grande baleinière remorquée par la vedette à vapeur du Gcbè^i. En canot à vai)eur, il faut quarante

L'EXPEDITION DE MA DA (!A SCA li.

une t'uibarcalion

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minutes imviron jioiir allci' il'Hi-lIvill'.' ïi Ntwsi-tloinlia. Diins une t-uibarcalion h raines, U IriVCTSâe peut Sf faire facilommit pu iim: hcuiv el quart par loii« les tumps.

Nous longeons d'abord l'Ile de Nossi-IW en passant devant la grande maison allemande du Sud-Esl Africain, puis devant le pittoresque village d'Ambanouron, enliu devant une autre maison allemande très importante aussi : ia maison O^wald, de Hambourg. Ge» Allemands font un grand rnmmerce de (-anuLcboniavec toute la cûle de Madagascar. Ils ont des navires qui viennent les ravitailler et prendre leurs marchandises k dalcs fixes, des comptoirs ^taillis non seulemeiii h NosHi-Dé, mais ene.oro h Tamalavc el k Zanzibar. La compagnie du Sud-B»l africain, qui est suli von lion n^o par l'empereur Guillaume, possède de gros capitaux. Les relations entre Allemands et Fi-ançaia flont bonnes dans la colonie de Nossi-Bé. L'administrateur déclare qu'il n'a jamais eu k se plaindre des procédi^s des Allemands.

Nous doulilons la presqu'île Loukoubë, occupée par uue montagne de &00 mtti'es environ d'élévation dont le sol disparaît sous des arbres immenses et des futaies impénétrables et nous abordons bientôt h Nossi- Gomba sur une plage de sable iin, devant le grand village d'Ampaugourine, ombragé par de magniliques cocotiers.

Sur la plage m'orne et au milieu du village malgache wml construites do grandes cases appartenant a des Européens en résidence it Hellvitle qui viennent en villégialui'c pendant la saison chaude se reposer ii Nossi-Comba et prendre des bains de mer. Obose singulière : les requins, li-î-s nombreux dans la rade de Nos.si-Bé, ne se montrent pas sur les plages de Nossi-Combu. Les habitants du village d'Ampangourîne, qui passent tous les jonre de longues heures dans l'eau h pficher ou à se baigner, ne se souviennent pas d'en avoir aperçu.

I^a plus grande et la mieux construite des cases européennes appartient à l'administrateur; devant la véranda qui l'entoure sont réunis les bourjanes ou porteurs, qui doivent nous transporter en lilaniane jusqu'au sommet de l'Ile.

Tout est prêt; nous nous asseyons dans nos chaises à porteurs, el en roule au grand Irot! Le chemin monte Inul de suite h 45 degrés. U est semé d'obstacles naturels, gi-os blocs de rochers, flaques d'eau, troncs d'arbres i-envei-sés, qui décourageraient tout autre que nos bourjanes.

Nossi-Comba est une petite île en forme de pain de sucre qui ne mesure eerlainemonl pas plus de 20 kilomètres de tour. Nulle part sur les plages de sable iin qui l'environnent on ne voit de palétuviers ni de marais. Son sol est de granit compact doublé d'une couche épaisse d'argile rouge; il est presfjue partout i-ecouvert d'épaisses forôts. An milieu d'essences inconnues pour moi, je remarque le palmier raCa, dont les feuilles, découpées comme celles du cocotier, mesurent jusqu'à 7 mètres de longueur et possèdent une nervure centrale lollemenl épaisse et solide que les indigènes s'en servent pour former U charpente du loil de leurs maisons el les brancards du filan/.ane spécial atTecté au transport des femmes. Voici l'arbre des voyageurs, terminé en élégant éventail, le bananier sauvage, d'énormes cycas, des fougères arborescentes, la précieuse lians k caoutchouc el d'immenses fourré-s de bambous dont les élégants panaches se rejoignent k droite el it gauche au-dessus du sentier. 11 y a Ms peu de fleurs en celle saison; je ne renconlre guère qu'une fleurette jaune qui pousse le long du chemin el dont la forme rappelle un peu celle de la petite centaurée.

De joli» oisi'aux-mouches volent dans les arbres en compagnie des pigeons verts, du cai'dinal aux ailes couleur do feu el du grand coucou malgache au cri bizarre.

Nous faisons halte à mi-t^(lle pour laisser souffler nos porteurs, prt-s d'une petite rivière aux eaux limpides, qui descend de la montagne sous un berceau de lianes el sur un lil de gros blocs de mchers. Nos bourjanes se sont vile déshabillés; ils se sont glissés sous les bambous pour aller prendre un bain dans une vasque naturelle creusée en plein roc, oij l'eau tombe en cascade.

Api'^ lui quart d'heure de halle, nous repartons par un chemin beaucoup moins difficile et mieux tracé. Laissant sur le bord droit de la raule une grande case où les Pères du Saint-Esprit de Nossi-Bé viennent en vacances pendant la saison chaude, nous atteignons bientôt un petit plateau ombragé do magniliques manguiers, sur lequel esl construite une confortajile maison de campagne appartenant k un négociant français do Nossi-Bfî, M. Rouvior. Devant l'habitalion, un parterre de rosiers dégage une odeur suave. Les roses importées d'Europe viennent 1res bien on pays malgache, oii elles consei'vent toutes leurs couleurs el lout leur parfum. II en esl de mémo des principaux fruits d'Europe, qui poussent à cûlé des produits des régions chaudes : à Madagascar le pécher est voisin du caféier, le fraisier de la vanille; tous les légumes d'Kurope se reproduisent avec une 1res grande rapidité ; seulement, la plante dégénère vite et il faut recourir tous les deux ans aux semences venant de Frauce.

Vers 8 heures et demie du matin, nous arrivons, toujours grimpant, au sommet du pic d'Ankelsabé sur lequel est construite la maison d'été de l'adminislraieur. De la terrasse de celle maison, à 500 mètres d'allitnde environ, nous découvrons un panorama splendide.

Nossi-Comba est très habité : îi chaque pas nous rencontrons des hameaux de cinq ou six maisons perdus au milieu des arbre*. Les femmes sont occupées a piler le maïs ou le riz dans de grands mortiere de bois

plac^ diiTBiil li's (ïiisi'8. Qui'!(|U('s-unt.'S ont sur le dos un pclit l'iifitiil ii Id mamelle fixé dans un Ups pans (lu lauiba; il suil sans protester tous les mouvomiinlt! de la mère. Une tllk-lln i{ui manœuvre un des piloDS a la ligure complètement i-ecouverle d'uuu poudre jaune adhérenle, ijui lui forme comme un inastfue dans leijuei seraient ménagés des Irous pour la bouche et pour les yeux.

Partout où tiotis passons, les indigènes que nous reneoutrons s'indinenl à demi en portant In main k leur front pour nous souliailer la bienvenue. Ils paraissent d'humeur fort douce, lia adorent l'adminialraleur, qui les connaît presque tous et auquel ils font un accueil enlhousiasle.

L'île de Nossi-Comba doit sa salubrité à ce qu'on ne découvre sur ses rives aucun marais, mais des galets et du sable lin. Du point où nous sommes, nous la dominouH tout entière. C'esl un grand volcan i-teiul, dout les pentes abruptes sont profondément ravinées et couvertes d'épaisses foriHs. Les eaux du pluie rencontrant le granit ne peuvent s'infiltrer dans le soi; entraînées sur les pentes rapides, elles se colluclenl dans chaque raviii el descendent jusqu'à la mer en formant des ruisseaux d'eau vive qui dcvlt^nnent en certains points de belles cascades. Ti-és abondantes pendant l'hivernage, où la pluie tombe prest[ue chaque jour, elles doivent diminuer eonsidérablemenl pendant la saison sèche. MalgR' cela, Nossi-Comba, balayé conslammenl par les brises du large, offre un séjour très agréable el très salubre.

Le soir, rentrés à la maison d'Ankelsabé, nous devisons autour do la lampe en regardant voler d'énormes papillons de nui) attirés par la lunii^^iv. Un gros margouillat tout blanc couit sur les planches de la cloison en quèlo de moustiques; des grillons chantent par milliers dans la nuil, el des coléoptères do toute nuance voltigent en bourdonnant autour de nous. C'est loul un problème pour arriver il se coucher : nous avons trois draps pour deux el une couverture. Je prends deux draps, le commandant Magué s'accommode du reste, et je m'cndore enroulé dans mon caoutchouc, l'esprit un peu banlé par tous les animaux bizarres que j'ai vus courir au plafond et sur le plancher avanl de souffler ma bougie.

16 janvier, — J'ai admirablement dormi, malgré mes craintes. Réveillés à l'aube, nous parlons en exploration pour chercher la source d'une pclile rivière qui coule au pied de la maison de l'administrateur et dont l'origine est importante & trouver pour nos projets. Il n'y a pas do chemin frayé, et les boys nous précèdent armés de hachotlos de fabrication indigène pour abattre les broussaillos et nous ouvrir la roule. Nous dévalons au milieu de gros rochers dans un fourré épais, presque impénétrable. Jamais je n'ai vu une végélalion aussi exubérante : c'est la forél vierge dans toute sa beauté. Nous disparaissons sous les bambous, au milieu des cycas el des fougères arboresccalos,

Il est étonnant que dans ce ravin étroit nous n'ayons rencontré aucun animal nuisible : ni serpent, ni scoi'pion; seuls quelques mille-pieds, longs de 5 à 6 centimètres, se montrent accolés aux blocs de granit gris du rocher.

Nous redescendons à la côte à 3 heures du soir par une pluie battante. Malgré les chemins extrêmement glissants el les obstacles de toute sorte, les porteurs vont d'un train d'enfer, tournant, comme en se jouant, toutes les difiicullés.

19 janvier. — Nous voilh de retour à Nossî-Bé depuis trois jours, el nous voudrions partir le plus vite possible pour Anjouan, où nous avons onire de nous rendre, mais le bateau promis par le commandant Hienaimé n'arrive pas el nous cherchons a mettre k profit notre temps un parcourant Hellvilleel en nous l'nmilialisanl avec les mœurs malgaches.

La colonie de Nossi-Bé est une vieille possession fran(;Aise; elle apparlicnl !t notre pays depuis 18il.

En 1839, le contre-amiral de Hell, gouverneur de Bourbon, envoya en excursion dans ces parages le Ji rie k de guerre le ColibH commandé par son officier d'ordonnance, le capitaine Passot. Les indigènes firent à noire compatriote l'accueil le plus chaleureux : r'étnieiit des Sakalaves du Boéni, que la marche envahissante des Hovas avail forcés de se réfugier à Nossi-Bé avec leur reine Tsihomékou. Ces pauvres gens n'osaient pas cultiver la terre de peur d'attirer les Hovas. Le capitaine Pasaot fui acclamé comme un sauveur. BientOt apri-s un traité était signé avec la France et, en 1841, le conti'e-amiral de Hell prenait possession des lies de Nossi-Bé et de Nossi- Comba, cédée» à noire pays moyennant une redevance annuelle que la colonie paye encore aujourd'hui aux descendants de Tsihomékou.

Les Français établis à Nossi-Bé, désireux de prouver leur reconnaissance au conlre-amiral qui avait créé la colonie, donnèi-enl son nom à la capitale de l'tle. La rue principale de la ville porte également le nom de cours de Hell. C'i«t dans cette me que s'élèvent les constructions les plus imporlanles : l'hôtel de l'administrateur, la maison des Messageries maritimes, le trésor, la posie, le iribunal, le commissariat de police, le cercle, l'hôpital. Elle traverse la place du Marché couvert et se continue en droite ligne avec la rue de Paris, où se tient presque tout le commerce local. Celle dernière est habitée en majeure partie par dos Indiens, des créoles de la Réunion el de Maurice, qui s'y sont établis dans d'assez confortables maisons dont beaucoup, pour ne pas dira toutifl, sont construites eu pîerre-

Après la rue de Paris vieut le faubourg d'Andohalo, grande avenue bordée d'arbres cl limitée % droite et k gauche par les petites cases du village malgache; c'esl l'endroit le plus piltoreR<[ue et aussi le plu» bruyaut de

L'EXPEniTlOy DE MAIKiGASCMi.

Noaei-tiv. A IVxlnîiuitii ilu rituLoiirg kV'Il'vu uno putilo l'oiislnirtion an^si'z L'Ir'giiiiU.', 1g pHvillun oes Càiix. I

l'st aliiiienlLt' en oaux df sourcils cupt^e» dans les monUgnes il <[iipI<|lics kiloiiiilit'» de In ville, (.W i-nux, colleclées

diitiB le gniiiil réservoir d'Andolialo, se dîivereent ensuile par des can al isw lions en fonle duns li-s principaux

ipiarliers.

Tous Ips iïoirs, en ivnlranl du cercle, nous re^gnons noire jnuisi>n en passant nous tes grands uiangniera ipil ombi'agenl le cours Ar Holl. C'est la sttisun di^ man^'iieH, rt il faul éviti'r cpi'un de ces fruils, dn la grossi-'ur du jining, avec un épais noyau au ceull'e, no vous tomlie sur la lèle. De giganlestjues eh au veston ris, que les indigènes appellent l'rimhy, sont Irè» friandes de ees mangues; elles volent autour de» arbres par douzaines; i]Uel(|ne3-une9 ont la grosseur d'une poule et mesurent de 60 a 80 ceDtiuiètj-es d'envel^gu^e ; elles sont inolTensives.

Les iiidigAnea prisent lieauconp la chair des fiiniliy el leur fonl une guerre acharnée. Les Européens qui onl goûté de ce mets prétendent qu'il rappelle la fricassée de poulet et ipi'il est vraiment Uès bon.

21 janvier. — Hier dimanche, nous sommes allés k la messe dans la pauvre petite église d'Hellville. Il i^tait b heures et demie du matin. Dans ces pays chauds, l'oflice R'iigieiix a lieu de bonue heure. L'église n'a pas do clocher, k cause des cyclones; la cloche est placée sous un petit abri situé 'a gauche du portail.

I^es Mâles étaient curieux h voir : des Malgaches hommes et femmes, pieds nus cl parés de leui's plus beaux aloui-s; de pauvres colons de la Réunion el de Maurice vêtus de colonnades rapiécées el trouées, l'aspect misérable. C'était messo chantée. Lns enfants de l'école den Pères du Saint-Esprit entonnaient des cantiques eu un jargon extmordinaire qui avait la prétention d'iîlre du fi-iint,'ais. Ils étaient accompagnés par un harmonium tenu par un Pire et par un orchestiv composé d'une clarinette et d'une ilûlc qui jouaient faux. Les ivfrains étaient répétés en cliieur par toute l'assistance indigène.

Les Malgaches rafl'olent de musique; ils ont la voix aaseï juste et un grand si'us musical. Ils viennent & l'église bien moins par conviction ipie pour avoir le plaisir d'enlendre les chants cl les inslrumenls. Une messe basse, cbeï eux, n'aurait pas de succès.

Le soir, au cercle, au moment du dîner, il nous est arrivé une histoire tragi-comique qui a failli avoir des conséquences désastreuses pour no-* estomac» : à peino sommes-nous "a table qu'une nuée d'insectes ailés envahit notre salle i manger. Ils sont allongés comme de grandes fourmis avuc des ailes immenses; ils se metlenl à tournoyer en bourdonnant autour des lampes malgré le courant d'air du panka; bientdt ils s'abattent par milliers sur la nappe, dans les plats, dans les assiettes, dans les verres, que nous protégeons en vain avec des soucoupes, sur nos vùtemenLi el jusque dans notre cou.

Aussitôt posés sur la nappe, nous les voyous, Îl notre grand étonnemeul, perdre spontanément leurs ailes et courir sur toute la table. Ce sont des carias, qu'on appelle aussi poux de bois, et qui cnnstituenl un véritable fléau pour No.ssi-Ilé. Ils arrivent par essaims toujours plus nombreux, pressés de subir leur métamorphose ; après quoi ils s'introduiront dans les boiseries, qu'ils rongeront. Très peu d'espèces de bois échappent il leurs mandibules; par eux les malles sont réduites on jioussiêro et le linge en charpie. Le plus curieux, c'est qu'on ne se doute pas de leur travail : dans l'appaHement que j'habite deux chambres sont séparées par une cloison en planches recouverte d'une couche de peinture k la chaux. Celte cloison parait Kolide, mais, si on la frappe légèrement avec l'extrémité d'une canne, on est tout étonné de voir le bâton s'y enfoncer comme dans une moite de beurre; elle est attaquée et déjà presque complèlemcnt détruite par les carias. Aussi, ilans ce ]iays. les voyageuL's ne se serventils pas de malles en bois, mais de valises en tôle vernie.

Mnjiiii)ni- — E\ciir?irin

LL i<t janviiT. — HÎit, l'aviso-lransporl In lintict; nous a apjioiltï iinn Iiîtlre du i-lii'f de la division navale : le comiiinadanl Bienaînn! nous invile à venir le ii'li'otiver )i la linie de Bouibelok; après ijuoi il nous donnera, écrit-il, nn navire pour tioiis mndiiiri' à Anjmian si nous le désirons encore.

Nous em]i8n]uons. le commandant Magu^ i:l moi, !i 8 heures du malin, sur la li'iiiri'. aveir la compagnie des lirailleur» sakalaves de Nossi-B4 qui va n-nforcer la gitrnison du Majunga. Celle deruiùre ville a été bombardée il y a doux jours par les liillinients de la division navale, ipii y oui déimiipiè un balailloii d'infanteriv Ac marine venu de Diégo-iàuai-eï.

Le débarquemenl s'est fait sans coup férir : les Hovas avaient coniplèlemenl ahan- ---^ l^HP^ donné leurs positions, sans même tenter une vell<5ilé de résistance; mais les habitants

^^^ "^^T^^T^V ■ indigènes nnl tous djs|mni de la conti-ée.

gS S fc^ ^"^ ressources de la côte ouesl se fonl rares; la tactique d(« Hovas consiste \

, 0lf-~^ ci'épi' 1p vide autour de nos troupes partout o(i elles s'établissent. Pour forcer les indi-

^^H gènes qui habitent les environs de Majunga à abandonner leurs maisons et ii les

^ j^l^. suivre dans leur retraite, ils se sont servis d'un procédé très habile, qui jieint bidn

''^- les mœurs de w's pupiitaliuiis crédules cl primitives. Les Malgaches oui un grand

respci'l pour les tombeaux; ils s'imaginent que tes âmes des défunts viennent souvent

y visiter les corps dans lesquels elles onl été emprisonnées pendant la vie, et qu'elles

sont (rôs sensibles au eullit rendu aux restes de ces corps. Ils se figurent, d'autn; part,

que les âmes des défunts sont douées d'une grande puissance sur les simples mortels,

;iiivquels elles peuvent faire, suivant les cas. l>eaucoup de bien ou lieaucoup do mal, et que ce pouvoir est d'au-

lanl plus grand que le défunt occupait dans te monde une situation plus élevée. Or il y avait, aux environs de

Miijunga. une sépulture 1res ancienne où repusaienl, dil la chronique, les corps di.-s premiers ro'is du Boéni. Les

Hovii» nul fuil ouvrir ces tombeaux; ils en ont extrait les parties les plus vénéi-ées des dépouilles i]u'iis ren-

Tr»^!^'

L'EXPEDITION l>E MADAliASCA II.

fernmiout. los chcvitiix et li's onj^k's, et ils ont fnll Iranspoi'U-r l'u grandi' ])om]it: »u tort ou rouvn' de Majtm^ ces reliques Huxquelies on rendait îi certaines époques de l'Huuiie des lionnoui-s solennels. Eu quittant la ville pour se retirer dans l'inlérieur des terres, ils oui emmené les reliques, nienaçanl les habilants du courroux des auciens rois s'ils ue les au compagn aient pas. Toute la population sakalave a suivi eomme un xeul homme.

Nos enncmiii prorùdenl aussi par inlimidalion pour empêcher le recrutement des porteurs que les nîsidenls français cherehenl it lever sur la cûle ouest en vue de la prochaine expédition. Partout, ils envoient des émissaires pour travailler les Sakalaves, les menaçant de les massacrer tous s'ils nous donnent un seul bourjane pour DOS colonnes. Les malheureux indigènes qui ont été abandonnés par nous en 188&, malgi-é les prouiessi^s catégoriques d'assistance qu'on leur avait Tailes à celle époque, n'osent pas se déclarer pour les Français, Eu vain le Oiihès, après nous avoir conduits il Nossi-Bé, est-il allé porter des cadeaux aux principaux rois et reines sakalaves de la cûte ouest : k Tsialane, roi des Antankars, en ce momcnl dans l'Ile de Nossi-Mitsiou, à Binao, reine d'Ampnsim^ne, et h Tsiaras, roi d'.\nkili ; ceux-ci n'ont rien promis à notre ami, le comniaiidanl tàerpelte. Ils ne comprennent pas comment, ayant déclaré lu guerre aux Hovas depuis deux mois déjk, nous restons dans l'inaction. I.os Hovas expliquent celle altitude en insinuant que nous avons peur de quitter nos bateaux et de descendre sur la cûle. •■ Les Français, leur disenl-îls, sont de la race des requins; ils ne combattent bien qwe

A toutes les demandes de nos éuiissairos, les rois sakalaves répondent : - Nous voulons bien vous ilonner des porteurs et des bœufs, mais, si nous nous comproniellons pour vous, envoyez-nous des soldais pour nous garder contre les Hovas ».

Le commandant du titibè» a cherché k s'en lirer par une mélaphon; : .• Quand on veut aballre un gros arbre, leur a-t-il fait dire par sou inlerpi-i-lc, on s'altotiue au tronc sans se préoccuper des branches. La France est assez forte jiour aller frajtper les Hovas au cœur, ii Tanauarive, upr^s quoi les postes de la côte n'auront plus de raison d'être; ils lombei-onl d'enx-raômes entre nos mains. ■■ Bê-Baka, le père de la reine Binao et son premier ministre, continuant la métaphore, a fait celle très jolie i-épouse : a Pendant la chute de l'arbn-, i|ui nous assure, si vous ne nous gai'dcK pas, qu'une des grosses bi-anclies no viendra pas nous écrascrï ■■

Au dêparl de Nossi-Bé, nous sommes as.saillis par une pluie torrentielle qui tombe k gros bouillons sur le pont du bateau encombré de troupes, si bien que nous ne savons oii nous réfugier. Sur les navires de guerre, le confort laisse beaucoup à désirer; tout est sacrifié ft l'armement. Ou m'a logé dans une des cabines les plus larges du bateau; elle a la forme d'un trapèze dont le plus grand côté est occupé tout entier par une couchette. Quand j'y suis étendu, je louche par la lêto el par les pieds les deux cloisons opposées; si je me relève sans précaution, mon fronl vient frapper le plafond. J'ai passé toute ma journée et toute ma nuit dans celle nicbe.

Pour comble de malchance, il a fallu fermer les sabords à cause du mauvais temps. Les sous-ofDcîers embarqués avaient tendu leurs hamacs dans le faux pont à l'entrée de ma cabine : la chaleur étail sufi'ocanle et l'odeur épouvanlablc.

Dès l'aube, je sors do ma prison pour monter sur le pont. La tompêlo s'est uu jieu calmée, cl vers 8 heures la pointe de Majimga commence b. sortir des Hots.

Peu it peu les coutoui-s de la côlo deviennent plus dislincls, el bientôt nous pénétrons dans la baie de Bonilielok. La ville de Majuuga est construite le long du iivage, à l'exlrCme pointe nord de celle baie. Elle est adossée il une série de collines qui, vues du largi', ont exactement le profil d'un immense caïman couché sur les Dois. La tOli; du caïman est couronnée par nn petit forlin qui lonilw en ruines; sur son dos est construit le rouvre hova entouré de beaux manguiers qui se détachent sur le ciel.

Majunga comprend deux parties principales : ta ville commerçante el la ville indigtue. La premièi* commence à une large plage de sable qui s'avance au loin dans la baie et qui, augmentant chaque jour, est tout indiquée pour remplacement du whaïf cl le lieu du débarquement des troupes. Le quartier européen est formé par une trcnlaine de vieilles maisons arabes construites en pierre, oii logent des rommerçanls français ou indiens, deux mosjpiées, la résidence de France et le consulat anglais. Le quartier indigène ou de Marfoutte est composé d'un grand nombre de paillotes basses l'ccouverles de feuilles, qui bordent la baie sur une longueur de prfis de 2 kilomètres. La baie de Bombelok est lai^e el profonde, mais la marée s'y fait rorlemenl sentir el ses eaux son! agitées par de continuels remous qui générant beaucoup pour les débarquements en chalands.

Le croiseur le Primaugiiel, que commande le chef de la division navale, n'est pas en rade. Il a remonté la Betsiboukc, dont le commandant Bionaimé est allé étudier le cours. Nous nous embarquons sur la petite vedette à vapeur de la Rmtcii pour aller le retrouver.

Après avoir traversé la Iwie, nous remontons la rivière, dont la largeur à l'embouchure dépasse 8 kilomètres; ses eaux rouges forment à ce niveau une ligne de démarcation très tranchée avec la leinte bleue de la mer.

Contrairement h ce qu'on nous avait aFlirmé, les bords de la Belsibouke sont abrupts près de l'embouchure; il y a de 10 à 12 mètres de différence de niveau entre le sol et la surface de l'eau. Les rives sont presque partout recouvertes de palétuviers, l'arbre des marais, ce qui prouve que la région est malsaine; cependant, de dislance

L'EXPÉDITION UE M AD AG ASC Mi.

la

en dinlance, le lorrain R'élùvc, fonimnl An petites collinns qui fli!pH»eoiil de ïiO ou 50 mètres le DÎveaii de l'eau, On pourrait élalilir sur cea rolliiies des caolonneinenls benitcotip moins innJsiains que ceux it: Majungai seulement, il faudrait un ruisutcau k proximité, car à ce niveau les eaux de la fielsibouke sont salées, h caui>e de la marée qui se fait sentir IrÈa haut dans le fleuve, jusqu'à Marovoay, prélend-on.

Nous trouvons 11- Pn'mdHf/HL'iancn? à deux milles environ au-dessus de l'umbouchiire, en pleine Belsiboiike, Lo chef de la division navaU' n'est pas à son bord ; il est renionlé à trois mille plus haut dans le fleuve avec un canot à vapeur armé d'un hotchkiss et une escorte d'une douzaine d'hommes. Nous finissons par le joindre et nous obtenons de lui que la Rance nous conduira à Anjouan. Nous avons juste le temps de rentrer \i bord avant la nuit pour que le commandant de notre bateau puisse prendi-e ses dispositions eu conséquence.

27 janvier. ^ Nous avons quitté Majunga hier ii 8 heures et demie du malin et nous arrivons aujourd'hui vers â heures du soir en vue de l'Ile d'Anjouan, dont nous suivons les côtes pour doubler le cap de la Selle et entrer nu mouillage.

Le premier aspect de celte terre est des plus agréables. Elle a ta forme d'une corne d'abondance dont la grande pointe serait dirigée vers le sud et l'ouverture vers le nord. Les deux rives est et ouest sont en ligne droite, de sorte qu'elles no pourraient oS'rîr aucun abri aux navires. La face nord, au contraire, s'incurve un peu; elle domine une crique en fonne d'ai-c de cercle dont la coi^dc est tr^a longue, mais dont la flèche est très courte. (jette crique, bien abritée des vents du sud-est qui soufflent d'avril à septembre, est exposée complètement aux vents du nord, qui sont fréquents dans la saison actuelle. Au fond de la baie se trouve la ville arabe de Moussaraoïidou, capitale de l'Ile, construite le long du rivage. La mer est en cet endroit extrêmement profonde et il n'y a qu'un petit espace oi"! les ancres rencontrant des fonds moins considérables peuvent se (ixer dans on lit de roc et de sable.

Du port, la vue est fort jolie : les contreforts profondément ravinés de l'Ile s'élèvent en étages successifs jusqu'au pic d'Anjouan qui forme le centre du massif et dont la tûte, couronnée do forêts inexplorées, se penl dans les nuages à 1576 mètres d'altitude. Au bas de ces immenses gradins couverts de longues herbes et de cocotiers, Moussamondon, la capitale de l'île, entoun-e d'une muraille en pierre ilani[uée de quatre tours, s'élève au bord do la mer, dont le Oot vient mourir a ses pieds. De loin la vieille cilé arabe, dont les fortifications ont été élevées il y a deux siècles pour défendre l'Ile contre les incuraions malgaches, a fort bon air avec son minaret dépassant comme une lltche les toits i terrasse, et son fort aux mui-s crénelés se découpant vigoureusement sur h' ciel bleu au sommet d'une colline qui domine la ville et la rade. Le pavillon anjouanais flotte ii l'une des tourelles; il est bordé d'une large bande rouge avec un croissant et une main brodés sur le fond, qui est blanc : en langage du pays, Anjouan ou mieux D'iiouani signifie <• l'ile de la Main >■. L'Ile est sous le protectorat de la France, el le sultan qui y règne a près do lui, comme conseiller, un résident fronçais qui dépend hiérarcblqui-iiient du gouverneur de Mayotte.

Aussitôt descendus à terre sur un bel appontcment en bais construit par les soins do la résidence, nous nous acheminons vers la ville. Hélas l la cité, de loin si pittoresque, n'est plus, lorsqu'on y a pénétré, qu'un amas de ruines. Les maisons arabes qu'on ne i-épare plus s'écroulent les unes après les autres; l'herbe envahit les jardins, où pous.sent encore ^^à et là des cocotiers, des papayers et des hibiscus aux belles fleurs rouges. Les rues, lellemeul étroites que le lîlanîiane qui nous porte a de la peine à passer, sont dépavées, encombrées de gros blocs de pierre, propres cependant, car la n-sideuce y lient la main, el le policier, orné d'une grande érhurpe Irtcolore en sautoir, veille soigneusement pour qu'aucun habitant ne vienne y déposer des immondices.

Irfs Anjouanais actuels, comme leurs ancêtres les Arabes, sont gens malpropres et peu soucieux des règles de l'hygiène, qu'il faut leur imposer sans chercher à les leur faire comprendre. Croirait-on qu'il n'y a pas plus de six ans les habitants de Moussamoudou entcrraieut leurs morLs dans leurs propres maisons en les recouvrant seulement d'une légère couche do terre?

Dans la ville, quelques constructions mieux épargnées que les autres ont gardé une certaine apparence : telles hi demeure du sultan et l'ancienne résidence transformée en palais de justice, dont la porte eu bois, fouillée de jolies sculptuivs et ornée de gros clous de cuivre il Ifiles saillanti's, rappelle l'entrée de certaines maisons de Zanzibar.

Sur une petite place, devant les arceaux de la vieille mosquée dont le minaret est vu de la rade, un indigène à barbe blanche, accroupi sur une nalle, égrène lentement son chapelet en bois de coco; des enfants groupés au coin de la rue voisine regardent curieusement les étrangers, tandis qu'une jeune femme, qui dissimule soigneusement ses ti-aits derrière une échappe rouge, jette un coup d'œil furtif ii travers l'entre-bâillement d'une porte.

Les Anjouanais comme tous les Comoriens se rapprochent plus du type arabe que du type malgache; ils gardent très fidèlement les mœurs et la religion musulmanes. Les métis originaires des Comores sont connus sous le nom d'Aolaloles, et il y a près de Nossi-Bé une baie qui porte le nom de baie des Antalotes parce qu'elle abrite sur ses bords un village de Comoriens.

28 janvier. — Le docteur Ormières, résident de Franco à Anjouan, est venu hier faire visite au commandant de la Rance; il a eu l'amabilité de uoiis inviter \ faire avec lui re matin dans l'Ile une longtie promenade en fïlanzane.

Ifî

L'EXPEUiTiny Ht: MAh.\(i.\sr.\H.

Noitsquitloniilcbaluiii hS lieiirvsi-t (tcmio, t't à i'iijtpiiiili-nu'iil nous trouvons \e n'sidi'iilL'xBFlauronclefrvaiii Il fail lin temps superlip: In journée promel d'Sire Ton iicliu, mais la chaleur est sufi'ocaull^ on celle saison et it J faut Me mollri! en roule de bonne heure.

Ia' docliMir ûrmiêres. dont les cheveux el la barbe grisonnent, est petit, sec, nerveux, d'aspeci énergique. Depuifl ■ six ans & Anjoiian, nlnolnmcnt seul, loin de loiilo communication avec l'Europe, il a su gagner la confiance du j Kultan Mohamed Sélim. qui ne fail rien sans prendre son conseil. Il a créé des roules, amélion^ les planlalions, ] Iransrornié l'Ile entière. 11 a fail d'Anjouan une colonie prospère, qui se sufljl h elk'^-mf'me, paye ses ronclioa^l naires sur son propre budget «aiisi demander la moindre subvention à la m^re patrie. An contraire, elle envoi» \ de l'argenl \\ sa sœur ainfe Mayotle, qui, elle, n'en a jamais assez.

Nous parlons en fiUnzane et en bon ordre. Mon porlunr de gauche a dans le cartilage de l'oreille, au niveau J de la conque, un trou énorme à travers lequel il a passé une corde rouge nouée en anse. C'est un ornement J frt'quenl chez les Makoas el les Gomoriens. comme chez les Malgaches. A Anjouan, presque Ions les porlefaix'g sont Makoaa. Ces Makoas. originaires de Mozambique, viennent des colonies portugaises de la cAlo d'Afrique. lia T sont beaucoup plus travailleurs el hîen plus robustes que les Sakalaves et les Comoriens ni ils se contentent d'un f salaire exlrdmemenl modique.

Après avoir contourné la ville et pas-sé pi-ès du petit village A'.iiUomiuji, dont le nom comorien veut dira I littéralement «situé à côlé de l'eau ■', nous grimpons par un chemin assez raide jusqu'au vjeuï fort qui domine J Moussamondou : il esl en ruine comme tontes les antres constructions et il a été momentanément transformé ea J prison. Dans la cour d'entrée, je remarque deux vieux canons en bronze sans affût, qui ont été donnés, para!t-Uf-a par le Premier Consul.

Au sortir du fort, nous suivons une roule large et bien entretenue qui nous conduit à travers de superbeS' j plantations de cocotiers jusqu'à la résidence. L'aspecl du pays est magnifique : toul autour de nous de haute» J collines, couvertes d'une herbe t'paisse qui dépasse notre Wle et coupées par dos ravins profonds, se pressent \ia\ unes contre les autres comme ii>s vagues de la iner,

La forêt vierge qui les n'couvrait autrefois a été presque parloul incendiée. Elle a été remplacée par des l>oift9 de cocotiers, de grenadiers, d'orangers, de manguiers, 4 l'ombre desquels les indigènes cultivent le riz, l'ann^ chide, lu manioc, la patate, le café, la vanille et la canne à sucre. Depuis qnej'ai quitté la France, je n'ai pas vu | coulrée plus belle ni plus riche. Partout de petits ruisseaux coulent de la montagne; ils sont habiles par d'exc«l-' lentes anguilles el d'énormes camarons. Ces camarons sont de grosses crovelles d'eau douce qu'on rencontre dans! les eaux courantes à Madagascar et dans les îles qui avoisinent la grande terre.

Le résidenl habite avec sa famille une charmante villa, construite dans un site magnifique, au milieu d'uni parc de toute beauté; il a réuni dans ce parc nou seulemenl tous les arbres qui croissent sponlanément dans l'île, J mais encore toutes les plantes qui peuvent y être cultivées. J'y reconnais le caféier, l'eucalyptus, la rigne, le 1 cacao, la vanille, l'arbre à thé, l'arbre à pain. De superbes massifs de rosiers en Heur embaument l'oir k ] un kilomètre à la ronde.

La villa, construite sur des piliers élevés de près de 2 mèlre» au-dessus du sol, est entourée d'une largfr I varangue protégée contre les ardeurs du soleil par un rideau de lianes de fleurs.

Le rez-de-cliauBsée a été transformé en une sorte de serre très pilloresque; les piliers qui soutiennent la case I sont dissimulés sous des touffes d'orchidées cuirasses, qui poussent en abondance dans l'ile. D'autres orchidée». | pendent du plafond, el des palmiers auï larges feuilles sont placés de distance en distance en bordure.

Avant le déjeuner, nous faisons une longue promenade dans l'Ile, où nous voulons nous livrera des exploi lions minutieuses relatives à notre mission; pendant cette promenade, nous avons l'occasion de visiter en détail J les superbes planlalions de vanille créées depuis deux ans par un beau-frère du résident qui habile au village deJ Onijoni (dans les nuages) en pleine région montagneuse.

La liane qui donne la vanille croit très bien à Anjouan. Les planteurs de canne à sucre, qui ne peuvent plus! soutenir la concurrence avec la France et Cuba, essayent do tous côtés celle culture, qui pour l'inslanl rapporte dg J jolis bénéfices.

La vanille exige beaucoup do soins; elle doit être protégée à la fois contre l'excès d'omhro et l'excès de soleil. I Il faut à chaque plant un tuteur de pignon d'Inde vivace contre lequel il grimpe; le pied doit être protégé ptf 1 une épaisse couche de paille.

La fécondation de la fleur se fait arlificiellement ; des troupes d'enfants du pays sont engagées chaque année par le planteur pour ce travail, qui est très minutieux. Le sarclage de la plantation exige aussi un nombreux 1 personnel, dans ce pays surtout oîi l'herbe pousse extrêmement vile et od les habitants sont peu habitués à luîÉ faire la guerre; pendant notre excursion, nous passons à chaque insUnl au milieu de plantations de patates oa] do manioc, que nous avons peine k distinguer des endroits incultes tant les herbes parasites masquent parfait»*! ment les plantes comesllblcs.

Nous consacrons notre après-midi à faire visîle officielle au sultan d'Anjouan, Mohamed Sélim. Il eafl pai-enl de Said Ali, sulUin de la Grande Comoiv, (|ui vient d'élre interné il la Réunion, el il habile à Moussa.'^

L'EXPÉDITION DE MADAGASCAH.

moudou une gnmuc iiiai-

son iiralii! aitiiof pi'iw di la mr)S(jiiét>.

Nous soinmt's rt'Çiv k la porte li'uuu cou l'ii-oiti- donnaul sur la r jtar un ilro^iuan vi d'uni! VL'ste jauni? el un il'uuL' baguelle d'i''lii''i (|ui nous iutroduil iinu (lîatemoal dan» les sjipi lemi'nl» de Sa Hauli'ssi

Apr rinq 011 six raarclit t'scaliiTfn piorn-di

nii[ueLiiv, nous passonadans une secontio sali» communiquant avec la première par une lui'go baie praliquL'e duns la muraille : c'est Ik que se tient le sultan. De chaque côIl' de la Iwie, je reinaii{uc d^ux grosses lanLt-rni.-s de voilure lix^cs dans mur k hauteur d'iiomme,

Mohamed Si5lim nous alliind assis sur un vieux sopha garni dd velours rougf. Il est en poliie

tenue : grande robo longue eu drap noir garnie besoins h* miiinmi.

d'un gulou d'or lin, ouverte sur un plaslrou blanc,

avec pelil col droit, lai^s ceinture groseille retenant un beau poignard k manche d'argent eiseltî comme en portent les Arabes de Mascate. Les pieds sont nus dans des sandales ai-abes orm-es de broderies vertes; la tête est coiffée d'un lurban en foulard rayé do bandes multicolores, dans lesquelles le lilas clair cl le llc-de-viu dominent. Ce turban se termine au-dessus du Front par une pointe rigide qui a exactement la forme d'un triangle équi la luttai.

Le sultan semble avoir de quaraute-4:îmj à cinquante ans. 11 a le teint noir, le nez légèrement épaté, ec qui n'indique pas un sang arabe tivs pur; il est en effet, assur<K-on, né d'une mère malgache. Il rit souvent, el montre avec complaisance deux rangées intaeles de denLs blanches magnifiques. Son embonpoint très respectable plaide en faveur du climat d'Anjnuan.

Sa Haulesse nous fait asseoir, le commandant Magiié et moi, & sa droite et k sa gauche sur le même canapé, peudanl que deux de ses plus proches parents demeurent debout en face de nous. L'un, son t'rfere je crois, a une physionomie beaucoup plus line et plus inlelligente que le Bullan lui-même. L'autre, qui porto lo nom d'Abdallah, a les traits réguliei-s, le teint mal, le nez forlement busqué. Il doit âlre de race plus pure que

IR

l'K\PEI>iriOS un MADAGASCAH.

le Hultan el que son frère; il sert d'iiilerpr^tn h Mohamed Sélim, qui, bien qu'eiileuiUnl cUireinenI et parlaDi im peu notre langue, pviTère sp servir d'un interm&liaire plutôt que do s'exposer k se tromper devant di>s élraiigcrs.

Pendant que Sa Haiilosse nous aasiire de son ariiilié cl Av son dévoiiiTnent pour k France, je jelte un rej^rtl firciilaire sur la salle de réception.

Quelques vieux fauteuils, des canapi^s i-ecouveris de housses blanehes, une lahie, eonsliluenl l'ameublciuent, Dana une armoire vitrée Boni (^laltîes des boites à musique et une vingtaine de ces fameuses boules en verre coliindont j'ai parlé. Ça et IJi, conire les mui-s, sont appliquâtes îles ftiaees dont le tain est romplîîlemeiil détruit. Un lustre en ciislul pend du plafond, ei deux urmoiri'S en arajoo onicnt les coins.

Paee ii l'endroit où nous sommes assis, trois ^randi's ouvertures, qui doivent donner aecès dans les appartements intérieui-s, sont soigneusi'ment masquées pur des rideaux en damas rouge. Ces rideaux s'agitent de temps en temps; derrii'tre eux sans donle se tiennent des femmes qui cherchent a rmiis voir el qui éroiitenl re que nous disons.

A Anjouan, comme dans les pays musulmans, les femmes vivent retinies au fond des maisons et ne sortent presque jamais. Quand il leur arrive de quitter l'habitation, elles se voilent soigneusement pour traverser les rues.

Le résident m'assure que Mohamed Sélim n'a qu'une seule femme; il a un fils de seize ans en ce moment il la Grande Gomoro. A Anjouan , d'aprfs le docteur Ormièn-s, ce no son t pas les hommes qui choisissent leurs femmes, mais les femmes qui choisissent leurs maris. Quand une jeune lille, regardant les passants à travers son voile ou par lu petite fenêtre grillagée du han^m, aperçoit un jeune bomnie qui lui pluit, elle lui adresse par l'intermédiaire d'une suivante du bélel el de l'arek. Si le jeune homme accepte, il est fiancé. La chique do bétel est d'un usage courant à Anjouan comme en Indo-Gliinc.

29 janvier. — Le sultan Mohamed Sélim est venu à bord nous i-endi* noti*e visite. Le commandant de bi Rinice avait envoyé son ranol h. vapeur le chei-cher ït terre, lui el sa suite. Il l'a reçu îi lu coupée avec loul l'étutmajor du navire, ifui s'esl i-éuni ensuite dans le salon du commandanl pour les présenlalions oflirielles.

A l'occasion de cette visite, le sultan avait revftu son gi-anil costume de gala, une longue robe couverte de fines broderies d'or; il portail au cou la décoration de son onli-e.

£n sa qualité de musulman, Sa Hautcsse ne boit ni vin ni liqueur. Elle accepte un verre de sirop du grenadine, el tout le monde se lève pour porter un toast El la France. Dans un discours 1res bien lourné, le sultan nous exprime le plaisir qu'il éprouve k voir des Français; il a appris que nous venions chercher un emplacement pour conslruire un IiApilal destiné h recueillir les malades et les blessés de la prochaine gueri-e el il veut, si nous choisissons Anjouan, montrer son amitié à l'égard du gouvernement français en nous fournissant graliii- Icmfint tous les travailleurs nécessaires pour l'aménagemenl de la lïmte et l'installaUon des baraques.

Avant de prendi-e congé des ofliciers du bord, le sultan examine longuement les grosses pièces d'artillerie qui ornent te pont île la H'tnre. Au dépail, il esl salué de 21 coups de canon, honneur qui n'est rendu qu'aux

- La litiiirr quitte Anjouan ;i 5 Ile

demie du matin pour nous conduire ik Mayolte, où nous prendrons le courrier, qui nous ramènera & Nossi- Bé, Les renseignements que nous avons recueillis Mir la Grande Comorc nous penneltent de l'éliminer immédiatement de notre choix sans avoir besoin de la visiter. Il n'y a ni source.

celle Ile : «es babilanls boivent de l'eau de pluie. De plus, il est extrêmement difiiciln d'aborder h la Grande Comoi-e, qui ne possède aucun port où les iiiiviivs puissent jeter l'ancre, Anjouan, malgré sa liide foraine, li'i>s peu srtre jii'udanl les mois d'été, iKuis a beaucoup séduit k cause de son aspect riani,

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qnc nous devons Mri- prflts pour l'arrivéï-

du Corps Ëxpeditiounalre, que le coiii-

niandanl Magui! lepi-ésenle le seul apent

li'chuique venu de France el qu'il i^sl

impossible dnna le peu de temps doul nous disposons de former su

conslnieleurs qui sont nécessaii-es pour Iraeer les roules e

de convalescents ,

plaee avei iu^rlHinal

•l Tsiarus. -

Vtitetse Ues Sakalaves. -

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: alilulioiio. foitruras, vêle

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e TiiaqiiillaKB cl les liijoiix

3 lévrier. — En débarquant ii Hellville, nous apprenons l'arrivée de Tsiaiane. roi des Antankai's, qui a (;lé convoque par l'adrainisl râleur, Il habite, pn'^s de notre maison, une grande case dépendant de la direction du port et mise k sa disposition par la eoloiïie. Deus soldais de sa suite montent la g^irde devant la porte. Ils sont armés d'une sagaie, espèce de lance h mancbe cour! ferré aux deux bouts, dont les Sakalaves se servent asse^ adroitement.

Je demande h voir le roi. Un des soldats s'élance dans la case et réparait bîenidt, suivi d'un vieil Ântakar à barbe grisonnante, k ligure éveillée et intelligente, d'un teint beaucoup plna clair que les autres Malgaches. C'est l'nncle du i-oi ; il parle couramment le français et sert d'interprète k Sa Majesté nt'gre. Dix niinulea apri's, noua sommes introduits.

Tsiaiane, roi des Aulakars, est âgé d'une cinquantaine d'années, autant qu'on en peut juger parl'apparence, si trompeuse h ce point de vue chez les sujets de race nègre. Il a un ]ieu d'embonpoint el ses traits sont b'gèremenl empâtés, mais sa ligure est belle el régulière. C'est le roi le plus puissant de la cAle ouest. Il pourrait, s'il le voulait, nous fournir dix mille porteurs pour nos colonnes; aussi le résident de Nosai-Bé et le chef de la division navale font-ils tous leurs efforts pour l'amener k nous servir. Je doute qu'ils réussi s.si'Ul,

Il l'tlioiKTOiil aiiBfii, je l'i'ois, pii';s d'un aulR- prince siiliiiiiivi', Tsùlims, rni d'AiikWi, cpii' l'adminislraloLir principal vienl de faii-e vcnii- (Sgalomeiit à Noftsi-Bt^ pour un jçmnd kîihar solennel dc-slinè 11 riglor i-i-\U- i|ii<'siioii si iniportunle pour noua des porteurs. On appelle kahar, à Madagascar, imo grande réunion dans liiipudli' si- Irailent les alfaircs publiques. Tout lu monde peul assialeri ces assemblées, ([ui se lienuenl orditiaiivriii'nl sur la place du village nu dans une grande case appartennnl. îl l'un dt-s chefs. Les kabara entre ludigéne» snul gi'uèfttleinent Torl longs. On j discul^ souvL'nt des heui-es enlitViïs pour le pluisîr de parler ou d'écouter. Tous les Malgaches, les Hovas cnuiinc les Haknluves, raH'olent de beaux discours. Ils n'înlerrompenl jamais les orateurs, qui peuvent cauwr tant qu'ils veulent, ii la grande satisfaction de l'auditoire. Le bavardage, le verbiage oiseux, pour je plaisir d'aligner des phrases, ost une di-s iiarliciilaritL-s dn earaelère inalgai'be.

Tîtiaras, roi d'Ankifi, est maigre, plutAl petit, avec des traits Uns, le teint un \kh olivfttre. le regard sournois. 11 porte la grande i-obe arabe oiivei-le en avant sur une longue gandoum en fine soie blanche. Il «e prouit^ne îi l'abri d'un large parapbiie ronge, toujours suivi d'une nombreuse troupe de femmes aux costumes barioles. Ses sujettes l'adoivnt, Ri lorsqu'elles le rcneonlrenl dans la rue elle» l'acclament avec fn.'ni'-sie, dansant devant son filanzane pour lui faire bonneur.

Tous Cl» rois et ces i-eiries de la côte ouest sont en froid, souvent en guerre les uns avec les autres. Les plus fntih-a pri^texle», quelquefois une simple question d'étiquette, font éclater les hostilités. Heureusement les îîakalavcs sont d'une bravoui-e li-ès contestable, Cben eux, quand deux partis ennemis se rencontrent, ils commencent îl s'injurier de loin avec force gestes et de grands éclats de voix. S'ils ont des fusils, ils tirent tant qu'ils ont de la poudre, le plus souvent sans viser, aprts quoi chaque parti s'enfuit dans une direction opposée en pi-oclamanl qu'il est vainqueur.

C'est grâce k ces dissi-nsious eoutiniielles que les Sakalaves ont été si facilement et si rapidement soumis par les Hovas, Us n'en détestent pas moins leurs maîtres, se rappelant qu'autrefois ils faisaient travailler comme esclaves ces mêmes Hovas qui maintenant les pressurent; mais ils les craignent encore plus qu'ils ne les liaïs,senl. Et, d'ailleui-3, ils nous en veulent au fond du ca.'ur, k nous aussi, d'avoir donné k Ranavalo, par le traité de 1885, le droit de porter le liti-e de Reinede Madagascar et d'exercer sur eux des représailles jiourles services qu'ils avaient été censés nous rendre. Jamais nous ne pourrons leur faire comprendre comment nous, les vainqueurs, nous avons été amenés par les nécessités de la politique à abandonner la souveraineté de l'Ile, c'est-à-dire tout le bénéiico de la campagne, aux pires ennemis dont nous avions triomphé. Placés entre le marteau et l'enclume, ils nous feront toujours bonne figure, mais an fond cl tant qu'ils ue nous verront pas à Tananarive, ils craindront plus de déplaire aux Hovas qu'k nous-mêmes. Voilà pourquoi, il l'heun.' actuelle, nous manquons d'ouvriei-s et de porteurs, et cette pénurie de bras rendra les préparatifs do la campagne particulièrement difiiciles.

5 février, — Nous nous sommes installés à Nossi-Comba dans une grande et confortable case eouslruitu sur le rivage au milieu du village d'Anipangourine. De là nous pourrons plus facilement surveiller les travaux du sanatorium. Ces travaux ont déjà commencé; nous ne reconnaissons plus l'étroit chemin malgache, semé de ravins et de rochers, que nous avons parcouru il y a quiuiie joura à dos de porteurs. Trois cents ouvriers indigènes, dirigés par des surveillants européens, sont occupés k le transformer en une large route qui montera ii 500 métrés d'altitude jusqu'au sommet du pic d'Ankclsal)é, sur le versant nord de l'île.

Rien n'est plus difGcilo que de faire Iravailler les Sakalaves d'une façon continue : ils sont si paresseux et ils ont si peu do besoins! Un pou de poisson fril '& l'Imile de coco, du riz, voilà toute leur nourriture. Ils ne mangent de la viande que dans les grandes occasions : aux fêtes, aux anniversaires, tons les deux on trois mois environ.

Lorsqu'un Sakalave a pu gagner un petit pécule en travaillant chez les blancs, vite il retourne à son village, où il reste à ilàner et ît s'amuser jus(|u'à ce ipi'il n'ait plus d'argent, L'administratear de Nossi-Bé n'a pu trouver des travailleurs pour le sanatorium qu'en les reci-utant presque de force par l'intermédiaire des chefs de village et en leur promettant do les renvoyer tous les quinze jours pour en prendre d'autres s'ils désiraient partir. Pour les faire travailler, il faut être constamment derrière eux ; dés que le surveillant a le dos tourné, ils s'arrêtent, se couchent sur le ventre dans le sable ou M'aecroupis.sent sur les talons. Avec de pareils fainéants, le travail n'avance pas vite. Cette paresse invétérée des Sakalaves constitue un gros point noir pour l'avenir de notre future colonie • de Madagascar. Le sol de l'Ile se prèle admirablement à toutes les cultures; diverses exploitations pourraient y être essayées avec succès; mais à quoi servira la richesse du sol, si l'on a pas de bras pour le culliverî D'ailleurs, ici mfme nous sommes depuis longtemps aux pris(.-3 avec ces diflicultés; Nossi-Bé, Mayotte, la Réunion, végètent malgré les ressources considéraldes qu'elles présentent, faute de bras pour les mettre en valeur, .\njonan et la Grande Gomore, qui ont un certain nombre de Makoas dans leurs plantations, languissent moins que les antres, mais elles passent leur temps ïl se défendre contre Iw tentatives réitérées de leurs voisines, qui cherchent k enlever leurs travailleurs.

15 février. — Nous sommes maintenant complètement installés et notre maison eal définitivement montée. Nous avons un cuisinier malgache, le nommé Assoumani, qui, moyennant cinquante francs par mois, nous fabrique des plats succulents. Nous avons aussi un petit boy de dix ans, le jeune Manette (en sakalave Manette veut

L'IiXPEOlTION HE M A PAG ASC AU.

SI

l'effrayé " ; il lire' li' imiika, fiill les l'Oiiiinissioiis l't Invc lu vuissi'lle ; l'iitiii rnihiiiiiiRli'Hleiir a mis ù iinlre Jis|)nsilion im agent fie police pnriaiil bien lu fiaiiçaja; il se nomme Tsiadiasoun, iiii bion bi.'Uii nom (jui en iTittlKOclie sifîtiilie <i infaillible ■>. 11 poi'lR de su|)Prbes boucW d'oreillos en or, uno ealolle rouge uvt-c un appoildiet.' au sommet fi» l'orme dp i[ueue do rat. C'est mon professeur dp malgache; il nie suit parloill, portant un petit vociiliulBin> sakalave et français qui m'a i^lé donné par les Pères du Saint-Espril.

Ll's Sakalave» de In rolouie de Nossi -lîr- sont vraiment de bravi>s gens, ti-ès aerv-îables, iK-sdoux.li'i^ affahies, quand on li-s traite bien, Seulement, ils ont la passion des litpieurs forles. Ils adorent surtoul b- rlium, et la ([uantiU^ ([u'ils on absorbent est inci-oyable. ^iiand les porleui'B ont bien marcbé, l'habitude ici est di' !eiu' doum-r un tilre de rhiiiii i-n guise de poiuhoire; ils le boiveoL k quatru en dix minutes, comme de l'eau.

Ce ibum csl fabiiqni^ dans le pays mt'me exclusivement avec du jus du canne ii sucre; il revient a 50 ou 60 centimes le Itire au di'tail. Il fait beaucoup moins de mal encore qu'une autre boisson exportée d'Europe et vendue par milliera de caisses tout le long de la crtle et dans les Iles voisines de Madagascar : je veux parier de l'alisinllie, La liqueur exportée n'a généralement de l'absinllie que le nom, et pour le prouver il suffit de dire que ta caisse de douze bouteilles cortie, rendue à Hellville,

10 ou 13 francs. Les commei-çanls anglais, allemands, fraDi;aIs, inondeui les pays malgaches île ce produit inuomaJtle que les indigèua-^ boivent a pleins verres. Chose curieuse, malgi-é la niauvaitw qualité de la drogue qu'il absorbe, l'indigtne en état d'ivresse reste généralement doux et bon enfant. J'ai vu Houvenl les gens d'Ampangouriiie en élal d'ébriélé s'invectiver; je ne les ai pas vus se ballre.

Je ne connais pas de peu|i]<' ([uî se lave plu» souvent qui.' ll'^ Malgachi>s. Tous fout au moins deux ablutions complcles par jour.

malin et soir. A chaque instant, i>t.<siH i.k ':immiii!, n'Ai'nl'ji ui» HuonKUAi'Miit i<i' uxTriiijn us ubessuu.,

les hommes et les enfants viennent

s'accroupir sous h robinet el dans l'auge de la fonlnine publique du village qui poule tout prf-s de notre maison. Ils y font leur toilette dans le costume lu plus primitif, tranquillement et comme la chose la plus nnliirelle du monde. Les femmes se cachent davantage : elles tendent devant elles leur simbou comme nn voile et prociMent ensuite comme chez elles. Tout la temps quVdlcs ne passent pas k se laver, à piler le ri?., à faii-e cuin- le poisson ou à jacasser entre elles sur le pas des portes, elles le consacrent k leur toilette. Leur babillemcnt est d'une grande simplictlé; il comprend : lo »imbou, long ean-é d'étoffe qu'elles enroulent autour des reins cl qui leur tombe sur les chevilles comme un jupon ; Vfiiikaitzott, espèce de CRsaquiu élroit et très court qui leur conqirime la poitrine, enlin le kimuté, autre carré d'étoffe qu'elles drapent sur leurs épaules en forme de manteau. Mais leur coiffure esl exces,sivement compliquée; il leur faut y consacrer plus d'une heure et elles ne peuvent l'exécuter sans l'aide d'une compagne; aussi bien peu de femmes se coiffent-elles tous les jours. Bu me promenant dans le village, les après-midi, après la grande chaleur, j'assiste souvent à l'opération, qui est assez curieuse et qui a lieu ordinairement devant la porte de la case,

La patiente est étendue tout do son long sur une natte posée par terre ; elle est couchée sur le ventre, les coudes fléchis, le menton appuyé lantûl sur le petit oreiller quadrangulairo dont se servent les !:>akalaves, tanti'.t sur les genoux de la femme qui coiffe. Celle-ci est assise sur la morne uatle, les jambes repliées sous lo corps ; elle est armée d'une grande aiguille faite d'un fragment de côte do bœuf et mesurant 10 on 12 eenlimèlres de longueur environ. Avec la pointe, elle trace une première raie médiane allant de l'occipul au front; apii"« avoir i^ejeté les cheveux de chaque côté, elle enfonce l'aiguille sous eux, parallèlement à la peau, en sépare une petite touffe qu'elle tresse k trois brins jusqu'il 3 cj?nlimètres environ de l'ex lit» mile di's cheveux. Elle fait ensuite bouffer la partie non tressée de la natte en repliant de dehors en dedans le faisceau formé par les pointes terndnales des cheveux,

11 résulte de ce travail une petite tresse Unissant par une houle en forme de grelot. La coiffeuse fait de chaque côté de la raie médiane un certain nombre de ces tresses à boules, placées les unes h côlê des autres el sépai-ées par de petites raies secondaires dont l'ensemble dessine comme un réseau sur le cuir chevelu, Tanlûl les mailles

L'EXPEDITION DE MAOAGASCAn.

(ta n^aii se conpciil itmigii' rlroil; l«nidl nilcs formpnl 1111 (Icswin plus cDiniilifiui'. ([iii rappclii- ivliii dps trHilics d'un poisson. Chai{m,' maiUo Piiscn-c la base d'unp pelilo Iressc.

Les Ircssea ne sont jumuis longues, parce (jueles femmes sont obligées de se couper les cheveux trop l'it'([ij«nmenl. A la morl d'uu membre d'une familli? royale, Ions les Sakalaves, hommes el femmes, doivent se ruser la iPle eu signe de deuil sur un ordre qui leur est envoj'i? de la Grande Terre ; c'est ainsi qu'ils d^iiffnent Mada^rasrîir, le berceau de leur race. Aucun indigùne. môme ceux qui habitent depuis leurenfance les colonies françaises, ne s'aviseinit d'enfreindre cet ordi-e. Les familles royales sont nombreuses, el il s'y produit souvent des décès, de telle sorte que, rii pays sakalave, les princesses seules, qui ne sont pas lenui's d'olx^ir strictement k lu coutume, peuvent porter de longs cheveux.

TsiadisKous, mon cicérone, pri5lend qu'on peut roeonnallre à distance l'âge des femmes sakalaves rien qu'à la coiB'ure, et k ce point de vue il en distingue trois CHl^oriesi : les jeunes, qui ont toujours les cheveux Lien nnlIi'K el les boules terminales bien bouffantes el bien réguliiivs; celles entre deux âges, qui ne se soignent que par intermittence el dont la coiffure est un peu embrouasuilléo ; enfin, les toutes vieilles, qui n'ont plus de prétentions el qui portent les cheveux rasés pour se débarrasser d'un soin inutile et pour ne plus avoir à faire la ehasan

Jeunes el vieilles ont la mauvaise habitude de s'oiudre la ti^te avec de la graisse de bu'uf, qui rancit rapidement el tinil par dcgagin- une odeur insupportable. De plus, elles so moucbeut dans leurs doigls el lancent par terre ît tout instant un long jet de salive, car elles ont, comme les hommes, l'habitude générale de chiquer le lahac.

Cette plante pousse en abondance dans le pays, et les indig(''nea savent la sécher el la préparer. Ils In n-duisent en poudre fine en la mêlant avec de la cendre de bois léger. A la maison, ils conservent cette poudre dans des Imuteilles pour éviter qu'elle ne s'altèi-e par l'humidité; quand ils partent en voyage, ils en ont toujours une petite provision enfermée dans une bourse ou un morceau de bambou creux qu'ils placent dans leur ceinture. Quand ils veulent chiquer, ils prennent dans le creux de la main une pincée de tabac en poudre el la déposent entre leurs incisives supérieures et la partie inlernc de la KVrc correspondante.

Les femmes sakalavos ont la singulière haliitudo de se couvrir la face d'une poudre jaune, avec laquelle elles se dessinent souvent comme une sorte de masque. Gelli! poudre jaune s'obtient en râpani sur un galet mouillé, d'aboixl un morceau de bois de santal, ensuite un fragment de racine de safran; le tout est mélangi' avec le doigt et appliqué sur la face k l'état humide. La pâte sti transforme en séchant en une poudi-o fine qui adhère as-sez foi-temenl k la peau. Certaines femmes, au lieu de se barbouiller loute la figui-e, dessinent sur les joues ou sur le nex, soit de grands traits, soit des pointa; les plus élégantes se font sur le front el les joues de peliti.'s rosaces qui ressemblent îi des tatouages. J'ai même vu plusieurs jeunes hlles qui portaient de ces dessins faits, non plus avec du safran el du santal, mais avec des poudres d'or et d'argent; certaines d'entre elles se maquillent les sourcils et le tour des yeux avec du noir de fumée. Le plus extraordinaiit-, c'est que la partie mâle du peuple sakalave goilte fort ces ornements bizarres el les trouve charmants chez la femme.

Les Malgaches des deux sexes ont un amour iinuiodért^ des bijoux. Hommes et femmes portent des bagues, des bracelets, des colliers en or ou en argent chez les liebes, el, chez les pauvres, en perles de veiTO de toutes couleurs achetées chez les Indiens, Tous ces bijoux sont de style aralK.', mais fabriqués par des Sakalaves qui sans doute ont appris leur métier de quelque Goniorien. L'orfèvrerie, d'ailleurs, est grossière el les modèles peu variés. Les bagues sont généralement ornées de grosses pierres de couleur rouge ou jaune, Iranslucides, mais un peu ternes, qui rappellent l'aspect de l'ambre jaune. Les oi-fèvres n'utilisent pas le cristal de roche qu'on trouve un peu partout à Madagascar, sous forme d'échantillons remanjuables par leur grosseur, mais remjdis de défauts.

IjCs femmes sakalaves se percent In narine comme les Indiennes pour y introduire un petit bouton h double tiMe en or ou en mêlai plus ou moins précieux. Quand elles peuvent s'en procurer, elles se servent, pour former ces boulons, de nos pièces d'or de 5 francs, qu'elles font monter sur lige par les orfèvres indigènes; aussi cette monnaie assez rare fait-elle prime dans toule la colonie de Nossi-Bé. A défaul des pièces d'or de 5 francs, elles emploient les pièces d'ai-gent de 20 et même de 50 centimes. Celle mode singulière permet de reconnaître, en passant el d'un seul coup d'inil la caste k laquelle appartient la femme : celles de haute classe portent l'oniement dans la narine droite; celles de basse extraction ne peuvent le fixer que dans la narine gauche,

II est un autre genre d 'orne men la lion qui a probablement une origine arabe et que je n'ai vu employer que par les indigènes de qualité : il consiste k se lemdi'e en rouge, avec le henné, les ongles des pieds et des mains. Le henné pousse Ii l'état sauvage à Mada^scar el ses propriéli^ tinctoriales sonl connues et utilisées par les indiKfn..».

L'EXPÉDITION DE MADAGASCAII.

Ills Ul! I

wlle.

Los Siikalavcs ont un culle pour rcvtaiiis objets inanimés : les nrbrus, les rochi-rs (jui les frapiienl piir 1l-iii% iliiniMi^ioiis îinpcsunti's, pur letit-s formof bigarres ou niAJeslueuscs. Us croienl bien que l'univers <-si ri'^'i par un rlieu unique, le Zanithtir; ils enlrevoicnt vaguement en tiiou, cl, sans lui donner aueune forme, ils le fonsidÈrent comme le centre moleur do l'univers cl le n^gulalour des hommes et des rhoses, qu'il dirige el fait agir à sa guise; maitt ils croienl anssi que le» grands arbres, les rochers majestueux, n'nnl reçu du Zanahar leurs belles proportions el leur Forme imposunle que parce qu'ils plaisent k Dieu, qui veut les visiter de temps ît autre, el qu'ils ont, par ee fuit, le pouvoir d'iulerc*>der pn^ du Toul-Puissant pour les pauvri-s mortels malheureux.

Un p^ro inquiet pour la vie de son enfant qu'il a laissé malade k la maison renconln^l-il sur son chemin Mil gros bloc dérocher qui appelle son attention par ses dimensions exagérées ou son profil exiriiordinaiiv, il s'en approche respectueusement, le frappe à deux ou trois reprises avec un petit caillou ramassé le lonj^' de lu roule el lui fail ensuite celle prii-re : « grosse roche, loi que le Zanahar a créée si belle, lu dois élro bien puissante auprès de lui. Si lu obtiens de Dieu la guérison de mon fils, je le promets de l'apporter ici même une piasti-r neuve en reconnaissance de Ion bienfait. ■■ Quand le souhait csl exaucé, l'indigène revient lidèlement apporter l'offrande promise, qu'il glisse dans une fente du rocher.

Ces offrandes consistent fort souvent en petits drapeaux faits de carrés d'étoffe rouge, que les Sakalaves piaulent dans les inlei-slicea du rocher. Chacun de ces petits drapeaux indique un vieu exaucé par la roche. Plus ils sont nombreux, plus la roche devient célèbre. On se déplace alors de fort loin pour la consulter; on lui demande son intercession non seulement pour les maladies, mais pour les affaires importâmes; elle est sacrée, el il est impossible de la détruire sans attirer sur le pays les plus grands malheurs. C'esl même toute une affaire que de la déplacer. Pour tracer la route du sanatorium, il fallail ahsolumenl faire disparaître un gros bloc de rocher couvert de petits drapeaux. Le commandant Magué, ipii se gai-dail bien de froisser les superstitions sakalavcs, engagea des pourparlers avec le chef du village d'Ampangouriue. Celui-ci réunit le conseil des notables. Grand kahar qui dura plusieurs jours. Api-ès quoi, on finit par décider que U roche sera déplacée avec les précautions les plus minutieuses et les égards qui sont dus k un objet aussi vénérable el que, pour conjurer la coltii-c du Zanahar, il sera répandu sur l'ancien emplacement deux litres de rhum que fourniront les vazahas.

Je ne sais si le rhum fidMemenl apporté aux nulables a été tout entier consacré k apaiser les Esprits, mais le lendemain la roche roulait saos plus de cérémonie au fond du ravin, poussée par ces mêmes Sakalaves qui l'adoraient la veille, cl, depuis qu'elle a élé ainsi détrônée, tous les iudigt-nes passent k côté d'elle sans plus s'en préoccuper que du plus vulgaire caillou du chemin.

20 février. — Il pleut k torrents, une pluie chaude el serrée qui mouille comme une douche; les nuages, (|ui masquent complùtemenl le ciel, se confondent avec la mer en une teinte grise uniforme ; la terre argileuse enfonce sous les pieds cl se colle aux chaussures. Impossible do sortir; c'est encore une journée perdue pour le travail du sanatorium.

Il est 8 heures: les malades indigènes arrivent an a un sous la pluie k la consultation gratuite que je donne chaque malin sons la véranda de notre case. Les débuts ont élé difficiles ; il y avait méfiance. Aujourd'hui, je suis débordé el je ne sais plus k qui répoudre. Il y a beaucoup de bronchites chvx les Sakalaves, qui se plongent dans l'eau froide toutes les trois ou quatre heun-s, ipii par tous les temps sont k ])eine vStus et se couchent k peu près nus sur leurs lils de cordes.

iîe fais une rude concurrence k i'tnntnaze (médecin) du village d'Ampangourine. Mon confrère indigène doit me voir d'un très mauvais (i-il : c'est cependant un fameux tireur de sîkidy. Le slkidy prédit l'avenir el donne des consultations en cas de maladies comme chez nous l'horoscope ou U cartomancie; c'est lui qui indique les tisanes, les remèdes qu'il faut donner aux patients dans les affections graves. Il se tire avec de petites graines gnsi>s provenant d'une plante qui porto dans le pays le nom de sikidy. Ces graines sont disposées sur une tal)le en suivant rerlnines règles compliquées; les figures qu'elles forment alors sont interprétées pour prédire l'avenir. L'opération dure très longtemps; elle exige quelquefois des journées enlièi-es et de» calculs iri-s difficiles.

LDrsi|u'un tireur de sikidy a prédit juste une seule fois, sa réputation est faite; on vient le consulter de tous cAlés. Bon gré mal gré, il est obligé de passer son temps k manipuler ses petites graines; c'est pourquoi les Sakalaves se gardent bien de dire qu'ils connaissent ce jeu quand ils n'en font pas profession. L'art de guérir chez les Malgaches comprend deux grandes pratiques : le loubitch, cérémonie pour la consullatinn de l'Ame des rois défunts, et le sikidy. Les indigènes choisissent suivant leur préférence et souvent s'adressent au toubach quand le sikidy n'a pas réussi.

Ï3 février. — Toujours la pluie; ce malin elle est tombée comme un vrai déluge; k midi une éclaircie a permis k nos travailleurs, qui n'avaient rien fait de toute la matinée, de sortir de leurs huile». ImÈiédialenienl

ils se sont mis à jouer sur la plage; les uns se renvoyant une balle faite avec des feuilles de cocotier tressées, les autres chantant en s'accompagnant d'une sorte de guitare appelée aibuiifitia (|ui est originaire d'Anjouan. Les habitants d'Anipangourine, qui, en bons Sakalaves, profilent de toutes les occasions de se divertir, sont venus faire leur partie dans le concert avec leurs deux instruments de prédilection, la valia et le ilzoïzi.

Le d'zenzi est ime sorte de violon dont la caisse de résonance est faite avec une grosse courge creusée; la valia est un instrument à cordes, une sorte de harpe fabricfuée avec un gros bambou creux. A la surface du bambou, on détache au couteau un certain nombre de lanières étroites et minces (jui restent fixées par leurs deux extrémités et ({u'on soulève avec deux petits chevalets dressés à cha([ue bout; l'artiste les fait vibi*er avec ses doigts en tenant le bambou appuyé par une de ses extrémités contre sa poitrine ou sui' le sol. Gel instrument donne des sons très purs et des accords plus justes et beaucoup plus agréables que ne le laisserait supposer sa construction un peu primitive.

La valia des Malgaches de la côte ne dépasse pas 50 centimètres de longueur; les Hovas en construisent qui sont longues de 1 m. k 1 mètre 50; ils en jouent avec beaucoup plus de goût et d'habitude ([ue les Sakalaves, (?t Ton cite j)armi eux de véritables artistes, capables de répéter sur leurs instruments, sans en changer une note, tous les aii-s qu'ils ont entendus une seule fois.

Devant la maison que j'habite à Ampangourine se trouve un superbe badamier dont les larges Heurs blanches k étamines roses font mon admiration. J étais très intrigué de voir chaque matin et chaque soir, presque k la même heure, deux ou trois de nos ouvriei*s sakalaves grimper successivement sur cet arbre pour en détacher les feuilles les plus larges, qu'ils emportaient soigneusement. J'ai eu bientôt l'explication de ces ascensions réitérées : lorscju'ils prennent leurs repas, les Sakalaves utilisent en guise de plats et d'assiettes de larges feuilles d'arbres, sur les(|uelles ils déposent leurs mets. Los terrassiei*s viennent tout simplement renouveler leur vaisselle et c'est mon badamier qui en fait les frais.

La cuisine malgache est loin dètre variée et raffinée; nos Sakalaves fabriquent cependant une petitti galette ronde assez appétissante : c'est le moukari; il est fait avec une pâte légère de farine; de riz frite à l'huile de pistacln; ({ui la gonfle et lui donne un aspect soufflé et doré. Pour préparer cette farine, les femmes indigènes pilent le riz décortiqué dans un mortier spécial creusé en tronc de cône et plus profond que le mortier ordinaire. 11 n'est j)as rare de voir dans les villages malgaches une marchande de galettes accroupie sous l'auvent d'une case devant un petit banc sur lequel elle a installé sa marchandise. Généralement les enfants font cercle devant les moukaris dorés, dont ils sont très friands.

Grâce aux leçons de Tsiadissous, je sais prononcer quehfues mots malgaches. La première fois que j'ai pu dire bonjour k un indigène, j'ai été ravi. 11 n'y a pas en langue sakalave de terme correspondant à cette expression française. Les naturels disent Akoiirc nnnô^ littéralement « Comment vous? », sous-entendu ^f portez-vous». Les noms n'ont ni genre ni nombre; on dislingue les genres en ajoutant le mot Jahé (mâle) ou vavé (femelle). Ainsi ako voulant dire « volaille », ako lalté signifie « coq », atako vavé^ « poule ».

Les adjectifs se placent ordinairement avant le substantif : « la terre est bonne »> (sanya ni tuni)^ littéralement, « bonne la terre ». Le verbe « avoir » employé comme auxiliaire ne s'exprime pas. Au lieu de dire : « j*ai mangé ». on dit, « moi mangé », zaho nihinan. ou *f moi fini manger », zalio èfa mliinan. Ces constructions d(î phrases expliquent la façon de parler des nègres quand ils s'expriment en français. Somme toute, la langue malgache serait assez facile à apprendre, s'il n'y avait pas un dialecte diflércnt pour chaque province. Les Hovas ne parlent pas tout à fait comme les Betsimisarakas, et ceux-ci ne sont pas toujours bien compris des Sakalaves.

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LK 25 f(-vrici', — Irf rliff (U- la division uavalo n envoyé deux balcuux, lu Itrinre i-t le Gabés, en eroisiùr» sur la t'flle ouesl. vers l'île de Nossî-Mitsioii, la prKwpi'Ilo d'Aukifi. la baie de Passacdava. où r^idenl les sujets do nos aiicion» amis THitiliuie, T&iaras t-t in reine Binao. Dos soldais d'inraïUeriL* de mariât- venus dt Di%o-Suarez ont été disséuiinés i-n pctils postes sui- les points stratégiques \v9 plus inipoi'lanl!< de celle région. Qu-dipics toups de canon tanct's sur le fort liova d'Amhudiniadiro on 1 suffi pourchasser si'H défenseui-s. A l'heure arluelle, iea cliofs sakalaves ne pourront doiir plus arguer des menaces des Hovas poui- nous refuaer des porteurs et des Iravailleura di\stiiiés à notre basu d'opérations de Majiinga. 11 est grand temps iju'iltt se dérideiil, car le Corps Expiilttionnaire doîl arriver bienldl et il faut i|ue la campagne soit terminée pendant la saison sèclie. M. François, l'adininislraleur principal de Nossi-Bé. est parti à bord d'un des deux navires de guerre pour aller visiter suL-ees»ivement les rois sakalaves et l<;s presser de nous I la situation ([ii'il occupe : Nossi-Bé, Nossî-Comba, Nosai-Pali, qu'il administre, sont terres sacrées pour ces chefs sakalaves alleiidu quo c'est là que reposent' tons leurs aïeux. L'administrateur peut agir sur eux par deux moyens également puissants : les sentimenls, l'intérêt. Il peut supprimer h Tsialane et 'a Binao la pension annuell>' de 1 200 francs ipie la colonie paye à ces souverains depuis la romist; par leurs anc^res de l'île de Nossi-Bé an ronln^-amiral de llell. en leur ]irometlanl au Fonlrairo s'ils nous servent bien une somme payable pour chaque porteur qu'ils mellronl b noti-e disposition. D'autre pari, les chefs sakalaves viennent prier tous les ans aux tombeaux de leurs aurêlre» pour se les rendre

Il grâce îi

L' EXPÉDITION IH-: MADAti ASC AU.

fjiTorobles, et s'ils ue le faisaieiil pns, les uiâiiys de a-s fincôlres, d'api-i^ lour croyance, eutreraienl dans «np violpuli! coltie (jui déchni aérai l de gmriili!a caUinitiV. I^eiii' refuser l'enti-^e des tombeaux, comme pourrait le faire le résidcnl, t'qui vaudrait donc !l nppeler sur leunt peuples les malédictions du ciel; c'est une mesure excessivement grave à leur point de vue et ils fcroul tout pour l'inviter.

C'est sans doute pour eelle raison que Biuao s'est défidéo à venir k Hellville tenir kabar avec l'amiral Bienaimé, espérant ainsi gagner du temps et i-ecnler aussi loin ipio possible le moment où il faudra se prononcer entre nous ut les Hovas.

Binao. leino des Belanimènes, h un embonpoint respeclnble, ipii lui donne, lorsqu'olle mart-he, l'allure giucieuHP d'un jeune, hippopolame : son nom, en malgaclie, signifie litlèpalement ■■ ce qui est au-dessus .>. Elle est couverli' de bijoux, dont ([uelijues-nns, ramme les bracelets qu'elle porle aux chevilles, sont fort lourds. Elle a une chevelure opulente, des yeux noirs très beaux, des Irails niguliers et lin», des di-nis fort blanches, admiinblemcnt plantées. Elle serait jolie, sans la graisse qui l'empâte.

Binao ne sort jamais sans être accompagnée par sa so'ur Kavi. En langue sakalave, Ktivi veut dire " boucle d'oreille ". Les deux sœurs se ressemblent beaucoup, toutes deux ont la figure encadrée pur d'énormes boucles de cheveux noirs. Leur costume ne diffère de celui dos autres femmes malgaches que pur lu richesse de l'étoffe.

Binao a une quarantaine d'années; elle a épousé il y a longtemps déjà un muUtro de la Réunion ou de Maurice, du nom de Charles, venu dans ses Etals pour chercher des bois de charpente. Ce Oharies exerce sur l'esprit de la reine une gronde influence, dont il se sert le plus souvent îi l'encontre de nos intéi-èls. Aussi est-il loin d'être vu d'un bon uîil par les fonctionnaires frantais d'Hellvitle. Il est juste de dire que Binao, qui dans sa jeunesse avait la réputation d'ètro trûs intlammoble et de subir très facilement le coup de foudi-e, a donné bien des coups de canif dans le contrat, si je puis m' exprimer ainsi à propos des unions malgaches. Ces jours-lk, Binao, usant de son pouvoir souverain et discrétionnaire, faisait mettre tout simplement ce pauvi-e Charles k la porte do la case royale avec défense expresse d'y pénétrer avant qu'on l'y invite. Le plus joli, c'est qu'elle esl tri's jalouse et qu'il ne ferait pas bon que Charles s'avisât d'imiler son exemple.

Pendant son séjour il Nossi-Bé, Binao liabile le charmant village d'Andavakoulou, situé an bord de la mer tout près d'Hellville, dont il forme un des faubourgs, et peuplé tout entier par les sujets de l;i reine. Quelque temps avant sou arrivée, ses ministres préviennent le peuple. Chaque sujet tient alors à honneur d'apporter k la souveraine un cadeau en aident ([ui varie suivant ses moyens, de quelques sous il cinq francs, dix francs et même davantage. Bien que Nossi-Bé soit terre française et que ses habitants puissent il la rigueur se dispenser de cet inipdl, lu leino n'ayant aucun moyen de les contraindre k le paver, personne no se présente les mains vides.

Binao est accompagnée dans tous ses voyages par son inoissy ou tireur de sikidy, qui no la quitte guère, parce qu'elle le cousulte à chaque instant sur tous les événements importants do sa vie. Tjoraqu'il y a une nflaire à Irailer, souvent le sîkidy intervient et ses décisions soûl exécutées îi la lettre, quelque singulièi-es qu'elles puis.senl paraître. Les Malgaches ont des jours heureux pendant lestjuels tout doit réussir et des jours néfastes qu'ils se gardent bien de choisir pour entrepivndre un voyage ou traiter une question d'intérêt. Ces jours sont souvent désignés au moyen du sikidy.

Binao avait été convoquée k Hellville un mardi par l'administrateur de Nossi-Bé, Comme toujours, elle consulte son dovin avant de se mettre en roule. Celui-ci prétend d'Eihord que le mardi est un jour néfaste et que In reine doit relarder son voyage. Cependant, il y avait urgence et il était difficile de décliner l'invitation du fonctionnaire français. Après bien des calculs et bien des horoiicopes, le moissy, pour tourner la difficulté, linit par décider que la reiue pourrait voyager' à la rigueur, mais k la condition expresse que pendant loule la roule clic resterait enveloppée des pieds k la léle d'une grande pii-ce d'étoffe opaque qui l 'empêcherait d'être reconnue et qu'on répandrait devant elle sur tout le parcours des grains de nz blanc. Celle sentence baroque fut exécutée à la lettre.

Si le moissy («l tout-puissant dans certains cas, il passe dans d'autres de bien mauvais moments. Pour éprouver son pouvoir, la reine a l'habitude de lui fain^ prendre du lavghin au moins une fois chaque année.

Le tanghin est un urhre de Madagascar qui produit une graine contenant un poison extrâmemeut violent. Autrefois In coutume était de faire avaler de la poudre provenant de cette griiine à tous ceux dont on voulait éprouver la sincérité; c'était une sorte de jugement do Dieu. Celui qui devait subir l'éprouve était enfermé dans une case pendant cinq fois vingt-ciualrc heures et gardé à vue nuit et jour. Pendant son emprisonnement, il éUiil nourri comme un roi : rien de ce qu'il pouvait désirer ne lui était refusi'-, mais il était étroitement surveillé par ses gardiens, qui ne le quittaient pas d'une semelle, car les Malgaches considèR'nt les excréments humains comme un contrepoison extrêmement puissant du langhin, et ils ne voulaient pas que le prisonnier pot en avaler. Le cinquit^me jour, l'empoisonneur arrivait tenant un galet et une graine de tanghin. Il rApail celte graine sur la pierre devanl témoins, en prenait une Jielite dose avec un fragment de feuille de bananier

VExniilurioN de mahagascm].

. On fiiisiiil cnwiii

rftulé en cornfft et 1& l^iitsiiil loaUit-r sur la laiif^iir il» jKilii'nl. deux (as»os de tisane pour délayer lo poison dans l'eslomaf.

Dans cprlrtines* peuplades sakalavea, le Innghin esl ndininislri^ par des api^eialistes ([ui se IransmellenI leui's chargi-s de père en fils comme nos bourretiux. Il esl avfc oux des aspommodemenls, el nifiïPnnanl ccrlains arniDgcmi-iils pw'uniflires on pcul anrûr indemne d'iinr L'prcuvi' qui, dan» h'S conditions ordinaires, esl presque Loujoura mortelle. Une faible dose tue: au contraire, uni- fortp dos.-, oidi-e d'une grande ({uniitilé de [isane qui remplit l'eslomar, détermine rapidement des vomissements qui éliminent le poison. Sans doute les moissy connaissent !i Fond celle dernière l'a^on de procMer, sans cela leur métici' deviendiail trop dangereux.

28 février, — Ce matin, je suis monte au sanatorium par le chemin ipii vient d'^lre construit !i flaiir de monlagne; c'est une promenade cliarmanle. La route a 2 m. 50 de large et 7 kilomùtres environ de loufrueur; elle court conslummenl sous bois avec des lacets nombivux el d'adoi-ables t'ellsppées sur la mer. Au fur el ît mesure qu'on s'élève, la rade apparaît avec ses eaux bleues, tranquilles comme celles d'un lac. Elle esl bornée au nord et ît l'ouest par la grande tle de Nossi-Bé, qui, vue de celle hauteur, ressemble, grâce il ses couloui-s iiT^guliers et profondément déchiquetés, k une immense pieuvre reposant sur la mer, tenlacuk-s déployées.

Au loin, tout nu fond d'une lUoile < i L({ui In^ maisons île Hellvill.' forment .Irs rnngi'es île ]>0Lnts hhuirs !i demi mosquées par les arbii"-.

A l'est, la mer s'étend îi peile de \ue loule couverte dllota boisés, qui à cette distance apparaissent comme iiulant de botti-s de verduie flottant k la surface dei eaus : c'est Nossi-Vorou, ■■ l'Ile aux oiseaux ■■, surmontée d'un phare qui indique la passe, les Iles des Troi'i-Fi-èrpa, dont la plus petite a exactement la forme d'une calotte; l'Ile aux MoiLs, qui doit sou nom luguhre aux anciens tombeaux sakalaves qu'elle renferme. Nossi- Mitsiou (littéralement " l'ile qui pointe ..) trace ïi la limite de l'horizon une étroite ligne blanche estompée par l'éloignemonl.

A cette heure où le soleil commence sculemeut à se montrer, la terre humide de rosée a gardé son odeur do la nuit. Dans les pays tropicaux, le sol dégage des parfums spéciaux qui dîiïèrent pour chaque contrée et qui sont surtout appréciables pendant les heures fraîches du soir. A Nossi-Comba, c'est un mélange d'encens avec une pointe de musc. Celle odeur de terroir s'ajoute aux senteurs dégagées par les plantes ; les touffes de citronnelle qui bordent le sentier, les grandes lianes qui descendent des arbres en festons semés de fleurs el de fruits, le houquel de papayers contre lequel je m'appuie et jusqu'au citronnier sauvage qui se dresse à mes pieds dégagent des effluves délicats et suaves dont le mélange constitue un parfum presque enivrant.

Au retour, je m'arrête près d'un groupe d'ouvriers indigènes qui travaillent k la roule sous la conduite d'un commandeur créole presque aussi noir qu'eux. Ils sont en train de détruii-o une grosse roche qui barre le chemin; n'ayant pas de dynainilo, ils se servent pour celle opération des procédés primitifs on usage dans leur pays. Ils allument autour de la roche un grand feu de bois; quand elle esl bien chaude, ils versent dessus deux nu trois seaux d'eau froide. La diff'érencjî de tpinpératui-e fait éclater la pierre, qui se réduit alors en petits fragments faciles ii déplacer. Bien original est le costume de ces travailleurs : Un Makoa n'a pour tout vêtement qu'une pièce d'étoffe large au plus de quatre Iravei-s de doigt pa.s«ée entre les cuisses nt retenue en avant el en arrière par une ceintui-e de perles de verre qui fait le lour des n'ins. Un auti-e est habillé avec un vieux sac dans leifuel il a fait un trou pour la tèlc el deux Irons pour les hras. Très peu ont le corps suffisamment couvert, mais tous ont une coiffure : chapeaux do paille en loques, gibus trouè.t, aplatis en accordéon, vieilles chéchias jadis rouges ou blanches, miiis surtout bonnets de colon.

1" mars. — Nous parlons pour Hellville attendre le courrier de Fronce rpii doit nous apporter des journaux el nos lettres. Au débarcadèn' nous trouvons une quarantaine de prisonniers hnvas occupés ii embartfurr du charbon k bord de la liaiirc : ce sont dos soldats de la garnison de Nossi-Vé, dans le sud; ils ont élé cueillis tout récemment par la canonnière lo Métém-e au momenl où ils se préparaient par ordi'C de la Reine à chasser les Européens établis dans celle île el à mettre l'embargo sur leurs marchandises. Quand la compagnie de débarquement du Mêléoiv est entrée dans lo fort hova baïonnetlo au canon, les soldats et les officiers ennemis avaient pris prudemment la fuite; ils s'étaient éparpillés dans les cases du village, aliandonnant leurs fusils, el ils n'ont clé i-econnus que grâce aux indications des indigènes auxquels ils s'étiûent mêlés. Leur chef, un B" honneur, grade correspondant Ji peu près & celui de lieutenant-colonel, a été Irouvé sous un lit par le commandant du iMâti^ori', qui a été obligé de l'accrocher avec le manche de sa canne à hec-di^-corbin pour le tirer de sa cocbetle.

L(w soldats hova» n'ont pas d'uniforme; ils sont velus misérailemenl cl portent des loques pleines de franges el de trous. I^a reine ne leur donne pas de solde : ils doivent vivre sur le pays et s'habiller îi leura frais; il leur est seulement alloué des armes el des munitions. I*a garnison de Nnssi-Vé éliiit armée de fusils Snyders el le rouvre contenait un millier de carlouches.

Pour subsister, les soldais faisaient toutes sortes de métiers. Le 6*' honneur élait cordonnier. Le commandant

38 L'EXPÊniTW.X DE MMtAGASCAU.

du la Rtinri- en psl i-nclianli> : it racuommoik' à lit pi'rfi'ctinn loiili-w li-s vieilles eliriiiasures du lY-iiiiipiige. Di-ûles (le soldais, loiil de même, qup ces Hovns doiil on fiiil en lt mnnieuL lanl île bniîl en Fi-auce, où on Iw auciisc de loiiles sortes de mcfailB! Je crois bien quo si loiis resseoihlenl k ceux que j'ai sous les yeux, nos ti'niipiers auroul du initl il pi-endi-e an si^rieuit les armées do la reine,

4 mars, — Nous sommes di?eidément lii'si bien k Nowsi-Comba : la chsleiir y rai beaucoup plus suiiporlalile qu'à Heliville, tempérée qu'elle est par ta brise de lu mer; et pnia, nous ne sommes pa« cnlouiTS de marais comme k Nossi-Bé. Nous avons entore 28 degr^ h l'ombre pendant co mois de mars. Les pinies deviennent di^jii plus rares et moins abondantes; onooi-e un mois et elles auront cessi? à peu prt-s compliHement.

Aujoui-d'hiii j'ai assisté i un mariage nakalave; r'est nne cérémonie assez curieuse k cause des fnrinaliléis qu'elle comporte et surtout des démarches préliminaires indispensables pour la mener il bien.

Quand deux jeunes gens «ont convenus de sVpouser après bien des lergivei-sallons et de nombreux essais lovauK, ta jeune fille annonce h sa famille qu'à une certaine date nn parent du jeune homme viemlm avec sou consi'nlenienl demander sa main. Au jour dit, Vifnk-^ifinoiikuii (lilléralement -■ l'envoyé pour te mariage >.( se prt'-senie chez le ptre de la jeune fille et fait la demande. En général cet irak-manoukou est un des plus proches parents du jeune homme. Les parents de la jeune fille ta convoqueut devant lui et lui demandent à haute voix si elle consent au mariage. Sur sa réponse aflirmalive, ils se tournent vei-s l'envoyé el lui tiennent ce discours: ■• Voilà ma iille une telle; vous voyez qu'elle est bien portante; elle a ses deux jambes; elle n'a pas d'a'il crevé; elle jnuil d'une coiistitulion excellente. Tâchez de me la rendre telle si vous n'en voulez plus. » liifi ce jour, la jeune fille est voalojdcov-ninou, c'esl-k-dire fiancée.

On fixe alors d'un commun accord la date du mariage : le mari doit fournir l'habitation, les vêtements el les bijoux; la femme, les meubles et les ustensiles de ménage. Le lianré a acheté, suivant ses moyens, des bracelets, des colliers d'argent, cinq ou six pièces d'étofTe pour en faire des vfilemenle, quelquefois des bu'ufs pour li-s cadeaux s'il est ricbo. Lorsque tout est pnît, il envoie prévenir la famille de sa fulure femme.

Au jour fixé pour le nicnicii'jn (maringi'), le fiancé dépCcho un certain nombre de femmes, qui apportent les vCtemenIs et les bijoux. La mariée s'en parc incontinent avec leur aide et se i-end dans la maison que le mari a fuit eonslruiri'; elle est suivie de» objets qu'elle a le devoir de se procurer: nattes, oi-eillei-s, marmites, an'tjiim ou vases à eau, etc., etc.

Le mari y vient de son côté accompagné par sa famille et par soi amis. L'n repas a été pi-épai-é ; sou oiiionnancement est variable suivant ta fortune des familles. Les riches tuent des bœufs; les pauvres, des volailles. Dans certains villages sakalaves dw environ» de Nossi-Bé, riiabilude est d'offrir à la mariw' une cuisse de poulet; quand elle l'a mangée, la cérémonie du mariagt' est considérée comme teraiînée : Féni aktiv. l'ntli nmï, dit le proverbe sakalave dont la traduction est mot pour mol : ■■ Cuisse de poulet, femme nouvelle ».

XjTs Sakalaves sont polygames ; ils peuvent avoir deux, trois, quatre femmes légitimes suivant leur rang et leur forluue. Quand un Snkalave veut prendre une deuxième femme, il s'adresse d'abord à la premièiv : n Tu es ma femme, lui dil-îl, mais j'ai vu dans Ici village, dans telle maison, une autre femme dont j'ai l'esprit occupé. Si tu veux, je la prendrai avec loi et nous vivrons tous trois, heureux ensemble. Si tu ne consens pas, je serai, à mon grand regi-el, obligé de le renvojer dans la famille. " Api-îy une discussion quelquefois assez orageuse, la pi-emiéi-e femme accepte, moyennant une somme d'argent ou un cadeau que lui offre le niorî. Si celui-ci veut se procurer une li-oisième épouse^ il s'adi-esse à la seconde et lui tient le même langage; ainsi de suite pour les auli-es.

Le divorce est légal chez les Malgaches- ils v ont n-eoure souvent, quelquefois même pour des motifs nsseï futiles. Tantôt c'est l'hommt tantôt t est la fimmi qui le demande, et il n'est pour ainsi dire jamais refusé,

Quand un homme creit avoir a se plaindre dt sa femme et veut la répudier, il se rend avre elle dans la famille de celbvci el dit aux parents \oki votie hlle je ne puis plus vivre d'accord avec elle; je vous la rends. Constatez qu'elle est bien portante qu elle a ses deux ^eux, ses deux jambes et qu'elle est aussi saine de corps que lorsque je l'ai prise — Oui disent les paients cela est vrai el cela est bien. •> C'est tout; la femme est dès lors proclamée libre elle demeure diei' ses parenLs comme lorsf|u'elle était jeune fille et elle peut convoler à nouveau si elle en a la fantaisie Quand son amicn maii est généreux, il tni donne à titre de cadeau une partie de l'argent OU des biens gagnis en commun mais il n y est aucunement obligé par tes usages. En tout cas, il garde les enfanis, à moins que ctu\-ci ne soient d nn âge U'op peu avancé pour si' passer de leur mère.

Les Malgaches n'ont pas di noni de famille kurs enfants sont distingués ]iiir des prénoms ou des sobriquets qu'on leur donne souvent fort tard et qu ils (.bangenl. On les appelle Kdliiu (pclite fille) ou Tniiibtiu-Hfihj (petit qui grandira). On les di signe encou par une de leui-s parlicularités physiques ou morales. Exemples ; Manetle (l'effrayé), Tsui Itstoit* (celui qui nt trompe pas), etc., etc. C'est celle dernière façon de faire qui est adoptée pour les rois ou ks pnn<cs surtout aprts le ir mort.

Ceux-ci ont eu effet di iix noms 1 un [u ils poitont pendant Inule leur vie, l'outre qui leur est donné seuteinenl après leur décès, L est ainsi que le fondalLur de la dynastie royale des Sakataven, qui s'a])]ieliiii de sou vivant Anilritin-laliê-foutn (le giind diLf blani ) fui dtsigné aprt-s sa mort sous le nom d' .Ui>liiini~l'<niiiii//i,iiii-ivoii (le chef regretté par des milliers d'hommes).

Lo mol nwlrian ou nndrimii. i[\\\ vont diro roi ou prince, acconipaguo toujours lo nom d'un noblf. C'ost l'équivalent do la particule eu usiige chez nous. Le tenue nrivou (uiille) suit coustanmient le nom poslliumc donné il un prince décédé.

Les Sakalaves s'abstiennent soifi^neusenienl de nommer un défunt: ils ont peur (jue son âme ne les entende l'appeler, en soit froissée, et ne vienne leur aj)porter toules sortes de maladies. Il est étj^alement interdit par la loi sakalave de prononcer le nom (ju'un roi décédé' portait de son vivant : c'est une des laisons pour lescjuelles il est si difficile d'obtenir des notables indij^énes, même de ceux ({ui sont inlelli^n'uls et suflisamuu^nt instiuits, des renseignenuMils sur les familles de leuis aiuiens souverains.

Cérémonies rolifri«Misos pour la \}vrsov\i\l'um dts iiiala<li<'s. — ToiiiImmiiv sakalavos. — [,os dansj^s au clair «!«' juin'. — Passion des Siikalaves |)(»ur l'accordéon. — l-<^s araijrn«'rs niau^'ousi'*^ ddisraux. — Le j«'u du katscli. — L«'s jiardiens de ri/.irrcs. — Amulettes et talismans.

7 mars. — Nous sommes eu plein mois f(tfl{/. vA\\\ ({ue l(»s Sakalaves et les Europé'eus considèrent comme le plus daufjereux au point de vue de la sauté. A cette épo(ju<», b's pluies commencent à devenir moins abondantes, les marais se dessèchent en partie, laissant à découvert les foiuls vaseux ({ui enp'udrent les fièvres. Il n'y a pas de marais à Nossi-Coniba et l'île est extrêmement favorisée au point de vue des atîections paludéennes; mais ses habitants, qui viennent presque tous de la (Vrande Terre, (M1 ont gardé les traditions; ils redoutent beaucoup le changement de saison. Aussi cette anné(» ont-ils décidé de faire, comme les années précédentes, des cérémonies religieuses destinées à appeler l'interveutiou des âmes de leurs anciens chefs défunts, afin de chasser les mauvais Esprits ([ui causent les maladies. Ils ont demandé à l'administrateur l'autorisation de tuer un Ixeuf selon les anciens rites, et, cette autorisation leur ayant été accordée, h» chef du village est parti sur une j)irogue pour chercher l'animal sur la Grande Terre, car il n'existe pas de troupeaux a Nossi-Gomba. En attendant son retour, les cérémonies vont commencer. Les Sakalaves ([ui nous connaissent ne seront nullement gt^nés par notre présence. Je pourrai donc prendre sur le vif ([uel([ues détails de mœurs, d'autant plus intéressants (ju'ils sont peu connus.

Il y a k Ampangourine, h l'extrôme pointe do l'île et sur la place du village, un arbre à demi desséché qui est entouré d'une palissade en bambous avec une étroite porte donnant dans l'enceinte. De cha([ue côté de cette porte, deux grosses co([ui lies casques coiffent l'extrémité de deux pieux fichés en terre. En avant, un autre arbre plus gros que le premier porte, attachés k son tronc, k la naissance des grosses branches, des crânes de bœufs et des coquillages.

L'arbre enfermé dans la palissade est un arbre sacré : la vieille reine du village allait autrefois faire sa prière au Zauahar sous son ombre. Depuis ([u'elle est morte, les habitants ont continué k venir k cette place invo([uerson âme, persuadés ([u'ils sont ([u'elle affectionne ce lieu <'t convaincus (ju'ayant été très puissante sur la terre, elle l'est beaucoup plus encore après sa mort.

L'arbre a été entouré d'une palissade pour éviter la profanation; les deux grosses co([uilles placées de cha([ue côté portent un trou percé dans le fond; ce sont des con([ues, dont les sons éclatants servaient k prévenir le village quand la reine était en prière. Deux vieilles femmes gardent l'emplacement sacré : ce sont elles qui servent d'intermédiaire entre l'âme royale et les fidèles sujets ([ui vieniuMit la solliciter. Nul ne peut invoquer l'Esprit sans les prendre comme porte-parole; elles perçoivent les cadeaux en argent qu'apportent ceux dont les vœux ont été exaucés. Ges cadeaux fréquents constituent des revenus dont vivent les deux descendants de la vieille reine : un beau garçon de dix-neuf ans, Andriansivarini, et une assez jolie fillette de seize ans, Tombou-Hély.

Ge soir, 8 mars, vers les 9 heures, par un clair de huu» superbe, toutes les femmes du village se sont réunies sur la place, devant l'arbre fady, pour commencer les prières. Elles ont revètii leurs plus beaux atours : lambas de couleurs vives, tous en cotonnades d'origine européenne, k grands dessins bizarres, colliers en corail rouge, en verroterie, quelquefois en argent, bracelets et boutons de nez de même métal, cheveiix bien bouffants, suiffés de main de maître. Les élégantes ont teint au henné h's ongles de leurs pieds et de leurs mains. Toutes se sont accroupies sur plusieurs rangs, face k une grande case inhabitée ([ui sert de magasin pour les objets du culte. Tout de suite elles se sont mises k psalmodier des litanies inte»rminables en battant des mains en cadence. Une vieille, f[ui paraissait diriger la bande, chantait d'abord une phrase en solo; les autres la répétaient ensuite en chœur, tantôt k l'unisson, le plus souvent k la tierce. G'ét^iit une invocation aux îlsprits des anciens rois: « Nous voila, Maîtres du Boéni, nous vous prions, grands Rois. Grand Esprit, sauve-nous! »

Les cantiques ont duré deux heures entières. De temps en temps, les femmes s'arrêtaient, fatiguées de chauler. Alors c'étaient des rires, des conversations interminables; on aurait dit une troupe d'écolières en récréation.

Pour ces chants, il est fait usage d'expressions spéciales assez difficiles k comprendre même pour les indigènes. Tsiadissous arrivait k saisir quelques mots seulement, et encore avec peine. La plupart des femmes répé-

}.' EXPEDITION !}}■: UM'AGASCAft.

lait'iil madiiiiîilcmpnl le mol h mol iln lii plinisc cntcodiK?, TOmiiic noa cliiintrps d't'glitw répMenl le Iiilin. H y aviiii d'ail If'iii-s des vnriHntM ; npri>s cliaque iiivoealion, W fiMiimeK chantaient ce qu'où m'a dit Atrr drs Irgondfs on dos Iiisloici'S dus lomps oriàons. Unp dVlli's n psalmodii^ une sorte de complaiille inlittil<^ la Horlii- i/lisnfiiili-, qui a en im Hssez vif siiceèa et qui ^Liil, k ci! qu'elle m'a afliniiù, composL'e pal' elle.

Pendant les rliant», des jeunes filles se levuiunt el venaient se placer par grniipes de deux ou Imi» devant le front de la troupe des ehnnteuses. Alors elles se mettaient il danser, les bras peudauts, les mains éeurtées du coqis, tenant par les coins leurs gi-ands kislialé qu'elles tendaient derrit^re elles, les talons nus frappant le sol en nidenne, le bu s le bien eambi-é, la poitrine saillante, Ifslianelies animi'es de nionvemeuls rylhni(''ft. Apri-s la danse, elles s'ag'enouillaient, puis, s'inclinant, elles portaient k pliisienrs reprises au fronl leurs mains jointes eu murmurant une courte prière.

Ce spectaele i^lfiit fort joli à contempler, sous le ciel éloîli?, pendant celte belle nuit calme : les rayona de lune fîllranl à travei's 11*8 grands tamariniers éclairaient la sciVne d'une lumiùri! ti-ès douce; de petites mouches phosplioivseentes semblaient des feux follets allumés aux brandies des arbres ; d'énormes chaiives-souris tournoyai eut au-di-ssus des hautes cimes, tandis que les (lotsargenlés de la mer venaient battre doucement le sable, produisant un murmure continu, comme bercour.

Tout à coup les chants cessent, un grand silence ae fait. L'itiupilalui (sorcier), qui préside ii la cérémonie, vient d'enlrer dans l'enceinle conaucrée avec ann acolyte. 11 prie tout haut; sa voix grave el bien limbrée s'élôvc ilans la nuit: l'acolyte répond de temps en lemps d'une voix étouffée, comme sortant de teri-e. L'effet est saisissant : ou dirait une conversation entre l'Esprit et le devin. Celui-ci fait brûler dans une petite soucoupe en leiTe une substance produisant une flamme colorée el intermiltenle qui ajoute encore \i l'illusion.

9 mars, — Les cén^monies onl irpris dfs l'aube ; le Ixeuf desliné au sacrifice vient d'arriver sur une griinde pirogue. Il esl jaune clair avec une lâche blanche sur le front : c'est, pai-aît-îl, la couleur la plus favorable.

Les femmes sont nllé'es en procession attendre l'animal sur laplagi?; elles l'onl accompagné en chantant jusqu'il l'emplacement de l'arbre fady, près duquel il a été attaché provisoirement à un tronc il'arbi-o. l'endant ce temps un groupe déjeunes filles a été envoyé pour puiser de l'eau h une fonUiine siluée à l'e.Mrème pointe de l'île dans un emiroil abrité contre lorile souillure. Elles oui rapporté cette eau dans des ^^ivljmdi^ (gargoulrlles)

Li:xi> EDITION m: mahagascar.

faitps en terre »akalav se pirdanl l>»n di si s r\ii d s iinros i ii v ii | i II s iclii'tfnl ;iu\ 1j1;iih-m cl dont idli-s sont ordinuirem ni si fii res

Les deux vieilles ^idieuaes prtposeis a I ulrPliPii de 1 iibn fad\ si tieniicnl <h'vaiil IVnccinle sacn'">; accroupies sur leurs talcut elles ecnisenl sur une pierre pkte placiîo devant elles un ppii de tene lilanirhe d'aspect crayeux. Sur ee m^me palel i lies frolteni un morcfau d eroice d arfjre que les indigènes appellent duahi e[ qui dégage une odeur lus agieable Elles mélangent le Unit et iiiec I eau .ippoilee, en formeut une pillf.

Sncressivemenl loiil les assistants homniLS fituiues enTanls s approchent et cotr'ouvrenl leur» vèlemenls de fai,'Ou il découvrir le dos el les altaeiies des épaules Les deux vieilles prennent îi l'estrémilé de l'index un peu de k pâte blanche avec laquelle elles marquent tous ceux qui so présentent dtvanl elles. Elles tracent sur chacun d'abord une lau vulicale allant de la pointe du nez a sa lacinc pour Rinflécliir ensuite 1res légèrement au-dc^us du sourcil droit puis une longue ligne i ourbi parlinl du coude gau< lie, remontant le long du liras du même côté, coupant bonzonlnlemi ni la base de la nuque poui redescendre ensuite le long du bras droit jusqu'au coude. Dana 1 esprit des assistants cette pratique bi/am doit préserver dos maladies laus ceux qui s'y soumettent. Pendant ce temps tes femmes groupées en cane rbantent leura Iilaiiies monotones en avançant el en reculant de quelques pas u ihaque vers et deux tam lanis un gros el un petit atlaclus h l'exlrémilé d'un pieu foiirehu planté devant 1 arbre consacre vibrent sous les ( oups répt H s d un vigoureu\ Sakalave, pendant que le sorcier, ayant lié le bœuf par les quatre pieds k fail traîner jusqu aiiprfes de 1 enceinte fady.

Alors un vieux noiable, venu du village d'Ankelsalié, situé trf-s loin, au sommet de l'île, s'agenouille devant l'animal et fait sa prière à voix hauli' : •■ Mo voici. Esprit sacn-, dit-il; j'ai élé appelé par ces gens d'Ampangnurine pour t'iuvoqner. Je suis depuis ma naissance îi Nossi-Cnmba, et ma famille est une des premières venues dans l'Ile. Chaque fois qu'on a besoin de moi. on m'appelle; mais ceux-<û, qui savent bien me trouver lorsqu'il est nécessaire, ne m'éeûutenl pas on lemps ordinaire el se rient de mes avis. Cependant je suis venu dans l'intén^i général pour te supplier, ô grand Esprit ipii habites parmi nous, de détourner do nos maisons el de nous-mêmes les maladies qui vont tomber en ce mois néfaste, aussi abondantes que les pluies du ciel. "

Après celle prifre, le vieux notable se relève el, prenant une baguette de fusil, il en frappe il plusieurs reprises le bœuf couche îi ses pieds, la dépose ensuite pendant quelques instants sur le coiiis de l'animal en l'orientant de la tAle aux pieds, puis ta fiche en terre d'un coup lirus<|ue tout près de la lèie du lnruf. Pendant

loulos les maaœuvros. ce dernier n'ii pus Imiifté. GVst il'iiii In-s lii'iircux auf^ure, i-I li's assistants b?moif^enl bruyammenl de leur joie,

IjPS coups (lit lain-tam redoublent. L'ampitaha porlanl un vase plein d'eau s'avance suivi de Toinliou-Hély, lu petite reine du villngi', In desi'endanli! de colle t[iron invotjue en ro jnur. Il répand du l'eau sur le Ld'uf, i'nspergeaiil de la fMe à In rjiit'ue, pendant cpie lu petite reine passe ses deux mains sur It; corps de l'oaiinal comme pour le laver.

Tout est prêt, et ceux des aessistanta qui ont une pricc spéciale i. demander h. l'Esprit peuvonl se prësenttT. IIr saisissent la t[Ui!Uti du bmuf par IVxIrémità et, pendant que le tam-tam fait ngi^, ils formulent leur demaiiile k voix bnsse, sun'eillanl avec anxii'-ti? les mouvements de l'nnimnl. Si e<diii-ci demeure cnmplètemeul immobile, ils se retirent la figure ravonnantp, rertains ipic leur vœu est cxttuci'.

Pendant que les solliciteurs se succèdent ainsi, le gros des assislanls rangé en carré s'est accroupi sur les Inlons, face à l'est, les femmes en avant, les liommeB derrière elles. Ijos femmes chaulent des prit^n-s, puis l'aide du sorcier saisit son gnmd biUon k l'extrémité duquel il a fixé un bouquet de brandies d'arbiv munies de leurs feuilles. Il fait le tour du carré, brandissant non balai au-dessus des assistants comme s'il voulait les asperger et marmottant quelques paroles qui sans dout(> sont des exorcisme», II termine par un i'(?/ou (bien) retentissant qui fait lever toute l'assistance.

Les cérémonies sont terminées et il n'y a plus qu'à tuer et qu'à niaugcr le bu'uf. L'ampitalia lui renvei-se la 1%> en la tournant du côté de la mer; il lui appuie sous le menton l'extrémité d'une grosse pi^ce de bois de façon à l'empiVlier de bouger, puis il fait au couteau à la partie antérieuiii du cou une petite entaille pour indiquer au sacrificateur l'endroit oîi il doit ouvnr la gorge. Celui-ci ta fend d'un seul coup; un Ilot de sang jaillit; on te i-ecueille dans un vase pour le répandre ensuite au pied de l'arbre sacré.

L'animal est débité sans être écorcbô; rliaque morceau est détaché avec le lambeau de peau correspondant. Ce n'est pas une pratique religieuse, mais une habitude locale ; k Madagascar les animaux de Ijoucherie ne sont jamais écorrhés.

U mars. — .le viens de voir un tombeau sakalave: il est dissimulé sous bois, dans un endroit In'-s sauvage. L'emplacement du corps («t indiqué par nn las de grosses pierres ayant la forme d'un ovale allongé, terminé du côté de la tt^te par nne pierre levée, orientée vei-a l'est. Aucune fleur; aucun soin appai-ent. J'ai ceftendanl remarqué, près du tas de pierres, les débris d'une de ces coupes en terre grossière dont les Sakalaves se servent pour brûler des bois odorants dans certaines cérémonies.

C'est Tsiadissous qui m'a conduit à cette tombe. Il a fallu plusieurs jours pour l'y décider, et encoi-e n'a-l-il pas voulu s'approcher de trop prf'S. Il ovoit grand'peur que l'âme du défunt, irrili'-e contre lui parce qu'il avait conduit dans sa reiralle un blanc, un étranger, ne lui envoyât quelque maladie terrible. 11 parlait tout bas et n'a été complètement rassuré que lorsque nous nous sommes éloignés.

En rentrant, nous sommes passés près d'un petit bois d'aspect mystérieux qui est considéré comme sacré par les baliitants d'Ampangourine parce que le corps d'un des anciens rais du village y est resté exposé pendant trois jours en attendant sa st'pulture,

La coutume veut qu'on conserve pendant un certain temps, dans la case même, le corps d'un parent défunt avant de l'enterivr. Il est lavé, enseveli dans de beaux lamhas, souvent avec une certaine somme d'ai^nt. Au jour lixé pour l'enterrement, tous les habitants du village vont avec la famille du défunt accompagner le corps au lieu choisi pour la sépulture. Une fo.ise profonde a été creusée; on y descend le corps; les parenLs en jetant la première pelletée de teiTe adressent les deniiers adieux ; ■■ Nous avons fait ce que nous avons pu pour toi. Il a été impossible d'éviter que tu meures; c'était la volonté du Zanabar, sois-nous propice prt^ de lui et transmets-lui

Une année apn-s, ils reviennent sur la tombe faire une nouvelle invocation, puis tout est terminé.

14 mars. ^ Tous les soirs, il fuit clair de lune et les jeunes gens du village se réunissent pour danser sous les grands tamariniers de la place. La danse est Ir^s pou compliquée. Ceux qui y prennent part se placent les uns derrière les autivs, font le tour du cercle en chantant et en frappant le sol en cadence, imitant k peu près notre pas de polka. Le premier, celui qui conduit la théorie, chante en solo, et chacune de ses phrases est n'pt^tee en cbu'ur par ceux qui suivent; ce conducteur des danses porte aux cous-de-pied des espèces do bracelets creux; ils sont faits avec un treillis de feuilles de palmier et ils contiennent dans leur intérieur des grains de rix qui s'entre-cboquent il chacun des mouvements et marquent ainsi la mesure.

Pendant la pleine lune, le village est en l'air et personne ne dort ; bommrs et femmes sont accroupis devant leurs cases, regai'dant les danseurïi et devisant entre eux. Dans toutes les rues, on entend les sons de la caboussa, de la valia, ou de l'accordéon. Les Malgaches raffolent de ce dernier instrument, dont ils jouent avec beaucoup de goiU pour accompagner leurs chants. A Nosai-Bé, la vente des accordéons venus d'Europe constitue un commerce asscîi important. Il n'y a pas de marchand européen ou indien qui n'eu ait un stock eu réserve. I^e goût de l'accordéon est d'oilleui-s partagé par les eré-olea originaires de la Réunion, qui sont assez nonibreux dans l'Ile.

Los in(it^''iii's conimissi.'nl un i<?ti tri^s oriffitml ; iU l'apiR-lleut knlrli, du nom d'une liniu' qui foiiruit ili; très jolies gritini's irises cuiplnyriw poui- cp ilivurlisseniPiH. Pour jnufr au kalcli, ils pceunent unt- planclii'ltc t^arrf-c en liois do manguier, ciTUsi'e de li'enlt-dnux godets. Les petites graincn rondi'» de la liano katsch leur servent de jetons. La marche de ces jetons rappelle h la fois !e jeu de dames et relui du jaequel. Beaucoup d'Européens de Nossi-Iié onl pris froùt au katcb el se réunissent souvent pour y joiier.

1" avril. — Les rizif-i-es sont superbes et les grains déjà formés en lonf^s épis annoncent une excellente n^colie ; mais des bandes d'oiseaux pillards Rshatteul sur les champs, et les paysans doîvenl prendre leurs pri'cautions pour défendw leura moissons. Partout dans la campagne les femmes sont occupées à ce soin; files s'installent au milieu de la nziêre, sous un petit loit en feuilles de ravenale, supporté par quatre bambous. Elles uni prtVi d'elles une provision de terre mouillée dont elles forment de petites boulettes. Quand des iiiaenux cheiclienl H se poser au milieu des épis, elles leur lancent adroitement avec une baguette flexible un de ces projectiles i[ui les forée îl s'enfuir. Il faut i[u' elles aient une grande patience pour rester ainsi accroupies et immobiles nu milieu du cliamp de riz pendant des lieui-es entières.

2 avril. — Les petites maisons du village aakaiavc d'Ampangourine, éparpillées sans ordre apparent sous les tamariniers et les cocotiers, sont toutes construites en bois et on feuilles de palmier. Les toitures rorlemeni inclinées sont en feuilles de ravenalo, les cloisons en kêti-kéti. On appelle aiusi les parois faites avec les nervures centrales des feuilles du palmier rafia juxtaposées les unes à cflté des autres el parallMemcut de façon que l'arSle saillante d'une nervure pénètre dans le creus de l'autre; elles sont lixées dans celte position par des nervures transversales. Ces nervures qui, desséchées et ébarbées, mesurent priis de 3 mètres, forment des cloisons parfaitement imperméables aux pluies, difficilement putrescibles et très propres. La vraie case malgache, celle qu'habile le paysan, est toute petite. J'en ai mesuré une; elle avait exactement 2 m. 10 de hauteur au niveau du faite el 1 m. 60 seulement au niveau des parois latérales; elle était longue de 3 mètres et large de 2 mètres. Pas de fenêtre, mais seulement deux portes basses pratiquées dans deux parois opposées. Tout autour de la case, entre le toit et la sablière, est ménagée une étroite fente qui sert pour la ventilation et qui a pour but également de permettre à la l'uméu de s'échapper. Li^s Sakalaves ne connaissent pas les cheminées; ordinairement ils font leur cuisine au milieu de la case, el la fumée s'échappe par où elle peut. A Ampangourine, cependant, les

3i L'EXPÉDITION DE MADAGASCAR.

indigènes un pou plus civilisés, sans doulc î\ cause de leurs relalions frcquenles avec les vazahas (blancs), cuisinent au dehoi-s chaque fois que le temps le permet.

Les cases n'ont pas de plancher; sur le sol battu, les Malgaches aisés disposent des nattes, que les femmes savent fabriquer très rapidement; à chaque visite d'un personnage important, on change ces nattes ou Ton en dispose de neuves par-dessus les anciennes pour lui faire honneur.

Malgré leurs dimensions exiguës, les habitations sont toutes séparées en deux parties par une cloison médiane en kéti-kéti placée dans le sens de la largeur de la maison. L'une des pièces sert de débarras et de cuisine; l'autre, de chambre à coucher. Le lit ou kibani est un simple treillis de corde en fibres de palmier rafia, tendu sur un cadre de bois. Ce cadre est supporté par quatre pieux fichés en terre. Sur le lit, les riches placent une natte fine et disposent un petit coussin assez dur de forme quadrilatérale qui sert d'oreiller.

Beaucoup d'Ampangourinais ont sacrifié à nos usages et ont remplacé la natte par un matelas, assurément plus moelleux. Quelques-uns ont môme une moustiquaire. Pas de sièges, bien entendu : où les logerait-on dans ces compartiments exigus déjà si encombrés?

Les Malgaches circulent peu, et pour cause, dans leurs maisonnettes ; ils se tiennent immobiles, accroupis sur les talons, devant la porte, qui reste grande ouverte pendant la journée et qu'on ferme le soir. Quand il fait beau, ils vivent dehors tout le jour à l'ombre des arbres. Ils y font leur cuisine sur trois pierres, y pilent leur riz dans de grands mortiers en bois avec des pilons manœuvres à la main. Ce sont les femmes qui le plus ordinairement se livrent k ce travail fatigant, qui est souvent pour elles, le soir, au moment des heures fraîches, l'occasion d'un jeu : trois ou quatre femmes se placent autour d'un môme mortier plein de riz; elles chantent en marquant la mesure à coups de pilon. De temps en temps l'une d'elles lance son pilon à celle qui lui fait face; celle-ci le rattrape assez adroitement pour pouvoir continuer k frapper sans détruire la cadence.

8 février. — Nous nous couchons tôt pour nous lever de bonne heure, ordinairement vers 5 heures et demie. Gomme il pleut généralement toute la nuit, la température est délicieuse à cette heure-là et rien n'est plus agréable qu'une promenade sur la plage en respirant la brise marine. La mer toute bleue, bordée au nord par la pointe Loukoubé, vient mourir sur le sable contre le sentier. Les grandes feuilles des cocotiers agitent leurs panaches brillants de rosée, les coqs chantent et les cases du village s'ouvrent les unes après les autres. Les femmes vont chercher de l'eau k la fontaine, l'amphore en terre posée sur leurs cheveux crépus, renversée à l'aller quand elle est vide, droite au retour lorsqu'elle est pleine. Les ouvriers employés aux travaux de la roule se réunissent peu à peu; ils arrivent en s'étirant, répondant nonchalamment à l'appel du commandeur, qui note les manquants.

3 avril. — Les boys de l'administrateur et notre cuisinier vont chaque matin chasser à la sarbacane; leur arme consiste en un bambou creux long de deux mètres environ dans lequel ils glissent une petite flèche; la (lèche, formée d'un éclat de bambou taillé en pointe à l'une de ses extrémités, est terminée de l'autre par une sorte de plumet fait avec des plumes de poule. Nos Sakalaves se ser\'ent très adroitement de cet engin, avec lequel ils tuent de petits oiseaux fort jolis : des cardinaux, des perruches vertes, 'des colibris au long bec recourbé, aux ailes d'un bleu métallique, quelquefois des tourterelles ou des pigeons verts.

Ce dernier gibier est très apprécié, parce qu'il nous permet de varier notre alimentation. L'estomac est dans les pays chauds un maître capricieux qu'il faut satisfaire à tout prix. A ce point de vue les habitants de Nossi- Bé sont assez bien partagés. Les poissons sont excellents; il y a entre autres des soles tachetées de noir qui sont fort bonnes, mais assez difficiles k se procurer, parce que les indigènes ne les pèchent qu'avec répugnance, attendu qu'elles ne représentent pour eux qu'une moitié de poisson. On trouve également des langoustes et de petites huîtres comestibles.

Pour pocher les gros poissons, les Sakalaves se servent soit de lignes de fond, soit d'un grand javelot long de 1 mètre et demi à 2 mètres, portant à l'une de ses extrémités un trident en fer et à l'autre un gros flotteur en moelle de palmier rafia.

La viande de boucherie est peu variée; il n'y a ni moutons ni porcs à Nossi-Bé. Les moutons s'y élèvent mal; à diff'érentes reprises ou a tenté d'en faire venir de la Réunion; tous ont maigri; leur chair a perdu son goiil spécial pour prendre celui de la viande de chèvre.

Le porc vient bien ; j'en ai vu àMayolle de très vigoureux, mais d'une espèce spéciale, plus petite que celle de France. Seulement, il est impossible d'en avoir à Nossi-Comba, où le cochon est fady on ne sait trop pourquoi.

Les bœufs existent en abondance, mais leur chair est coriace, surtout à la fin de la saison sèche. Les vaches malgaches donnent très peu de lait, à peine un litre par jour et par bête; ce lait est aqueux, très pauvre en beurre. Cela tient à ce qu'il n'est pris aucun soin des troupeaux. Les animaux sont laissés en liberté dans la campagne et le soir j)arqués en plein air. Ils vivent et se nourrissent comme ils peuvent.

Les poules sont très abondantes; elles valent 50 centimes pièce sur le marché, mais leur chair est dure et, comme les Sakalaves n'en prennent aucun soin, elles sont ordinairement fort maigres. Elles pondent peu et leurs œufs sont tout petits.

L'EXPÉDITION DE MADAGASCAH. 35

Elles perchenl sur les arbres, et, dans les villages, pour les défendre des carnassiers, on les enferme le soir dans de petits poulaillers de forme originale, construits avec des bambous auprès des maisons d'habitation.

Les indigènes élèvent des oies, des pintades à joues bleues et deux espèces de canards: l'un qui ressemble à celui de nos basses-coui'S et l'autre qu'ils appellent le canard bâtard. Ce dernier a autour du bec des saillies rouges comme celles du dindon.

Tous les légumes de France, sauf peut-être la pomme de terre, peuvent être cultivés ;\ Nossi-Bé; mais, en cette saison des pluies, il ne peut être fait aucune culture; toutes les plantations seraient détruites par l'eau, ([ui tombe en déluge et forme des torrents et des cataractes. On ensemence généralement lin mars ou ])lut(U au commencement d'avril pour obtenir plein rapport en juin ou juillet. D'ici là on mange du riz, de \amhrevaU\ ce haricot malgache qui a goût de lentille, des patates et les feuilles d'une espèce de citrouille qui après cuisson ressemblent à s'y méprendre, comme aspect et comme saveur, à des épinards. Le cresson se trouve ])artont, à Télat sauvage, au bord des ruisseaux. Les pommes de terre el les oignons viennent de France par les pa([uebots en caisses de 25 kilos. Les premières coûtent rendues à Hell ville ^40 centimes environ le kilo chez les marchands indigènes.

Assoumani, notre cuisinier, m'a fait goûter un certain nombre de fruits du pays : d'abord l'ananas el les goyaves (jui poussent ici k l'état sauvage, puis des mangues au goût de térébenthine, des snhous ou prunes de Cythère ([ui à l'état cru ont un goût très acide mais dont on fait d'assez bonnes compotes, des papayes, des bananes, des oranges à peau verte ([ui ne valent pas celles de Zanzibar, des barbadines importées de la Réunion dont les petits pépins intérieurs sont entourés d'une pulpe gélatineuse très bonne à manger; leur saveur rappcdle k la fois le goût de la pomme et celui de la cerise ; le fruit ressemble à un épais concombre ; on l'ouvre en deux et l'on en mange l'intérieur à la cuiller; c'est ce que j'ai trouvé de meilleur jus([u'{i présent.

L'avocatier pousse en abondance i\ Nossi-Bé et a Nossi-Comba; son fruit, (|ui ressemble i\ un gros coing, est très vanté des voyageurs sous le nom de beurre végétal; entre la peau très fine et l'épais noyau intérieur se trouve en eiï'el une pulpe onctueuse qu'on mange en guise de hors-d'ceuvre avec du sel, nuiis qui n'a de beurre que le nom.

J'ai goûté aussi de la grosse tortue terrestre; sa chair gélatineuse et grasse est loin de valoir la réputation qu'on lui a faite.

Les Malgaches emploient (;n guise de condiment, pour relever le goût de leur poisson frit a l'huile de coco, une plante à Heure jaunes et à feuilles lancéolées dont je ne connais pas le nom scientitique et qu'ils appellent féliki mnfâirn. Je m'en suis fait apporter pour en goûter. Quand on mâche la fleur, il se développe sur la langue et sur les lèvres une sensation bizarre qui ne rappelle aucun des condiments connus : c'est un fourmillement analogue à celui que produirait un faible courant électri([ue. Cette impression ne dure que quelques minutes; elle est remplacée ensuite par une grande sensation de fraîcheur assez analogue a celle qui se développe quand on suce des pastilles de menthe.

k avril. — Les ouvriers qui font des terrassements sur l'emplacement du sanatorium ont découvert des vers de terre d'une grosseur et d'une longueur invraisemblables, tels que je n'en ai jamais vu dans aucune contrée : ils ont au moins un mètre de long et la grosseur du pouce. C'est hideux. On dirait des vers de nos pays vus au microscope a un grossissement énorme.

A Nossi-Comba, presque toutes les plantes contiennent une sève extrêmement abondante qui coule comme un petit ruisseau dès qu'on y fait une entaille. Pour aplanir la route du sanatorium, il a fallu creuser en certains endroits des tranchées assez profondes et «i pic. Tout le long de la tranchée, les racines sectionnées laissent échapper de grosses gouttelettes de liquide qui font rigole sur l'argile et qui coulent sans s'arrêter depuis que le travail est tait, cest-à-dire depuis au moins six jours et six nuits. Ces terres vierges tlégagent dès qu'elles sont mises à découvert une odeur forte et particulière. Nous nous serions bien gardés d'y toucher si nous avions j)u faire autrement. Heureusement les terrassements sont relativement peu considérables.

Tous les soirs, au moment où le soleil se couche, nous entendons les cris de la grenouille-bomf^ ainsi api)elée parce qu'elle imite a la ])t;rfection les mugissements de ces animaux. La ressemblance est tellement frappante, que dans les premiei-s temps j'étais absolument convaincu ([u'un troupeau de bœufs était parqué dans notre voisinage. Ce singulier batracien, qui vit non pas dans les mares mais sur les feuilles sèches el dans la bou(» des ornières, a une taille qui est loin d'être en rapport avec la puissance de son cri. Il mesure à peine 5 centimètres de longueur; en revanche, il est relativement très large, ses flancs fortement saillants en dehore font penser tout de suite à des caisses de résonance. Il a le dos jaune, le ventre gris rougeàtre avec une bordure noire. Sa têlt* est relativement petite; elle est surmontée de deux yeux microscopiques, rapprochés et saillants comme ceux d'une sole.

5 avril. — J'ai assisté aujourd'hui à un bien curieux spectacle : le combat d'il ne araignée et d'un oiseau pris dans sa toih\ J'étais allé me promener en fllanzane. En passant dans un petit chemin creux, je vois un joli cardinal rouge, de la grosseur d'un moineau, qui se débattait a l'extrémité d'une branche \\ laquelle il semblait fixé par l'aile. Je m'approche et je découvre qu'il est tout simplement j)ris dans la toile d'une de ces grosses

i:k\péiutio.\ ije madagascah.

araignées à longues palto rougis cl h dos ■//■bvé de raii'M hlandifs qui, ii Madagascar, lissonl leurs fili'ls en travers des olicmins. Les lils de ces uraignûes soiil de fioiilour jaune rilron et exli-Pnieiiient solides. En vokiil. le rardinal élail venu donner oonlre la toile, iju'il n'avait pas aper(;ue. Une l'ois eugagé, il avait fait un mouvenieul de ri'cul ! pendant Icfjnel les pennes desosailn! s'dtaient rfl)rousai''es et altacliéesphissolideineiiienroiv. En ce moment, ilsts I déitnilail, cherchant vainement a se débarrasser de ses liens. Son ennemie, qui se lenail prudemment à l'exlrâmilô de la toile, k l'abri des coups de bec de l'oiseau, n'entendait pas le laisser s'éehapper. Chaque fois que le cardinal, do plus en plus épuisé par ses mouveitients désordnnniis, gardait un instant d'immobilité, l'araignée s'approchait, lui jetait autour du bec et des pâlies un fil solide qui le maintenait de plus en plus étroitement. A la iin, il ne pouvait plus bouger du tout, maitrisé par un lilet seiTé qui lui emprisonnait tout le corps. L'araignée allait lui donner le coup de grJce en le piquant au cou. quand je me miis approché.

J'avais souvent entendu parler des araignées dévorant les oiseaux, mais j'avais cru II des contes. Celte fois i j'ai vu de mes pi-opres jeux. I^es boys disent i[ue ces combats sont fréquenta el que quelquefois les araignées ' prennent ainsi do petits lézai'ds et même de ces perruches vertes, grosses comme le poing, qui volent par troupes dans les forêts de Madagascar. Je le crois maintenant sans peine. IjCk toiles jaunes de ces affreuses héles sont d'une soliditi; rem arquai de ; les araignées mcllenl souvent des semaines enlièivs à dévorer celle grosw proie, et plusieurs fois en passant pi-és d'elles j'ai vu fixés k leurs toiles des ossements desséchés de petits oiseaux qui m'avaient t'orlement intrigué, ne sachant pas ce dont elles étaient capables.

Les habitants du village d'Ampangourine savent confectionner des vases en terre qui résistent au feu. Leur forme est exactement copiée sur celle des grossiên^s poteries de Bombay vendues h. Nossi-Bé par les commerçanis indiens, qui les reçoivent directement de l'Inde par boulres. mais leur couleur, d'un noir métallique, est particulière au pays malgache.

11 n'y a pas de fabrique spéciale de poterie à Ampangourine; dans chaque maison, les femmes confectionnent, au fur et h mesure des besoins, les vases nécessaires au ménage. Elles vont chercher près d'un petit village des environs une argile très grasse, qu'elles battent d'al>oi'd sur une piern^ plaie avec un pilou de bois; elles roulent ensuite le bloc d'argile avec la main pour lui donner la forme d'un cflne Ironqué; le sommet du cône reposant sur la pierre, elles civuseut l'intérieur avec les doigts de façon l'i le transformer en une sorte de cupule, puis elles déposent sur le bord supérieur de in cupule un petit boudin de tiTru comme si elle.s voulaient ajouter un relmrd au vase commencé; elles aplatissent ce boudin à la main, en ajoutent uu second, puis un troisième; elles parviennent ainsi à former, comme par une succession d'élages superposés, les parois du vase. Quand il a atteint la hauteur voulue, elles en rectiBent la forme avec les mains, le polissent en dedans et en dehors avec un fragment de calel)as.se ou une petite coquille, et le font ensuite sécher uu soleil pendant deux jours, aprÉs quoi elles le soumellent à la cuisson. Le vase est rempli de balle de riz; on le dépose sur un lit de cette balle et on l'enloure de bambous secs, auxquels on met le feu, La poterie prend alors cetic teinte noire indélébile h rellels métalliques qui en constitue l'originalité. I^cs Hakalavcs et surtout les Hovas sav<'tii fabriquer, par ce procédé, des gargoulettes à cols allongés, ornées de dessins à la pointe sobres et de bon goill.

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