‹ L'expédition de Rome en 1849, avec pièces justificatives et documents inéditsChapitre 21 sur 33 · AD GÉNÉRAL ODDINOT DE REGGIO · texte numérisé non relu

AD GÉNÉRAL ODDINOT DE REGGIO

Paris, 29 mai 1849.

Général, vous connaissez la pensée bienveillante qui a présidé à l'expédition dont le commandement vous a été confié. Un mouvement dans lequel il nous a été et il nous est encore impossible de reconnaître l'oeuvre de la majorité des populations romaines avait renversé l’autorité du Saint-Père. Le gouvernement sorti de cette catastrophe ne se soutenait que par l'appui d’un certain nombre d’étrangers audacieux, par l'emploi de moyens de compression et de terreur et aussi par la crainte que sa chute ne fût le signal du retour des abus de l’ancien régime, presque aussi odieux au peuple romain que l’anarchie dont il est aujourd'hui victime. La prolongation d’un tel étal de choses n’aurait pas eu seulement pour effet d’imposer à ce peuple d’intolérables souffrances et d’ôter au chef de l’Église catholique l’indépendance nécessaire à l’accomplissement efficace de sa sainte mission. Dans un avenir plus ou moins rapproché, mais certain, elle ne pouvait manquer d’amener une intervention étrangère également menaçante pour l’indépendance de l’Italie centrale et pour l’équilibre européen, et qui, suivant toute apparence, eut abouti à une réaction déplorable contre l’esprit de réforme et de progrès dont le développement

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assuré, mais contenu, peut seul assurer la paix des États de l’Église. Éviter d’aussi funestes résultats en nous interposant pour ménager une transaction fondée sur le double but du rétablissement de l’autorité régulière et de garanties efficaces en faveur des intérêts réels des populations, tel était le but que nous nous étions proposé. Nos intentions ont été méconnues, ou plutôt, les hommes dont elles contrariaient les passions égoïstes, les aventuriers étrangers que raccomplissement de notre entreprise, en sauvant Home des plus grands malheurs, eut fait rentrer dans l’impuissance et dans la nullité, sont parvenus, à force d’artifices et de déceptions, à en empêcher le succès immédiat. Aux portes mêmes de Home, où de trompeuses démonstrations semblaient vous promettre un accueil amical, nos braves soldats, qui s’avançaient sans défiance, sont tombés dans une sorte de guet-apens qui a coûté la vie à un certain nombre d’entre eux. Dans notre sincère désir de conciliation, nous avons imposé silence au sentiment d’indignation et de douleur qui appelait une réparation éclatante. On nous protestait que ce qui venait de se passer n’était que l'effet d’un malentendu, on se montrait disposé à négocier. Nous avons encore consenti à entrer dans cette voie. M. de Lesseps s’est rendu à Home. Vous savez à quel point il a poussé l’esprit de condescendance. Des propositions telles que le gouvernement de la République n’aurait pu les sanctionner parce qu’elles ne tenaient pas suffisamment compte de l’autorité du Saint-Siège, constamment reconnue par nous, et des nécessités de la politique générale ont été présentées au triumvirat et à l’assemblée investie à Rome de l’exercice du pouvoir. On devait croire qu’elles seraient acceptées. Cependant, après avoir feint un moment de les prendre en sérieuse considération, on les a rejetées par un vote qui dit assez (piel accueil eût rencontré un piojet d’accommodement établi sur des bases vraiment pratiques. On a joint, il est vrai, à ce refus la proposition dérisoire de poursuivre la négociation ; mais de tout ce qui s’est passé il ressort bien évidemment que le seul but qu’on ait eu en vue c’est de gagner du temps, de fatiguer notre patience, d’affaiblir, s’il est possible, la force morale

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de notre année, en travaillant par des provocations lioureuseinent aussi impuissantes que multipliées à égarer son patriotisme et son amour de la liberté, enfin d’atteindre ainsi la saison déjà prochaine où nos soldats ne pourraient plus, sans danger pour leur santé, continuer à camper sur la portion du territoire romain qu’ils occupent depuis un mois.

Le gonvertiement de la République manquerait à tous ses devoirs si, se prêtant à de nouvelles temporisations, il favorisait le succès de CCS manœuvres machiavéliques. Nous avons épuisé les moyens de conciliation ; le moment est venu où, de toute nécessité, il finit agir avec vigueur ou renoncer à une entreprise pour la(|uelle a coulé le sang des enfants de la France, à une entreprise où, par conséquent, notre honneur est engagé, aussi bien que nos plus grands intérêts de politique extérieure. Dans une telle alternative, l'hésitation n’est pas possible; il importe donc, général, que, sans perdre un instant, vous vous dirigiez sur Rome avec les forces imposantes en ce moment réunies sous votre commandement, et que vous y preniez position en dépit de toutes les résislances. Telle est la volonté du gouvernement de la République, dont j’ai été chargé de vous transmettre l’expression.

Je n’ai pas besoin de vous dire qu 'aujourd’hui, pas plus qu’au moment de votre départ pour l’IIalie, ce n’est pas le despotisme que nous voulons apporter à Rome. Des institutions sérieuses fondées sur le .principe de la sécularisation des fonctions administratives, sur la discussion libre des intérêts publics par les hommes les plus compétents sont, nous en avons la certitude, dans les intentions du Saint-Père, et c’est poiii' cela que nous appelons de tous nos vœux un arrangement qui lui permette de reprendre l'exercice de son autorité. J’envoie par le télégraphe à M. de Lesseps l’avis que sa mission est terminée et l’invitalion de se rendre en France. C'est désormais avec MM. d'Harcourt et de Rayneval, auxquels j'écris aujourd'hui même, que vous aurez à vous concerter pour tout ce qui se rapporte à l'objet politique de votre mission.

.\gréez, etc.

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