I.ETTHE DE M. ODILOiN BARROT Aü GÉHÉRAI, Ol'DINOT
Général,
J’ai enfin pu réunir ceux de mes anciens collègues qui se trouvent à Paris, et leur ai soumis les questions que vous me faites l’honneur de m’adresser dans votre lettre du 12 de ce mois.
Leur réponse unanime est que les mesures auxquelles siréférent ces questions ayant été toutes délibérées en conseil et les régies les plus élémentaires de gouvernement leur prescrivant la réserve la plus absolue à l’egard de ces délibérations, ils manqueraient à un devoir de haute convenance gou- / verneincntale s’ils sortaient de cette réserve. Il est bien vrai que, dans un document olliciel, le décret portant nomination du maréchal Vaillant, le chef de l’État a cru devoir porter à la connaissance du public des ordres qui devaient rester secrets jusqu’au jour où l’éventualité pour laquelle ils avaient élé donnés viendrait à se réaliser. Mais nous ne nous croyons pas pour cela relevés du devoir de discrétion qui nous est imposé sur tous les autres points de nos délibérations.
Quant à ce fait des lettres de commandement données au général Vaillant, il résulte du fait lui-même qu’elles étaient conditionnelles, et que si ce général n’a pas pris le cominan-
Ai8
doiiient de l’armée, c’est que la condition pour laquelle il lui avait été éventuellement donné ne s’est pas réalisée. La mission du général Bedeau a été rendue publique, et il est de notoriété que cette mission avait été déterminée par la nécessité impérieuse faite au gouvernement de presser la prise de Rome; événement qui s’est heureusement accompli avant que le général ait quitté la Fi ance
A cette réponse officielle et par conséquent réservée, je suis heureux de joindre l’expression de mes senliments personnels, et de pouvoir rendre ce témoignage que dans toute.s les circonstances de votre vie publique, — et il en est de trèsgrandes dans lesquelles nous nous sommes rencontrés, le 24 février, l’expédition de Rome, et le 2 décembre, — vous vous êtes montré essentiellement homme du devoir, sacrifiant toute considération personnelle aux intérêts du pays comme aussi aux lois de la morale et de l’honneur. Quand on mérite à un aussi haut degré que vous, général, un tel témoignage de tous les gens de bien, on peut y puiser de'nobles consolations et une légitime fierté.
Recevez, général, l’assurance de ma haute considération.
Odilox BAiinoT,
Ancien président du conseil des ministres
( Page tlS. )
ÜLTIM.UÜM ADRESSÉ PAR M. DF. I.ESSEPS AU TRIUMVIRAT ET CONSE.^Tl PAR LE GÉNÉRAI. OUDIKOT.
20 mai I8i0.
Article premier. L’armée française, dont la loyauté, la valeur et l’énergie sont plus que jamais l’objet de la svmpatliie
• Vulr. page 270. la noie du J/eiiilei/r du 12 juillet 1840.
(1^ populations, fera demain son entrée dans la ville de Rome. Elle y sera accueillie fralernelleracnt. Elle y occupera les positions militaires qu’elle jugera convenables, notamment le monte Pincio, le fort Saint-.\nge et le monte Gianicolo. Les portes qui avoisinent les positions occupées par les troupes françaises seront gardées par elles.
Art. 2. Toutes les communications avec Rome qui sont en ce moment interceptées par l'armée française redeviendront libres.
Les positions défensives établies dans l’intérieur de la ville, iT ayant plus d'objet, disparaîtront et la circulation sera rendue parfaitement libre.
Art. 5. Le pouvoir exécutif actuel cesse dès aujourd'hui ses fonctions. 11 sera remplacé par un gouvernement provisoire des citoyens, originaires des États romains, qui seront désignés par l’Assemblée nationale.
Art. 4. Les populations romaines seront, dans le délai de deux mois, appelées à faire connaître librement leurs vœu.v sur la forme du gouvernement et sur les garanties à consacrer en faveur du catliolicisme et de la papauté.
.vote DD GÉNÉRAL EN CHEF AUX AUTORITÉS ROUAINES, DÉCLARANT QDE LES HOSTILITÉS COMMENCERONT AU DODT DE VINGT-QUATRE HEURES SI l’ultimatum DU 20 n’est pas accepté IMMÉDIATEMENT.
L’ultimatum, sous la date du 29 mai, présenté par M. de Lesseps, ministre plénipotentiaire de France, a été inspiré et rédigé par de profondes sympatliies pour les populations romaines.
Le général en chef soussigné, plein de sollicitude aussi poulies États romains, et associé à la pensée du négociateur français, désire très-vivement que cet ultimatum soit enfin accepté par le triumvirat et par les autres autorités romaines. Si, contre toute probabilité, les intentions de la France étaient de
nouveau méconnues, le commandant en chef, en présence d’une situation toute nouvelle et lorsque deux armées étrangères occupent le territoire romain, se verrait, malgré ses sympathies, dans l’obligation impérieuse de mettre fm à la cessation des hostilités.
Dans le cas où, vingt-quatre heures après cette déclaration, Uultimatuin ne serait point accepté, l’armée française reprendrait toute sa liberté d’action. La trêve qui avait été consentie verbalement et pour un temps très-limité cesserait alors d’avoir son effet.
l'I.TlHATUH UODIFlé PAU H. DE LESSEPS, ACCEPTÉ PAIl I.’aSSEMBLÉi: BOM.VIÎIE, ET REPOUSSÉ PAR I.E GÉNÉRAL OtDI.NOT.
51 mai.
Monsieur,
Voici le lêsullatde la longue discussion de l’Assemblée.
Art. premier. L'appui de la France est assuré aux populations des États romains. Elles considèrent l’armée française comme une armée amie qui vient concourir à la défense de leur territoire.
Art. 2. D’accord avec le gouvernement romain et sans s’immiscer en l'ien dans l’administration du pays, l’armée française prendra les cantonnements extérieurs convenables, tant pour la défense du pays que pour la salubrité des troupes.
Les communications seront libres.
Art. 3. La République française garantit contre toute invasion étrangère les territoires occupés par ses troupes.
Art. 4. Il est entendu que le présent arrangement devra être soumis à la ratification de la République française.
Art. 5. En aucun cas, les effets du présent arrangement ne pourront cesser que quinze jours après la cominun cation oDiciclle de la non-ratification.
I.E CÉi>ÉRAL E^ CHEF DÉCLAnF. AFX TRIUMVIRS LA REPRISE DES HOSTILITÉS.