I.K MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES AU GÉNÉRAL EK CHEF
Paris, 10 mai 1840.
Général,
Le gouvernement de la République approuve pleinement la détermination que vous avez cru devoir prendre d’inviter le commissaire, envoyé au nom du Saint-Père, à Civita-Vecchia, de ne pas y prolonger son séjour,
11 est évident que dans l’état des choses, la présence de ce fonctionnaire ne pourrait avoir que des inconvénients.
L’intcrét des combinaisons politiques auxquelles se rattache l’expédition que vous dirigez, celui de la sûreté de nos troupes
nous font une loi de ne pas permettre, tant que le but ne sera pas atteint, qu’il s’organise en dehors de notre influence, sur le territoire que nous occupons, des centres d’autorité qui pourraient, même involontairement, contrarier notre action et en compromettre le succès. J’écris aujourd’hui même à M. de Lesseps pour lui recommander d’user, dans ce sons, avec les ménagements que comporteront les circonstances, des pouvoirs qui lui ont été confiés.
Je lui recommande également de se concerter avec, vous sur toutes choses.
Agréez, etc.
( Page f t*. )
M. DE FOMUN-JANSO.V, CHARGÉ d’aFFAIRES DE L AMDASSADK FRARÇAISE A ROME, .AU GÉNÉRAL OUDINOT.
Rome, le 2ü avril 1840.
.Mon général,
M. le lieutenant-colonel Leblanc est arrivé celte nuit à onze heures. Il s’est rendu immédiatement chez moi et m’a communiqué les instructions par lesquêlles \ous lui prescrivez de s’entendre avec moi pour toutes les mesures à prendre dans l’intérêt de notre expédition.
Nous nous sommes aussitôt rendus à la résidence des triumvirs pour leur faire part des intentions du gouvernement de la République. MM. Mazzini et Saffl nous ont reçus. Leur collègue Armellini, le plus modéré de tous, était absent. J’ai exposé à ces messieurs quelles étaient la position, les intentions conciliatrices du gouvernement et le but pacifique de l’intervention française. Le colonel Leblanc a rapporté à son
tour tout ce dont il avait été témoin à Civita-Veccliia, le debarquement de nos troupes, l'accueil amical des aulorités, de la troupe et de la population tout entière. Nous nous sommes ensuite efforcés de convaincre M. Mazzini, qui avait dans la discussion le rôle princiiml, des avantages qu’il y avait pour Rome à suivre l'exemple de Civila-Vecchia et de l'inutilité d'imc résistance à laquelle la population ne s’associerait pas, mais qui pouvait donner aux anarebistes une occasion de trouble et d’excès déplorables. Nous avons insisté de nouveau sur le caractère libéral et national de l’inlerventioii , sur l’immense service qu’elle rendait à l’Etat romain en prévenant l’invasion napolitaine, en empêchant l’influence de l’Autriche d’y doinincr coimnc par le passé, sur les garanties qu’on stipulerait certainement en faveur d'un régime constitutionnel, sur le désir même de la France de laisser la question intérieure se résoudre par l’expression spontanée du vu'u des populations; mais en vain. M. Mazzini ne s’est point rendu. Nous parlions à un homme qui a pris son parti, et qui remplira son rôle jusqu’au bout, cofite que coiite. La conclusion a été qu’il ferait part aujourd’hui même à l'Assemblée de noti'e communication et que, si le vote de la majorité des représentants était conforme à son opinion personnelle, la République romaine résisterait par tous les moyens et jusqu’à l’extrémité. L’Assemblée est réunie en ce moment et l'on y discute en comité secret la question posée par le triumvirat.
Deux motions ont été faites : la première, appuyée par le liiumvirat et la partie la plus exaltée de l'Assemblée, propose d'adopter, dès ce moment, tous les jnoyens de résistance par la force ; l’autre demande que les Français soient accueillis en frères, en amis, mais à la condition qu’il soit bien reconnu (|ue la France ne veut pas imposer au pays une forme quelconque de gouvernement. J'attends le résultat du vote, et j’es père vous le transmeltre en post-scriptum.
Une assez grande agitation régne aux alentours de l'Assemblée. Le peuple est impatient de connaitre les décisions qui seront prises. Le P. Ventura, que son caractère de prêtre, scs l'onvictions libérales et scs liaisons avec un grand nombre de
reprêsenlanls leiulenl Irès-proprc au rôle de conciliateur, a été trouver de ma part M. Sturbiiielli, ruii des personnages les plus influents du parti démocratique modéré et l’un des plus importants, puisqu’il est à la fois général de la garde civique et chef de la municipalité romaine. M. .Sturbinetti, interrogé sur les dispositions de la garde civique, a répété au P. Ventura ce qu’il a déclaré aux ti iumvirs eux-mêmes, que la garde civique s'ahstenaü absolument dans la question de l'intervention française; quelle ne prendrait part à aucune tentative de résistance; quelle se bornerait à maintenir dans l'intérieur de Home l'ordre public, et à réprimer tout excès de réaction et toutes violences. Les dispositions du corps des carabiniers sont les mêmes. Ils sont même pour la plupart favorables au retour du* Pape et tiennent en poche sa cocarde, n’attendant qu’une occasion pour la produire.
En résumé, mon général, la résistance que Mazzini et son parti peuvent tenter ne s'appuie que sur trois ou quatre eents étrangers et les énergurnènes du cercle populaire. 1,0 population ne les secondera pas dans leurs efforts désespérés ; mai.s, timide par nature, elle ne se livrera aux manifestations, que nous nous efforçons de provoquer, qu’alors qu'elle apprendra que vous marchez sur Home. Ce parti (pie vous propose le colonel Leblanc me paraît le plus propre à nous faire atteindre notre but. C'est aussi mon opinion, et je vous la soumets. Il me semble que vous devriez vous faire précéder d’une nouvelle proclamation adressée aux Romains, et dans laquelle les termes qui peuvent blesser leur amour-propre ti cs-irritable, seraient évités avec soin. 11 faudrait aussi, potir quelle produisit tout son effet, insister sur le but de notre intervention, qui est de prévenir celle des Autrichiens et de Naples, parler de garanties, etc., etc.
Veuillez agréer, mon général, l’assurance de ma très-haute considération.
N. Forbin-J.\ksos.
P. S. L’Assemblée vient de décider qu’on se battrait à outrance. Des ordres ont été donnés dans ce sens. Ils fortitient
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la position du Monte Mario, près de Home. Ils y ont di.v-neul' pièces de canon. Us ont mis en réquisition 4ous les chevaux. Des barricades ont été construites à la jiorte Cavallegieri et à celle de .Saint-Pancrace. Mais, je le répôle, tout cela est pour la forme, et ces velléités de résistance se dissiperont à mesure que vous approcherez. Je dois ajouter, mon général, que la sécurité des nationaux et des établissements français est fort intéressée à votre prompte arrivée.
.\MB.\SS.\DE DE FIt.VXCE A HOME
Uoiiie, 2ü avril ISt'J.
.Mon général,
L'Assemblée romaine et le triumvirat semblent frappés de vertige. Voici de quelle manière les triumvirs portent à ma connaissance les déterminations prises dans la séance de ce jour :
« L’Assemblée vient de décider à runanimité en ces termes ; Stii' l’erposé que le triumvirat nous a fait, nous confions au triumvirat la rnissmi^de sauver la Uépiiblique et de repousser la force par la force. En vous donnant connaissance de celte décision, nous regrettons vivement que l'envahissement soudain et avec tous les caractères d'une liostiLté non pi'ovoquée, opérée par le général français sur notre territoire, empêche temporairement la conciliation qu’une initiative plus pacifique aurait pu amener. C’est avec une vraie douleur que nous nous trouvons forcés à une collision conire la France, qiie nous aimons et dont nous apprécions l’amitié. Agréez, etc. Le thicmviiiat. »
Voilà comme ces messieurs répondent à nos ménagements, à nos assurances et aux efforts que nous faisons pour ménager leur amour-propre.
Conforménrent à cette décision, l’on fait quelques préparatifs de défense. Des barricades sont construites aux portes Cavallegieri, P.ortèse, Saint-Pancrace et Angelica. Les troupes
romaines se incttronl demain matin en campagne. I.e ministre de la guerre Avezzana les commandera. Huit mille rations de vivres ont été commandées.
Les troupes consistent en :
1,000 lionnnes
. Infanterie, sapeurs.
colonel Amadei.
-- ligne.
» DE DasQUAIIS.