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L'expédition de Rome en 1849, avec pièces justificatives et documents inédits

J’offre au public une histoire nouvelle de l’expédition de Rome eu 1849. Ce sujet, je ne l’iguore pas, risque de paraître aux uns trop actuel, aux autres inopportun. J’espère tout au moins ne pas mériter en même temps ces deux reproches qui devraient s’exclure. Il est évident qu’en dépit des notes du Moniteur, l’émotion est toujours vive autour de la fiueslion de Rome, et il est trop sûr aussi que nous sommes bien loin de 1849 ! Or, ce sont là précisément deux raisons qui m’ont porté à croire qu’il serait convenable et possible de tenter le récit qu’on va lire. C’est encore en effet le moment où l’on peut tout savoir, et c’est déjà celui où l’on peut tout dire. Il semble que l’auteur ait le droit de compter tout à la fois sur une certaine attention,

Il AVANT-rilOI’ÜS.

parce que les faits sont CüiUemporuins, et sur une certaine indulgence, parce qu’ils sont contredits et renversés. Est-il un instant plus propice pour saisir une époque que celui où elle sort de la période présente pour entrer dans l’histoire? Qu’elle en sorte de force ou par le jeu naturel des événements, qu’elle laisse d’ardentes protestations dans les consciences ou des ruines indifférentes sur le sol, elle n’en est pas moins vaincue, elle n’en devient pas moins le passé, et dès lors ne relève plus que de ceux qui se plaisent à le raconter. La politique de 1S49 n’a d’ailleurs aucun motif de dissimuler sa défaite : elle ne craint pas la comparaison avec celle qui l’a remplacée, et s’il a été facile de la condamner sans l’entendre, on n’a passongé jusqu’à présent à lui demander de baisser la tète.

La pensée première de cette politique, les moyens •lu’elle a mis en œuvre, les conséquences immédiates qui en ont découlé, ont passé tour à tour ou simultanément, il y a douze ans, par les trois manifestations principales de la vie publique chez les nations modernes : la tribune, la diplomatie, la presse. La première, éclatante comme la parole d’un peuple libre, et jamais plus dominante qu’à l’époque où se placÆ ce récit; la seconde, plus discrète, aimant encore à s’envelopper de mystères, mais dépouillée peu à peu de ses voiles traditionnels par sa hardie voisine, se laissant arracher an palais Bourbon une profession de foi, à Turin une

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<ionfideiice, en Prusse une promesse, et chaque année des volumes entiers de correspondances à Westminster. La presse enfin, qui vient après ces deux maîtresses de l’enseignement politique, tri- -L bune qui a des ailés, diplomatie qui court les rues, recueillant, commentant, animant les paroles, le^ bruits, les intentions; suffisamment informée du fond des choses, mais dangereuse à consulter sur les personnes, parce qu'elle donne 'très-sincèrement ses passions du jour pour le Jugement de l’avenir, et croit trop volontiers qu’elle n’a rien à respecter quand elle n’a rien à craindre. Outre les journaux, le récit de l’expédition de Rome a défrayé déjà, tant en France qu’à l’étranger, plus d’un ouvrage de longue haleine. Bien qu’ayant dû prendre connaissance de la plupart d’entre eux, on verra que j’ai ~ lu surtout avec profit les auteurs italiens.

Telles sont les sources principales où il fallait aller puiser les éléments d’une histoire qui, pour être complète, devrait s’intituler à la fois parlementaire, diplomatique et militaire.

Malgré le vif intérêt actuel et permanent qui s’y rattache à ce triple point de vue, j’avoue que l’idée ne me serait pas venue de l’écrire, si je n’avais eu à. produire que les faits et les documents déjà connus. C’est en effet par son côté politique que m’était apparu cet épisode si contesté de nos luttes contemporaines, et il m’avait toujours semblé que la vérité ne s’en dégageait pas tout entière. Je sen-

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lais, comme le Messala du dialogue île Oraloribiis de Tacite, qu’il y avait encore là beaucoup à dire et à contredire : Erant quibus contradirerevi , eratil de quibiis plura dici vellem! J’aurais donc jugé au moins inutile de reprendre, pour la laisser incomplète, une narration déjà plusieurs fois présentée au public. Un livre n’est pas un journal, forcé de paraître au risque de répéter le livre de la veille. Du moment qu’il parle, il y a, ce me semble, présomption en sa faveur qu’il a quelque chose à dire.

Je dois, en effet, à la bienveillance de la plupart de ceux dont les noms figurent dans ces pages, de précieuses lumières sur les événements auxquels ils ont pris part. Non-seulement j’ai recherché comme l’accomplissement d'un de mes devoirs -1 d’historien, l’honneur de les entretenir un à un,

' mais il m'a été donné plus d’une fois de fonder mon récit sur des pièces encore inédites dont quelques-unes ont pu sans indiscrétion trouver place à la fin de ce volume. A la distance où nous sommes de ces événements, effacés de jour en jour par le ' flot des événements contraires, l’histoire, comme nous l’avons dit, a déjà commencé pour eux; et si la vérilén’est jamais sans profit pour elle-même, on la trouvera, nous l’espérons, sans danger pour les personnes et pour les intérêts engagés encore dans ce grave conflit. J’accepte donc par avance, et avec le sincère désir de pouvoir leur faire droit, les critiques de bonne foi qui seront adressées à ce livre;

AVAIST-l'ROrOS.

je ne le défends que sur un point, celui d’avoir à tout risque cherché la vérité. Serait-ce là une prétention exagérée? non, puisque l’auteur n’a eu souvent d’autre peine que d’écrire l’œil lixé sur les preuves de ce qu’il avançait. Serait-ce au contraire se contenter d’un trop petit mérite? Moins encore, car si le vrai a droit que l’honnête homme lui sacrifie sa vie, xilum itupcnderex^ro, il est la vie même de l’histoire.

L’expédition de Rome, chacun le sait, eut pour ^ but avoué de relever l’influence de la France en -J Italie, et pour .résultat immédiat de restaurer le pouvoir du Saint-Père. Ce but et ce résultat, nous avons hâte de le dire, n’ont jamais fait qu'un dans la pensée du gouvernement et de la nation. S’il parut utile de les distinguer l'un de l’autre dans les discussions parlementaires, ils ne cessèrent de rester confondus dans les conseils de notre politique et dans Faction de notre diplomatie. l.orsque, le

janvier i8'i8, M. Guizot s’ouvrait à M. Rossi d’un -projet d’intervention militaire en faveur du Pape préparée à Port-Vendresetà Toulon, et déjà confiée au commandement du général Aupick ; lorsque, à la première nouvelle des journées des 15 et 10 novembre, à, Rome, le général Cavaignac ordonnait, sans -i' prendre le temps de consulter l’Assemblée, d’embarquer à Marseille une brigade et de la mettre à la disposition d’un zélé catholique que le gouvernement républicain avait choisi pour plénipotentiaire; lors-

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