PRET TE A SU
que les habitants de la colonie prédisaient devoir se perdre en route et rester en pâlure aux ma.ingouins. La possibilité d’une marche aussi rapide et aussi exempte de mécomntes à travers les forêts et les rivières de ces contrées était regardée cunme un rêve par nombre de gens pourtant fort intéressés à connaître le vérita ble état des choses. C’est pourquoi le colonel n'avait pas perdu une minute. Aussitôt débarquées et formées comme il est dit plus haut, ses troupes avaucèrent vers le fort, que l’on apercevait à 700 ou 800 pas de la ville, dans la direction de l’Assiniboine.
Le fort Garry a eu des commencements bien humbles et a passé par nombre de transformations avant de devenir la capitale d’une province. Simple poste de traite sous les Français, il s’est agrandi et, depuis cinquante ans, il a acquis de l'importance avec la petite colonie qui l’avoisine, Tel qu'il est aujourd'hui, ji’ à été bâti en deux fois : la première en 1849, formant à peu près ur carré de 300 sur 250 pieds, et la seconde fois en 1850, en doublant cette étendue et le nombre des bâtiments qu’il renferme, lesquels sont de briques et de bois, disposés sans trop d’égard pour la symétrie et le plaisir des yeux. La construction de 1840 seule est entourée d’un mur de pierre d’une dizaine de pieds de hauteur; l’autre par une haute et forte palissade. Les meurtrières, les bastions où l’ou a installé de l'artillerie, et {uelques précautions de cette nature dans l’ensemble des constructions, en font une véritable forteresse à l'épreuve des attaques des Indiens, mais presque sans moyens de résistance contre une troupe armée à l’européenne. Il est placé dans l’angile formé par les rives gauches des rivières Rouge et Assiniboine, à 200 pieds de cette dernière et à 2000 pieds de la ville (150 maisous) de Winnipeg, sur la rivière Rouge.
Personne dans l'entourage du colouel ne pouvait l'informer des intentions de Riel. Les portes du fort étaient closes et l’on distinguait, sur les bastions et sur la grande entrée, les gueules menaçantes des canons braquées sur la colonne qui s'avançait, et desquelles pouvaient sortir tout-à-coup le fer et le feu.
‘ Point de drapeau sur le fort. Nul signe de vie en dedans des murs. La pluie et le brouillard aveuglaient les soldats. L'anxiété la plus vive régnait dans les rangs. Le colonel faisait presser le pas. Quelques curieux s'étaient groupés dans la plaine, en dehors de la portée des armes à feu, pour être témoins de ce qui allait se passer. Telle était la situation.
‘ Le silence inquiétant du fort devenait terrible pour les troupes. L'idée d'un piége se présentait à tous les esprits comme une chose naturelle en présence de cette étrange scène.”
Ce passage guillemetté est une composilion que nous nous
sommes plu à faire en imitant les récits du colonel Wolseley, du capitaine Huyshe et de quelques correspondants de journaux. Tout est vrai dans ce passage, si on y redresse le fait principal, à savoir : que le colonel et ses soidats connaissaient parfaitement qu'ils marchaient sur un fort ouvert et que Riel, s’il y était encore, n'avait gardé presque personne autour de lui. Nos lecteurs peuvent maintenant reconstruire le récit de cet événement en faisant la part du ridicule, qui s'attache à la mise en scène dn colonel.
Plus on avançait, plus la solitrde semblait complète derrière :<s murs. Enfin, un certain nombre de gens du pays et trois officiers s'avancèrent au galop, et la vérité se révéla d'un coup d'œil : Riel était parti ! Effectivement, il sortait, avec Lépine et O’Donoghue, par la porte qui s'ouvre sur la traverse de ;’Assiniboine, à l'instant même où les troupes entraient par l’autre façade du fort, dans un pêle-mèle facile à comprendre sous l'impression d’une telle bonne fortune. Il était dix heures du matin.
Hisser le Arapeau britannique sur le fort, fouiller les logements, piller les magasins de la compagnie de la Baie d'Hudson, pousser des cris de réjouissance et maudire bien haut Riel et sesadhérer!, furent les premières occupations des soldats. Il y a gros à parier qu'ils eussent fait un très mauvais parti aux lieutenants de Riel, qui eussent eu la naïveté de se laisser prendre en cet endroit, Sauf deux colons français, arrètés dans les bureaux de la compagnie de la baie d'Hudson et qui furent relâchés immédiatement, toute la prise du fort se borna à de bruyantes démonstrations, arrosées par le grog de la Compagnie.
Riel avait attendu le débarquement des troupes pour parir. Jusqu'à la veille de leur arrivée, il avait cru, parait-il, qu’elles suivraient mais ne précéderaient pas le gouverneur; une fois qu'il fut bien certain du coutraire, il assembla ses principaux conseillers,
dont quelques-uns optaient encore pour la résistance, et délibéra il avec eux sur la conduite à tenir dans les circonstances où ils :e | trouveraient placés après leur sortie du fort. Le conseil terminé, il passa la nuit à rassembler ses papiers secrets qu’il expédia en lieu sûr ; il leur attache une importance que l'Histoire pourra dévoiler 4
un jour, nous l’espérons. Il ne se coucha point; il déjeûna vers
neuf heures; ensuite il prit congé des derniers amis qui avaient | passé la nuit au fort, ou qui étaient allés le voir en ce monent, puis quand il vit les troupes de ses yeux, il traversa la rivière, comme nous l'avons dit. Après avoir regardé de loin, pendant quelques instants, les files de soldats qui pénétraient une à nne dans le fort, il monta à cheval et se dirigea sans être poursuivi, vers Pembina et le village américain de Saint-Joseph. +
DE MANITOBA. at