‹ L'expédition militaire de Manitoba, 1870 [microforme]Chapitre 4 sur 18 · WE TT · texte numérisé non relu

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outre, de n’engager aucun navire pour le transport des provisions à la Baie du Tonnerre sans avoir au préalable soumis les propositions au gouvernement canadien, qui voulait se réserver le droit de contrôler les prix demandés et par là éviter des dépenses extravagantes où des spéculations, comme il s’en produit presqu’invariablement lorsque iles autorités impériales sont partie contractante dans un marché. Cette ligne de conduite déplut au général qui eut le double tort de ne pas s’y conformer entièrement et par la suite de se plaindre d’avoir éte exploité par certains armateurs,.

Le 7 mai, 1000 barils de farine (sur 2000 qui étaient achetés et remises à Collingwood) partirent de Collingwood par le Chicora pour la Baie du Tonnerre, et 1000 barils de lard (sur 1700 qui avaient été achetés) embarquaient à Toronto sur des goëlettes pour la même destination. Les provisions et le matériel en genéral continuèrent à être expédiés sans retard après cette date. Le col. Wily avait acheté des chevaux et engagé un personnei suffisant de conducteurs pour Îles bêtes de somme. Des chevaux de l'artillerie royale furent cédés au gouvernement canadien pour compléter le haras, vu la rareté de ces animaux sur les ma chés au moment des labours et des semences du printemps. On voit que le gouvernement canadien se meltait en mesure de faire face aux nécessités de l'expédition.

Ilest important de noter ici que le général Lindsay s'étant réservé la direction absolue de tout ce qui entrait dans l'expédition, rien n’a été reçu sans un certificat de ses propres officiers, ce qui répond victorieusement aux plaintes du colonel Wolseley au sujet de la qualite des articles fournis par le Canada.

Sans attendre le départ des troupes, le gouvernement canadien prit des mesures pour obtenir, une fois rendu au fort Garry, de la viande fraiche et autres provisions que l'on pourrait tirer de Manitoba ou des Etats-Unis. Le gouvernement impérial ue s'engageait à pourvoir ! à la subsistance de l'expédition que jusqu’au ler octcbre. M. Dawson reçut instruction de faire préparer de bonne heure les casernts et les logements nécessaires pour hiverner les troupes à Manitoba. Tous ces préparatifs furent poussés avec vigueur, selon ce que permettaient la distance et les ressources d'une contrée encore à demi sauvage. Bref, du moment où l’on avait décidé en principe qu’une force armée devait être envoyée à la Rivière-Rouge, le gouvernement d'Ottawa avait mis l'entreprise en voie d'exécution, grâce à la vigilance et à la fermeté que déploya sir Gecrge-Etienne

1 Le Canada devant rembourser là-dessus sa proportion des dépenses, comme il est dit ailleurs.

Cartier, qui remplissait les fonctions du premier ministre, alors dangereusement malade.

Dans toutes les négociations au sujet de l'envoi des troupes, de la composition de la force et de sa subsistance, le goivernement impérial s’est montré ce qu’il est aujourd'hui: aussi dur à la détente qu'un marchand juif. Il s’est accroché aux plus légères chances qu'il a pu avoir de faire retomber sur le Canada le coût de quelque item. En grand, il s’est rejeté sur un prétexte de malentendu pour chercher à nous obliger à payer une plus large propor. tion des frais de l'expédition ; en petit, il a produit un volumineux dossier pour se faire rembourser quarante-six sous, prix d’un balai perdu par nos marimers sur le lac Supérieur.

La force armée devant se composer de 1009 hommes, l’Angleterre consentait à fournir sur ce nombre 250 hommes à ses propres frais. Les trois quaits de l'expédition étaient donc à la charge du Canada. Par la suite, l'Angleterre accorda en sus 130 soldats à sa colde, avec équipements, armes, etc., mais toutes les dépenses extraordinaires nécessitées pour ce contingent retombaient sur le compte du Canada.

Le premier projet du cabinet d'Ottawa avait été d'organiser pour une période &e trois ans, une police de 200 hommes à cheval dont une parlie serait levée en Canada, mais le 16 avril, sur recommandation de sir Geo. E. Cartier, un projet de l’adjudant-général de milice ! fut appronvé par le gouverneur en conseil à l'effet d’enrégimenter une force armée aux conditions suivantes :

Ur bataillon de 350 hommes, non compris les officiers, devait être levé dans chacune des provinces d'Ontario et de Québec, pour servir pendant un an rigoureusement, ou deux ans, à la volonté du gouvernement canadien. Les bataillons devaient s'appeler : “ 1* ou bataillon d'Ontario,” et ‘ 2ou bataillon de Québec.” Chacun devait être composé de sept compagnies de cinquante sous-officiers et soldats, ce qui portait le chiffre de l'effectif, (officiers et soldats) à 382 par bataillon. L’enrôlement (volontaire) devait commencer le ler mai et n’accepter que des hommes de la milice active ou de

1 Le colonel Patrick Robertson-Ross est un des plus recommandables officiers de l’armée anglaise. Ses états de services sont nombreux et attestent de son @ctivité, de sa bravoure et de son intelligence militaire.

Dans la guerre des Cafres (1850-51), dans les campagnes d'Orient (1854-56) jusqu'à la chûte de Sébastopol, il fut remercié en sept occasions différentes dans les Ordres-Généraux et trois fois mentionné spécialement dans les dépèches du commandant en “hef. Il est chevalier de la Légion d'Honneur, chevalier de l'ordre de Melljiüe, et décoré des médailles de Cafrerie, de Crime et de Turquie. Sa nomination au poste d'adjudant-général du Cancda date du 5 mai 1869. En cette dernière qualité il est en voie d'organiser avec un plein succès les milices

volontaires de notre pays et s’est attiré des éloges des personnes les mieux posées en Angleterre et en Canada your juger de ses travaux.

ceux qui avaient déjà fait partie des corps volontaires âgés de 18 à

45 ans. La paie des soldats fut fixée à $12 par mois. On devait

choisir des hommes disposés à s'établir dans le Nord-Ouest, recom-

mandés par leur bon caractère, habitués à ‘la vie des chantiers ”

ou des colons, jouissant d’une bonne santé, et strictement sobres.

Malgré cela, le 1er mai, le lieut.-général Lindsay faisait encore des efforts pour que l’on envoyât, de préférence aux milices, les vieux soldats licenciés des ‘“ Canadian Rifles,” parce que, disait-il, après le départ des troupes régulières du fort Garry, les volontaires n'ofriraient pas autant de garantie de sécurité que les Rifles.

Les députés adjudants-généraux des districts militaires Nos. {, 2, 3, 4,5, 6 et 7, furent chargés, dans leurs sphères respectives de diriger l’enrôlement des deux bataillons dont l’un (Oniario) destiné à être commandé par le lieut.-col. S. P. Jarvis, Dép. A. G. du district No. 3,et le second (Québec) par le lieut.-col. L. A, Casault, Dép. A. G. du district No.7. Ces deux officiers ont servi honorablement dans l’armée anglaise. Un chapelain catholique etun chapelain protestant furent aussi attachés à l'expédition. Le major James P. McLeod du 45e bataillon volontaire, fut nommé major de brigade, et le capitaine A. Peebles, quartier-maître de district, Toronto, officier du commissariat. Outre ces officiers, on eût. bientôi à nommer un paie-maître par bataillon.! Dès le 3 mai, le miniitère canadien était prêt à placer les hommes enrôlés sous le commandement du lieut.-général Lindsay, qui avait exigé et obtenu l'autorisation de mettre toute chose se rapportant à l’expédition sous son contrôle et sous celui de l'officier immédiatement sous ses ordres, le colonel Wolseley. Le 4 mai toutes les nominations étaient faites. et la force armée se composait de 1214 hommes (1214 fighting inen,) savoir : état-major, 21 officiers ; réguliers, 28 officiers et 409 sous-officiers et soldats ; volontaires, 56 officiers et 700 sous-officieis et soldats.

Le 5 mai, lord Granville télégraphia à sir John Young: “Troops may proceed,” età partir de ce moment le départ fut réglé sur toute la ligne. On remarquera que le Canada avait pris de l'avance dans ses préparatifs, afin de ne pas retarder les troupes régulières lorstue celles-ci recevraieni l'autorisation de marcher.

Il est regrettable que les volontaires de la province de Québec, dominés par des cabales aveugles, n'aientpas cherché à se prévaloir

1 Le capitaine Thomas Howard, paie-maitre du bataillon de Québec, est devenu depuis secrétaire provincial de Manitoba,

en plus grand nombre des avantages qui leur étaient offerts en s’enrôlant dans l’expédition. Pour remplir les cadres des districts No. 5, 6 et 7, (Québec) il fallut avoir recours à 120 vieux soldats des & Canadian Rifles ” dont le service expirait à cette épojue et qui s’engagèrent avec emnressement.

Au commencernent d'août, deux compagnies de dépôt, une pour Québec et une pour Ontario, furent formées pour les besoins militaires et afin de remplir les vides qui pouvaient se produire dans les bataillons de la Rivière-Rouge. Ces compagnies furent organisées facilement (l'engagement était fixé jusqu’au ler mai 1871) et on lesfit stationner à Kingston.

Quand le 60e carabiniers (régulier) partit de Montréal, au mois d'octobre, on y envoya pour le remplacer la 1ère compagnie du 2e batailion qui avait passé l’été à la Baie du Tonnerre, à la garde des magasins ; on la caserna sur l'ile Ste. Hélène. Ces trois compagnies ont été licenciées le ler mai dernier.

Le ministre des Travaux Publics confia à M. Daxyson la tâche d'engager des voyageurs pour conduire et assister les troupes ; un payeur, M. W. H. Aumond, du département de la milice, fut chargé de la comptabilité de ce corps. Quoiqu’en aient dit le colonel Wolseley et le capitaine Huyshe, ! ces voyageurs, choisis avec soin, ne peuvent ètre surpassés dans les rudes travaux auxquels ils ont été accoutumés depuis leur première jeunesse, et personne en Canada ne saurait prendre au sérieux l'affirmation que les soldats anglais travaillaient mieux et plus vite que nos voyageurs. ? M. Dawson est trop expert dans l'art d'organiser des expéditions pour les forêts du nord et il avait dans ce cas ici trop à cœur de se tirer honorablement d'affaire pour engager les moins capables des ‘ bons hivernants ” que renferment les campagnes du Bas-Canada. Nous savons de source certaine qu’une escouade p u nombreuse prise en Haut-Canada, parmi des hommes sans rapport avec la vie des forestiers, n’a pas contenté ses supérieurs, mais il y a loin de là à denigrer tout le corps.

Le lieutenant-général Lindsay, commandant des forces britanniques en ce pays, désigna le colonel Wolseley comme chef de l'expédition. Ce dernier est un personnage, c’est-à-dire qu'il a eu, en mal comme en bien, l’art de faire parler de lui ; déjà, avant le

1 Le capitaine G. L. Huyshe de la “ Rifle Brigade ” fit partie de l'état-major de

l'expédition. Il a publié un livre: The Red River Expedilion, dans le même esprit fanfaron et préjugé que les articles du Blackwood.

2 Le capitaine Huyshe prend la peine de faire une exception en faveur des voyageurs des Trois-Rivières et des sauvages de Caughnawaga, qu'il déclare être de ‘ vrais voyageurs, ”

fac

choix du général Lindsay, il avait su se faire imprimer quelque part à titre de candidat à la charge de gouverneur de Manitoba, —gouverneur militaire et vengeur des griefs des ‘“loyaux,” cela va sans dire. On veut généralement qu'il soit l’auteur d’une série d'articles très-injustes en ce qui touche le Canada, et surtout les Canadiens-Français et les prêtres, que le Blackwood’s Edinburgh Magazine a publiés en décembre 1870, janvier et février 1871, sous le titre de Narrative of the Red-River Expedilion ; jusqu’à preuve du contraire, tout dans ces écrits nous autorise à lui en imputer la paternité,

On accuse cet officier d’avoir intrigué pour se faire caser durant sen séiour en Ce pays. Deux tentatives de ce genre sont surtout connues, la première lorsqu'il s'est agi de donner un successeur à l’adjudant-général de milice, le colonel Macdougali, et la seconde à l’occasion du siége du gouverneur de Manitoba que les militaires anglais désiraient faire écheoir à l’un des leurs.

Dans le prernier cas, il ne put faire approuver ses vues politicomilitaires ni son programme d'organisation des cadres de la milice, par l'hon. sir Geo. E. Cartier. Dans le second cas, notre miuistère ne voulut aucunement se laisser tenter par le zèle qu'il déploya pour démontrer qu’un bon sabre serait plus utile qu’une bonne branche ‘l'olivier dans l'administration de Manitoba.

Prétentieux comme il l’est, le colonel ne pouvait pardonner sa déconfiture, aussi la “ narrative” est-elle d’une violence extrême à l'égard de sir Geo. E. Cartier, qui a le triple tort de ne pas croire aux visées du colonel, d’être canadien-français et d’être catholique. Avec ces griefs à sou dossier, Sir George méritait le mépris du fier colonel—il la eu—mais que de fois il a fallu voiler la vérité, inventer des choses impossibles pour arriver à punir les français et les prêtres! Ce qui pourtant nous console de toutes ces misères c'est Le nombre de vertes répliques que la ‘“ Narrative ” s'est attirées de la part de la presse anglaise du Canada, car n’oublions pas le mépris de haut ton que l’auteur (et ses acclytes, comme on le sait) professent à l'endroit de notre “ colonie.” C’es: un genre qu’il n’a pas même l'avantage d’avoir inventé, mais il s’en sert tout comme. Rappelons-nous Lahontan, Duvergier de Hauranne, et d’autres mirliflores du même crû scientifique, auxquels le rôle de détracteur à fait une renommée si peu enviable.

Allier

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