LIVRE IX Le Retour au Dynamisme
101. — Pendant des siècles la métaphysique péripatéticienne avait paru seule capable de satisfaire exactement aux conditions du problème de la causalité, qu'avaient laissé sans solution l'analyse atomiste d'un Démocrite, l'analyse mathématique d'un Platon, également dépourvues d'un instrument adéquat. Par l'œuvre de Descartes, le dynamisme aristotélicien est à son tour condamné, comme impliquant entre le spirituel et le matériel une confusion inextricable, un puéril échange, d'analogies anthropomorphiques.
Et tel est pourtant le rythme de la pensée humaine : le xviie siècle ne s'achèvera pas sans que Leibniz et Newton, rivaux de Descartes, comme ils furent rivaux l'un de l'autre, par des voies différentes et suivant des conceptions qui se révèlent incompatibles entre elles, édifient, en opposition expresse au mécanisme cartésien, des systèmes qui semblent ramener à la base de la science nouvelle la notion aristotélicienne, ou même scolastique, de la causalité.
Directement à travers le xvme siècle, c'est-à-dire pendant la période où là mécanique — mécanique rationnelle et mécanique céleste — constitue l'essentiel de la science de la nature, indirectement par l'examen de la relation que la mécanique proprement dite soutient avec le groupe des sciences physicochimiques, telles qu'elles s'organisent au xixe siècle, la réflexion sur la causalité demeure dominée par cette opposition entre le mécanisme, au sens strict du mot, qui dans l'intelligence de la causalité refuse de faire intervenir autre chose que le mouvement, et le dynamisme qui considère le mouvement comme étant seulement un effet, qui par suite le rapporte à la force en tant que cause.
Ce n'est pas tout, et une telle opposition ne suffirait pas à rendre compte des difficultés du problème. Il va s'y ajouter, d'une part, l'antagonisme, à l'intérieur du dynamisme anti-
cartésien, entre La conception, à la fois rationaliste et relatir/s/(\ de Leibniz et les tendances, à la fois empiriques et o absolutistes », de Newton — d'autre part, l'ambiguïté fondamentale de l'interprétation du newtonianisme, ambiguïté qui se manifeste déjà dans le texte des Philosophiœ naturalis Frincipia mathematica, qui s'est accentuée à mesure que les disciples et les commentateurs s'efforçaient d'éclaircir ou de préciser la pensée du maître.