‹ L'expédition de Rome en 1849, avec pièces justificatives et documents inéditsChapitre 16 sur 33 · l'IÈCES JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

l'IÈCES JUSTIFICATIVES

talion du cercle populaire monte à la salle des séances pour engager les représentants à se joindre à celte solennelle manifestation. Un membre du cercle vient annoncer qu’un certain nombre de députés vont marcher avec le cortège, pour porter au Souverain les vœux du peuple. Lecture est donnée au milieu des acclamations du programme rapporté ci-dessus.

La manifestation se dirige vers le Quirinal. Sur le point d’y arriver, elle rencontre le carrosse du prince Corsini, sénateur de Rome, qui avait avec lui l’avocat Galetti et l’avocat Armellini . Le peuple veut que Galetti qui vient d’avoir une conférence avec le Souverain pour former un ministère, se joigne à la manifestation.

Il est impossible de dépeindre le magnifique spectacle de cette foule agitant mille bannières et se déployant en colonnes sur la place du Quirinal. Il est environ deux heures de l’aprèsmidi. La députation, composée des représentants du peuple et de quelques membres du cercle populaire, entre au palais ponlificid pour porter au Souverain le programme convenu. Elle est reçue par le cardinal Soglia qui, après avoir transmis ces demandes au Souverain, afiirme qu’elles seront prises en considération et donne la nouvelle que Galetti est chargé de former un ministère. La députation redescend sur la place et est transportée par le peuple sur la terrasse du bâtiment de la jeune garde, pour annoncer, de là, laréponsedu Souverain.

Un grand silence s’établit. La réponse ne plaît à personne, et un cri général s’élève ; « Non ! non ! qu’on fasse raison à l’instant aux justes demandes du peuple! Nous connaissons trop les ruses des cours ! » Le tumulte croît de minute en minute, et la députation est invitée à retourner auprès du Souverain pour lui signifier la ferme volonté du peuple. La députation rentre en effet dans le palais pontifical. Mais le tumulte ne fait qu’augmenter. La garde suisse vient de fermer les portes principales et de présenter ses hallebardes à la foule qui voulait entrer.

An pied de l’e.scalier, dit de l’Horloge, se tiennent les ambassadeurs de Fi ance, de Russie, d’Espagne, de Bavière, qui ib'niandenl à la députation quel est l’état des choses et où l’on

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en veut venir. On les satisfait en quelques brèves paroles, et tous reconnaissent la nécessité de trouver un moyen de répondre aux désirs du peuple. Après une courte conférence avec le Souverain, la députation revient annoncer qu’elle n’a pu rien obtenir.

La fermentation est à son comble. Des coups terribles ébranlent la grande porte du palais. Des cris effrayants et confus s’élèvent tout autour. Impossible d'entendre le rapport de la députation. On parvient enfin à hisser Galetti sur un contrefort du palais, et de là il fait entendre au peuple le triste refus du Souverain. Les hurlements du peuple et de l’armée, et le cri ; Aux aimes! lui répondent. Toutes les épées sortent du fourreau.

Une épouvantable confusion règne autour du Quirinal. On voit les Suisses et les domestiques aller et venir de tous côtés. Les pierres volent contre les fenêtres ; on crie que les portes soient ouvertes au peuple. On annonce que le feu vient d’être mis à une des portes. Les pompiers du Quirinal accourent pour l’éteindre ; quelques mesures de défense sont prises en même temps. Les portes sont barricadées à l’intérieur.

Deux Suisses qui se disputaient d’une fenêtre avec le peuple tombent blessés. Un grand nombre de citoyens évacuent la place un moment, afin d’aller prendre des armes pour soutenir les droits du peuple. La cité devient en peu d’instants un champ de Mars. Partout on bat 1« générale, partout des groupes armés se forment. On réclame de toutes parts un chef, une direction. Les membres du cercle national, Sterbini, Vinciguerra, Buonaparte, Spini et Pinto assument, au nom du peuple, l’autorité suprême. Ils lancent une proclamation appelant le peuple à combattre pour scs droits. Les divers corps delà garnison rallient les volontaires à leurs drapeaux placés aux endroits les plus apparents de la place du Quirinal. Les uns se portent derrière la fontaine des chevaux de Phidias, les autres le long des écuries pontificales. La place est encombrée d’une foule sans armes : mais la milice l’entoure et la protège de toutes parts.

Le généreux corps des carabiniers, qui a si bien mérité de

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ta cause de l’indépendance, inonlc! le premier vers le Qiiirinal par la rue de [’Utnüla. En' ce moinenl un feu de mousquelerie s'échangeait entre les Suisses et les milices les plus rapprochées du palais; les carabiniers s’excitent à courir au secours •de leurs frères. En effet, ils gravissent hardiment la montée, se déploient en tirailleurs et répondent courageusement aux coups de fusils; d’autres corps viennent les joindre ; le lieuteuanl-colonel des carabiniers Calderari est blessé.

Cinq heures de l'après-midi. — On fait des barricades devant le Quirinal avec des charrettes, et l’on dresse contre la grande porte la pièce d’artillerie le San Pietro.

Cinq heures et demie. — l.a démonstration armée est imposante. Une grande résolution anime tous les coeurs '. Le Pape demande A parler A Galelti. Le peuple et les milices, in- ■«lignés contre les gardes du palais, veulent A tout prix en avoir raison. Le peuple charge Galelti de dire qu’il faut d’abord désarmer les Suisses et livrer leurs fusils A la garde nationale, sans cela les portes vont être brisées et le palais envahi. L’anxiété est grande chez tous ; les troupes font divers mouvejncnls pour se préparer A l’attaque.

Huit heures du soir. — C’est un spectacle merveilleux de voir dans les ténèbres une telle masse de troupes exécuter aux llambeaux toutes leurs manœuvres; la place du Quirinal est un champ de bataille!

On répand le bruit A l’instant que Galetti a enfin obtenu «ne heureuse réponse. Cris de joie universels. Deux ou trois bataillons font de bruyantes décharges en l’air. On demande que Galelti se présente au peuple cl annonce le résultat de sa mission. Galetti arrive et annonce :

t “ Que le souverain remet la demande du peuple aux deux chambres pour qu’il en soit délibéré ;

2" La formation d’un nouveau ministère, qui n’est autre que celui qu’avait proposé le cercle populaire, sauf que la présidence du conseil est donnée par le Pape A l’abbé Hosinini.

Galetti supplie le peuple de ne pas poursuivre sa victoire

' Il est Ixin de dire ici que la g.irdc du Quirinal ne ?e compoMil que de •soixante-qualoize vieux liallebardiers, qui avaient là leur retraite d'invalide'.

l'IKCES JLiSTlFlCATlVES.

contre les Suisses, et do se rappeler tpie des soldats de celte nation viennent de se battre pour rindépendance italienne à Vicence. Il demande en outre que les troupes retournent dans leui’s casernes et les gardes civiques dans leurs maisons, où ils annonceront l’heureuse nouvelle.

La manifestation s’écoule bruyamment vers le Corso éclairée par mille torches el poussant des clameurs patriotiques. Il est dix heures. La fêle populaire commence. Les soldats, après avoir déposé leurs armes dans leurs quartiei’s, viennent se livrer à la joie et aux chants. Heureusement il y a eu peu de victimes à déplorer. Des bandes joyeuses parcourent la ville en criant : Vive la troupede ligne! Vivent les carabiniers! l’ii-'e la garde nationale ! Vive le peuple! Fraternité el union.

A minuit tout est tranquille.

Signé : Pi.mo et Spi.m, directeurs de /’Epoca.

( Pn«c »t. )

PROTESTATION DF. H. MAMIA.M CONTRE I.E PROJET d'iNTERVENTIOX nu GÉNÉRAL CAVAIGNAC.

Il est contraire au droit des gens qu'on entre avec une armée dans un pays étranger, sans le consentement des habitants ou de ceux qui les gouvernent, lors même que cet acte a pour but d’assurer la vie et la liberté du prince qui règne dans ce pays. Tout peuple s’appartient et il est maître chez lui; les princes n’ont pas un droit divin, un droit supérieur à tout droit civil et politique. Le général Cavaignac a déclaré à l’Assemblée nationale de Paris qu’il avait envoyé à M. de Corcelle les instructions suivantes : « Vous n’iHes autorisé à intervenir dans aucune des questions politiques qui s’agitent à Home. L'AssembU’e nationale seule a la faculté de. déterminer le rôle qu'elle voudra assigner à la République, dans les mesures

qu'on sera obligé de prendre pour établir dans les domaines de l’Église un état de choses régulier. » Il semble que la première phrase de ces instructions exclue le cas d'une intervention politique, qui s'annonce comme prochaine dans la seconde. L’article 5 de la Constitution républicaine de la France dit : Les armes françaises ne seront jamais employées contre la liberté des peuples. Or, la première des libertés est l’indépendance des nations, la liberté de diriger à son gré, dans l’intérieur de l’État, les affaires publiques. On dira que le Pontife n'est pas seulement le prince d’un petit État, mais le chef de tout le monde catholique; que, par conséquent, toute nation catholique doit s’assurer que le grand gérarque ne soit pas violenté et troublé dans l’exercice de sa puissance pontificale. Nul ne veut se donner la peine de combattre ce principe abstrait. Il suffit de le transporter dans le domaine des faits, et de faire remarquer qu’il doit être appliqué à des cas vrais et légitimes, et non à des cas étrangers à la matière. En l’appliquant il faut donc tenir compte des droits qu’a chaque peuple à la liberté d’administrer ses propres affaires.

Et premièrement ce principe n’est pas applicable lorsque l’autorité spirituelle du Pontife n’est pas combattue ni entravée. Or, la calomnie môme ne pourrait réussir à faire croire que la dissension existant entre le Saint-Père et son peuple, n’est pas purement politique. Pereonne ne trouble l’Église dans ses croyances, dans ses droits, dans l’exercice de ses actes de tonte espèce. Mais si l’on voulait se complaire à voir le sacerdoce attaqué, il resterait à se demander pourquoi, au lieu de l’Autriche apostolique, de l’Espagne catholique, du Portugal trés-fidèle, il conviendrait seulement à la France républicaine de prendre, les armes à la main, la défense de l’Église.

Secondement, pour que l’intervention fût juste et efficace, il faudrait qu’elle ne foulât pas aux pieds les droits du peuple. Or, il est impossible que les armées étrangères entrent à Rome sans porter atteinte à la liberté du peuple, et leur œuvre ne serait ainsi ni juste, ni efficace, ni durable. Ce sont des problèmes qu’on ne résout pas avec l’épée Par toutes ces

raisons, le ministère proteste à la face de l'Ilalie et de l’Europe contre la violation du territoire national, préméditée par le général Cavaignac, et à laquelle les Romains s'opposeront de toutes leurs forces. (Cité par Soria, t. 11, p. 519. — Voiraiissi Cantû, Storiadegli Ualiani, t. IV, p. 645.)

( Pa«e i«t. )

KVTRAiT DE L.\ Revuc des Deux Mondes du 1" novemdre 1848.

Dans une remarquable étude sur LéopolJ Robert, la Revue des Deux Mondes du 1"^ novembre 1848, rappelant la passion insensée du niallieureux artiste pour la princesse Charlotte Bonaparte, fille du roi Joseph et femme du prince Napoléon, frère aîné de l’empereur Napoléon 111, disait : « Le prince Napoléon et la princesse Charlotte entreprirent avec lui en commun une suite de compositions pittoresques ; le travail marchait rapidement au milieu des conversations et des lectures du soir, quand tout à coup, la première insurrection de la Romagne venant à éclater, le prince Napoléon, entraîné par son frère le prince Louis, se jeta comme volontaire parmi les révoltés etfutalteint d’une maladie violente dont il mourut subitement...» Plus loin, M. Feuillet de Conches, auteur de l’article, aujourd’hui introducteur des ambassadeurs, cite à l’appui de son assertion l’extrait suivant d’une lettre écrite par Léopold Robert, qui donne les détails les plus intéressants sur le rôle des deux frères dans les événements de la Romagne ; « Vous me demandez, écrivait-il de Florence le 18 avril 1831, pouri|Uoi le prince Napoléon se trouvait avec les constitutionnels. C'est une de ces destinées qu’on peut dire malheureuses. Homme channant, réunissant toutes les qualités, estimé de tous, aimant l'étude et fort instruit, il était occupé d’un ouvrage fort important qu’il allait publier, quand la fatalité ra-

iiü l'IÈCKS ji.stificativks.

mena ici son jeune frère, qui avait été renvoyé de Rome comme suspect. Ces deux jeunes gens ayant appris que leur mère, la duchesse de Saint-Leu, partait de Rome pour venir les rejoindre à cause des troubles de la Romagne, voulurent aller à sa rencontre, et au lieu de prendre la route de Sirnne, ils prirent celle de Pérouse, qui n’était pas celle que leur mère avait suivie. Ils furent reçus à Pérouse, Foligno, Spolète, Terni, avec de si vives démonstrations de joie, on leur fit tant d’instances pour les porter à se réunir aux neécontents, et leur donner l'appui d’un grand nom, qu’ils se laissèrent entraîner! .Napoléon par faiblesse... Quand je les vis à Terni, je pus m’apercevoir combien l’ainé était préoccupé de la position où il mettait sa famille ! Il m’en parla beaucoup, mais enfin le sort en était jeté. 11 a succombé à une vie trop active, pour lui qui avait toujours vécu dans le calme et le repos.» Un mois avant, Léopold Robert, parlant de son entrevue avec le prince à Terni, rendait hommage en ces termes à ses bons sentiments; « Il m’a ouvert son cœur ; je suis persuadé que scs intentions étaient très-nobles, si elles n’étaient pas très-raisonnables. On ne peut savoir encore le genre de sa mort ; on parle de la fièvre jaune, d’un duel, de poison. Pour moi, je crois sa mort naturelle. (Le prince était, en eiïet, mort de la rougeole.)

«Je vois extrêmement souvent les Bonaparte, il n'y a qu’une chose sur laquelle nous soyons toujours en discussion, c’est la religion. Malheureusement ces dames n’ont pas une foi bien solide et elles sont pei'suadées que les tètes fortes n’ont pas besoin des consolations de. la religion. Cet esprit est général dans la famille, et il n’est pas extraordinaire que les personnes qui n’ont jamais entendu parler ([ue d'une manière dérisoire du cbristianisme comme de toutes les autres croyances, aient une espèce d’éloignement pour tout ce qui est mystique.» Léopold Robert avait fait, en 1851, un beau portrait du fils aîné de la reine llortense,qui doit être resté dans la famille.

l'IÈCES JUSTIFICATIVES.

( Paie f 4». )

I.KTTRK DR RRMEnciUENT .IURES$£e DAR LE CABINET D ÉEO.NTAIS AU r.ODVERREllEST FRANÇAIS TOCR LE REMERCIER DE SON ATTITUDE DANS I.ES NÉGOCIATIONS DE LA PAIX ENTRE LA S.ARDAIGNE ET I.’aUTKICIIK

Turin, ‘21 iioiU 1810.

, Monsieur le Ministre,

L’inlèriM amical que le gouverneinenl de la Hépnlilii|iie nous a témoigné, durant les négociations de la pai.x avec UAulriclie, nous fait un devoir, au inoinent où ces négociations sont lieureuseineiil arrivées à leur tonne, d’exprimer au caliinet français notre sincère gratitude pour ses bons offices en notre faveur, qui, nous nous plaisons à le reconuaUre, ont si puissamment contribiul à nous obtenir des conditions auxquelles l’honneur nous a permis de souscrire. Je remplis en conséquence un agréable devoir en me rendant auprès de vous, monsieur le Ministre, l’interprète des s-enliments de mes collègues, les autres miiiislros de Sa Majesté, qui tous, comme moi, ont vivo- , ment apprécié l’appui qui nous a été prôté par la France en cette circonstance difficile, et qui a si bien justifié la confiance que nous avons placée dans l’efficacité de sa parole.

J’espére que vous voudrez bien, monsieur le Ministre, accueillir les expressions de notre juste reconnaissance, et agréer en môme temps, etc.

V Massimo d'.Azegi.io.

(Pace f«4.)

IHSTROCTIOKS ET PROCI.AMATIORS REMISES PAR LE MIIUSTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES AU GÉNÉRAL OUDI.SOT DE REGCIO '

Paris, 18 avril 1849.

Général,

Je vous ai fait connaître l’objet de l'expédition dont le gouvernement de la République vous a confié le commandement. Vous savez qu’une réaction intérieure et qu’une intervention étrangère menacent l'existence du gouvernement actuel de Rome, que nous n’avons jamais reconnu, et l'approche de la crise désormais inévitable nous prescrit de prendre des mesures, tant pour maintenir notre part d'influence dans les affaires de la péninsule italienne que pour ménager dans les Etats romains le rétablissement d'un ordre de choses régulier sur des bases conformes aux intérêts et aux droits légitimes des populations.

Bien que vous n’ayez pas à intervenir dans les négociations définitives qui assureront ce résultat, vous êtes autorisé à recevoir des autorités établies toutes les propositions, et à conclure avec elles les arrangements qui vous paraîtront propres à le préparer, en évitant seulement, dans la forme de ces arrangements, ce qu’on pourrait interpréter comme une reconnaissance du pouvoir dont émanent ces autorités.

Vous trouverez ci-joint le projet de la lettre que vous devez écrire, en arrivant, au gouvernement ou au magistrat supérieur de Civita-Vecchia, pour demander votre admission dans cette ville. L’entrée ne vous en sera sans doute pas refusée; toutes les informations qui nous parviennent nous donnent lieu de

' Ces pièces furent lues à la tribune par M. Drouyn de I.liuys, dans la séance du 7 mai 1849.

penser que, bien loin de là, vous serez reçu avec empressement, par les uns, comme un libérateur; par tes autres, comme un médiateur utile contre les dangers d'une réaction.

Si, cependant, contre toute vraisemblance, on prétendait vous interdire t’entrée de ta ville de Civita-Vecchia, vous ne devriez pas vous arrêter à la résistance ([u’on vous opposerait au nom d'un gouvernement que personne en Europe n’a reconnu, et qui ne se maintient à Rome, contre le vœu de l’immense majorité des populations, que par l’audace d’un petit nombre d’agitateurs, la plupart étrangers.

Toutefois, établi sur le territoire des États de l’Église, vous vous empresserez de vous mettre en relation avec MM. d'Harcourt et de Rayneval, chargés, par le gouvernement de la République, de traiter à Gaële les intérêts auxquels se rattache la mission qui vous est confiée. Vous devriez dés lors commencer avec eux, et d’après les informations qu'ils seront à même de vous transmettre, les dispositions que vous auriez à prendre.

Vous enverriez à Rome un de vos officiers avec l’ordre de déclarer aux chefs du gouvernement la nature de votre mission, de leur faire entendre bien nettement que vous n'êles aucunement autorisé à soutenir l'ordre de choses dont ils sont les représentants, et de les presser de prêter la main à des arrangements qui puissent préserver le pays de la crise terrible dont il est menacé.

Votre marche sur Rome, à la tête de vos troupes, faciliterait sans doute un pareil dénoûment, en donnant courage aux honnêtes gens. Vous jugerez si les circonstances sont telles que vous puissiez vous y rendre avec la certitude non-seulement de n’y pas rencontrer de résistance sérieuse, mais d’y être assez bien accueilli pour qu’il soit évident qu’en y entrant vous répondez à un appel de la population.

Partout où vous vous trouverez, jusqu’au moment où un gouvernement régulier aura remplacé celui qui pèse actuellement sur les États de l’Église, vous pourrez, selon que vous le jugerez nécessaire ou convenable, soit maintenir les autorités civiles en tant qu’elles consentiront à se lestreindre à

une action municipale e( de police, et quelles ne vous susciteront ni périls ni embarras réels, soit favoriser le rétablissement de celles qui étaient en fonction avant la révolution de novembre dernier, soit iiiême en établir de nouvelles, en évitant autant que possible d’intervenir directement dans ces changements, et en vous bornant à provoquer, à encourager l’expression des vœux delà partie honnête des populations.

Vous pourrez vous servir, quand vous le jugerez à propos, pour vos communications avec les autorités, de l’intermédiaire du consul de France à Civita-Vecchia, que je mets à votre disposition.

Telles sont, général, les seules instructions que je puisse V'jus donner en ce moment. Votre bon jugement y suppléera .suivant les circonstances, et je ne manquerai pas d’ailleurs de vous faire parvenir successivement les directions nouvelles qu’elles pourront exiger.

Je joins à cette dépêche le texte d'nne proclamation, que vous voudrez bien publier aussitôt après votre débarquement.

Ces instructions se complètent en effet par la proclamation suivante, remise au général par le ministre des affaires étrangères :

« Habitants des Ætats romains !

K Kn présence des événements qui agitent l’Ilalie, la République française a résolu d’envoyer un corps d’armée sur votre territoire, non pour y défendre le gouvernement actuel, quelle na point reconnu, mais afin de détourner de votre patrie de glands malheurs.

1 La France n’entend pas s’attribuer le droit de régler des intérêts qui sont, avant tout, ceux des populations romaines, et ([ni, dans ce qu’ils ont de plus général, s’étendent à l'Eiirope entière et à tout l’univers chrétien.

« File a cru seulement que, par sa position, elle était particuliérement appelée à intervenir pour faciliter rétablissement irnn régime également éloigné des abus à jamais détruits

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par la générosité de Pie IX cl de l'anarchie de ces derniers temps.

« Le drapdtiu que je viens d’arborer sur vos rivages est celui de la paix, de l’ordre, de la conciliation, de la vraie liberté. Autour de lui se rallieront tous ceux qui voudront concourir A l’accomplissement de celte œuvre patriotique et sainte.

« Civita-Vccchi*, le 25 avril 1849.

« Le (jénêral commandant en chef,

« OuD180T DF, RfGCIO. b

( l••sc )

RAPPORT SCR CSE MISSIO.X REMPLIE A ROME E.V MARS 1849, PAR LE COLONEL LE BLANC.

35 inai’s 1840.

Les llomaius se sont montrés indill’érents à la chute du Pape ; il y a un parti exalté qui n’en veut plus, un parti qui le regrette, mais un nombre considérable, indilTéreiit quant au Pape, ne veut plus du gouvernement des cardinaux. La ville est tranquille, cependant la misère se fait déjà sentir ; on a émis un papier qui est déjà discrédité, on frappe de la fausse monnaie (pièces de 4, 6, 8 baioques, qui devaient être retirées après la guerre par l’État). i

Les quatre-vingt mille étrangers qui versaient pendant tout — ~ le carême au moins un million par jour, n’élant pas venus 1 cette année, cette misère se fera sentir plus vivement encore après le carême; la sécheresse de la saison, qui menace les récoltes de tout le pays, est attribuée par beaucoup de paysans au départ du Pape.

L'annonce de l’excommunication pour ceux qui voteraient a écarté du vote quaire cent mille électeurs; un pareil noinlire

PIÈCKS JUSTIFICATIVES.

a volé ol a produit une Chambre très-avancée, médiocrement éclairée, mais prèle à tout faire. Le 15, Jour où l’on a appris la dénonciation de l’armistice, tous les députés se sont levés en criant : « Nous irons tous à la guerre! » Ils ont voté iminédialemenl la mobilisation de la garde nationale pour tous les hommes de di.x-huit à trente ans ; mais on n’a pas de fusils à leur donner, on a commandé quarante mille piques.

L’expulsion des Autrichiens est la grande idée patriotique de l’Italie; le grand reproche contre le Pape est de n’avoir pas voulu marcher contre eux, d’avoir dit que les Croates étaient aussi ses enfants.

Le prince de Canino, vice-président de la Chambre, la pré side en l’absence du pi'ésident, qui est à Bologne ; il préside aussi le Conseil des ministres. C’est un honnête homme ; il s’est tout à fait séparé de Slerbini, qui représente la république rouge ; il a l’air aimé et estimé quand il passe dans les rues.

La forme de gouvernement qu’il désire voir prévaloir est une Chambre avec son président, pas de président de la Hépublique, des ministres non responsables.

Il a volé contre la peine de mort en matière politique.

Il est l’ennemi personnel du Pape.

Il ne veut pas entendre parler de sa souveraineté temporelle, et voudrait le voir hors de l ltalie. C’est lui qui a proposé la république.

Il voudrait voir réunis les États romains, la Toscane et la Vénétie; il comprend que l’Italie ne peut être réunie en un seul empire.

Il est d'avis de commencer la guerre partout, sur-le-champ; il a invité Garibaldi, qui est avec deux mille hommes sur la frontière de Naples, d’attaquer les Napolitains.

Il croit devoir jouer le tout pour le tout ; il se fait de grandes illusions sur l’esprit de cette armée.

Il croit qu’il l’entraînerait, et que c’est la seule crainte de cet événement qui empêche le roi de Naples d’attaquer.

A Livourne, on a formé quelques compagnies, qui se sont rendues à Florence par le chemin de fer. Dans cette ville, qui n’a pas prononcé la déchéance du grand-duc, et où on le re-

grelle, les jeunes gens riclics, qui l’année dernière s’ètaicnl mis à la tête des gardes nationales, s’éclipsent, vont à la campagne ou émigrent.

A Venise, les négociants ont seuls contribué aux défenses; ’ le peuple a peu soufl’ert ; on entretient vingt-six mille hommes qu’ils regardent comme de bonnes troupes.

11 est resté aux Autrichiens une frégate, quelques vai.sseaux marchands et les quatorze bateaux à vapeur du Lloyd autrichien.

La guerre du Piémont est venue compliquer, rendre presque impossible une intervention de la France, que les prétentions opposées du Pape et de la Chambre auraient déjà rendue fort dilïlcile.

Si les Piéinontais sont battus, comme il y a beaucoup trop lieu de le craindre, les* Autrichiens voudront intervenir à Rome. Nous y viendrons alors pour protéger le parti du Pape et celui de la République, et on nous recevra sans coup férir à Civita- Vecchia.

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