‹ L'expédition du MexiqueChapitre 4 sur 10 · AUSTRO-BONAPARTISTE · texte numérisé non relu

AUSTRO-BONAPARTISTE

Et comme la France s'est trouvée trop petite pour de

pareilles imaginations, tous sentez bien que si l'on va an Mexique, ce n'est pas pour se renfermer dans cette bicoque. Nous ne nous réduisons pas à de si mesquines proportions. Ce n'est pas en vain que Fourier et les autres visionnaires nous ont enseigné que Mexico est la capitale naturelle du monde. Fourier voulait y placer le Magnat du genre humain. Pourquoi ne serions-nous pas ce Magnat nous-même, sauf à avoir, s'il le faut, un Vice-Magnat dans les circonstances imprévues ?

Billevesées ! dira- 1- on. J'en rirais moi aussi, si ce n'était pour de telles billevesées que l'on fait couler le sang des hommes.

D'ailleurs un ancien Saint-Simonien, aujourd'hui conseiller d'état, nous fait déjà remarquer presque officiellement que Mexico touche par Acapulco au Japon et à la Chine. Quoi de plus facile que de mettre cette moitié de la sphère dans le creux de la main ? Tendre une seule chaîne autour du globe, de [

Paris à Mexico, de Mexico au Japon, n'est-ce pas là aussi une idée napoléonienne ?

Cette conception peut être le chef-d'œuvre du gouvernement du Deux-Décembre. Le seul inconvénient que j'y découvre, c'est qu'il faudrait y engloutir la nation française.

Une fois établis sur le plateau du Mexique, nou3 avons à nos pieds, non les royaumes, mais les ré- I

publiques de tout un monde, La tentation est trop grande pour que nous n'allions pas les détruire. Celles du Midi' doivent tomber les premières. Déjà nous allons rompre avec la République de Venezuela.

■ C'est un ancien proiet de la Restauration, dans ses plus mauvais jours, que d'asservir les Démocraties des Amériques espagnoles. Ce devait être là le complément de notre expédition contre-révolutionnaire de J823 en Espagne, qui a tant contribué à brouiller à jamais la France et Louis XVIII. Ce projet nous le reprenons. pour notre compte. Seulement à la place des monarchies bourboniennes, ce sont des monarchies bonapartistes qu'il s'agit d'imposer à ces états turbulents dont le bruit nous empêche de dormir. De Mexico nous . rayonnerons sur Buenos- Ayres, le Chili, le Pérou, l'Equateur, Venezuela, Montevideo. Qu'opposera le spectre de Bolivar au nom de Bonaparte? Ce nom seul fera tomber les villes. "Quand des royautés napoléoniennes se seront substituées à ces Républiques méridionales, la terre fera silence; il sera beau alors de planter l'étendard du Deuœ-Dé- Cembre sur. les Cordillères. Il aura fait son tour du monde.

- Du Pérou à l'Uruguay, les Républiques du Sud iront rejoindre la République de 1848. Un souffle napoléonien les dispersera, les effacera du globe; cette suppression de la vie politique, sur la moitié d'un continent, s'appellera le grand acte de 1862. Voilà ce que pressentent les populations de l'Amérique du Sud. Voilà pourquoi notre expédition du Mexique les a réveillées en sursaut. L'instinct américain les a averties que le Mexique ne peut être occupé par une monarchie bonapartiste, sans que tous les points, du continent méridional ne soient menacés. ISUgs voient l'araignée dans son gîte; naturellement

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fil de l'épée ? C'est donc comme membre de la famille que vous venez occuper le foyer, en chasser les habitants et leuj: imposer la loi, ou l'absence de loi, qui vous plaira le mieux ! Mais cette parenté, jusqu'où voulez-vous la pousser ? Quoi ! tout peuple qui a de près ou de loin des mots osques, ou sabins, ou latins mêlés à sa langue, vous appartient comme à son chef ! Il doit tomber sous vos coups et " recevoir en martyr votre mitraille*' /

Vous vous en déclarez le maître ! Vous changerez à votre gré son gouvernement, sa volonté ! Vous vous direz les aînés de cette famille, et à titre de majorât vous réduirez les cadets à la portion servile.

Ordinairement les parents montrent leur affection en aidant de leurs conseils et de leur bourse les plus pauvres de la famille. Mais s'il s'agit de leur ôter leur patrie, d'occuper leurs champs, d'y être les suzerains à leur place, de les rançonner, de les patronner à coups' de fusil, qui ne tremblerait d'avoir un parent de ce genre ?

A cette heure, toute l'Amérique du Sud, bien avertie par les théoriciens de ce nouveau droit divin, sait qu'il s'agit d'elle-même dans l'invasion d'un seul point du territoire. Ce droit de parenté l'épouvante ! elle le maudit ! Et comme nous menaçons à la fois toutes les républiques espagnoles, il est naturel, immanquable que nous les ayons toutes contre nous.

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