‹ L'expédition de Rome en 1849Chapitre 23 sur 34 · PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE ET LE MINISTRE DES AFFAIRES · texte numérisé non relu

PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE ET LE MINISTRE DES AFFAIRES

ÉTRA.VbÈRES.

Monsieur,

Les faits qui ont marqué le début de l’expédition française dirigée sur Civita-Vecehia étant de nature à compliquer une question qui se présentait d’abord sous un aspect plus simple, le gouvernement de la République a pensé qu’à côté du chef militaire, chargé de la direction dos forces envoyées en Italie, il convenait de placer un agent diplomatique qui, se consacrant exclus veinent aux négociations et aux rapports é établir avec les autorités et les populations ro-

IMK(;K^ JisriH(:.\TivK!<.

niaincs, pûl y poilor tout*' l'iittontion, (oui le soin néoessaii'i^s dans d’aussi p'aves matières. Voire zèle éprouvé, voti'e expérience, la fernielé et l'esprit de conciliation dont vous avez eu à fairi' preuve en plus d'une occasion dans le cours de votri' carrière, vous ont désiirnè, pour cette mission délicate, au choix du "onvei’iiement. Je vous ai expliqué l’état de la question dans laquelle vous allez avoir à intervenir. I.e liiit que nous nous proposons, c’est tout à la fois de soustraire les Ktats de l'Église à ranarchie qui les désole, et d’empêcher que le rétahlissement d un pouvoir régulier n’y soit attristé et même conqiromis dans l'avenir par une aveugle réaction. Tout ce qui, en prévenant le développement de l’interveiilion exercée par d’antres puissances, animées de sentiments moins modérés, laissera |ilns de place à notre influence particulière et directe, aura pour effet naturel de rendre plus facile à atteindre le hutque je viens de vous inditpier. Vous devrez donc mettre tous vos soins à amener le pins promptement possible un tel résidtat, mais dans les efforts (pie voik ferez à cet effet, vous aurez à fuir deux écueils que je dois vous signaler. Il faut vous abstenir de tout ce (|ui pouri ait donner lieu aux hommes investis en ce moment, dans les Ktals romains, de l’exercice du pouvoir, dr croire mi de faire croire que rwns les considérons connue un gourernement régulier, ce qui leur prêterait une force morale dont ils ont été dépoui vus jusqu’à présent. Il faut, dans les arrangements partiels que vous pourrez avoir à conclure avec eux, éviter toute )iarole, toute sti|inlation pro- (U'C à éveiller les susceptibilités du Saint-Sif’ge et de la conférence de (’iai'de, trop portés à croire que nous sommes disjioses à faire bon marché de l'autorité et des intérêts de la cour de Home. .Sur le terrain où vous allez vous trouver placé, avec les hommes à tpii vous aurez alVaire, la forme n’est guère moins importante que le fond. Telles sont, monsieur, les seules directions (pie je puisse en ce moment vous donner Tour les ix'udre plus précises, plus détaillées, il faudrait avoir, sur ce ([ui s’est passé depuis quelques jours dans les Ht ils romains, desinformniions qui nous manquent. Votre jugement droit éclairé vous inspirera suivi nt h*s circonstances. Vous devez

Ui

IMÈCES Jl'STIEIC.VTlVES.

d’ailleurs, vous concerter avec MM. d'Harcourt et de Rayneval sur tout ce (|ui aura quelque gravité, sur tout ce qui n’exigera pas une solution absolument inuiiêdialc. Je n'ai pas besoin de vous recommamler d'entretenir avec M. le général Oudinot des rapports intimes et conlianls, absolument néce.ssaires au succès de reulreprise à laquelle vous êtes appelés à concourir en.soinble.

K. Duoiiv.v DE Lnixs.

M. Hrouyn de Uiuys, ajoiile M. de l.esseps, me donna luiinéme lecture de ces instructions; il s'arrêta an premier paragraphe, (|ui m’autorisait à me consacrer exclusivement aux négociations et aux rappoils à établir avec les autorités et la population romaine, et me lit remarquer qu’on me faisait une part assez large et assez indépendante du général en chef; il appuya sur le dernier paragraphe qui me donnait foute latitude en présence d’événements ou de difficultés imprévus. Quant au passage concernant le concert avec M.\l. d’Harcourt et de Itayneval, je demandai en quoi devait consister ce concert. Il me fut répondu : « Envoyez-leur des duplicata de vos dépêches. » J’étais encore chez le ministre lorsqu’un message de M. le Président de la llé[iubli(pie m’invita à retourner à l'Ély.sée. M. Drouyn de üiuys me recommanda de venir lui fuire part de ce qui s’y serait passé.

.M. le Président me dit que, depuis le matin, il avait beaucoup réfléchi à l’objet de ma mission, qu’un point surtouti dont il craignait de ne pas m’avoir entretenu, le préoccupait extrômenient, c’étail l’attitude de nos troupes en présence d’une intervention armée des Autrichiens et des Napolitains, dont nous devions, à tout prix, éviter de laisser l’action se confondre avec la nôtre. Il me remit une lettre particulière pour Je général Oudinot, et il prit connaissance de mes instmetions, (|u'il trouva peu explicites.

Lorsque je répétai à M. Drouyn de Lhuys l’observation de M. le Président de la République, au sujet d’une intervention étrangère dans les États romains, il me demanda quel sens je donnais à ces mots, à tout prix, s’appliquant aux obstacles à

PIÈCES JUSTIFICATIVES

4ir.

;i|)i)iirtei- à une adioii (|iii parailrait ou (pii londrait à devenir coiiiniuno avoc lc.s Aiilrichieiis et les .Napolilains.

« C'esI avons, répuiidis-je, à vous eiileiidrc avec M. le l'résident el A m’eu écrire. Quant à moi, je les accepte dans le sens le plus large, en altendant de nouvelles directions. Toulefois, vous pouvez coinpier (pie je vous réserverai toujours votre liberté de décision, n

bans CO inoinenl le salon de M. brouyn de l.lmys était plein (le visiteurs; c’était son jour de réception. Je pris congé de lui. l'eu d’heures après j’i'tais sur la route de Toulon, où le télégraplie me faisait préparer un bAtiment.

Je reçus, avant de in’einbaiapier, deux dépèciies du mini.stére, en date du 9 el du tO.

La première indirpiait les directions données aux plénipotentiaires fran(;ais à Gaete, A l’effet de combattre les pensées de réaction absolutiste (pii se manifestaient dans les conseils du .‘'ainl l’ére; la seconde approuvait le général Oudinot d’avoir renvoyé de Civita-Veccliia trois commissaires venus au nom du l’ape et dont la mission, prise en mauvaise part par les Romains, |)ouvail gêner noire action.

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DLCRET DO H DÉCKUDItE 1851, rOBTAST DOSIIS.VTIOS DU CÉNÉR.VI.

VAII.L.VST A I.A niGMTÉ DE MAIlÉCHAI. DE ERASCE. LETTRE DU

GÉ.SÉRAL OtÜISOT AO PnÉsIDE.VT DE LA RÉPCBLHJUE. LETTRE

DE M. ODILO.V DAIinOT AU GÉ.NKRAL OUDISOT.

Au nom du peuple français.

Le Président de la llépubliipie,

Vu la loi du A août 1 819 sur l’état-major de Tannée ;

Vu Tarrèté du H mai 1819, (pii avait investi le général de division Vaillant des pouvoirs nécessaires pour prendre le

VtU l-IKCKS JÜSTIKICATIVKS

cominiiiulemeiil l*ii chef tlii corps expédilioiiiinire île la Médilerraiiée ;

Considérant tpie , par un sentiment de délicatesse, cet officier s’est abstenu d'user de ses pouvoirs pour s’altrihuer offieiellenient les préroj;alives du eommandeiuent en chef qui lui avait été confié, mais que néanmoins il a diiâgé notoirement les opérations du siège de Rome et assuré le succès de l’exliédition ;

Consnlêrnut que le général Vaillant a accompli un fait d'armes éclatant, qui, suivant l'esprit de la loi, le met en position d’étre élevé à la dignité de maréchal de France ;

Considérant les éminents services rendus à l'armée pendant le cours de sa cari-iére militaire;

Sur le rapport du ministre de la guerre,

Décrété :

Le général Vaillant ( Jeau-ltaptiste-Ililaire), est élevé à la dignité de maréchal de France;

Le ministre de la guerre est chargé de l'exécution du présent décret.

Fait à l’Élysée national, le 1 1 décembre 18ôl .

LOCIS NaCOLÉON lioNAP.VRTK.

.V. ne Saisi-.Viinaci).

Le '2 décembre, le général Üudinol, nommé par l’.Vssemhlée nationale nu commandement en chef de l’armée de Paris et lies gardes nationales du département de la Seine, avait été arrêté à la mairie du dixième arrondissement avec environ cent cinquante députés. Conduit pendant la nuit, dans la même voilure cellulaire que .M. de Falloux, au mont Valérien, il y était encore captif le 12 décembre, lorsqu’il eut connaissance du décret précité. Il fit immédiatement remettre à M. le Piésidenl de la République la protestation suivante, dont il envoya le double au ministre de la gueiTe :

PIÈCES JUSTIEICVTI VES 417

(i Monsieur le Président,

K J'apjiremis à l'instant par le Moniteur l’élévation du général Vaillant à la dignité de maréchal.

«An nom de riionneiir, au nom de la vérité, je proteste avec toute l'énergie d'une conscience sans peur et sans rc- (iroclie contre les considérants de cette nomination.

» Je .suis, etc. »

Quelques mois après, M. Odilon Barrot, consulté sur ce grave incident par le général Üudinot, lui adressait la réponse suivante :

l-ETTItE DF, M. UDILON B.VhROT AU GÉ.VÉRAL OUDIMOT.

Général,

J'ai enfin pu l’éunir ceu.v de mes anciens collègues qui se trouvent à Paris, et leur ai soumis les questions que vous me faites l’honneur de m’adresser dans votre lettre du 12 de ce mois.

Leur réponse unanime est que les mesures auxquelles se référent ces questions ayant été toutes délibérées en conseil et les règles les plus élémentaires de gouvernement leur prescrivant la réserve la plus absolue à l’égard de ces délibérations, ils manqueraient à un devoir de liante convenance gouvernementale s’ils sortaient de celte réserve. Il est bien vrai ({ue, dans un document ulTlciel, le décret portant nomination du maréchal Vaillant, le chef de l’État a cru devoir porter à la connaissance du public des ordres qui devaient rester secrets jusipi’au jour où l’éventualité pour laquelle ils avaient été donnés viendrait à se réaliser. Mais nous ne nous croyons pas pour cela relevés du devoir de discrétion qui nous est imposé sur tous les autres points de nos délibérations.

Quant à ce fait des leltres de commandement données an général Vaillant, il résulte du fait lui-méme qu’elles étaient conditionnelles, et que si ce général n’a pas pris le cominau-

IMKCES JISTIFICATIVES.

di'tiK'iil de rarmée, c’osl que la condition pour laquelle il lui avait été éventuclleiuent domié ne s’est pas réalisée. La mission du général Dedcau a été rendue publicpie, et il est de notoriété que celte mission avait été déterminée par la nécessité impérieuse faite au gouveruenient de presser la prise de Rome; événement qui s’est licurcusement accompli avant que le général ait quitté la Fi ance'.

A cette réponse officielle et par conséquent réservée, je suis lieureux de joindre l'expression de mes sentiments personnels, et de pouvoir rendre ce témoignage que dans toutes les circonstances de votre vie pidilique, — et il en est de trèsgrandes dans lesquelles nous nous sommes rencontrés, le 24 février, l'expédition de Rome, cl le 2 décembre, — vous vous êtes montré essentiellement boinme du devoir, sacrifiant toute considération personnelle aux intérêts du pays comme aussi aux lois de la morale et do l'iioimeur. Quand on mérite à un aussi haut degré que vous, général, un tel témoignage de tous les gens de bien, on peut y puiser de nobles consolations et une légitime fierté.

Recevez, général, l'assurance de ma haute considération.

Odilo.x Bakrot,

Ancien président du conseil des ministres

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ULTIMATUH ADRESSÉ PAR M DE I.F.SSI'.PS AU TRIUMVIRAT ET CONSENTI PAR LE GÉ.NÉRAL OUDINOT.

20 inni t8i0.

Article premier. L’armée française, dont la loyauté, la valeur cl l’énergie sont plus que jamais l’objet de la sympathie

* Voir, page 270. la note dn JUoniVrio' du 12 juillet I8i0.

ilO

l'IKCKS JLSTIFIC.VRVES.

<li‘S populiilions, l'cra (Icinain son onlrôi> dans la ville do Itoine. Elle y sera accueillie frali'i nelleinenl. Elle y occupera les positions militaires qu’elle jugera convenables , notamment le monte Eiiicio, le fort Saint-Ange et le monte Gianicolo. Les portes qui avoisinent les positions occupées ]iar les troupes Irançaises seront- gardées par elles.

Art. '2. Toutes les connmmieations avec Home qui sont en ce moment interceptées par l'année française redeviendroi.t» libres.

Les |)ositions défensives établies dans l'intérieur de la ville, n’ayant pins d'objet, disparaitront et la circulation sera rendue parfaitement libre.

Art. 5. I.e pouvoir exécutif actuel cosse dés aujourd'hui scs fonctions. Il sera remjdacé fiar un gouvernement provisoire des citoyens, originaires des États romains, (pii seront désignés par l'Assemblée nationale.

Art. 4. Les po|)ulations romaines seront, dans le délai de deux mois, appelées à faire connaitre librement leurs vœux sur la forme du gouvernement et sur les gaianties à consa-' crer en faveur du catholicisme et de la papauté.

vote nu OK.NKR.M, K.x CHEF .UX AUTORITÉS ROMAINES, llKCI.ARANT QUE

LES HOSTILITÉS COMHI-Xr.KRO.NT AU ROUT DE Vl.XUT-OCATRR HEURES

SI l'it.timatlm ou 20 .x'est pas ACCRPIÊ imméoiatrmr.xt.

I/ultimatum, sous la date du 2'J mai, présenté jtar M. de Lessejis, ministre plénipotentiaire de France, a été inspiré et rédigé par de profondes sympatliies pour les populations romaines.

I/C général en chef soussigné, plein de sollicitude aussi pour les Etats romains, et associé à la pensée du négociateur français, désire trés-vivcnient ipie cet ultimatum soit enlin accepté par le triuiiiviral et par les autres autorités romaines. Si, contre tonte probabilité, les intentions do la France étaient de

K,(» i*iè(!es justificatives.

nouveau méconnues, le commandant en chef, eu présence d'une situation tonie nouvelle et lorscpie deux armées étrangères occiipeiil le territoire romain, se verrait, malgré ses sympathies, dans l'obligalion impérieuse de mettre fin à la cessation des hostilités.

Dans le cas où, viiigt-qualrc heures après celle déclaration, l’ultimatum ne serait point accepté, l'armée française reprendrait toute sa liberté d'action. La trêve qui avait élé consentie verbalement et pour un temps très-limité cesserait alors d’avoir son eri’el.

ll.TIHAIl'M MODiriÉ PAU M. DE LK?SM>S, ACCEPTÉ PAU I.'aSSFMBI.É C ROMVI.NE, ET REPOUSsÉ PAR I.E CÉ.VÉRAI. OIDI.VOT.

ôl mai.

Monsieur,

Voici le lésullatde la longue discussion de l’Assemblée.

Art. PiiF.HiEu. 1,’appui de la France est assuré aux populations des États romains. Elles consnièrenl l'armée française comme une armée amie qui vient concourir à la défense de leur territoire.

Art. 2. D’accord avec le gouvernement romain et sans s’immiscer nu rien dans radminislralion du pays, l’armée française prendra les cantonnements extérieurs convenables, tant pour la défense du pays que pour la salubrité des troupes.

Les communications seront libres.

Art. 3 La Ilépnblique française garantit contre toute invasion étrangère les territoires occiqiés par ses troupes.

Art. 4. Il est entendu que le présent arrangement devra être soumis à la ratification de la ltcpiibli(|ue française.

Art. 5. Kn aucun cas, les effets du présent arrangement ne pourront cesser que quinze jours après la comnnm'calion officielle de la non-ratification.

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