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(jue pouvait le Piémont, on môme Pltalie sans notre alliance, contre l’Aulriche appuyée sur l’Allemagne el la Russie ? Puis il était dillicilc de se dissimuler que celle agression contre un Ktat voisin en pleine paix el sans provocation de sa part, était une violation llagranle du droit des gens : exemple toujours fâcheux à donner par une monarchie et dans un temps de révolution. Le marquis Parcto, nouveau ministre des affaires étrangères de Chartes-Albert, avait beau murmurer à l'oreille des cabinets que le seul but de son souverain en attaquant l’Autriche était de mettre fin violemment à une situation violente et de prévenir la proclamation de la république en Lombardie'; il avait beau insinuer ainsi que cette entreprise méritait la faveur plutôt que le blâme des monarchies dont elle servait la cause, de tels raisonnements n’avaient pas cours encore en diplomatie. On n’admeltait pas que le plus sûr moyen de dompter la révolution fût de venir en aide à ses violences et de s’en adjuger les prolits. On estimait sans doute à leur juste valeur les vœux d une nationalité opprimée, on ne tenait point pour
a * On ne peut re disi^imulor, mandait le 23 mars 1848 le mai'quts Parcto à sir Abercroniby, minislrc de la Grande-Bretagne à Turin, qu'après les événements de France le danger de la proclamai ion d’une république en Lombardie ne puisse être Ircs-prochain. Le roi ne croit obligé de prendre des mesures qui empêcheront que le mouvement actuet ne devienne un mouvement républicain, qui éviteront au reste de VUalie, les catastrophes qui pourraient avoir lieu si une telle forme de gouvernement venait à être proclamée. i> — Ne u'uirait-on pas lire la circulaire de M. de Cavour au inomciu où sou armée envahissait les États de l’Église? Dans le style de la chnneel* lerie de Turin, prendre des mesures, cela voulait dire, en 1848, prendre la Lombardie, comme en 1800 prendre les Marches et le royauipe de Naples. C’est toujours prendre quelque chose !
l)E L’EXPÉDITIO.N DE HOME Ei\ 1849.
non avenues les députations envoyées à Charles-Albert de l’autre côté du Tessin, on regardait avec une sympathie attristée les quelques centaines de volontaires accourus sous ses drapcau.v, on trouvait fort pathétique l’appel des Milanais porté aux quatre vents du ciel par des milliers de ballons : mais rien de tout cela ne passait pour un acte de quelque valeur en dioit international. Ce qui apparaissait clairement à tous les yeux, c’était l’ambition séculaire de la maison de Savoie, qui trouvait enfin l’occasion de se satisfaire tout en se déguisant. On ne pensait, on ne parlait pas autrement sur ce point dans les salons de M. de Lamartine qu’à la cour de l’empereur Nicolas. Toutes les faveurs de la République, cela est écrit dans une foule de documents de l’époque, eussent été pour le grand-duc de Toscane, si ce prince eût voulu consentir à devenir notre protégé. Cette disposition n’élait point, comme on pourrait le croire, le fait des préférences et des souvenirs de jeunesse de M. de Lamartine, elle ressortait de l’ensemble de notre politique en Italie et survécut à la chute de la Commission exécutive : « Une des bases de la médiation offerte à l’Autriche et à la Sardaigne, mandait le 29 août M. Jules Bastide à M. Benoit Champy, notre ministre à Florence, est que les duchés de Parme et de Modène seront libres de se réunir à qui bon leur semblera. Nous préférerions que ce fût à la Toscane plutôt qu’au Piémont, et je viens de l’écrire à M. Bois -le -Comte. » — Une dépêche du môme jour adressée à ce diplomate portait en effet : « Les duchés s’uniront au Piémont, s’il le veulent, à moins
HISTOIRE
qu’ils ne préfèrent s’annexer à la Toscane, ce que nous verrions plus volontiers, car la Toscane nous est beaucoup plus sympathique que le Piémont. » On sait enfin qu’au moment où la Sicile en révolte conlre son souverain cherchait un prince à (jui se donner, le général Cavaignac appuya la candidature d'un fils du grand-duc de Toscane contre celle du duc de Gènes que l’Angleterre lit réussir. Toujours est-il que ce fut par la seule ii itiative de Charles-Albert, et sans aucun appui du nouveau gouvernement de la France, que l’Italie entrait du même coup, le 23 mars 1818, dans la phase de la gueire à l’Autriche et des annexions au Piémont.
Nulle part plus qu’à Rome ne devait être ressenti le double coup de la Révolution de février et de l’entrée en campagne du roi de Sardaigne. Nulle part, en effet, le gouvernement n’était plus désarmé, les sociétés secrètes plus actives, les niasses plus crédules et plus excilé&s. On était loin déjà de l’unanimité d’enthousiasme et de vénération des beaux jours de 1847. La dictature de la rue avait passé définitivement dans les mains de quelques agitateurs subalternes. En vain les concessions du Pape répondaient-elles à leurs exigences, elles arrivaient toujours trop tard et n’allaient jamais assez loin au gré des exigences nouvelles. Avait-il accordé le statut fondamental qui introduisait le gouvernement parlementaire dans ses États ' : le parti de la guerre ne pensait qu’à s' en faire une arme moins redoutable, hélas ! pour
' 1+ mars 1848.
DK I/EXI'ÉDITION DE HOME E.\ IMi». ;,1
Itîs AuUicliieris que pour le Saint-Père. Ooinmenl espérer en efl'el que ceux qui axaient voulu se servir de la consulte pour imposer la •>uerre à Pie l\ allaient renoncer à leurs détestables projets parce qu'on mellait à leur disposition la tribune et la presse'? « On doit négliger, avaient-ils écrit deux mois auparavant, tout ce qui n’a pas trait à la défense de' la patrie commune et à l'indépendance italienne'. » En vain un ministère nouveau avait été formé, comprenant quatre laïques sur neuf membres; il fallut, vingt jours plus tard, en donner un autre où les laïques étaient au nombre de six. .Vppelé à chaque instant sur son balcon du Quirinal, le malheureux Pontife n’osait plus bénir sans restrictions cette foule d’où partaient toujours quelques cris contraires à la sainteté de l’Église. « 4e vous bénis de toute mon aine, s’écria-t-il un jour d une voix étouffée par les larmes, mais seulement ceux qui ne veulent rien contre la religion et contre votre Pontife! » L’éloignement momentané des jéstiites fut une des mesures d'ordre public qui lit saigner plus cruellement son cœur de prêtre et de souverain.
fout semblait conspirer en Europe contre la situation de Pie IX. Après la Révolution de février était venue la révolution de Vienne; cette fois l’exaltation populaire et 'audace des meneurs furent portées au comble. C’en était fait, croyait-on, du vieil ennemi de la Péninsule! Battu dans sa propre capitale, comment pourrait-il songer à maintenir sa domination sur l’Italie? Rome si>
IV'lilion im'senlA- i la consullc Ip 10 janvier.
lllSTOlllb;
pavoisa et sonna toutes ses cloches comme pour une fêle.
Il y eut séance de déclamation patriotique au Colysée, manifestation devant le Quirinal, où le Pape refusa de se montrer, tumulte et violences autour du palais de l'ambassade autrichienne, dont l’écusson, mis en pièces, fut remplacé par le drapeau aux trois couleurs italiennes. Le lendemain, le gouvernement blâmait ces violences dans le Diario di Roma, mais n’en était pas moins forcé d’annoncer la formation immédiate d'une armée dite d’observation dont le commandement fut confié à un * Piémonlais de plus de jactance que de mérite, le général Durando. On flattait le Pape que c’éfait le plus sûr moyen d’éloigner de Rome les turbulents, les amis de Cicervachio, les affidés du cercle populaire. Le seul bénéfice qu'il en retira immédiatement fut de voir partir pour la frontière les quelques régiments suisses sur lesquels il aurait pu compter pour sa défense. Une légion de volontaires fut bruyamment organisée et partit en chantant victoire avant d’avoir combattu. Soit qu elle s’éloignât de la capitale avec regret, soit qu’elle s’approchât des Autrichiens avec déplaisir, cette troupe ne mit pas moins de vingt-sept jours pour aller de Rome à Ferrare, c’est-à-dire pour parcourir une distance de quatre-vingts lieues*. Le Pape avait donné pour consigne absolue de défendre son territoire si par impossible il était envabi, et de n’attaquer en aucun cas. Que faire en cet état violent des esprits, de soldats qui probablement ne devaient
* Perrens, Deux ans de révohnion en Italie, p. 39.
DK 1;EXPÉD1TI(K\ de ROME EN 1849. 55
pas se battre et qu'on voulait cependant rendre utiles à la cause italienne? On proposa à Charles-Albert, comme une sorte de moyen terme diplomatique et militaire, de les distribuer en garnisons dans les places intérieures de scs États. Sur son refus, il fut enjoint au général Durando de se borner à garder la rive romaine du Pô. Ces instructions, dont un prochain avenir devait révéler la sagesse, ne tardèrent pas à être dépassées ; en paroles seulement, il est vrai, mais ces paroles, prononcées à quelques portées de fusi I de l’armée autrichienne par le commandant des troupes pontilicales, équivalaient à une déclaration d’hostilités. Il ne s’agissait de rien moins, d’après le belliqueux général, que de courir sus aux barbares et d’entreprendre, à la voix d’un Pontife patriote, la sainte croisade de ritalic. Le Journal de Rome était obligé de relever par un démenti cette coupable fanfaronnade ; « Un ordre du jour, disait l’organe officiel, adressé aux soldats, et daté de Bologne le T) avril, exprime des idées et des sentiments comme s’ils étaient émanés de la bouche de Sa Sainteté. Le Pape, quand il veut manifester ses sentiments, parle lui-méme, et jamais par la bouche d’aucun subalterne... » Cet incident, envenimé par la passion populaire, suscita une polémique tellement scandaleuse sur les véritables intentions de Pie IX, les uns jurant qu’il avait commencé la ^ guerre, les autres affirmant qu’il était seulement décidé à faire respecter ses possessions, que la dignité du Pontife fut dès lors intéressée à s’y réserver le dernier mot.
Ce dernier mot fut l’encyclique du 29 avril. Pic IX
IliSTOlKK
protestait solennellement contre la résolution que plu sieurs lui prêtaient d’envoyer ses sujets se battre contre l’Autriche. « Nous tenons sur la terre, s’écriait-il en s’éle- -p vant pour un moment aux plus sublimes hauteurs du vicariat divin, la place de Celui qui est l’auteur de la paix, l’ami de la charité : fidèle aux divines obligations de notre suprême apostolat, nous embrassons tous les pays, tous les peuples, toutes les nations, dans un égal sentiment de paternel amour! » Contraste étrange et douloureux, qu’au moment où le mot de fraternité s’imposait aux lèvres les plus forcenées, ces paroles d’un père n’aient pu être comprises ! Avaient-ils oublié, ces hommes à qui Pie IX ne songeait à reprocher que leur ingratitude, les
■ i- vers mis par leur poète dans la bouche de saint Pierre et qu’on a si souvent cités contre l’ambition des Papes :
Non lu iiostra intension che u dcstra mano Dei nostri succesor parte sedesse Parte d'all’altro del popol crislian»;
Ne che le cliiavi che me fur conces'-f Divenisser segnacoto in vcssillo Cbc contra i bntezzati combatessc * !
« Ce ne fut pas notre intention que, par nos successeurs, le peuple chrétien fût divisé, une partie à leur droite et l’autre à leur gauche ; ni que les clefs qui m(> furent données devinssent un emblème sur un drapeau pour combattre contre les baptisés. »
Le Pape est-il donc, comme l’a dit méchamment Machiavel, un souverain qui a des États qu’il ne peut dé-
* Parmi., canl. WMI.
DE L’EXI’ÉDITIOiN DE ROME EN 18 SD.
feiidrc et un peuple qu’il ne peut gouverner'.' Non sans doute ; mais il est incontestable que son action militaire est bornée à la protection de son territoire, qu’il ne doit se permettre aucune guerre d'alliance ou de conquête, et qu’un pouvoir divinement condamné à rester paternel ne pourrait se soutenir contre ses sujets par les moyens qui ont réussi à d’autres, tels que la mitraille dans les rues et les déportations en masse'. Les Italiens, au milieu desquels ce pouvoir a pris naissance et s’est développé, sont précisément ceux qui semblent en avoir le moins compris les conditions nécessaires. Parce qu’ils ont jusqu’à présent brillé de son éclat, protité de sa grandeur, abusé de son inviolabilité, iis l’ont cru fait, non pour le monde, mais pour eux seuls, bornant ainsi à leur ville la bénédiction pontificale, urbi et orbi. Leur propension à considérer la religion et la papauté comme leur bien propre, est de celles que les catholiques ont le plus visible intérêt à contredire. Que le chef de la chrétienté ait sa résidence en Italie, que le trône des Papes ait remplacé celui des Césars, c’est là une de ces grandes harmonies de l’histoire où nous aimons à vénérer un décret de la Providence. Mais que toutes les agitations de ce centre tumultueux doivent avoir leur contrecoup dans notre Église et dans nos consciences; que le père commun des fidèles doive perdre son indépendance parce que les Italiens songent à reconquérir la leur; que, semblables aux Grecs d’Homère, nous devions pleurer toutes les fois qu’il plaira aux Romains, ces éter-
* Voir celte allucutiuii cun^ieloriale à la fin ilti volume.
HISTOIRE
nols rois de la terre, île se ri^ouir; voilà ce qui n’a jamais été admis, pas plus à Turin qu’à Vienne, pas plus à Naples qu’à Paris. N’esl-ce pas pour Rome une gloire assez exceptionneilc que la domination du Vatican ait succédé à celle du Capitole et de ne pouvoir être que la première ville du monde? N’est-ce pas pour les Italiens assez de privilèges et de notre j)art assez de concessions, que les principales -.f charges de l’Église leur soient invariablement confiées? Italiens le plus grand nombre des cardinaux, italiennes les congrégations qui sont les divers ministères du gouvernement spirituel. Italiens les nonces, Italiens les Papes. Pour quelques Papes français au quatorzième siècle, pour un Pape llamand au seizième, tous les historiens de la Péninsule ont crié à l’invasion des barbares dans la ville sainte. Que serait-ce, on peut le demander, d’ùn Pape allemand résidant en Allemagne et qui appellerait ses compatriotes à s’armer contre l'Italie? Or n'élait-cc pas là ce j-- que les Italiens de 18A8 attendaient de Pie IX contre leurs ‘ dominateurs germaniques? Aussi, ne faut-il pas s’étonner si, pour répondre à la prétendue déclaration de guerre du chef de la chrétienté contre l’.Allemagne, la menace d’un schisme courait déjà, comme une protestation populaire, dans le pays de Luther et de Joseph II. Le Saint-Père, que des amis imprudents et des ennemis perfides avaient trop souvent fait parler sans son agrément, ne pouvait donc plus se dispenser de parler par lui-méme. On s’obstinait visiblement, soit à le calomnier, soit à ne pas le comprendre. Ce- qu’il avait voulu pour son peuple comme souv(»ain temporel, deux ans de règne l’avaient assez
DE L'EXPÉDITION DE ROME EN 1849. .'i7
montré. Ce (|u‘il devait à Dieu et à l'Église comme Pape, il n’avait jamais hésité non plus à le rappeler : « Puissent nos regards, disait-il un iiiois avant la fameuse encyclique, contempler la paix sur celle terre d’Italie que, dans notre charité universelle jiour le monde catholique, nous ne i>ouvons pas appeler lu plus chère, mais que Dieu, dans sa bonté, a voulu du moins placer plus près de nous'!... »
Mais l’opinion italienne, en proie à ce moment à une vraie fièvre de bataille, ne pouvait s’élever jusqu’à la sérénité de ce langage plus rapproché du ciel que de la terre. Elle ne voulut y voir qu’une chose, c’est -que le souvei-ain regardé jusqu’alors comme le patron de l’indépendance nationale refusait à cette cause, au moment décisif, l’alliance de son gouvernement et le bras de ses sujets. On ne lui pardonna pas d’avoir prétendu la servir seulement par les réformes, par l’estime et l’appui assuré de l’Europe libérale; on le dénonça comme traître dès qu’il eut répondu aux agitateurs que la guerre, qui lui semblait pour tout souverain un moyen extrême et redoutable, était pour lui un moyen impossible. Les Italiens, chez qui le sens logique semble plus développé que le sens moral, n’admettent pas qu’une fois le but reconnu et l’intérêt démontré, on hésite à y marcher par le chemin le plus court. Les non possnmus de l’honneur ou de la conscieijce ne sont que faiblement accrédités chez eux par les traditions ou par les moeurs. La moralité d un acte se
* Proclan^ioii au peuple romain du 30 mars 1848.
mesure loul d'abord au profil »|ii’oii en retire, et l'admiration se dispense suivant l'habileté dont on a fait preuve.. Pie IX aurait dû commencer par tout sacrifier à la fantaisie momentanée de l’Ualie, la papauté et les catlioliques se seraient arrangés sprés comme ils auraient pu.
Or, c’était le prince italien qu’on avait interrogé, et c’était le Pontife qui venait de répondre. Comme de juste, il avait répondu dans la langue de l’Église, et c'est, assurent les témoins oculaires, à cette seule circonstance, qui retarda de quelques heures pour le public la parfaite intelligence de l’encyclique, que Rome dut de ne pas avoir eu six mois plus tôt la journée décisive du tO novembre. Cette date du 29 avril n’en reste pas moins capitale dans l’histoire de ce temps. Elle marqua la fin de la faveur populaire dont le Pape avait joui depuis son avènement, et fournil au parti révolutionnaire l’occasion longtemps cherchée de rompre publiquement avec lui sur la question nationale. De ce jour seulement, il lui fut permis de marcher à visage découvert contre le pouvoir temporel, signalé comme inconciliable avec la liberté de l'Italie. Pie IX eut beau accepter le comte Mamiani pour ministre, s’essayer sincèrement au rôle de souverain constitutionnel , écrire une admirable lettre à l’empcreur d’Autriche pour le supplier de ne pas mettre l'honneur de ses armes dans une lutte à outrance contre la nation italienne, rien ne put le relever de l'arrêt qpi venait d'étiv prononcé
* Voir relie leltrc à lu fm *1» volume.
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UE L’EM'ÉUITION UE lîOME EiN I84!>. ;>!»
Cette voie de l’intervention pacifique était cependant la seule où le prince et le Pontife auraient pu marcher de concert sans rien sacrifier, l’un de ses sentiments, l’autre de ses devoirs. En même temps qu'un prélat portait la lettre du Pape au camp impérial, M. Farini, alors secrétaire au ministère de l’intérieur, était envoyé à Charles- Albert pour lui offrir l’alliance et la médiation do Rome. Mais on était dans la phase des succès faciles, et la proposition de Pie IX ne fut pas même écoutée. Était-elle aussi peu sérieuse qu’il a plu aux écrivains piémontais de le prétendre"? Les documents les plus irréfutables ne nous permettent pas de le penser.
Ce n’est aujourd’hui un mystère pour personne qu’au mois de mai 1848 l’Autriche se montrait plus disposée à traiter qu’à combattre. Vaincu par la révolution à ' Milan, à Vienne, à Prague, en Hongrie, l’empire tenait to it entier sous la tente de quelques généraux fidèles Dés le mois d’avril, on demandait de sa part à l’Angleterre de s’interposer pour un arrangement à l’amiable avec les Lombards et les Vénitiens. C’était le moment où M. de Ficquelmont, ministre des affaires étrangères, écrivait avec une netteté d’exj cession plus française que germanique : « Le mouvement univereel qui remue l'Europe a toute la violence d’un état de révolution : sa première exigence est de briser la mesure du temps et d’ajouter la difliculté de faire vite à l’étemelle difliciilté de faire bien ‘. » Le 12 mai, lord Ponsonby, ambassadeur
’ Dépêche dn T» avril IHW à M. Diolnclisteiii, ambaasadcur d'Auliii lie à l.ondres.
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(rAnglclcrre à Vienne, annonçait à lord Palmerston la mission pacifique du baron de Ilumelauer, et, le 25 du même mois, ce plénipotentiaire mettait sous les yeux du ministre anglais les conditions de l'abandon de la Lombardie par son gouvernement*. Dira-t-on que l’Autriche n’aurait jamais voulu entrer en pourparlers avec Pic IV, (jn elle regardait alors, au rebours des clubistcs de Rome, comme le plus redoutable ennemi de sa puissance en Italie? Mais elle se lût trouvée sans doute moins humiliée d’en être réduite à cette extrémité que d’envoyer des propositions à scs sujets révoltés qui ne se fesaient aucun scrupule de les rejeter. Or, le 15 juin, le baron de Wessenibcrg, nouveau ministre de l'empereur d’Autricbe, < édantaux conseils de notre cbargé d’affaires, M. de Lacour, adressait d’inspruck au comte Casati, président du gouvernement provisoire de Milan, une demande en ouverture de négociations sur la base de l’indépendance complète de la Lombardie jusqu’au Mincio. Sait on ce (|ue répondit ce gouvernement provisoire? 11 répondit (jue la Lombardie vcmait de se donner à la Sardaigne, que dans aucun cas elle n’accepterait d’être libre sans Venise, et que le mot d Ordre était dorénavant 1 indépendance de toute l’Italie *.
Le Pape n’avait donc pas si mal choisi son moment pour
* Voir cette pièce à la lin Uu volume.
• Afin de ne pas surcharger ce récit de notes et de citations, nous nous bornons à signaler par leurs dates des pièces diplomatiques que nous pourrions donner in extenso et qui sont presque toutes arrivées à la publicité par les débats du parlement anglais.
s’interposer, et il fallait bien que ce fût aussi l’avis de M. Farini, car ce diplomate se plaignit vivement de sa mission manquée par l’obstination des Piémontais, « plus disposés, prétendait-il, à exlravagüer, à réver guerre, peuples en insurrection, formation d’une libre Italie, qu’à s’en remettre prudemment aux lenteurs de l’avenir et aux hasards qui se seraient présentés. »
Pendant ce temps, que faisait la France, dont l’esprit, comme l’avait demandé M. Thiers, était partout cl la main nulle part?
La France était tout occupée à rassurer l’Europe et à se rassurer ellc-môme contre sa République. Entre son nouveau gouvernement et celui du Pontife réformateur, il y avait d’involontaires affinités et de naturelles défiances. Il parait certain que les défiances avaient pris le dessus, du moins à Rome, et que le parti modéré qui soutenait Pic IX ne vit pas avec faveur ce terrible pas en avant de la Révolution. Soit lenteur habituelle à la chancellerie romaine, soit prudence d’une cour qui attendait peutêtre, avant de s’engager, l'établissement d’un pouvoir définitif, il est incontestable qu’en juillet 1848 le nonce du Saint-Père à Paris n’avait pas encore reçu les lettres qui devaient l’accréditer auprès de la République, et que M. d’Harcourt, notre ambassadeur à Rome, n’avait pas été officiellement présenté'. Les relations étaient donc
* Nous trouvons la preuve de ce lait peu connu dans une dépêche du ministre des affaires étrangères au duc d’Harcourt : a 11 est fort à désirer, écrivait M. Jules Bastide le 7 juillet, que votre présentation officielle n’éprouve point de plus long.< retards; elle lioil impliquer b reconnaissance de
a peu près uulles entre Paris et le Vatican. Le Pape, que la monarchie jugeait trop osé en janvier, passait pour trop timide en février, et le manifeste deM. de Lamartine n’avait pas plus parlé de lui' que le dernier discours de la l ouronne. Mais la question italienne restait plus que jamais à l’ordre du jour des chancelleries. Or alors, comme de nos jours, elle contenait la question romaine, comme le fruit œntient le germe. dont il est né et dont il vil. ^
S’il n’avait pas été donné à la République de la poser, il ne devait pas lui être donné non plus de la résoudre. Constatons d’abord que les plus vives préoccupations de l’opinion allaient plutôt de l’autre côté du Rhin qiie de l’autre côté des Alpes. La Pologne avait à notre appui des ilroils plus anciens, plus héroïques, plus obstinément rappelés. C’est en son nom et nullement au nom de l'Italie que s’était faite la journée révolutionnaire du 15 mai. Grande maladresse dont on est bien revenu depuis I En s’en prenant à la Pologne, on liguait contre soi les trois puissances (|ui se sont enrichies de ses dépouilles. Mais en se jetant sur l’Italie, on n’attaquait que l’Autriche et l’on gardait toute chance de l’isoler de l'Allemagne et de la brouiller avec la Russie.
Cependant les réfugiés italiens avaient été reçus et harangués comme tous les autres à l’ilôtei de Ville. M. de Lamartine leur avait répété les brillantes et dange-
la République, et j’aime i croire que le nonce i Paris va recevoir de nouvelles lettres île créance, a (/.a République françaue et l'Ilalie en 1848, par Jules Itastide, ancien ministre des affaires étrangères de France, nriuellcs, chez Mélinc et C*. 18, î8.'
DK L’EXDÉDITION DE DOME EN 18 4». «iS
leuses assurances de son manifeste : Pas de propagande à main armée et de parti pris, mais intervention si les peuples la demandent. Et, pour montrer que les faits suivraient les paroles, trente mille hommes attendaient l’arme au bras aux pieds des Alpes l’appel fraternel de l'Italie. Nous ne disons pas qti’il n’y eût dans la République et même dans le gouvernement, une faction violente et rétrograde qui demandait à reprendre, sans tant de phrases, la politique de la Marseillaise. Nous ne nions pas qu’elle n’ait essayé d’engager la partie en dessous, traîtreusement, à l’italienne, et de faire franchir nos frontières par des corps francs, avec un désaveu tout formulé en cas d’insuccès et une armée toute prête en cas de réussite. Les tentatives de lÿhambéry et de Risquons tout, qui seraient à peine remarquées aujourd'hui, tant les doctrines de force et d(( .succès à tout prix ont acquis d’empire sur les âmes, sont restées fameuses dans les scandales de ce temps. Mais il est de notre devoir de rappeler que les principaux chefs de la République ont mis leur honneur à repousser une solidarité dont s'indignait la loyauté française. On peut môme mesurer les progrès de la moralité politique en nous voyant applaudir en Piémont, depuis IH'vO, des pratiques que nous jugions infâmes il y a douze ans, et conlie lesquelles on invoquait, en pleine Assemblée nationale les articles 84 et 8.‘i du Code pénal '.
‘ Den délits et des crimes contre la sûreté extérieure de FÉtal. — Voir k U fin du volume les déclarttions de MM. de Umartine, l>edni-UnlliM ef Ktnmaniiel Arago devant la Gonsiitnnnle.
HISTOIRE
Non-seulement notre année des Alpes ne fut pas appelée, mais les Italiens s’étaient habitués à la regarder presque comme ennemie. M. Jules Bastide va même ■jusqu’à prétendre qu’on nous craignait plus que les Autrichiens. L’esprit Iradilionnellement anti-français de nos voisins surexcité par les défiances égoïstes de Charles- Albert, n’accueillit guère mieux nos offres de secours que ne l’eût été une déclaration de guerre. « Je sais, écrivait de Turin le ministre d’Angleterre à lord Palmcrston, que le marquis de Brignole vient de renouveler, dans les mains de M. de Lamartine, la protestation non-seulement du gouvernement sarde, mais de tous les gouvernements italiens contre l’intervention française'. » Et notez que ce ne fut pas là seulement l’œuvre de quelques petites cours craignant notre propagande républicaine ; l’Italie avait au printemps de 1848 cinq parlements, à Turin, à Florence, à Rome, à Naples, à Venise, et tous se déclarèrent résolument hostiles à notre concours armé.
Le bruit s’étant accrédité à Rome que la république de Venise allait faire appela la République française*.
' Dépêche de sir Abercromby du 14 avril 1S48.
> * La République Trançaisc, av.ail dit Manin dans sa lettre de notiricalioii au gouvernement de février, a compati à nos malheurs, elle s'est réjouie de noue délivrance ; elle nous promet un appui qui donne heaucoup à espérer, rien à craindre ; les secours veiiaitl ‘l'un pays où iMiiiarline est ministre ne peuvent être dangereux. » (Venise 28 mars 1848.) C’est à propos de cette pauvre phrase qu'on s'indignait à Rome et que la Pallia de Milan s'écriait : a Quel vertige, quel délire a troublé l’esprit des ministres de la République de Venise? Nous ne trouvons pas de paroles assez sévères pour flétrir leur conduite! » (Documents laissés par Manin et recueillis par Planat de la Paye, vol. 1
DE L EXPEDITION DE ROME EN 1849. ‘ G5 M. Mamiani, ministre de l'intérieur, répondait en ces termes a de pressantes interpellations : « 11 n’est pas de ville, il n’est pas une palme de terre en Italie où l’on puisse concevoir la pensée et commettre la faute d’appeler l’étranijer. La république vénitienne préférerait mille fois s’engloutir dans ses lagunes ‘ ! » Et comme on reprochait le lendemain aux orateurs de la veille leurs allusions injurieuses pour la France, M. Farini, secrétaire de l’intérieur, voulut bien nous accorder cette dédaigneuse satisfaction : « A la France il est dû quelques paroles de remerciment, mais seulement des remeicînicnts, pour ses offres généreuses. Mes paroles doivent faire comprendre que nous sommes loin de désirer que les armes françaises entrent en Italie pour nous sauver. C’est avec nos propres forces que nous devons conquérir notre indépendance. Assez et trop longtemps l’Italie a été un champ ouvert aux ambitions des puissances étrangères ! » ( .Applaudissements.)
C'était le moment où les Piémontais, vainqueurs pour quelques jours en Lombardie, ne parlaient de rien moins que de passer les Alpes à leur tour, et d’aller, comme Napoléon, signer la paix à Schœnbrunn. On ne devait pas garder longtemps une si fiére attitude.
Cette main tendue par-dessus le mont Cenis, qu’on rc-
p. 169.) Le dictateur de Venise qui était un esprit pratique n'en écrirait pas moins à Paris, quand la Vénétie fut abandonnée par Charle.s-Albert ; « De même que la parole pacilique du pontife s’est interposée entre nous et l’.Autriclie, de même une parole plus guerrière, entre conseil et menace, venue de la France, pourrait lui imposer la paix. » (Venise lü juin 1818).
* Chambre des députés de Rome. Séance du 21 juin.
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HISTOIRE
poussait avec tant d’arrogance, on l’invoqua en vain à l’heure des désasires. Le général Cavaignac avait remplacé la commission exécutive , le glas des journées de Juin venait de sonner l’heure de la dictature la plus nécessaire et la plus unanimement consentie que la France ait jamais connue. Pour le pays épouvanté, il n’y avait plus qu’un ennemi à réduire, le socialisme; qu’un opprimé à délivrer, le pays lui-même. On équivoqua pour éviter de prendre de suite un parti. Le général Cavaignac exigea que la demande d’intervention lui fût adressée en bonne forme par le roi Charles-Albert, maître des passages des Alpes. Celui-ci s’y serait prêté, mais à la condition expresse, qui trahissait l’ambition héréditaire de sa race, qu’on lui garantirait avant d’entrer en campagne les provinces lombardo-vénitiennes. Défait à Somma-Campagna, ramené, toujours battu, à Milan, on le vit, peu de jours après, implorer en vaincu le secours de la République, et en même temps, comme effrayédes suites de celte résolution, livrer à l’Autriche, par un honteux armistice, les pays qui venaient de SC donner à lui, plutôt que de les voir affranchis par la France.
A son tour, du reste, le cabinet français allait répondre par un refus catégorique. M. Jules Bastide s’acquitta de celte pénible tâche avec l'inexorable sévérité du patriotisme offensé : « La France, disait-il, ne croit pas plus aujourd'hui qu’elle ne croyait il y a un mois à l’enthousiasme et à la prédilection des Italiens pour elle. Elle ne croit qu’à la mobilité de leurs impressions et à leur im-
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(luissance. L’Italie a compromis, pour ne pas dire perdu sa cause par un vaniteux enlôtement à repousser une assistance généreusement offerte. Aux jours de pi-ospérité, la liberté italienne nu pas dit un mot, n'a pas accompli un vote qui ne fût désobligeant ou même hostile à notre égard; il n’entre aucune pensée de rancune ni de vengeance dans notre esprit, mais nous sommes avertis et devons agir en conséquence... ‘. » Et plus tard, quand le Piémont, impatient d’une revanche, s’essayait déjà à nous enlacer dans ses intrigues pour nous entraîner derrière lui à la seconda riscossa, le général Cavaignac faisait écrire : a ^'ous qui portons la responsabilité du gouvernement de la France, nous serions coupables au plus haut degré si nous jetions notre pays dans les aventures d’une guerre européenne, parce que des gens qui nous repoussaient, il y a trois mois, comme des ambitieux, veulent aujourd'hui nous faire courir les hasards d’une politique désespérée. Après la révolution de février, nous recevions chaque jour de Turin et des autres villes d'Italie des notes et des protestations contre l’intervention française. On prononçait l'accession de la Lombardie nu Piémont sans même nous consulter ; maintenant on prétend nous forcer, par une sorte de contrainte morale, à nous mêler d’une affaire dans laquelle on ne nous permettait pas d'intervenir quand elle offrait des chances de succès. Nous ne nous laisserons pas contraindre. . . nous disons à notre tour : Attendez notre convenance, et ne croyez pas
' Ou '20 noût, à M. BenoiM^lianipy, à Florence.
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que nous comproineltrons criminelleiiieiit le sort de la France pour tenter d’agrandir les domaines de la couronne de Savoie ‘ I »
Ainsi parlait un gouvernement qui avait, comme il le disait lui-même, à rendre compte de ses actes à la France.
Les débats parlementaires suivirent assez fidèlement, quoique avec les traits qui leur sont propres, les vicissitudes de notre diplomatie. Depuis la séance du 24 mai, où, pour répondre à l’émeute un moment victorieuse dans sa propre enceinte une semaine a>ant, 1 Assemblée nationale avait jugé opportun de révéler à l’Europe le dernier mot de sa politique extérieure, la République était solennellement engagée à reconstituer la Pologne, à affrancliir l’Italie, à conclure un pacte fraternel avec l’Allemagne. Triple et rude besogne pour un début! L’Italie, on 1 a vu, n’était pas d’humeur à recevoir, par un décret voté à Paris, l’indépendance quelle ne voulait devoir qu’à l’iiéroîsme de ses enfants. L’Allemagne, que nous allions chercher à Francfort, recula jusqu’à Berlin et à Vienne, ses vraies capitales, (juant à la Pologne, habituée depuis 1830 à s’entendre jurer, quoique étendue dans la tombe, qu’elle ne devait pas mourir, elle ne prêta qu’une attention mélancolique à l’Assemblée républicaine, répétant ce que lui avaient dit deux mois avant les Chambres monarchiques. Cet ordre du jour du 24 mai, programme impossible de gouvernement, n’en devint que plus sûrement
' Du 10 oclubre, à M. Bois-lu-Conile, ambassadeur à Turin.
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un programme redoutable d'opposition. Nous le verrons reparaître comme un refrain de guerre civile dans les joui's de crise. Interpellé, après le Irisle retour de Charles- Albert dans sa capilale, sur la conduite que nous allions tenir, M. Jules Bastide se bornait à déclarer que la France travaillait, de concert avec l’Angleterre, à la pacification de la haute Italie. « Pourquoi plus l’affranchissement'? » s’écrièrent quebiues voix. « La paix et l’affranchissement, c’est tout un pour nous ! » répondait le ministre. Hélas! que n’avait-on eu, comme Pie IX, le courage de parler ainsi avant la guerre? C’eût été alois uné vérité de salut pour l’Italie; ce n’était plus, au mois d’août i 848, que l’illusion impuissante d’une politicpie qui n’osait pas avouer ses motifs et se mettre en face de la réalité des choses.
Les conférences de Bruxelles, où devait se régler la (juestion italienne, étaient en effet frappées de nullité avant d’étre ouvertes. Nous ne voulions pas des traités de 1815 comme base des négociations : l’Autriche et l’Angleterre elle-même, notre co-médiatrice, n’en connaissaient pas d’autres. Nous avions ofl'ert notre entremise lorsque Charles-Albert tenait encore, quoique vaincu, à Milan et dans les places de la Lombardie : il venait de tout abandonner d’un trait de plume et de rentrer de lui-même dans les anciennes limites de ses États. Nous nous montrions du moins énergiquement décidés à ne pas abandonner Venise : et lord Palinerston avertissait Manin « qu’il n’entrait point dans les propositions faites par le gouvernement britanni(|ue au gouverneinont au-
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trichien, pour la pacification de l'Italie, que Venise cessât d’être soumise à la couronne impériale'... » Nous espérions détacher l'Allemagne révolutionnaire de la cause de l’Autriche en Italie : et la diète nous répondait que le Mincio serait dorénavant frontière germanique, l’Illyrie province allemande, Trieste port allemand, et il dépendit peut-être en ce moment du gouvernement de Vienne de prévenir la guerre sous laquelle il devait succomber onze ans après, en admettant garnison fédérale dans ses forteresses de l’Adige.
Tant de prétentions repoussées à l’avancÆ nous condamnaient à d’inévitables concessions. Aussi voyons-nous qu’aprè.s avoir donné pour point de départ aux négociations l'indépendance absolue de la Lombardie et l’établissement d’une Vénétie impériale à gouvernement italien, comme celle qu’on a rêvée de nouveau à Villafranca , on se disait prêt, au bout d’un mois, à traiter sur la base d’un royaume lombard-vénitien entièrement dévolu à l’Autriche, mais avec la précieuse compensation du suffrage universel dans sa constitution*. Évidemment rien de tout cela n’était sérieux. Le véritable mot de la situation, le Moniteur du 12 août, le laissait échapper, lorsqu'il déclarait qu’on était forcé par le sentiment public à éviter la guerre, si l’éviter était possible. La France avait bien assez de son crédit à relever, de l’ordre matériel à défendre, de son avenir à recommencer. Loin de son -
< Dépéchü du 16 octobre ISIS.
* 16 septembre 1848. I.e ministre des afAiiros étrangères i M. E. Arago. à Berlin.
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ger à porter la révolution chez les autres, elle ne pensait qu’à la détruire chez elle. Ni par force ni parsurprise,eUe ne se serait prêtée à protéger autrement que par sa diplomatie la cause d'un peuple quelle croyait digne sans doute de sa pitié, mais non plus de son estime. Le gouvernement devait en ce moment se prononcer pour la paix ou renoncer à répondre de sa politique devant le pays. Ainsi l’exigeaient les intérêts en désarroi, et l’imagination publique elle-même, effrayée de se voir en face des apologistes de la terreur pendant que l’armée serait aux frontières. La première condition pour arriver à la guerre, c’eût été de renverser la tribune, de supprimer •les journaux et de proclamer la dictature. Le général Cavaignac n’aurait pas permis qu’on lui en donnât le éonseil. 11 sentait sans doute sur son cœur de soldat le poids d’une situation créée par un demi-siècle de tourmente, le jour où il laissait tomber de la tribune ces paroles qui jettent un reflet de grandeur antique sur cette figure d’honnête homme au pouvoir ; a Si, dans l’histoire du pays, je vois plus d’un homme qui s’est fait un grand nom par la guerre, j’en vois aussi beaucoup qui ont flni obscurément pour n’avoir voulu senir que les intérêts pacifiques de leura pays. Quant à moi, je le déclare solennellement, ma pensée s’est toujours portée avec, plus de respect sur ceux-ci que sur les autres... Je pense que la République ne sera fondée, que l'éducation républicaine du pays ne sera faite, que lorsque les hommes qui disposent pour un temps plus ou moins long de la puissance du pays sauront se réduire à ce rôle modeste
n HISTOIRE
el ne pas trop pensera eux-mômesM... » L’ancien président du pouvoir exécutif a assez vécu pour reconnaître que l’éducation républicaine du pays restait encore à faire.
Pie IX avait demandé aussi le secours de la France. l)e jour en jour il voyait croître l’audace de ses ennemis et tomber le prestige qui avaitfail jusque-là toute sa force. . Un ministre insolemment ligué contre lui avec les Chambres, menait de son chef contre l’Autriche la guerre que le Pape avait refusé de déclarer. L’émeute, en permanence au cercle populaire, appuyait de ses manifestations les empiétements de M. Mamiani. Il y eut des journées où le Quii'inal rappela les Tuileries de 1791 . Depuis l’ouverture de la session législative, le Pape était publi-quement opprimé par une faction. Les tentatives des Autrichiens contre Ferrare el Bologne ne fournirent que trop de prétextes aux meneurs du mouvement. On aurait dû reconnaître alors la sagesse du souverain qui avait voulu réserver scs troupes pour la défense du territoire national. Portées, malgré ses ordres, de l’autre côté du Pô, elles s’étaient misérablement débandées, laissant le gouvernement sans ressources entre le double danger de l’invasion et de la révolution. C’est à ce moment que, se rappelant les assurances qui lui étaient venues de Paris au mois de janvier, Pie IX se tourna franchement vers la France. Dans une lettre écrite de sa main au général Cavaignac, il exposait (juc, n’étant plus ni maître ni libre dans ses États, l’inlérét delà catholicité
' Moniteur du 22 .lofti 1848.
DE L'EXPÉDITION DK HOME EiN 1849. 75
exigeait qu’il fût mis un terme à une situation non moins incompatible a\ec sa souveraineté spirituelle qu’avec l’autre. Quatre ou cinq mille hommes devaient suflire à' protéger l’oi dre et à rétablir son indépendance ‘. Cette demande ne fut pas accueillie. Cavaignac répondit au nonce qu’aucune intervention militaire, si limitée qu elle fût, ne pourrait se concilier avec le rôle de médiateur pacifique qu’il avait pris en Italie. Était-il juste d’ailleurs d’accoi;dcr au Saint-Père ce que nous venions de refuser à nos frères lombards? Et s’il éclata’it des troubles à Rome, faudi ait-il que nos soldais fussent employés à les réprimer? Que deviendrait le principe qui nous interdit de nous immiscer dans les affaires intérieures des autres États? C((s raisons n’avaient sans doute rien perdu de leur force trois mois plus tard, et cependant on n’hésita plus à les mettre de côté et à donner le signal de l’expédition de Rome. « Vous regretterez peut-être, devait écrire alors le duc d’Harcourt, nolie ambassadeur auprès du Saint- Siège, de n’avoir pas prêté au Pape l’appui qu’il vous demandait. » L’heure des regrets était venue, en effet, assez tôt pour l’honneur de notre gouvernement, mais trop lard pour le salut de Pie IX.
Ainsi abandonné à lui-méme, le Pape revint au projet qu’il nourrissait depuis longtemps, d appeler auprès de lui l’ancien ambassadeur de France, dont il avait appré-
* (Dt^pÔclie de M. Jules Baslide à M. d'Harcourt, du 25 aortt 1848.) C’est donc à tort que dans son désir de nuire au Vaj»e l'Iiislorien italien Viineicati place celle démarche à rorigine du miiiistèi c Mainiani, c'est-à-dire au mois de mai précédent. Nous avons vu qu’à la date du 7 juillet aucune relation n’était encore établie entre la cour de Rome et In i épubliqiie.
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cié, surloul depuis les mauvais joui^s, la l'aisoii élevée et le dévouement à sa personne. Après la révolution de février, le comte Rossi était demeuré à Rome, continuant à suivre avec le double intérêt de l'Italien et de rtiomine d'État les péripéties du di'ame où il avait joué un des premiers rôles. Ne pouvant plus défendre le Pape par lui-même, il avait enrôlé ses deux fils dans l’armée pontificale, et s’efforçait de son côté de maintenir dans la société romaine les traditions de la politique modéré(‘ dont il restait le plus haut représentant. Rare exemple de l'importance d’un fonctionna ire survivant à ses fonctions et même au gouvernement qui les lui avait données ! Le ministère de M. Cavaignac s’en montrait mesquinement préoccupé. La nouvelle que le Pape songeait à confier un porteieuilleâ cet Italien, devenu Français par droit de talents et de semces, faillit nous brouiller avec Rome ; o Si l’on persistait dans ce dessein, écrivait M. Jules Bastide, vous ferez connaître au gouvernement pontifical que nous en serions aussi surpris que mécontents; que nous ne pourrions voir là qu’une façon d'agir tout à fait contraire nonseulement à l’esprit des relations amicales qui doivent exister entre la France et le Saint-Siège, mais encore aux égards ordinaires que les gouvernements se doivent entre eux, et que, si la cour de Rome répondait de la sorte aux témoignages de bienveillance dont nous lui donnons des preuves, nous n'aurions plus nous-mêmes qu’à régler notre conduite en conséquence'. »
* Le ministre de< alTnires (étrangères à M. d'ilarconrl (4 luOilj.
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DE l/EXrfillITIO.N DE HOME EN I8i9.
1-0 Pape ayant persisté, le cabinet républicain poussa la mauvaise humeur jusqu'à lui refuser l’autorisation qu’il demandait pour son nouveau ministre d’accepter des fonctions d’un souverain étranger. Un mot du programme de M. Rossi, disant qu’il importait de rétablir | l'autorité temporelle du Saint-Père, jugeait sans appel ceux qui l’avaient précédé aux affaires. On ne parla pas autrement après Mazzini, et jamais paroles ne furent d'une application plus juste et d’une nécessité plus évidente. Contenir et réprimer les deux partis contraires au Statut, améliorer l'administration, restaurer .les finances, fonder un gouvernement qui prendrait sa force dans la loi, tels furent les engagements généraux contractés envers le pays par l’ami et le disciple de M. Guizot. Quant au dehors, il se faisait fort de donner à l’État une armée assez puissante pour soutenir la cause italienne, sans qu’on eût besoin d’appeler l’étranger dans les affaires de la Péninsule. Mais la préoccupation des Autrichiens à repousser ne l’empêchait pas de jeter les yeux sur l’ennemi intérieur, de tout temps le plus redoutable pour sa malheureuse patrie. C’est avec une perspicacité cruellement justifiée de nos jours que M. Rossi signalait l’urgence de défendre l'intégrité du territoire pontifical contre -ile* menées des unitaires, et remportait sur le Piémont des , victoires de discussion dont notre temps devait voir les j brutales revanches.
Il s’agissait de reprendre pour le développer un des premiers desseins de Pie IX, et de convertir en ligue politique la ligue douanière conclue jadis sous ses auspices
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(‘litre Rome, le grand-duc de Toscane et le roi de Piémont. Deux fois cetle pensée favorite du Pontife aimé des Italiens devait être mise en avant par son gouvernement, et deux fois être repoussée par le gouvernement piémontais. Au début de la guerre de l'indépendance, nous avons vu M. Farini la porter au camp de Charles-Albert, alors dans l'ivresse des premiers succès, et ne rencontrer ([u’un dédaigneux refus. Cette fois, le savant et vénérable Rosmini, envoyé à Rome pour traiter cette affaire directement avec le Pape, et qui croyait l'avoir menée a bonne Un, venait d’être rudement désavoué par le cabinet de Turin. Qu'avait-il donc signé de si coupable? Pas autre chose qu’un premier article ainsi conçu :
« II existera entre les Ktals de l’Église, du roi de Sardaigne et du ‘grand-duc de Toscane une confédération perpétuelle qui, réunissant leurs forces et leur action, servira à garantir l’intégrité des territoires de ces États et à prob'îger le développement progressif et pacifique des inslitutions constitutionnelles et de la prospérité nationale. »
Voit-on bien la lourde faute du pieux abbé Rosmini, vraiment trop naïf pour un diplomate? Garantir les institutions libérales des États voisins, cela allait de soi ; Turin en jouissait comme Rome et comme Florence. Mais garantir F des territoires, n’était-cc pas s’engager au delà de toute prudence et de toute permission? Il fallait donc renoncer à s’agrandir, rester dans ses frontières, ne plus conspirer chez les autres, tout attendre des progrès de l’esprit public cl de la liberté, ba belle chance
DE LEXPÉDlïlÛ.N DE ROME EN 18i9.
vraiment pour le Piémont! C'était bien la peine de s’étir endetté comme un grand État et d avoir été se faire battre aux portes de Vérone ! Rosmini fut donc accusé de s'être laissé gagner par les cardinaux, et disgracié. On voit par ce trait trop oublié que ceux qui ne font remonter qu’à M. de Cavour l’iionneur ou la responsabilité delà politique qui triomphe en ce moment auraient tout profit à relire les documents de l'époque dont nous parlons.
A peine connu, le projet du comte Rossi eut l'assentiment de Naples, qui demanda à venir compléter l’alliante nationale des monarchies constitutionnelles de la Péninsule. On a prétendu, après coup, que Radetzki n'étail pas éloigné non plus d'y souscrire, comme chef d'un État italien ; mais on affecte d'oublier qu’il eût été difficile de faire accepter pour un gouvernement indépendant et constitutionnel le royaume lombard-vénitien, livré alors à tous les sévices de l’état de siège, et que, dans tous les cas, ce n'eùl été qu’antidater de dix années les illusions de Villafr.anca ! Que le ministère piémontais, présidé par M. Casati, et presque entièrement composé de réfugiés lombards et vénitiens, n’ait vu dès ce moment d’autre politique à suivre que de recommencer la guerre, en entraînant dans sa cause, non plus de petits États italiens desfinés à lui être sacrifiés, mais une grande puissance européenne telle que l’Angleterre ou la Fiance, c’est ce qui nous est aujourd'hui surabondamment démontré. Mais on ne pouvait demander sérieusement au ministre de Pie IX d’entrer dans une
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ligue si différente de celle qu'il proposait. « Qu'on ne dise pas, écrivait-il à ce sujet, que l'agrandissement du' Piémont soit une des conditions de l’indépendance italienne. L’autonomie de l’Italie n’implique pas nécessairement la formation d’un grand empire s’étendant depuis le Panaro jusqu’aux Alpes, et placé sous la souveraineté de la maison de Savoie. Si cet empire est l’une des formes politiques que l’Italie indépendante peut prendre, il n’est pas la seule. Et nous ne voulons pas examiner si cette forme est préférable à toute autre; et quand même elle le serait, si, en s’étendant au delà de Plaisance et de la Lombardie, cet empire n’auraü pas quelque chose de hors de saison et de monstrueux... On ne parle pas de Naples, mais Naples est une partie si importante de l ltalie, qu’on voudrait vainement se taire à son égard... Sans doute, il serait beau pour le roi de Piémont de pouvoir s’appeler le chef de deux ou trois armées ajoutées à la sienne. Les négociations qu’il a provoquées en capitulant à Milan et la médiation étrangère qu’il a ensuite acceptée pourront peut-être lui procurer quelques lambeaux des vastes territoires qu’il voudrait engloutir. Et l’Italie, au sein des malheurs où les erreurs et les folies humaines l’ont plongée, éprouverait vraiment un grand soulagement, par cela seul que le royaume piémontais se serait agrandi !... Cependant, si l’on songe à l’Italie et rien qu’à elle, il semblerait plus sage et pins patriotique de resserrer d’abord fortement la ligue et de laisser ainsi aux Étals alliés le temps de réorganiser solidement leurs armées. Le projet du souverain Pontife est clair et simple. 11 peut
se résumer en quelques paroles : Il y aura une ligue entre les monarchies constitutionnelles de la Péninsule. Les plénipotentiaires de chaque État indépendant se réuniront en assemblée préliminaire à Rome pour établir les conditions organiques de la ligue... Toute chose faite a son commencement. Par cette voie droite et claire on arrive au but ; on s’en éloignerait en en adoptant toute autre. L’Italie si souvent victime de tant de fautes, aurait à gémir sur une faute de plus'. » Merveilleux pronostic d'un grand esprit, avertissement aujourd’hui dévoilé de la Providence, que les dernières paroles de celui qui devait verser le premier son sang pour la papauté aient été un cri d’alarme contre l’ambition piémonlaise ! « Concluons, disait-il en terminant cet article de journal, par un mot destiné à rester à l’histoire : Pie IX n’abandonne pas son grand projet ; il est aujourd’hui, comme toujours, plein d’ardeur pour assurer par la ligue italienne la sécurité, la dignité, la prospérité de l’Italie et des monarchies constitutionnelles de la Péninsule. Pie IX ne consulte pas ses intérêts particuliers, n’est pas animé de convoitises ambitieuses! Il ne cherche, il ne désire, il ne demande que le bonheur de l’Italie et le développement régulier des institutions accordées par lui à ses peuples. Mais , en même temps, il n’oubliera jamais ce qu’il doit à la dignité du Saint-Siège et à la gloire de Rome. Toute proposition incompatible avec ce devoir sacré ne pour-
' Gaietta di Homa du i novembre.
lllSTOlUK
rait rien auprès du souverain de Koiiie et du cli«f de l’Église. — La papaulé est la seule grandeur vivante qui reste à l’Italie (sola vivu granilezza che resli all'Ituliaj. C'est elle qui lui vaut le respect et rtiommage de l’Europe et de tout le inonde catholique. Pie IX s’en souviendra toujours comme pontife, comme souverain, comme Italien I »
Telles claicnl les liaulcs pensées que le comte Rossi allait exposer et peut-être faire triompher devant les Chambres romaines, lorsque le poignard des clubs vint clouer dans sa gorge le discours qu’il devait prononcer pour inaugurer son entrée aux affaires'. « Hier, disait le ConUmporaneo du lendemain, est tombé sous les coups de l’indignation publique le ministre Rossi, qui, par ses. continuelles provocations, par ses articles insérés dans la Gazetta, par ses méchants projets politiques, avait tellement exaspéré conire lui le peuple romain, que
* Noici te recil oniciel de ce crime dans une dépêche du duc d'Iïarcourl : « J ai déjà eu 1 honneur de vous écrire par le lélégrapiie pour vous annoncer que M. Uossi, ministre de 1 intérieur, avait été assassiné hier à une heure, comme il descendait de voilure pour mouler à la Chambre des députés. 11 a été frappé à la gorçe dW coup dont il est mort sur-lc-ch imp. Le meurtrier n'a pas été arrêté; on ne t'a pas même essayé ; quelques gendarmes et gank' nationaux qui étaient sur les lieux ont laissé faire. La population est restée froide et muette devant cet événement C'e^t à peine si le serviteur du niinislrc a pu trouver un second pour iransporlcr dans une chambre voisine le corps de son maître. LAsseuihléc, sur les degrés de laquelle s était consommé ie meurtre, a continué gravement la lecture de son procès-verbal, et il n a pas etc fait b moindre mention de rincideiil pendant toute la duree de lu séance... Le soir, les meurtriers et leurs adliémU."’, nu nonihre de quelques centaines, ^vec des drapeaux en télé, ont été fraterniser avec les soldats des casernes, et l’autorité ne s'est montrée nulle pari; le directeui de la police, pressé de prendre quelques mesures énergique.^, s’y est refusé et s'est retiré. 8 (Rome. 16 novembre 1848.
chacun voulait avoir contribué à sa chute... Les balcons, les fenêtres, les terrasses se sont illuminés; les troupes, sortant de leurs quartiers, ont fraternisé avec le peuple; les carabiniers, suspects jusque-là par leurs allures, promenaient dans les rues la bannière tricolore en jurant fidélité au peuple. » Le même jour, l'Epoca, organe du ministère que M. Rossi avait remplacé, dres sait un acte d’accusation contre... la victime !... « Nous avons dit dans un récent article, lisons-nous en tête de son numéro du 16, que nous exécrions cordialement le ministère Rossi, et nous le répéterons encore en ces moments extraordinaires... Mais nous avions dans le cœur et dans la pensée que la vive opposition de la tribune et de la presse fussent le poignard qui frapperait le honteux régime des despotes {vergoguoso dominio dé despoti). Il n’en a pas été ainsi ; il en était décidé autrement dans les impénétrables décrets de Dieu, car sous ce qui surgit de grand et de fort aujourd’hui dans le développement rapide de la vie des nations, se cache l’œuvre d’une providence terrible autant que juste [terribile quanto giusta) . Il était écrit que le poignard de la vengeance populaire devait s’armer contre l’homme désigné comme la cause de tant de maux, et que la tolérance publique aurait un terme. Frappé d’un fer sur l’escalier des députés de la nation, il est tombé, spectacle de sang aux gouvernements de l’Italie! Nous ne scruterons pas les volontés de la haute sagesse , et dans l’émotion qu’excite en nos cœurs un tel événement, nous nous contenterons de
crier aux hommes du pouvoir asservi par un brutal
HISTOIRK
égoïsme ; La nécessité du sang nous fait frissonner, mais vous, contemplez-vous dans la mort du ministre Rossi. Ne fa ribrezzo la necessità del sangtie, ma voi specchiatevi nella morte del ministro Rossi \ Ainsi parlaient les mo dérés de la révolution romaine.
Deux incidents, depuis longtemps dénoncés à l'indignation du monde, achèvent de caractériser les deux monstrueuses journées des 13 et 16 novembre 1848. Le 15, le premier ministre tombe assassiné sur les degrés de l’escalier qui monte à la salle des séances, le bruit s'en répand aussitôt parmi les députés; un des plus connus au moins par son nom, répétant un mot fatal de notre première Constituante, s’écrie : Que nous importe ! était-il donc le roi de Rome? et la Chambre passe tranquillement à l'ordre du jour. Le lendemain. Pie IX est assiégé par l'émeute dans le Quirinal ; quelques vieux Suisses se montrent seuls disposés à faire leur devoir, et notre ambassadeur, indigné, peut écrire à son gouveinement : U n'y U eu autour du Pape pendant toute la journée que le corps diplomatique! « Pendant la fusillade, qui a duré trois heures, mandait-on de Rome à YAlbit de Florence, ont été atteint Mgr Palma et quelques Suisses... La façade du palais est criblée de balles... De Rossi, il ne s’en
' VEpoca donne ensuilc l« liste des nouveaux iiiinistrca désignés par le peuple. C’étaient : Mainiani, Sterbini, Campcilo, Salicetti, Fuseoni, Lunati, Sereni, Gallctti commandant général des carabiniers. On demandait en même temps au gouvernement de promulguer le principe de la nationalité italienne, de convoquer la constituante et de mettre sur-le-cbamp à exécution le vote de la Clianibre des députés relativement à la guerre de l’indépen- ■lance.
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DE L'EXI’ÉDIÏION DE DOME EN 1819. 83
pnrle plus. Hier soir, le peuple alla par le Corso avec des torches et des bannières, en criant : Bénie /a main qui a poignardé le tyran ! {Be/iedetta quella mano che il tiranno pugnalù! »
F/émotion causée en France par les nouvelles de Rome ne pouvait qu’être vive et profonde. Tout le monde sentit que nous avions à venger le malheureux comte Rossi, qui avait noblement gagné au Collège de France, à la Chambre des pairs, à l'ambassade de Rome, ses lettres de naturalisation française; tout le monde s’écria que nous avions à défendre le doux pontife dont la magnanimité était payée d’une si noire ingratitude. Quel sort lui était réservé? Prisonnier des assassins de Rossi, que ne pouvait-on craindre pour lui? Allions-nous laisser égorger le père commun des fidèles, le souverain qui avait donné à tous les autres l’exemple des réformes, le généreux promoteur de la cause italienne?
On s’attendait à des communications du gouvernement; l’impatience de l’Assemblée les prévint. A la séance du •27 novembre, M. Bixio, Italien devenu Français comme Rossi, fit entendre des interpellations sur le malheureux état de sa patrie. Il la montra opprimée au nord par l’armée autrichienne, qui abusait d’une déplorable victoire, et menacée au midi d’une servitude presque aussi effroyable que celle de l’étranger, la servitude du désordre. L’honorable représentant flétrit des villes entières qui venaient de fêter un lâche assassinat, et de-
* Voir aux piècea le récit heure pur heure des érénenieiits de la joiiniéo ilu Di. que noua traduisons de VKpoca.
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manda qu'il fût pris un parti, tout au moins pour protéger la Papauté, qui était, selon lui, « non sans doute une institution italienne, mais une institution de droit public et religieux nécessaire au maintien de l’équilibre et des croyances de l'Uccident. »
M. Bixio avait voulu savoir ce que l’on comptait faire; le général Cavaignac répondit en racontant ce qu’on avait fait. Le jour même où les dépêches de M. d’Harcourt lui étaient parvenues, ordre avait été transmis par le télégraphe à Toulon et à Marseille d’embarquer aussitôt une brigade réunie là depuis quelque temps dans la prévision d’une descente prochaine en Italie. En outre, un membre de l’Assemblée, M. de Corcelles, avait reçu la mission spéciale d’aller prendre, sous la protection de la Erance, la personne sacrée de Pie IX, et, au besoin, d’assurer sa retraite sur notre territoire.
Les applaudissements unanimes de la Constituante sa- • luèrent dans le chef de la république cette inspiration digne des rois chrétiens dont il tenait la place.
Deux jours après, MM. Ledru-Rollin et Jules Favre vinrent demander compte au pouvoir exécutif d’une si grave détermination prise sans l’avis préalable de la Chambre. Après avoir payé, le premier, au pieux, magnanime, intelligent Pie IX, le second, à cette nature généreuse, brûlant de patriotisme et d'amour pour l'indépendance de l'Italie, le tribut de louanges alors encore obligé, ils discutèrent les instructions données à M. de Corcelles que le général Cavaignac avait apportées à la tribune. Ces instructions tendaient à établir que toute protection était
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DF L’EXPÉDITION DE ROME EN I8t9.
due à la personne du Pontife, mais non à rautoritc du souverain temporel. On devine ce que cette distinction, nouvelle alors en diplomatie, soulevait d’étonnement et d’objections. L’école radicale n’en était pas encore venue à comprendre qu’elle n’avait rien déplus à demander, et qu’en lui livrant le souverain on lui livrait indirectement le Pape. Où finit le prêtre*’ disaient alors ceux qui dissertent si subtilement aujourd’hui sur la séparation nécessaire des deux pouvoirs et des deux personnes ; où commence le prince? Comment défendre l’un sans tavoriseï' l’autre? Comment ne pas voir que votre envoyé fera malgré vous et malgré lui de la politique? Et quelle politique ! Soutenir un roi contre ses sujets ! Puis, qui nous appelle, qui nous désire à Rome? Personne, Pie IX pas plus que ses nouveaux ministres. Tout y est tranquille, apaisé, en bonne voie d’accommodement et de liberté. Admettez que le Saint-Père se laisse circonvenir par des conseils autrichiens ou qu’il se livre franchement à son peuple; dans les deux cas il peut nous dire, au grand détriment de notre dignité : « Que venez-vous faire ici? je n’ai pas besoin de vos soldats! » En un mot, l’affaire est engagée plus à fond que les instructions ne le supposent ; il faut que notre armée, une fois débarquée, prenne parti pour ou contre la Papauté, elle ne peut rester neutre !
C’était aussi l’avis de M. de Montalcmbert. Avec l’orateur catholique, les grands côtés de la question romaine apparurent pour la première fois b la tribune. « M. Ledru- Rollin, s’écria-t-il, en pressant le débat pour eu faire
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sortir une franche conclusion, disait qu’on serait obligé de défendre le prince en même temps que le Pontife : je déclare que, pour ma part, j’y compte bien ! » Mais le gouvernement n’osant pas encore y voir aussi clair se borna à déclarer, par l’organe du ministre de l’intérieur, que l’expédition avait pour but de sauvegarder non-seu* lement la liberté matérielle, mais la liberté morale^ la liberté d’action du Souverain Pontife. N était-ce pas déjà un grand pas fait au delà des instructions, et l’esprit naturellement lumineux de M. Dufaure ne venait-il pas d'éclairer d'un trait involontaire le fond même de la situation 'I
L’ordre du jour qui termina la séance s'empara habilement de cette concession inévitable. « L’Assemblée, disait-il, approuvant les mesures de précaution prises par le gouvernement pour assurer la liberté du Saint-Père, et se réservant de prendre une décision sur des faits ultérieurs et encore imprévus, passe à l’ordre du jour ‘. »On voit qu’il n'était plus uniquement question de la sécurité personnelle du Pape et de sa retraite sur le territoire français.
C’en était fait, l’intervention de la France dans les États de l’Église était consentie et moralement consommée. En vain le général Cavaignac, reproduisant contre ses successeurs l’accusation que M. de Lamartine avait élevée contre lui de n’avoir rien osé en faveur de l’Italie, essaya plus tard de marquer ce qu'il appelait une
' Présenté par M. de Trércnenc. Voté par 480 voix oonlrc W.
coupure entre sa politique à Rome et celle qu'on avait suivie depuis ; cette coupure, peu sensible pour les contemporains, n’est pas visible pour l’histoire. Toute chose faite, disent les Italiens, doit avoir son commencement. Cosa fatta capo ha! Le vote du 30 novembre fut le commencement de l’expédition romaine. Que disaibil, en effet? Deux choses : que le Saint-Père était privé de sa liberté et que nous allions la lui rendre. Mais comment la lui rendre? Par force ou par persuasion? Et dans quel but? Pour lui permettre de fuir ou de régner? A la première question, la brigade du général Mollière répondait par ses trois mille cinq cents baïonnettes. A la seconde, l’ordre du jour de l’assemblée, élargissant la portée dc.s instructions, donnait aussi une péremptoire solution. Mais il y a plus : nous soutenons que, môme en se renfermant dans les limites strictes de sa mission, M. de Corcelles était conduit, le voulant ou ne le voulant pas, à en dépasser le sens littéral. Comment assurer la liberté purement personnelle du Saint-Père sans écarter ou mettre à la raison ceux qui l'opprimaient? Or, oserait-on prétendre qu’on ne s’immisce pas dans les affaires intérieures d’un peuple quand on va faire la police jusque dans le palais de son souverain? Les Prussiens de la première cam- |)agne de France prétendaient aussi que le seul but de leur invasion était de délivrer Louis XVI du joug des factieux. Quand on aborde un territoire étranger avec un corps d'armée, ce n’est certes pas pour se laisser dire : Nous n’avons pas besoin de vous, retournez-vous en! C’est, comme l aflirmait cinq mois après M. Odilon Barrot, pour
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offrir un arbitrage ou pour l'imposer, si besoin est. Voit-on d'ici le beau rôle pour notre drapeau, s’il eut été condamné à garantir la personne et non l’autorité du Pontife-roi? « Nous, puissance catholique, eussions-nous dit, nous, armée française, nous ne venons chez vous que pour exécuter la consigne de MM. Sterbini et Cb. Bonaparte. Si CCS messieurs jugent opportun de renverser le Pape, nous voici tous prêts à l’escorter et à le conduire en France. Mais, s’ils songeaient par hasard à le faire tuer, nous vous prévenons quenousavons l’ordre formel de nous y opposer. Le progrès des temps veut qu’on renvoie ses souverains, mais sans leur faire le moindre mal. Achevez donc votre besogne, comme si nous n’étions pas là! Nous avons des yeux pour ne pas voir et des bras pour ne pas agir. La couronne du Pape est dans la boue, c’est votre affaire! Traîncz-la dans vos çlubs, si cela vous plaît, nous ne protégeons que la tête! » Outre qu’elle est de celles qu’on ne pourrait avouer à la tribune, celte politique si différente de celle que le dernier cabinet de la monarchie avait par avance adoptée*, aurait répugné, nous n’en doutons pas, aux sentiments élevés de celui qui tenait alors le pouvoir.
/ On était à la veille de l’élection du iO décembre. 11 ne faut donc pas s’étonner si le concurrent du général Cavaignac sut profiter habilement de cette faute. On avait beaucoup remarqué que le prince Louis-Napoléon s’était abstenu de prendre part au vote relatif à l’expédition de
' Voir chapitre !•' la dépêche de M. Giiiiol du 27 septembre 1847,
Livila-Vecchia ; il écrivit aussitôt à scs deux journaux, le Conslitutionnel et la Presse, pour faire savoir au public que, « tout en étant décidé à appiiver toutes les mesures propres à garanlii- eflicacement la liberté et l'autorité du Souverain Pontife, il n’avait pu approuver par son vote j une démonstration militaire qui lui semblait dangereuse môme pour les intérêts sacrés qu’on voulait protéger, et de nature à compromettre la paix de l’Eiirope*. » C’était, comme on le voit, se prononcer plus catégoriquement que le président du conseil sur les droits du Pape, tout en blâmant formellement ce qui venait d’être entrepris pour aller à son aide. Sur la demande de quelques hommes politiques importants qui venaient de se rallier à sa candidature’, le prince Louis-Napoléon rectilla l’ambiguîté de celle déclaration par une lettre au nonce où il désavouait son cousin, le prince Canino, pour n’avoir pas compris que « la souveraineté temj)orelle du Pape était intimement liée à l’éclat de la religion comme à la liberté et à l’indépendance de l’Italie. » Celte fois le général Cavaignac était franchement dépassé : quant aux catholiques, ils étaient rassurés et gagnés à la candidature f de son rival.
Il faut reconnaître cependant que le gouvernement ne négligeait rien pour mériter leur reconnaissance. Un se
' Lettre du 2 décembre 1848.
” f La désapprobation <)ue les paroles de Canino ont rencontrée ici. écrivait, le 15 décembre suivant, le Vénitien Tommasco à son gonvernemeni, peut voua faire pressentir ce qui adviendra des affaires de Rome. C’est Thiers qui a conseillé le désaveu de ces paroles, ainsi que la déclaration que le pouvoir temporel est chose nécessaire 4 la dignité de la Papauté... » (Dccumetils fl fiéeet laissés par Manin et publiés par Planat de la Paye. t. Il, p. 57.)
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rappelle que le Saint-Père avait reçu l’invitation ofTicielle d’accepter l’hospitalité de la France. Le ministre des cultes, M. Freslon, digne d’ailleurs de cette mission filiale, avait même été envoyé à sa rencontre jusqu’à Marseille, avec un large crédit à mettre à la disposition du Pape et des cardinaux. Un savant et pieux évêque était monté à la tribune pour bénir solennellement la république et l’Assemblée. Le nonce adressait de touchants remerdments au président de la Constituante, et l’an • cien rédacteur en chef du National lui écrivait à son tour : « L’Assemblée a répondu aux sentiments de la nation entière, en faisant éclater les témoignages de sa vive et profonde sympathie pour le Saint-Père. » Jamais les rapports entre la France et la cour pontificale n’avaient été empreints de plus de déférence et de tendre empressement.
S’il fallait en croire certains apologistes du gouvernement tombé le 10 décembre 1848, il y aurait à saluer, sous ces élans dignes des siècles catholiques, toute un e politique renouvelée de Machiavel. On croyait, parait-il, le moment venu et l’occasion propice de séparer définitivement le spirituel du temporel. Sans soumettre Pie IX aux avaniesde la prison impériale de Fontainebleau, on comptait le soustraire entièrement à l’influence des cardinaux et le décider à opérer dans le catholicisme les mêmes réformes qu’il avait essayées dans ses États. On espérait surtout débarrasser l’Italie d'un gouvernement qui l’empêchait de recouvrer sa pleine liberté d’action. Pauvres inventions de l’esprit de parti que ces plans prêtés après
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coup au général Cavaignac! Nous voyons, quant à nous, trois raisons bien catégoriques de ne pas y croire. D’abord, il n’y avait pas lieu pour le moment de contraindre le Pape à donner des libertés à ses sujets, car le statut constitutionnel était en pleine vigueur, et c’était en l’invo- (luanl que Rossi venait d'entrer au ministère et d’élre frappé. Que pouvions-nous demander de plus à Pie IX que le statut ’.’ Qu’il déclarât la guerre à l’Autriche? Non, sans doute, puisque nous étions nous-mêmes médiateurs de paix en Lombardie. En second lieu, l’Europe, qui déjé n’acceptait pas avec plaisir notre simple intervention de garantie personnelle au Vatican, n’y aurait point laissé arriver sans résistance un programme de gouvernement porté par nos baïonnettes. Oublie- t-on que la crainte de notre propagande révolutionnaire était à l’ordre du jour des puissances, et que la moindre démonstration irréfléchie de notre part devait infailliblement tes rallier contre nous? C’était donc la guerre, la guerre pour imposer la république aux États de l’Église, quand nous l'avions refusée pour défendre l’indépendance de l’Italie du Nord! Si l’on osait être franc, on avouerait que le prudent désir de rassurer les grandes monarchies avait contribué, non moins que les préventions de la vieille école radicale, à conseiller au gouvernement les restrictions excessives mises à la mission de notre envoyé extraordinaire.
Il ne saurait enfin nous être interdit de faire observer que si la république avait eu réellement la honteuse pensée d’exercer la moindre violence morale sur son
auguste protégé, elle n’aurait pas pris pour agent un homme connu pour sa filiale affection envers Rome. De tout temps, on ne l’ignore pas, les caractères à la hauteur de pareils services n’ont pas été rares. Veut-on savoir quels sont ceux qui doivent se réjouir de cette interprétation inattendue du dernier acte gouvernemental de M. Cavaignac? Ce sont ceux de ses adversaires ijui n’y voulurent voir qu’un misérable calcul électoral
Heureusement pour la mémoire du noble vaincu du 1 0 décembre, nous aurions à citer à sa justification mieux que les écrivains de sa couleur, nous aurions le général Cavaignac lui-même. Le 25 novembre, le jour même où arrivaient é Paris les nouvelles de Rome, Cavaignac, descendant de la tribune, où il avaitété obligé de rester longtemps, pour se disculper d’avoir sauvé la société en juin, et tout frémissant encore de l’émotion de ce combat toujours nouveau pour lui. venait trouvera son banc un ami de jeunesse dont il avait plus d'une fois entendu, sans (tser les suivre, les conseils également dévoués à l'Église et à la cause libérale, et, l’entraînant à part, lui avait dit : « Le moment est venu ; il faut voler au secours du pape!... »
' Iài Chambre des députés de llorue u’arait pas deviné non plus les récentes explications de H. Jules Bastide sur un fait qui la touchait de si prés, car elle votait, le G décembre, la proposition suivante, présentée par M. Maniiani, le remplaçant de Rossi ; « Le conseil des députés s’associe au ministère pour protester contre les projets exposés par le général Cavaignac dans la séance de l’Assemblée nationale de France du 28 novembre dernier. > (Voir à la fin du volume la protestation du ministère Mamiani contre le projet de Cavaignac.)
Voler au secours du pape, n’était-co pas, en un mol du cœur, toute la politique de l’expédition romaine? M. de Ckircelles parlait le lendemain, emportant comme le vrai secret de scs instructions ce cri d’un soldat cl d’un honnête lioinine.