‹ L'expédition militaire de Manitoba, 1870 [microforme]Chapitre 5 sur 18 · IT · texte numérisé non relu

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DE TORONTO A LA BAIE DU TONNERRE, (Du 6 au 25 mai 1870.)

Le rendez vous général des troupes était à Toronto. De là passant par Coliingwood, au fond de la Baie Georgienne, jusqu’à la Baie du Tonnerre, il y a 628 milles d’un parcours commode : de la baie au fort Garry 550 milles, où se rencontrent toutes les difficultés imaginables dans une pareille marche. Total: 1200 milles.

Le plan du cabinet d'Ottawa était de faire suivre autant que possible la route orGinaire des canots de traite de la compaguie de la baie d'Hudson, passant d’un lac à l’autre par les rivières msi forment une chaîne entre la Baie du Tonnerre et le lac Winnipeg.

Par cherain de fer, l’on se rend de Toronto à Collingwood, d'où les bateaux-à-vapeur du lac Huron transportent les passagers et le fret jusqu'au lac Supérieur.

Pour passer du lac Huron au lac Supérieur, il n’y a de praticable à la navigation que le canal du sault Sainte-Marie, qui appartient aux Etats-Unis. Un contre-temps se présenta en cet endroit par le mauvais vouloir des autorités américaines, ce qui occasionna à l'expédition des délais et des dépenses considérables non prévus dans l’origine.

Pendant la guerre de la sécession, le Canada avait permis aux Etats-Unis le passage sur ses canaux et £2s chemins de fer non-seulement des armes et du matériel de guerre, mais encore de ses soldats portant l'uniforme. Nous savions par des rapports assez nombreux que les habitants des Etats limitrophes ne se sentaient pas disposés en 1870 à reconnaitre la courtoisie déployée envers eux quelques années auparavant, aussi notre gouvernement prit-il toutes les précautions pour n’embarquer pour le canal du Sault aucun objet tombant sous la dénomination de ‘ matériel de guerre” Nous ne sollicitions pas la pius petite faveur du cabinet de Washington, et les ordres donnés aux commandants de l’expédition enjoignaient formellement de ne rien négliger pour éviter l'intervention des Américains dans nos affaires. Nous pouvons ajouter que ces ordres furent exécutés à la lettre. Dès le 3 mai l’Algoma transporta une forte escouade de travailleurs, dont partie pour la Baie du Tonnerre et partie pour le côté canadien du Sault où ils devaient commencer à ouvrir un chemin de trois milles de longueur entre les deux lacs, pour y faire passer les soidats et le matériel de guerre. L’A/goma

mit ces travailleurs à terre près du Sault, et, passant par le canal se rendit à la Baie du Tonnerre où il débarqua le reste de ses hommes.

Le 7 mai,le Chicora partit de Collingwood en destination de la Baie du Tonnerre, avec un chargement de provisions et d'ouvriers Rendu au pied du canal, le passage lui en fut refusé. Voici comment :

Le gouverneur du Michigan avait signalé an Secrétaire d’Etai, Mr Fish. les opérations qui allaient avoir ljeu au canal du Sault en relation avec la force expéditionnaire de la Rivière Rouge. Il s’informa ‘si l’on permettrait au surintendant du canal de laisser passer les navires canadiens sans avoir reçu à ce sujet des instructions de Wash'ngton.” M. Fish, alarmé probablement de ce rapport qui paraissait d’une nature assez grave, déponillé qu'il était de toute note explicative, répondit que nulle expédition militaire, ni aucun transport de malérielde guerre ne devaient passer par le canal. C'était ce que voulaient les ennemis de l'Angleterre et du Canada.

Bien que les sentiments intimes des Américains fussent assez connus en Canada, ce refus n'en causa pas moins une surprise génerale dans notre pays. Sir Johu Young télégraphia à M. Thornson, le ministre anglais à Washington : :* Mon gouvernement à appnis avec étonnement que l’on refuse au Chicora le passage du canal lu Sault. Ge navire ne porte qu'un frèt ordinaire de commerce et nul matériel de guerre. En tous temps les Ganadiens ont accordé aux navires américains le passage libre du canal Welland et de leurs autres canaux, y compris même les goëleltes armées de la douane de Washington lorsque ce dernier gouvernement en a manifesté le désir, durant la dernière guerre, pour les transporter par cette voie au centre de son territoire. Ce qui se passe en ce moment est regardé ici comme un acte d’inimitié. Mes ministres espèrent que le canal du Sault restera pour les navires canadiens sur le même pied que l’est le canal Wellaud à l’égard des navires américains. Dans aucun cas, il ne sera expédié de munitions ou de matériel de guerre par ce canal, pas même des tentes. On rapporte que le surintendant a été jusqu'à dire qu’il ne laisserait passer nos navires ui chargés ni vides. ”

Les négociations menaçaient de trainer en longueur ; nous ne pouvious attendre indéfiniment la permission de voisins si mal disposés à notre égard, ce qui fit que l’on décida de transporter les approvisionnements de toute nature par le chemin de trois milles qui n'était pas encore terminé, mais auquel on travailla avec un redoublement:d’activité. L’Algoma, resté sur le lac Supérieur, se trouvait heureusement à portée de recevoir les chargeinents qui

desarquaïent au pied du Sault et que l’on “ portageait” ensuite d'un lac à l'autre, à grands frais et perte de temps, on le conçoit.

Deux comoagnies du bataillon d'Ontario parties de Toronto le 14 mai, furent les premières qui s'embarquèrent pour le Nord-Ouest, Elles s'arrétèrent au Sault et y furent suivies, deux jours après, par deux autres cempagnies du même bataillon pour garder les approvisionnements qui s’y accumulaient par suite de la politique chicanière des Américains, et aussi pour repousser en Cas d'attaque les bandes féniennes qui apparaissaient de nouveau sur nos frontières.

Le 21 mai, le colc 1el V 1seley quitta Toronto pour la Baie du Tonnerre, où il arriva lé 25, ayant pris connaissance, en passant au Sault, de la ré-ouveriurg du canal, que l'on décréta enfin, sentant que nos embarras avaient été assez nombreux pour satisfaire la gloriole des annexionistes.

L'endroit où le colonel débarqua, dans la Baie du Tounerre, situé à p a de distance du fort William, fut nommé en celte occasion le débarcadère du Prince Arthur, en l'honneur de Son Altesse Royale alors en Canada avec son régiment. C'est de ce point que commence la route ouverte par Mr. Dawson, du département des Travaux Publics, pour relier le lac Shebandowan à la Baie du Tonnerre, route qui permet d'éviter la rivière Kamin'stiquia, d'une navigation excessivement difficile, pour ne pas dire impossible.

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