‹ L'expédition de Rome en 1849, avec pièces justificatives et documents inéditsChapitre 22 sur 33 · I.K Ml.MSinE DES AEK.MnES ÉriUSGÈRES · texte numérisé non relu

I.K Ml.MSinE DES AEK.MnES ÉriUSGÈRES

(Face >••.)

«APPORT DU CONSEIL d’ÉTAT AU mÉSIPENT DK I.A RÉPUBLIQUE, CONCER- NANT LA MISSION DE H. DE LESSEPS.

L’article 99 de la Constitution porte :

« L’Assemblée nationale et le Président de la llépublique peuvent, dans tous les cas, déférer l’examen des actes de tout lonctioniiaire, autre que le Président de la République, au conseil d’Ktat, dont le rapport est rendu public. »

Le rapport suivant, adopté par le conseil d’Élat, dans les séances des 6 et 8 août, est publié en exécution de cet article :

« Monsieur le président,

« En exécution de l’article 99 de la Constitution, vous avez « déféré au conseil d’Étal l’examen des acies de M. de Lesseps ^ « relatifs à la mission qui lui a été conPiée en Italie » au mois de mai dernier ; le conseil d’État s’est livré à l’étude approfondie de celte grave affaire. Tous les documents mis à sa disposition par le gouvernement ont été étudiés avec soin, tous les renseignements ont été recueillis. M. de Lesseps, qui avait déjà cru devoir publier un mémoire, a été entendu par la scclion de législation. Après ces longues et consciencieuses recherches, le conseil d’État a l’honneur de vous présenter son rapport.

« M. de Lesseps a été envoyé en Italie le 8 mai, le lendemain <Ui vote de l’Assemblée nationale qui exprimait le voeu « que il l’expédition d’Italie ne fût pas plus longtemps détournée de il son but. » Provoqué par la résistance inattendue que nos troupes avaient éprouvée le oO avril, au moment où elles s’étaient présentées devant Rome, ce vote imposait des devoirs au gouvernement. L’Assemblée ne lui demandait ni de reconnaître, ni de défendre la république romaine ; elle n’entendait

l'IÈCES JUSTIFICATIVES.

pns non plus que nos troupes se retirassent. Sa coininission, par l’organe de son rapporteur, avait déclare vouloir laisser au ministère toute la liberté dont il avait besoin « pour ce « qu’exigeraient la dignité de nos armes et l’honneur de la « France. » Le gouvernement trouva dans la l'ésolulion do rAssenibléc une invitation pressante de ne recourir é la force des armes que quand toutes les tentatives de conciliation auraient échoué, et jugea nécessaire d’envoyer un agent chargé d’une mission de paix; M. de Lesseps fut choisi.

U Des questions délicates étaient engagées dans cotte mission :

« D’une part, le gouvernement n’avait pas reconnu la république romaine; le nonce du Pape était resté à Paris avec son caractère officiel. Les envoyés des triumvirs n’avaient pas été reçus. Le gouvernement ne voyait, dans les pouvoirs qui dominaient Rome, que des pouvoirs de fait, avec lesquels la nécessité obligeait peut-être à traiter, mais qui étaient dépourvus de tout caractère légal; à ses yeux, la république romaine était le produit de la violence et de la surprise ; elle ne se maintenait que par la terreur qu’insjiiraient des bandes d’étrangers, accourus de tous les points de l’Europe et des autres Étals d’Italie pour la proclamer ou la défendre. Elle n’était point reconnue par les puissances. L’Aulriche et Naples avaient envoyé des troupes pour la combattre. Le gouvernement ne pouvait lui prêter appui dans la personne des hommes qui gouvernaient en son nom.

« D’un autre côté, des conférences diplomatiques étaient ouvertes à Gaëte auprès du Saint-Père. La France y était, représentée par MM. d’Harcourt et de Rayneval ; elle y plaidait la cause de la liberté italienne ; elle avait à y lutter contre des tendances qu’elle ne pouvait vaincre que par la franchise de son langage et la droiture de sa politique.

« Il fallait donc que l’agcnl envoyé à Rome pour y négocier un arrangement tint un grand compte de cette double difficulté.

« C’est ce que les instructions données à M. de Lesseps signalaient à son attention.

« On y indique le double but de sa mission.

(I Elle tend d'abord à « soustraire les États de l’Église à l a- II iiari'hie qui les désole. » M. de Lesséps, tout eu étant chargé d’entrer « ou arrangement aveç les liommes investis en ce Il moment du pouvoir, doit s’abstenir de tout ce qui pourrait « leur faire croire que nous les considérons comme un gou- (I vernement régulier, ou leur prêter une force morale dont Il ils ont été dépourvus jusqu’à présenl. Il ne peut passer avec Il eux que des arrangements partiels. »

« La mission tend, en second lieu, à « empêcher que le ré- II tablissement d’un pouvoir régulier à Rome y soit compromis « dans l’avenir par une aveugle réaction. » Il faut, « en pré- II venant le développement de l’intervention exercée par d’au- II très puissances , animées de sentiments moins modérés , Il conserver plus de place à notre influence particulière et di- H recte. » Il faut, en outre, ii éviter toute parole, toute stipu- II lation propre à éveiller les susceptibilités du Saint-Siège cl Il de la conférence de Gaéte, trop portés à croire que nous Il sommes disposés à faire bon marché de l’autorité et des in- « térêLs de la cour de Rome. » l’our atteindre ces résultats, il est prescrit à l’envoyé de « se concerter avec MM. d’ilarcouri Il et de Rayneval, sur tout ce qui aura quelque gravité, sur Il tout ce qui n’exigera pas une solution absolument immédiate.»

Il Ces in.structions étaient formelles. Si elles n’entraient pas dans le détail de tout ce que M. de Lesseps pourrait faire, elles lui désignaient nettement , selon leurs propres termes , les l'Cueils qu’il devait éviter. Pour les compléter, on lui transmit, le lendemain même, celles qui étaient adressées à nos ministres à Gaéte.

(I II savait d’ailleurs que le gouvernement était toujours résolu à recourir aux armes si les essais d’arrangement restaient sans succès; une dépêche télégraphique, adre.ssée le 10 mai au général Oudinot, et également communiquée à M. de Lesseps, se terminait par ces mots,: « Tâchez d’entrer à Rome « d’accord avec les habitants; ou, si vous êtes contraint d’al- ( taquer, que ce soit avec les chances de succès les plus posi- « tives. »

ni'r.KS JUSTIFICATIVES.

a Ainsi essayer d’enlivr à Rnine d’accord avec les habitants, sans recoiiiuiitre les anloritês romaines, sans inquiéter la c.mr de Gaële, et sans mettre en question scs droits; prévoir l’éventualité d'une at'aqne et n’en point coinprometirc les chances : tel était l’objet de la mission de M. de Lesseps.

« Aucune incertitude ne peut s’élever à cet égard ; les termes de l’instruction sont l'orinels. Les débats de la séance de l'Assemblée nationale du 7 mai ne contiennent rien qui les infirme. Ces débats, d'ailleurs, M. de Lesseps ne pourrait en aucun cas s’en prévaloir contre l.n lettre de ses instructions, seule base de l’examen de sa conduite , les instructions d’un agent du gouvernement ne peuvent jamais être altéimées, étendues, modifiées à l'aide de circonstances étrangères ou de commentaires extérieurs qui n’en font point partie ; toutes les régies de la Iiiérarcbie et de la responsabilité seraient confondues si ce principe n’était pas rigoureusement suivi, et le conseil d’Êtat manquerait à son devoir s’il ne s’en montrait pas le sévère oLservateur.

« Comment M. de Lesseps s’est-il conforrhé à ses insiruo tions? C’est ce que le conseil d’Étal s’est étudié à rechercher.

« Le premier soin de M. de Lesseps, à son arrivée à Rome, le 10 mai, a élé de prononcer, d'accord avec le généi'al Oudinot, la suspension des hostilités. Il ne pouvait négocier, sans donner ce gage de ses intentions pacifiques ; cependant, notre armée se montrait impatiente d’obtenir réparation de la surprise du 50 avril. La saison des fièvres approchait et menaçait nos caijtoimements ; les Autrichiens ôtaient en marche, les troupes napolitaines avaient franchi les frontières. On annonçait une expédition espagnole. Il fallait donc que la suspension des hostilités ne se prolongeAt pas au delà du délai nécessaire à la négociation, et qu’elle cessât aussitôt qu’une solution pacifique ne pourrait plus être espérée.

<( Il ne paraît pas que M. de Lesseps se soit suffisainment pénétré de ce besoin.

« Eu effet, le 19 mai, après un premier essai d’arrangement, suivi d’un refus des triumvirs, M. de Lesseps et M. le général Oudinot s’étaient crus autorisés à signer une déclaration de

MKCES JUSTIFICATIVES. 459

rupture; au lieu de la notifier sur-le-champ, M. de Lessepa attendit trois jours, et y ajouta ensuite de son chef la promesse de notifier, huit jours à l’avance, la reprise des hoslilités; il substitua ainsi un délai indéfini à un terme fixé, et ouvrit aux temporisations dos Romains une carrière où ils se sont empressés de se jeter.

« Ce ii’ost que dix jours après, le 29, qu’il se prêta à un nouvel ultimatum; il perdit ainsi en démarches sans résultat un temps qui devenait chaque jour plus précieux.

(I Enfin, quand il signa le traité du ol mai, dont il sera <juestion plus tard, il consentit encore à un dernier délai de (|uin/e jours après la non-ratification.

(I Ainsi, au lieu de presser la solution, il l’ajournait; au lieu de hâter le moment où notre armée retrouvait sa liberlé d'action, il le retardait.

« 11 espérait arriver à un arrangement ; on lui prodiguait des promesses auxquelles il croyait; sa conliance était excessive; aucune circonslance ne donne lieu de suspectèr scs intentions, mais révcnement a prouvé qu’il nejugeail bien ni la situation ni les hommes avec lesquels il traitait.

« C’est sur le caractère cl la nature des négociations même qu'ont dù se porter principalement cl que .s’est porté en effet l’examen du conseil d’Etat.

« Le rapprochement des documents produits a mis en lumière un fait qu’il importe de constater. A son arrivée à Rome, ([uand M. de Lesseps était encore pénétré de ses instructions, des conversations ([u’il avait eues en France avec les ministres et des impressions do la séance de l’Assemblée nationale du 7 mai, il se montrait, dans la forme au moins, fidèle à ses instructions. Bientôt il se heurte contre les écueils qu’il lui était ordonné d’éviter; plus sa mission se prolonge, plus il semble oublier ses instructions; une fois sorti de la ligne qui lui était tracée, il s’en écarte tous les jours davantage. Chaque déviation en amène une autre; toutes ses préoccupations se concentrent sur Rome; sa pensée ne se reporte plus, ni sur le gouvernement, dont il est l’agent, ni sur Gaëte, dont il doit faciliter les négociations. On est autorisé à conclure de ce rap-

prochemcnt que ce n’est pas pour ramoner scs instructions à leur but primitif qu’il a successivement modifié sa conduite, et que c’est à Rome qu’il a été entraîné par des influences auxquelles il n’a pas su résister.

- « L’examen du conseil d'État a constaté que M. de Lesseps a e.\pressénient contrevenu à ses instructions en trois points principaux ;

« Premièrement, il ne s’est pas borné à traiter avec les autoiités romaines comme pouvoir de fait; il s’est prêté à des actes qui leur donnaient la force morale qu’il lui élait interdit de leur accorder.

« En second lieu, il s’est mis en désaccord formel avec MM. d’Harcourt et de Hayneval sur les questions les plus fondamentales, quand ses instructions lui ordonnaient de se concerter avec eux sur tout ce qui aurait quelque gravité.

« Enliii, il n’était autorisé à faire que des arrangements pailiels; la solution générale et définitive des afl'aires de Home ne lui était pas remise ; il n’avait à s’occuper que de ce qui concernait l’entrée à Home et des conventions spéciales propres à obtenir cette entrée.

« Or, il s’est saisi de la question tout entière, et a pris sur lui de la résoudre seul ; c’est ce qui résulte des stipulations insérées dans ses divers projets d’arrangements. Il n’en est pas un qui ne contienne quelque stipulation étrangère à l’objet défini de sa mission.

« Dans le premier, il propose de maintenir un gouvernement provisoire « jusqu’au moment où les poi)ulations romaines,

« appelées à faire connaître leurs vœux, se seront prononcée.s « sur la forme du gouvernement ([ui devra les régir, et sur les <1 garanties à consacrer en faveur du catholicisme et de la B papauté. »

« Dans le second projet, il insère une clause portant que B les populations romaines ont le droit de se prononcer libre- B ment sur la forme du gouvernement. »

B 11 ajoute que b les autorités romaines fonctionneront sui- « vaut leurs attributions légales. »

B Plus lard, il envoie aux triumvirs la proposition de dé-

HÈCES JUSTIFICATIVES. 4«1

darer que « la République française garantit contre toute in- « vasion étrangère le territoire occupé par nos troupes. »

« Quelques-unes de ces stipulations étaient conformes à la pensée du gouvernement français ; mais d’autres y étaient directement contraires, et aucune ne rentrait dans les termes d’un arrangement partiel, car elles impliquent toutes une solution générale.

« L’acte par lequel M. de Lesseps a terminé sa mission est le plus répréhensible de tous. .

« En la forme, il est conçu en violation formelle des instructions, non-seulement sans un concert préalable établi avec MM. d’Harcourt et de Rayneval, mais contre leurs protestations réitérées, contre la volonté expresse de M. le général Oudinot, avec lequel M . de Lesseps était tenu d’entretenir des rapports intimes et confiants.

« Au fond, ce traité, qui reproduit les principales dispositions des anciens projets et en ajoute d’autres, contient des stipulations dont la lecture suffirait presque pour en faire apprécier la gravité.

• L’.vbt. 1" est ainsi conçu : « L’appui de la France est as- (I suré aux populations des États romains. Elles considèrent U l’armée française comme une armée amie qui vient con- « courir à la défende de leur territoire. »

« Cet article stipule en propres termes une alliance défensive.

« 11 met les forces delà France à la disposition des Romains.

« Cet engagement est pris quand les troupes de l’Autriche, de l’Espagne et de Naples sont à quelques marches seulement.

'( Anr. 2. D’accord avec le gouvernement romain, et sans « s’immiscer en rien dans l’administration du pays, l’armée Il française prendra les cantonnements extérieurs convenables K tant pour la défense du pays que pour la salubrité des Il troupes ; les cotnmunications seront libres. »

(( Col article contient deux dispositions distinctes ;

« 1“ Il reconnait la République romaine, bien qu’elle ne soit pas nommée, en reconnaissant le gouvernement qui la repré-

sente et qui stipule pour elle, et en lui maintenant l'adiiiinislration du pays.

# Cette reconnaissance est accordée quand le gouvernement français, à Paris et à Gaëte, s’est prononcé dans un sens directeineiit opposé; elle expose sa politique au reproche de duplicité et de trahison.

2* Il ferme à la France l'entrée de Rome, en ne lui réservant que des cantonnements extérieurs.

« La mission tendait é obtenir que Rome ouvrit sans combats ses portes à la France. M. de Lesseps le savait: la dépêche télégraphique du 10 mai ne pouvait lui laisser aucun doute. L’entrée de Rome était pour le gouvernement, pour le maintien de riiilluenci! française en Italie, pour notre honneur militaire après l’affaire du 50 avril, une condition nécessaire et à laquelle notre envoyé ne pouvait renoncer en aucun cas ni sous aucun pi étexte.

« Aht. 3. La République française garantit contre toute in- « vasion étrangère le territoire occupé par ses troupes. »

« Ou cette déclaration est puérile, si elle n’est injurieuse pour notre année, en stipulant que la France ne se laissera pas expulser des lieux qu’elle occupe, ou elle engage la question même de la paix ou de la guerre.

« M. de Lesseps ne pouvait lui donner que cette dernière signification, quand il la proposait pour la première fois dans sa lettre du 24 mai aux triumvirs. Il déclarait i ne pas craindre (I de compromettre sa responsabilité et son avenir. • Le 50 mai, il tenait, dans une lelire à M. le général Oudinot, un langage qui laisse voir que, dans sa pensée, la guerre pouvait sortir de cette clause.

« Art. 4. Il est entendu que le présent arrangement devra « être soumis à la ratification de la République française.

« Art. 5. Fn aucun cas, les effets du présent arrangement ne U pourront cesser que quinze jours après' la communication « officielle de la non-ratification. »

(I Ce délai, dont il a déjà été parlé, en y ajoutant le temps nécessaire pour avoir la réponse du gouvernement français, |)rolongeait d'un mois environ l’inaction de notre armée; ilesl

IMtCKS Jl STIFICATIVKS.

accoi dé quand l’armée va être exposée aux ardeurs d’un été brûlant, quand Bologne est prise, Ancône menacée, cl quand l’intervention étrangère, dont M. de F.esseps était chargé de prévenir le développement, peut recevoir une nouvelle activité du traité môme sur lequel le gouvernement français va être appelé à prononcer.

« Le conseil d’État ne peut qualifier trop sévèrement ces conventions. Leur moindre défaut est d’avoir été signées par M. de l.esseps contre ses instructions, contre la résistance de tous ceux dont le concour.s lui était imposé.

« Interrogé sur les motifs qui l’avaient porté à les conclure, M. de Lesseps a répondu que son seul but était d’empêcher' le général Oudinot d'attaquer Rome ; qu'il voulait avoir le temps de connaître les dernières résolutions du gouvernement français, lequel était toujours en droit de ne point ratifier.

« M. de Lesseps tient trop peu de compte d’une signature apposée par un représentant de la France au bas d’un traité. Sans doute que le gouvernement a toujours le droit de refuser sa ratification, mais un tel refus est une résolution qui peut avoir des conséquences graves L’agent qui signe un traité avec la prévision (jue la ratification sera refusée commet une faute; il reconnaît implicitement à l’avance que ses instructions ou la politique du gouvernement ne l’y autorisent point. Simple mandataire, il se met en opposition avec ,celui dont il tient son mandat. Il crée des difiicultés au gouvernement, qu'il expose au reproche de faiblesse ou de timidité, si la convention provoiiue des méconlentemenls au dehors.

« Tel est, monsieur le Frésident, L* résultat de l’examen auquel le conseil d’État s’est livré.

« Deux faits principaux ont été constatés par cet examen.

« I” L’opposition absolue entre les instructions de M. de Lesseps et l’a|iplication qu’il eu a faite ;

(I 2" l.a signature d'uue convention dont les stipulations sont contraii'cs aux intérêts delà Franco et à sa dignité.

« Le conseil d’Élat rcconnait que M. de Lesseps peut invoquer, pour atténuer ses torts, la difficulté des circonstances, la gravité des (pieslious à résoudre, le dévouement qui lui a

4(i4 PIÈCKS JLSTIFICATIVES.

fait accepter une mission à laquelle il n'était point préparé, et dont il n'avait pas eu le loisir d'approfondir fontes les complications, enfin sa bonne foi, qu'aucun élément de l'affaire n'a donné lieu de révoquer en doute.

a Mais, en faisant cetic part aux considérations pcrson* nelles, le conseil d'État manquerait à sa mission si, au nom des règles de gouvernement dont il est le dépositaire et le gardien, il ne proclamait pas hautement le devoir étroit qui pèse sur tous les serviteurs de l'État de se renfermér dans les pouvoirs dont ils sont investis, d'obéir scrupuleusement aux instructions qu'ils reçoivent, et la sérieuse responsabilité qu'encourent ceux qui, représentant la France à l'étranger, osent engager sa parole contre sa volonté connue, dans des arrangements qui peuvent compromettre son honneur et la paix du monde.

« Vivien, rapporteur.

k 11. Boulvy (de la Meurthe), président.!

( Mmiteur du 2'2 août 18i9.)

( Face as*. )

n.kPPUnT AU UINISTRE DE LA GUERRE SUR LA PRI.^E DU HONTE-UAJtlU.

Villa-Santucci, 31 mai 184'^.

En terminant ma lettre du 28 mai, j'ai eu l'honneur de vous annoncer que je vous envoyais un ultimatum adressé par M. de Lesseps au triumvirat.

Je m'associais volontiers aux dispositions principales de celte déclaralion, et je devais croire qu'elle serait immédiatement acceptée. 11 n’en a pas été ainsi. Les autorités romaines ont cru pouvoir produire de nouveaux moyens dilatoires M. de Lesseps m'a prévenu à minuit, le 30 de ce mois, en pré-

PIÈCES JUSTIFICATIVES. 4«r.

sence du chef d’escadrons Espivent , mon premier aide de camp, que vingt-quatre heures après l’avis qu’il m’en donnait, la trêve accordée aux Romains sur ses instances cesserait d’avoir son effet.

Fort de cette déclaration, j’ai pris immédiatement des mesures pour m’étahlir simultanément le 31 mai à trois heures du malin, d’une part, à Monte-Mario et à Ponte-Molle; d’autre part, aux villas Painfili et Corsini, et à l’église San Pancrazio.

Dans la situation actuelle, l’importance de ces deux opérations est trop évidente pour qu’il soit nécessaire d’en développer ici les motifs. Toutefois, vers neuf heures du soir, et lorsque nous étions si rapprochés du moment de l exéculion, un grand scrupule s’est élevé dans l’esprit de M. de Lesseps. Il n’avait pas signifié par écrit et d’une manière suffisamment précise, aux autorités romaines, la reprise des hostilités. Il craignait que cette lacune ne fil considérer une action militaire de l’armée française comme une surprise incompatible avec les règles du droit des gens.

Je devais ou ne pas donner suite à ces opérations, dont le succès était infaillible, ou révéler à l’armée impatiente d’agir des dissentiments qui auraient pu avoir de fâcheuses conséquences. Après une discussion sérieuse, je me suis résigné à suspendre l’exécution des mesures qui avaient été arrêtées avec tous les différents chefs de service dans un intérêt tout militaire et tout national. Les corps qui devaient s’emparer de |a villa Painfili, étant sous ma main, le contre-ordre a été promptement donné; pour arriver au bivac des troupes réunies à Aqua Traversa, une distance de cinq lieues était à parcourir pendant une nuit obscure. L’officier que j’ai envoyé sur ce point n’a pu arriver qu’à la pointe du jour ; nos soldats s’étaient déjà rendus maîtres de Monte-.Mario, qui d’ailleurs avait été abandonné par les troupes romaines. Nous nous fortifions sur ce point; il offre cet avantage de dominer le Vatican, le château Saint-Ange, et des remparts de la place le Tibre supérieur.

Vous le savez, monsieur le Ministre, nous touchons à cette éjioquc de l’année où les maladies forcent les Romains eux-

AOtî

mêmes à quitter la contrée que nous occupons. Cette circonstance, jointe au voisinage des troupes autrichiennes, napolitaines et espagnoles, ne permet pas de prolonger la trêve, qui, sur la demande réitérée de M. de Lesseps, a été consentie par moi depuis le 17 mai.

M. de Lesseps comprend enfin la nécessité de sortir du slatu quo qu’il a prolongé jusqu’à ce jour ; aussi s’est-il volontiei^ chargé de porter ce matin à Home la déclaration ci-jointe, dont le but est de mettre un terme à une situation qui ne saurait se prolonger sans danger. Il est parti pour Home, en grand uniforme. Si, contre son attente, il ne peut nous apporter une solution satisfaisante, il assurera au moins aux iialicnaux les moyens de quitter une ville où la modération de notre langage, la droiture de nos intentions sont méconnues par un pouvoir qui (pour me servir des expressions du ministre des affaires étrangères) ne se maintient à Home, contre le vmu de l’immense majorité des populations, que par l’audace d'un petit nombre d’étrangers.

Au retour de M. de Lesseps, j’aurai l’honneur de vous faire connaître exactement le résultat de ses dernières négociations.

tPoseasi.)

I.FTTHF. UU GÉNÉRAL OUDINOT AD GÉNÉRAI, AUTRICHIEN VVIMPIk.V. RELATIVEMENT AUX CANTONNEMENTS DES DEUX ARMÉES.

U juillet.

Général,

La ville de Rome est, vous le savez, au pouvoir de l’année française. Mes troupes y sont entrées à la suite de deux assauts, sans qu’aucune capitulation ait été faite, soit en faveur de la place, soit en faveur de l’armée. Les troupes romaines se trouvaient donc à ma disposition dans la place. Elles désiraient îilli r prendre des cantonnements avec leur artillerie sur des

PiKCES JUSTIFICATIVES.

■tC7

])oinl.s occfipés par nos troupes. Je m’y suis opposé. J’ai accepté la soumission des corps réguliers, qui m’ont demandé avec instance à servir le gouvernement qui succéderait au gouvernement déchu. J’ai accueilli cette demande; mais j’ai fait licencier la partie des troupes romaines qnin’a pas fait entière adliésion. J’ai également désarmé les soldats qui appartenaient à des corps étrangers aux Rtats romains. J’occupe avec des forces imposantes non-seulement la ville, mais encore Frascati. Tivoli, Âlbanu. Les caiitonncincnls sont insuflisanls Des considérations de plus d’une nature exigent que mes troupes soient cantonnées à Civita-Castellano , Viterbe et même Orvieto. J’aime A vous donner ces renseignements, parce que, si je suis bien informé, les troupes que vous commandez ne sont pas éloignées de ces garnisons. Nos deux armées, général, ont appris à s’estimer sur les champs de bataille, et, sans doute, il ne pourrait y avoir aucun inconvénient à ce qu’elles fussent sur le même territoire. Cependant, pour éviter tonte espèce de conflit, vous jugerez comme moi qu’il est nécessaire de n’avoir pas de cantonnements communs et de ne pas confondre nos actions. Je saisis avec d'autant plus de plaisir l’occasion de vous faire connaître mon avis à ce sujet, que je m’applaudis «l’une circonstance qui me permet de vous offrir, général, l'assurance de ma haute considération, etc.

(rase »4I.)

U TIBK KO GÉ.NKRAL VAILLANT AU HIMSTRL DE LA CUKIinE, SUR l.E CHOIX DU POINT d’attaque.

Au quirtier-gûnéral de Saiitucci, le 2 juin 1849. Monsieur le ministre.

Dès mon arrivée au quartier général, le 19 mai, j’ai eu l'honneur de vous faire <a)iinaître qu'aprés avoir mûrement

réfléchi sur les diverses combinaisons d’une altai|ue destinée à nous faire entrer dans Rome, je m’étais décidé pour le front qu’occupe la partie la plus avancée du Janicule, à l’est de l’église San Pancrazio. Ce front est celui que j’ai coté (6-7> au plan que je vous ai adressé.

Les raisons qui avaient motivé mon opinion, avant même mon arrivée ici, se sont corroborées de toutes les reconnaissances que j’ai faites ou fait faire depuis le 19 mai. C’est suice point, j’en ai la certitude, que l’ennemi s’attend le moins à une attaque ; c’est de ce côté que nous risquons le moins d’endommager les monuments publics , considération puissante quand il s’agit d'attaquer avec du canon une ville comme Rome, qui résume eu elle toute 1 histoire de la civilisation du monde.

J'espère que, en même temps que nous pénétrerons pai' le front (6-7), nous pourrons, la face gauche du bastion 9 étant détruite de loin, entrer sans obstacle par la porte San Pancrazio, et nous trouver ainsi derrière l’enceinte d’Aurélien, qui va de ladite porte au Tibre. Cette enceinte, je m’en suis assuré en m’introduisant dans Rome le 25 mai, a été rendue défensive par l'ennemi. En la tournant, comme je viens de l’expliquer, j’annule toutes les barricades et tous les retranchements préparés dans le Translevère en vue d’une attaque par la porte Portèse.

P. S. J’aurais dû vous dire que mes idées sur l’attaque de Rome, soumises une première fois, le 30 mai, à la discussion, en présence du général en chef, du général commandant l’artillerie, et des généraux commandant les divisions, ont été unanimement acceptées. Ce matin, un nouvel CNamen dn même projet parait avoir confirmé tout le monde dans l’opinion émise le 30 mai.

J’ai l'ait hier une reconnaissance sur le monte Mario, et j’ai lieu d’espérer qu’au moyen de quelques mesures que j’ai indiquées on pourra se rendre maitre de Ponte-Molle, et empêcher que l’ennemi, qui paraît avoir fait des dispositions pour faire sauter le pont, puisse mettre ses projets i exécution.

Digilized by GoogI

(Page S4S.)

RAPPORT DO GÉ.NÉHAL ODDINOT SUR LA PRISE DE LA VILLA PAMFILI LE 3 Juin.

Les négociations diplomatiques engagées par M. de Lesseps ont, vous le savez, ralenti, depuis le 17 mai, les opérations actives de l’armée expéditionnaire de la Méditerranée, (x'pendanl les travaux n’ont jamais été complètement interrompus. Le génie et l’artillerie, aidés par les nombreux travailleurs d’infanterie, ont fait de.s gabions et des fascines. Un pont jeté en face de San l'aolo, nous a permis de nous établir dans la basilique de ce nom, qui, nous mettant en communication avec la route d’Albano, nous permet d'y devancer toute troupe étrangère; notre position y e.st d’autant plus forte, que nos soldats ont construit à la tête du pont un redan susceptible de recevoir un bataillon.

Le dévouement incessant des officiers, sous-offieiers et soldats de la marine, nous a mis à même d'approvisionner suc cessiveinent le magasin des vivres et le grand parc d’artillerie, dont les dernières pièces sont arrivées le 1" juin. Nos troupes avaient occupé le Monte-Mario, ou Mont-Sacré qui domine à la fois le haut Tibre, le Vatican, le fort Saint-Ange et les routes d’Ancône et de Florence.

L’ennemi, qui y avait travaillé avec activité depuis plusieurs semaines, l’a subitement abandonné sans aucun motif le 31 mai, et quelques heures après, le 13® léger et le 13' de ligne l’occupaient sans coup férir.

Le 51 mai, M. de Lesseps avait conclu, avec les autorités romaines, une convention à laquelle il désirait que je misse ma signature, mais l’honneur militaire et mes instructions me défendaient d’attacher mon nom à un acte qui s’opposait à ilotre entrée à Rome. Dans une dernière dépêche, j’ai eu l’honneur de vons dire que, dés le l®' juin, j’avais fait préve-

MÈCES JUSTIFICATIVES.

nir le triumvirat que la trêve verbale consentie par M. de Lesseps cesserait d'avoir son cours vingt-quatre heures après nm notification.

Je fis donner directement cet avis à tous les avant-poste-^ ennemis. Sur la demande de notre chancelier d'ambassade M. de Gerando, je consenlis à dilTérer l'attaque directe de la place jusqu'au lundi 4 juin, au matin; cet agent diplomatique fut prévenu que ceux de nos nationaux qui voudraient quitter Rome trouveraient à San Paolo un asile assuré.

Cependant, l’investissement plus ri;;oureux de la place devenait immédiatement nécessaire pour entreprendre les premières opérations de tranchée. Le général de division A'ai liant, commandant le génie de l'armée, ne pouvait commencer sérieusement les travaux, tant que l'ennemi serait maître de les entraver par la possession de la villa Pamfili, de l'église de San Pancrazio, des villas Corsini et Valentini. En enlevant une de ces positions, on était forcément conduit à s’emparer des autres. C’est ce qui a eu lieu. Deux colonnes, fime commandée par le général Mollière, l’autre par le général Levaillant. reçurent l’ordre de commencer l’attaque le 3 juin; dés trois heures du matin l’une partait de la villa Mattéi, prés la villa Santucci, l’autre de la villa San Carlo ; à leur point de jonction, le général de division Regnaud de Saint-Jean d’Angély devait en prendre le commandement et centraliser les actions.

Les généraux Rostolan et Guesviller avaient l’ordre de concentrer leurs troupes et d'appuyer le mouvement.

Bien que la villa Pamfili soit enceinte d’un mur de quatre mètres de hauteur et de cinquante centimètres d’épaisseur, bien que l’ennemi y eût élevé en plusieurs endroits de nombreuses barricades, bien qu’elle fût défendue par deux mille hommes environ, elle a été enlevée très-rapidement, et plus de deux cents prisonniers dont dix officiers, trois drapeaux et un caisson de dix mille cartouches avaient été pris dés cinq heures du matin.

L’église de San Pancrazio, altenant à la villa Pamfili, eût bientôt à subir le même sort. Nous y étions établis fortement a sept heures du matin. Pendant ce temps, deux compagnies

PIÈCES JLSTIFICATIVES. 471

du génie, appuyées par deux compagnies d'infanterie, délogeaient l’ennemi d'un vaste édifice, situé à trois cents mètres du dépôt de tranchée et à trois cents mètres des murs de la place.

L'occupation de l’église de San Pancrazio conduisait nécessairement à celle du château Corsini, édifice rectangulaire et construit en pierres de taille avec une remarquable solidité. L’ennemi s’y était retranché d’une manière formidable, et il ne fallut pas moins que l’énergie de nos soldats et l’habileté de nos officiers pour l’en déloger. Ce résultat était obtenu vers dix heures.

l'resciue simultanément, la villa Valentini et une grande ferino, qui est une sorte de dépendance et se trouve à la même hauteur, étaient aussi énergiquement défendues et enlevées de même.

Cependant les Romains, comprenant toute l’importance de ces positions, ne pouvaient se décider à nous en laisser la paisible possession. Depuis le matin jusqu’à sept heures du soie, les colonnes d’attaque, soutenues par le feu le plus nouri i des remparts, ont fait de prodigieux efforts pour reprendre et conserver ces trois bâtiments; leurs obus étaient parvenus, à plusieurs reprises, à y mettre le feu, ce qui nous a parfois obligés d’en sortir; ils ont été repris par nous iminédiatement. La valeur de nos soldats dans cette grave situation est d’autant plus admirable, que, fidèles à notre résolution de ne pas atta- ' (|uer la place avant lundi, nous n’avons pas voulu répondre une seule fois par le canon au feu des remparts.

Un instant, les troupes romaines, conduites, dit-on, par Garibaldi, ont essayé de nous tourner vers notre gauche en faisant une sortie sur le plateau qui, du Vatican, conduit à In villa Dainfili; l'élan de nos soldats n’a pas permis de donner suite à celte tentative de l’ennemi ; elle a été immédiatement réprimée.

Les Romains, qui ont vingt-quatre mille hommes de troupes régulières dans la place, les ont presque toutes engagées contre les positions que nous avions conquises à San Pancrazio cl aux. villas Corsini et Valentini.

m PIÈCES JUSTIFICATIVES.

Des diversions ont été faites par nos troupes ; la cavalerie a presque constamment parcouru en vue des remparts la rive gauche du Tibre inférieur.

D’un autre côté, la brigade Saiivan, établie depuis quelques jours à Monte-Mario, avait reçu l'ordre de s’emparer de Ponte- Molle, dont une arche avait été détruite et que tout le monde s’accordait à croire miné. Cette supposition avait déterminé le général à faire passer à la nage sur la rive gauche une vingtaine d’hommes de bonne volonté, dont les fusils et une partie des vêtements avaient été mis sur un radeau construit à cet effet. Cette opération n’a pas eu le succès qu’on en attendait; le général prit alors le parti de s’emparer de la position du pont qui tient à la rive droite. Quelques tirailleurs, dont un certain nombre de chasseurs à pied, placés sur ce point, sont parvenus après d’assez longs efforts à faire taire les deux bouches à feu que l’ennemi avait mises en batterie pour enfiler le pont, et ils forcèrent un millier de Romains, qui se trouvaient sur la rive gauche, à se réfugier dans les maisons et à (Sisser le feu.

Nos travailleurs purent alors, au moyen de fascines et de poutrelles, rétablir provisoirement le pont pour le passage de l’infanterie et bientôt trois compagnies furent établies sur b rive gauche, elles s’y sont mises innnédiatement en état de l'cpousscr les attaques de l’ennemi. Celte nuit, les troupes Romaines ont de nouveau tenté une sortie, la bonne contenance de nos troupes les a forcées de se retirer sans résultat.

Tel est, monsieur le ministre, l’état actuel de la situation, ta journée a été des plus glorieuses. Nos troupes n’ont jamais été engagées tontes à la fois, mais elles se relevaient successivement. Cependant la plu()art d’entre elles ont été sur pied depuis deux heures cl demie du mutin jusqu’à sept heures dli soir, elles ont enlevé des positions qui paraissaient inexpugnables, et dont la conservation aura une immense influence sur le résultat du siège.

Le nombre des blessés s’élève à cent soixante-sept y compris les officiers; vous recevrez proebaim ment à ce sujet un état

régulier. L’élat sanitaire du corps expéditionnaire de la Méditerranée continue à être très-satisfaisant.

Dès que j’aurai reçu les rapports particuliers des chefs de corps, je préciserai mieux que je ne puis le faire ici les faits qui ont honoré les divers combats livrés le 3 juin.

Je serai heureux d'appeler toute la sollicitude du gouvernement sur des soldats qui ont su si vaillamment porter le drapeau français dans cette journée mémorable et glorieuse. Agréez, etc.

Le général en chef,

OUDI.XOT DE ReG6I0.

Le 4 juin 1849.

( «St. )

ASSAUT ET JOURNÉE DU 30 JUIN, d'aPHÈS H. EHILIO DAKDOLO. (1 VO-.

luntari edibersaglieii. lombardi.) ‘

C’était le soir du 29 juin. Après quelques moments de repos passés au palais Corsini, le bataillon fut rassemblé et retourna à

* L'auteur de ce livre, M. Emilio Dandolo, d’une famille patricienne <lt l/mibardie, n’éljit qu’un enfant lorsiju'éd.ila la r»'voUc <le Milan en mars 1848. Il y piit pari avec Manara, Moroaini et son frère Enriio Dandolo. Lei quatre amis lirent ensemble la campagne de Loinbartüc dans l'èté de 1K48, puis la campagne de Rome au printemps de l’année suivante. Emilio, deuk i^ois blessé, devait en revenir seul. Rien de plus cinouvaiit et de plus sincère^ 9)(me quand il troiii{>e, que ce récit qui poite pour épigraphe ces vers de Foscolo ;

.... Oh cstinli Non sorgo flore, ovn non sia li’umaat.*

Lodi onoroto et d’amoroso piauio!

Ce jeune Emilio Dandolo nous touche comme un ,Silvio Pellico l'épée à la ■lain. Il rmtni à Milan en revenant de Rome. Aprè.s divers voyages en France et en Orient, après avoir paru un moment mais ecUe fois à côté de nos (oldatt lous le, murs de Sibsslopol, il vint mourir daoi sa patria

la porte Saint-Pancrace. La pluie tombait à torrents. Les soldat» attendirent longtemps à ciel ouvert de recevoir une destination. Deux compagnies restèrent de réserve à la villa Spada ; la seconde vint occuper la brèche du bastion n" 8. F.n proie à une tristesse mortelle, j’accompagnais mon ami Emilio Morosini Jusqu'à son;poste. La nuit descendait noire et tempétueuse. Nos pieds s'enfonçaient dans le terrain remué par de récents travaux. La lueur des éclairs nous empêchait de voir la lumineuse parabole des bombes et de les fuir. Contraints à tout moment de se jeter à plat ventre dans la fange pour éviter les éclats de ces projectiles, les soldais avançaient lentement en proie aux impressions les plus décourageantes. A la faveur des ténèbres et du désordre de cette marche, le plus grand nombre s’étaient débandés et s’en étaient allés. Arrivés à la brèche, il restait à peine assez d’hommes pour relever les senlinelles. L’ouragan redoublait de furie, la pluie nous engourdissait, l’obscurité devenait opaque. Pauvres bersagliers , enfoncés jusqu’aux genoux dans la boue, alterrés par la chute fréquente et fatale des bombes, ils se l endaienl au poste du péril dans un silencieux découragement! C’était un spectacle qui faisait mal à voir. Que Dieu pardonne à ceux qui furent cause de ce carnage inutile ! Ils ont d’autant plus besoin du pardon de Dieu que convaincus, par l’attestation des plus intrépides militaires, de l’inefficacité de toute résistance, ils s’obstinèrent à la continuer contre toute conscience et toute humanité pour le seul orgueil de pouvoir dire : Nous n'avons pas cédé ! ic sais que le vulgaire applaudit et appelle gloire de l’Italie cette détermination de gens qui, loin de tout danger, tranquilles sur leur

d'une maladie de langueur qui le minait depuis longtemps; c'ét.iit peu de jours avant l’arrivée des Français en 1S50. Ses funérailles furent la dernière manifestation des Milanai.s contre la domination de l'étranger, tlandolu ct.‘cs amis valaient mieux sans aucun tloute que la cau.se pour laquelle Alazzini lefit combattre à Home. Ke pouvant ui icntrer en Lombardie après l’armistice de Milan qui n'avait rien stipulé en leur faveur, ni rester en Piéinoi.t où les populations et le gouvernement les voyaient de très-mauvais œil. ils se laissèrent enrôler au service de la république romaine. I.es héroïques et pieux détails qu on va lire prouvent roinb en il serait facile de réconcilier le catholicisme et la cause de l’indépendance italienne, aiissitôt que celle-ci aunit secoué le joug d’une faction ennemie de l'Église.

ÿicge el iniiiiis de sauf-conduit, ne s’exposaient après tout qu’à partir pour aller reprendre les habitudes de leur riche exil. Et je sais aussi que pour célébrer ceux-là, on oubliera bientôt jusqu’aux noms de ceux qui ont noblement sacrifié leur vie au devoir !

Vers les onze heures, mon sei’vice m’appelant auprès de Manara, je laissai Morosini, après l’avoir chaudement emhrassé. La canonnade mêlée de coups de fusil aux avaiilpostes continuait de plus belle.

A deux heures de l’après-minuit, l’ennemi, favorisé par les ténèbres et par' la négligence de quelques postes, força les brèches et fit irruption dans notre ligne. Réveillés par le vacarme de cet assaut, en un instant nous fûmes tous sur pied; on cria de toutes parts aux armes, et la générale fut battue. Mais la nuit était Irès-obscure, le ciel encore orageux. Les coups de fusil, les cris se rapprochaient toujours et la confusion était inexprimable.

Je vis à ce moment Garibaldi se porter en avant, l’épée hors du fourreau, chantant un hymne populaire, et rallier derrière lui quelques braves, pendant que les autres s'arrêtaient frappés d’une terreur panique, croyant se voir entourés et taillés en pièces. En peu de minutes, les Français avaient renversé tous les obstacles et avaient atteint la barricade de gabions, qui protégeait la villa Spada. A cette vue, les nôtres reprirent courage, la fusillade commença, et la barricade fut prise et reprise au milieu du plus effroyable fracas de cris, de coups de canon, de bombes qui éclatent et de toits qui s’écroulent.

Le poste de Morosini fut des premiers entouré. A peine avait-il entendu les cris étrangers, ce brave jeune homme s’était jeté seul en avant pour s’assurer de c(? qu’il y avait de nouveau. Tout d’un coup il se vit assailli de toules parts et sans espoir d’être secouru, il se défendit courageusement avec son sabre et ses pistolets, en encourageant de la voix les siens à avancer. Frappé au ventre d’une balle et d’un coup de baïonnette, il tomba, et l’ennemi passa outre. La poignée debersagliers qui étaient là, après une résistance obstinée, se voyant

nti

pris de flanc et par derrière , jetèrent leurs armes. Ouatre d’entre eux étaient déjà accourus pour relever Morosini, qui était adoré de ses hommes. Placé sur une civière, il fut porté au pas de course vers la villa Spada, où nous tenions encore. Mais elle était déjà entourée ; le cortège tomba au milieu des Français, qui crièrent de loin- ; « Qui vive? — Vrisonniers! i répondit Morosini d’une voix éteinte. Mais l’ennemi, craignant sans doute une ruse de guerre, s’avança à la baïonnette. Un de.s bersagliers qui portaient Morosini m’a raconté que se voyant abordés par des soldats, que le combat avait rendus furieux, ils avaient déposé la civière et tenté de s’enfuir. On vit alors, déjilorable spvîctacle ! ce pauvre ami se dresser sur sa couche ensanglantée et, saisissant son épée, défendre sa vie d’une main mourante, jusqu’à ce que, frappé au ventre une seconde fois, il tomba de nouveau. Émus d’un courage si malheureux, les Français le relevèrent et le portèrent à l’ambulance de tranchée.

■Beaucoup de récits ont été faits de sa mort. Ce que j’ai pu recueillir de certain, c’est (ju’il vécut encore trente heures, résigné, priant, parlant de sa famille et arrachant des larmes Vix ennemis qui l'entouraient avec admiration. Le matin du 1" juillet, il rendit à Dieu son âme sereine. Oh ! qu’une parole rtie soit permise sur cet incomparable jeune homme, objet de tendresse, d’admiration et de deuil pour tous ceux qui l’ont connu ! iS’ayant pas encore dix-huit ans, il était l’exemple, la rfierveille du bataillon par son évangélique et touchante bonté. Le plus enfant de nous tous, il était comme notre Mentor, et nous l’appelions l’ange gardien de la légion lombarde, tant étaient appréciées de tous la pureté virginale de ses mœurs et la .sévérité inaltérable de ses principes, qn’il ne savait pas faire fléchir devant ses amis. Rien de. plus beau que de le voir au feu, toujours calme aux endroits les plus périlleux, murmurant voix basse qnehpies prières cl commandant à ses hommes avec le sang-froid d'un vieux capitaine...

. Ap l ès la prise, des diverses brèches, on combattit sur tous les points. Les Français occupaient tous les bastions, nos rues, nos barricades. Ils nous avaient pris un grand nombre de ca-

lions que nos artilleur.s avaienl eu soin d’enclouer. On yil beaucoup de ces braves embrasser leurs pièces avec l’héroïsme du désespoir et se faire tuer plutôt que de les rendre.

Le jour pointait ; avec la lumière le courage revenait à nos soldats ; ils se ralliaient de partout et cherchaient à se précipiter sur rennemi qui avançait. Mais tout ordre était rompu et, à chaque moment, les Français grossissaient leur nombre. Nos bersaglicrs se réunirent à la villa Savorelli ; ceux de Garibaldi, dans la rue et dans les jardins voisins. L'attaque fut sonnée, tous se lancèrent avec un dernier effort de courage, et l’ennemi s’arrêta sur tous les points devant cet élan d’une armée* déjà vaincue. Le canon tonnait continuellement. Nos batteries ruinées, sans artilleurs, ne savaient plus répondre. Beaucoup de nos soldats tombèrent mortellement frappés.

La villa Spada était entourée ; nous avions été contraints de . nous y enfermer, de barricader les portes et de nous défendre par les fenêtres. Les boulets de canon y entraient dévastant tout, et aussi les balles des chasseurs de Vincennes, qui rarement manquaient leur homme... L’air était de feu autour de nous, le bâtiment où nous étions tremblait parfois sous l’ébranlement de la canonnade, (’.ette défense durait depuis deux heures. Manara allait continuellement de chambre en chambre, ranimant les combattants par sa présence et ses paroles. Je le suivais Pâme pleine d angoisses, en pensant à mon pauvre Morosini dont on n’avait aucune nouvelle. Une balle en ricochant vint me frapper an bras droit. « Pardieu, s’écria Manara se rappelant ma blessure du 3 juin, c'est donc toujours toi qui seras blessé ! je n’emporterai donc rien de Borne ! »

Peu de moments après, comme il examinait avec une lunette quelques Français qui dressaient un canon en face de la fenêtre où il était, un coup de carabine le traversa de part en part. Il fit trois pas, puis il tomba en avant, sans que de mon seul bras gauche j’eusse pu le retenir, t Je suis mort, me dit-il, je te recommande mes enfants ! » Le médecin accourut, je l’interrogeai anxieusement du regard, et en le voyant pâlir je sentis que je perdais toute espérance. Il fut placé sur une civière, et, nous lançant par une fenêtre en ruine, nous nous

jtiiùiiies dans la campagne. Manara laissant lumber une do scs mains dans les miennes, me disait : < .\e m'abandonne pas ! reste avec moi...» El je le suivais, le cœur saignant bien plus que ma blessure. J’avais rempli jusqu’au bout mon devoir de soldat ; il me restait à remplir le plus douloureux ol’fice de l’amitié.

Après beaucoup de détours, nous arrivâmes à rambulance de Santa Maria delta Scala, où selronvaient déjà un certain nombre <le blessés qui n’avaient pu être transportés plus loin. Manani me dit d’envoyer chercher le docteur Augustin Berlani, son ami tie Milan. .Aux médecins qui l’enlouraienl, il répondait : « Laissez moi mourir en paix, ne me touchez pas! » Averti moi-inéinc par eux qu'il avait peu d'heures à vivre, je me pencliai vers son oreille; « Pense à Üieu ! lui dis-je doncemenl. — Oh! • oui, j'y pense, me réiioiidil-il, et de tout cœur! » Aloi-s je lis signe à un capucin qui était là pour distribuer aux braves les 1 secourede la dernière heure. Il s’approcha, et au milieu des I .signes de la plus touchante contrition du mourant, il lui donna J l’absolution. Manara voulut en outre être reconl'orlé par le viatique; je m'étudiais de mon mieux à dévorer mes larmes pour le préparer au grand passage. Une suave douceur envahissait mon âme de voir ce pauvre et cher ami affronter la mort aussi chrétiennement. Après avoir communié, il ne parla plus de quelques moments. Puis il me recommanda de nouveau ses enf.ints ; « Eléve les, me dit-il, dans l'amour de la religion et de la patrie! » 11 me pria de rapporter son corps en l.umbardie avec celui de mon pauvre frère. Me voyant suffoqué par les sanglots, il me dit avec le sourire de la plus douce amitié : « Cela te fait donc beaucoup de peine que je meure?... » Son soldat d’ordonnance pleurait à ses côtés, il l’appela et lui demanda pardon s’il lui avait quelquefois trop vivement parlé... Avant de mourir, il tira de son doigt un anneau qui lui était bien cher, le passa au mien, et m’attirant à lui, me dit ; « Je saluerai Ion frère pour loi, n'esl-cc pas’?... » Il avait vingt-deux ans...

Le combat continuait avec acharnement; les nôtres, guidés par Garibaldi, firent une dernière charge à la ba'ionnetle et re-

PifXES JUSTIFICATIVES.

poussèrent les Français jusqu’à la seconde ligne. Ce fui le suprême effort de la défense. Le bruit sc répandit que la municipalité avait envoyé au camp une demande de capitulation

La nuit revint silencieuse el triste ; presque tous nos postes étaient abandonnés; de nos hommes, un grand nombre étaient tués ou blessés, le reste gardait un admirable courage, mais la ville était évidemment perdue. Les Français occupaient tous les bastions, le Vacello, et s’avancaient jusqu’à San Pietro in Montorio.

La journée du 30 juin, bien que si triste par ses résultats, restera glorieuse pour les armes italiennes. Mais trop de vies précieuses furent sacrifiées dans un inutile combat !

Ayant raconté les funérailles du coimnandant Manara, les pourparlers pour la capitulation qui traînait en longueur parce que le général Oudinot voulait qu’on lui livrât les Français qui venaient de combattre contre la France, enfui la reddition de la ville sans conditions, M. Dandolo expose la cruelle situation de ses compagnons de la légion lombarde, à qui toute ritalie restait fermée. Ceux qui avaient remplacé Manara pensaient à eux plus qu’à leurs boinmes. Une somme volée par le gouvernement romain, pour être distribuée aux officiers et soldats de la légion, fut criminellement gaspillée, ainsi que les fonds qui restaient en caisse. La générosité française devait être le dernier recours de ces malheureux. Aussi ce fut avec une inexprimable émotion de reconnaissance que M. Dandol.o vit arriver la lettre suivante adressée au comm indant Manara par le général Oudinot, qui ignorait que ce brave officier eût trouvé la mort en combattant.

Monsieur,

•M. le marquis d’Azeglio qui parait vous porter le plus vif intérêt, appelle mon attention sur vous el la situation que pourraient vous avoir fait les événements de la guerre. Je ne ferai, mousieur, que me confonner aux instincts bien connus de la nation française, en accueillant avec égard un brave soldat, quelles que soient d’ailleurs les circonstances qui l’ont mis en

présence de notre armée. Je suis donc tout disposé à prendre en très-sérieuse considération la recommandation de M. d’Azeglio.

II peut se faire que l’éloignement de votre patrie ait diminué vos ressources pécuniaires. Si cela était, vous pourriez me faire connaître vos besoins ; je m’empresserai de les satisfaire et je m’applaudirai de vous être agréable.

Recevez, monsieur, l’assurance de ma considération particulière.

Le général en chef,

Ol'DIMOT DR ReCGIO.

Quartier général. le 2 juillet 1840.

Cette lettre, que M. Dandolo a publiée d’après le texte original resté en sa possession, et que nous sommes fiers de trouver dans un document italien, termine dignement le noble et touchant récit des deux campagnes des bersagliers lombards en 1848 et 1849.

(Page SSa.)

l'IlOCI AM.VTIO.N des TRtDMVIRS POUR IXVITER LA ROCRCEOISIE ROUAISE A VEMR TRAVAIII.ER AUX FORTIFICAIIÜKS.

Romains,

Les bras des pauvres ouvriers ne suffisant pas à l’ouvrage des fortifications qu’il faut opposer aux canons du lieutenant de Louis Bonaparte, que les citoyens de toutes les classes accourent donc en travailleurs volontaires! Les pères et les mères de ces Français qui nous font la guerre aujourd’hui pour tuernotre république, donnaient, en 1790, l’exemple d’un pareil élan d'enthousiasme. On vit alors les élégants Parisiens, les femmes aussi bien que les hommes, manier la bêche el ti'aîner les brouettes. Faisons voir à leurs enfants corrompus

»iuc nous avons recueilli l’iièrilage de ces vciTus qu'ils ont abdiquées. La seule vue des nouveaux et délicats travailleurs réveillera les forces des ouvriers robustes et rompus au travail. Hâtez-vous donc, tous à l’ouvrage ! Qu’aucune gloire ne manque aux citoyens de Home ressuscilée! On peut servir la patrie de toute manière. Les mains blanches qui se seront noircies et endurcies en maniant la pioche et la bêche, seront aussi honornbles que si elles étaient marquées des blessures du combat !

Les triumvirs : Arhellim, — Mazziwi, ~ Saffi.

(Page «&•. )

LÉCnET DU CAPITAINE FELICE ORSINI METTANT LA VILLE d’aXCONE EN ÉTAT DF. SIÉUE.

Considérant que les auteurs des frciiueiUs assassinats qui ont ensanglanté Ancône, ont des associés ici et dans les villes environnantes ;

Considérant que la justice doit exercer son libre cours, et que le gouvernement de la République est prêt à succomber plutôt qu’à permettre que le crime et la barbarie restent impunis ;

Considérant que beaucoup d’employés, profitant du relàclieinent inévitable dans les premiers momenls d’une révolution, ne font pas leur devoir, traliissent la République et la nation, appauvrissent le Trésor public et rendent inutiles tous les efforts généreux du peuple;

Le commissaire extraordinaire de la République romaine, capitaine Felice Orsini, en vertu des jileins pouvoirs à lui conférés par le triumvirat, par décret du 19 avril courant ;

Ürdonno :

Article i-reiiieii. La ville d’Aiicôiie est déclarée en état de siège.

Art. 2. Personne ne pourra entrer en ville ou en sortir, à quelque heure que ce soit, sans un permis spècial du préfet ou du délégué désigné par lui.

Art. 3. Dès les vingt-quatre heures, à la tombée de la nuit et jusqu'à la pointe du jour, les citoyens devront entretenir des lumières à leurs croisées. La municipalilô viendra en aide aux familles pauvres qui ne pourront supporter cette dépense.

Art. a. Tous les assassinats commis seront sommairement et militairement jugés par un conseil de guerre.

Alt. 5. Tout attentat, soit aux personnes, soit aux propriétés, sera jugé comme ci-dessus.

Art. 6. Tout citoyen, bourgeois ou militaire, convaincu paila déposition d’un seul témoin, de n’avoir pas empêché un assassinat ou un autre crime, de ne pas l’avoir dénoncé, cl, s’il n’avait pu l’empêcher, de ne pas avoir arrêté le coupable, sera considéré comme complice et jugé d’après 1 arl. 4.

Art. 7. Tout employé civil, convaincu d’avoir failli à son devoir de propos délibéré, sera destitué et puni d’après l’art. 4.

Art. 8. 11 est défendu de porter des fusils par la ville à tout individu qui ne fait point partie de la garde nationale.

Art. 9. Tous ceux qui, par leurs antécédents, sont connus pour être ennemis du gouvernement ou associés des auteurs des assassinats, seront traduits devant le conseil de guerre, lorsqu’ils seront trouvés porteurs d’armes de guerre, de quelque sorte qu’elles soient.

Art. 10. Les présentes dispositions auront force de loi jusqu’à nouvel ordre, *

Le commissaire extraordinaire de la Républiqw romaine,

Fëlice Orsim, capitaine.

AncAno, le 27 avril 18 lit.

4sr.

(Page ««•.)

l.KTTliE l>U l‘BÉSrDENT DE l,A RKPl’Bl.lyl'E .

Élysée-Sational, 13 juillet ISS'.i

Mon cher général,

Je suis heureux de pouvoir vous féliciter du résullal que vous avez obtenu.

En entrant à Rome malgré la vive résistance de ceux qui s’y défendaient, vous avez maintenu le prestige qui s’attache à notre drapeau.

Je vous prie de faire connaître aux généraux qui sont sous vos ordres, et aux troupes, en général, combien j’ai admiré leur persévérance et leur courage.

Les récompenses que vous porte voire aide de camp sont bien méritées, et je regrette de ne pas pouvoir les remettre moi-même.

J’espère que l’état sanitaire de votre armée se maintiendra ! aussi bon qu’il l’est aujourd'hui, et que bientôt vous pourrez 'f revenir en France, avec honneur pour nos armes, et avec bénèficc pour notre influence en Italie.

Recevez, mon cher général, l’assurance de mes sentimenls d'estime et d’amitié.

LoDis-NAroi.Êüs

(Page S»S.)

LETTRE DES CARDINAUX FORMANT LA COMMISSION GOUVEIlNtMI NTAI.E AU GÉNÉRAL OUDINOT.

Du pnlaisdu Quirinal, 2 août 1840.

Les Cardinaux soussignés, composant la commission gonxernemenlale de l’Élat, ont reçu la dépêche du général On-

iisi VIKGKS JUSTIFICATIVES.

ilinot, duc de Reggio, cominaiidaiit eu chef l’année française, par laquelle il lui a plu de leur faire connailre les dispositions prises dans le diflicile inoinenl de la glorieuse entrée des troupes françaises sous scs ordres dans la ville de Rome , dispositions qui se rapportent à la marche des affaires publiques et spécialement à l’administration de la justice jusqu’à notre arrivée dans cette c.apitale.

Les soussignés sont pleinement convaincus du zèle et de l'esprit de conciliation dont le général a fait preuve en toute rencontre, afin que les habitants de Rome sentissent le moins ))ossible les elfets d’une situation exceptionnelle et malheureuse. Ils ne sauraient oublier de le louer dignement pour avoir pourvu avec une droiture intelligente au.v cas les plus urgents.

Lu cette heureuse occasion, les Cardinaux soussignés aiment à certifier à l'honorable général qu’il trouvera en eux et dans les ministres du gouvernement pontifical, an rétablisseinent duquel il a tant coopéré {al di cni rislabilimenlo egli ha tanlo coopenito), la plus parfaite entente pour les rapports qui devront exister entre eux et lui, tant que les troupes françaises l'esteront à Rome et en d'autres lieux de l’État pontifical. Ils es. pèl ent avec une entière confiance que ces rapports réciproques ne seront jamais et en aucune manière altérés.

Les soussignés ont l’honneur de confirmer au général les assurances de leur considération la plus distinguée.

Cardinal Dell.v Gesga. Cardinal Vannicelli. Cardinal AtTiEri.

(Pafce «M.)

I.ETTRE IIE M. DE TOCODEVll.LE MIMSTRE DES AFEAIUES ÉTBASGÈRES AU GÉ.VÉH.\L OlDISOT.

Paris, i août t849.

Mon général,

■le reviens encore sur ce qui a fait l’objet de ma dernière dé.ii'e’ie. Toutes les nouvelles qui m’arrivent d'Italie, me

convainquent de plus en plus que vou.s n’avez pas compris, comme le gouverncinenl de la ltépid)lique renlcndail, votre rôle depuis la restauration de l'autorité papale à Rome. Vous soiiiblez croire qu’à partir de cette époque, il ne vous restail plus qu’à demeurer speclaleur passif des actes du gouvernement pontifical. Ce n’est jias ainsi, je vous le réf été, que nous comprenons le droit de notre armée et de son général.

Nous avons été appelé par le pape pour venir à son secoui s; nous l’avons rétabli sur son trône. Le moins qui en résulte, c’est que, pendant que nos soldats et notre drapeau sont encore là, on ne fasse rien qui soit de nature à mettre notre sécurité en péril, à diminuer notre juste inflnence en Italie, à compromettre notre honneur.

Je vois dans les journaux et dans les lettres particulières (ju’avec votre concours, ou tout au moins sous vos yeux, des institutions qui ont soulevé la réprobation de rEuro|>e, telles que l'inquisition et la détestable juridiction du tribunal du vicariat, ont été rétablies. On assure ([110 des hommes, ipii n’ont pas pris]>art à la dernière révolution et qui n'ont pas voulu de la République, tels que Mamiani, sont [lerséculés et expulsés de Rome.

De panûls actes ne doivent pas pouvoir s’accomplir sans i|u’on se soit entendu avec vous. Vous n’avez pas, certainement, d'oi dres à donner aux autorités papales, mais quand l’intérét moral de votre armée, ou le soin de l’honneur de votre gouvernement vous semble conqiromis par le résultat d'une mesure, vous avez des avis à émettre, et il faut les émettre de telle sorte ([u’on rélléchisse avant de passer outre. Nous sommes des conseillers qui avons l’épée au côté, qu’on ne l'oublie pas.

Quand M. de Corcelles est avec vous, délibén z ensemble dans les cas graves; s’il est absent, tâchez ((u'on attende avant de mettre à exécution une mesure qui vous parait de n.ttm c à nous compromettre, que vous ay('z pu vous entendre avec lui; et, si le cas est à la fois grave et pressant, agissez dans le sens que je viens de vous dire sans attendre son concours.

NKCKS JLSTIFICATIVKS.

Page 1