L'expérience de l'effort et de la grâce chez Maine de Biran
Devant les écrits presque tous inachevés de Maine de Biran, on ne songe d’habitude qu’au système dont le dessin se devine. On se souvient qu’au terme de sa vie Maine de Biran avait entrepris un grand ouvrage, où il comptait résumer ses travaux antérieurs et donner un exposé d’ensemble de sa philosophie. On pense que seul ce livre aurait pu laisser une image exacte et complète de la pensée biranienne, puisqu'il en devait présenter la synthèse. Pour y suppléer, on essaie donc d’en tracer l’esquisse à l’aide des matériaux dont on dispose; on s’efforce d’en retrouver le sens et d’en classer les principaux thèmes. C’est ce qu’a fait Tisserand, dans une thèse qui « conserve les cadres que Maine de Biran lui-même avait adoptés pour l’exposition définitive de sa doctrine » ‘. La reconstruction tentée de ce point de vue met en œuvre des documents variés, qui s’éclairent les uns les autres et s’enchaînent suivant un plan logique. De ce fait, elle est rigoureusement objective ; on doit en dire, du moins, qu’elle est aussi fidèle et sûre qu’on la peut souhaiter. Mais elle n’offre, au total, qu’un système clos.
Il y a pourtant lieu de se demander, à propos de l’œuvre biranienne, si l’effort de recherche, qui lui a donné naissance, n’est pas plus suggestif que les conclu-
L Tisserand, L'anthropologie de Maine de Biran, ou la science de l’homme intérieur, Paris, 1909, p. 1x.