‹ L'expérience humaine et la causalité physiqueChapitre 99 sur 263 · Meyersonj Identité ei réalité, Xr édit., 1912, p · texte numérisé non relu

Meyersonj Identité ei réalité, Xr édit., 1912, p

2. Cf. Pierre Bôutïcoux, l'Histoire des Principes de la Dynamique avant Neœtôn : < Autanl les résultats obtenus par Galilée en mécanique sont éclatants de netteté et de précision, autant les principes qu'il esquisse >ont, pour la plupart, fini s et entachés de souvenirs anciens. » {Jiecae dé Métaphysique) 1921, p. 6/2.)

LA CAUSALITÉ SiiLON GALILEE

la pensée. Avec le Cogito s'accomplit le retour au spiritualisme authentique dont le réalisme de la métaphysique aristotélicienne et le retour offensif des mythes populaires avaient altéré l'inspiration, même chez les néo-platoniciens.

iOO. — De cette originalité radicale, qui de la philosophie de la nature passe dans la philosophie de l'esprit, on ne saurait trouver de meilleur témoin que Gassendi. Lui qui a conçu et formulé avec netteté la généralité du principe de l'inertie, il pense encore dans les cadres de la philosophie antique, el à un tel point que la théorie cartésienne de l'être pensant lui apparaît comme une chose ridicule : « J'avoue mon illusion, je croyais que je parlais à l'âme d'un homme, c'est-à-dire à ce principe intérieur par quoi l'homme vit, sent, se déplace, comprend ; et je parlais uniquement à son esprit qui avait dépouillé, non seulement le corps, mais aussi l'âme ellemême. » Et il ne peut s'expliquer la conception cartésienne qu'en rappelant la notion stoïcienne de l'^sfjiov.xov qui avait pour siège une partie déterminée du corps; le cerveau ou le cœur }. A quoi Descartes répond que le principe de la nutrition n'a rien de commun avec le principe de la pensée : la pensée n'est pas une partie de Vaine, c'est Vâme tout entière 2.

Nous apercevons ici comme la barrière qui sépare deux mondes : d'un côté, des érudits qui ne répudient la scolastique qu'au profit d'Epicure et qui n'éprouvent aucune hésitation pour attribuer aux atomes des propriétés vitales ou sensitives ; de l'autre, des penseurs qui ont reçu la lumière nouvelle et qui en ont obtenu la double intelligence du mécanisme pur et du spiritualisme pur : « Presque tous les philosophes confondent les idées des choses, et parlent des choses corporelles spirituellement, et des spirituelles corporellement 3. »

Quelquefois on s'est demandé si l'avènement du cartésianisme marquait bien une révolution dans l'histoire de l'humanité. La vérité nous paraît être que, lorsque l'on veut se faire une idée de ce qui constitue une révolution, au sens complet du mot, on ne saurait considérer de meilleur exemple que la philosophie cartésienne. Et l'élan que cette révolution impri-

1. Cinquièmes Objections, sur la deuvième Méditation, A. T.. VII, 263. M' £}nquéim6S RëP.onse^ A- T., VII, 356. Cf. Lettre à Reqius (Mai 1641 m, èl\ : « 1 nmum itaque, quod ibi minus probo, est quod dioas Animai». Homini esse triphcem; hoc enim verbum in mea religione, est hseresis; et

rêvera, seposita reh-ione, contra logicam etiam est, animam eoncipere tanquam genus, cujus species sint mens, vis vegetativa, et ris motmx anitncuwm... Anima- in homme unica est, ncmpe rationalis. » 3. Pasca,., PensJes, f- 360, sect. n, p. 72, Œucres, t. XII, 1901, p. 90.

mail à la pensée humaine fut si fort qu'on le voit emporter toutes les résistances que Descartes avait rencontrées chez ses contemporains, el particulièrement chez ses compatriotes, Roberval, Fermât, les Pascal. La justification des principes par les perfections infinies de Dieu, la négation a priori de la possibilité du vide, la résolution de toutes les difficultés à l'aide des mouvements cachés de la matière subtile, tout cela témoignait d'un parti pris qui risquait de perpétuer les vices de l'ancienne logique et de l'ancienne ontologie1 : les recherches et les controverses auxquelles donnèrent lieu les découvertes de Torricelli n'avaient-elles pas fourni l'occasion (l'opposer aux partisans du plein (et c'étaient à la fois les péripat éticiens et les cartésiens) l'autorité des expériences qui, suivant la parole de Biaise Pascal, sont les seuls principes de la physique 2 ? Pourtant c'est un fait que, dès l'époque qui suivit la mort de Descartes, les Principes de la philosophie se sont imposés comme définissant l'idéal du savoir véritable. Aucun des savants qui avaient critiqué la méthode métaphysique de Descartes n'avait rien apporté au public qui pût, même de loin, se comparer à l'ampleur, à la cohérence, de l'œuvre cartésienne. On peut même dire plus : les expériences de Pascal, conçues selon la rigueur de l'esprit expérimental, se trouvaient tourner à la gloire de Descartes qui les avait conseillées, qui en avait tout au moins, à rencontre de Roberval, prédit le succès infaillible3. La théorie de Torricelli, vérifiée et développée par Pascal, s'incorporait sans peine au système cartésien. C'est ce dont portaient témoignage déjà les Traités de V Equilibre des liqueurs et de la Pesanteur de la masse de l'air, publiés en 1663, où à la suite du Récit de la Grande expérience du Puy-de-Dôme, paraissaient les observations barométriques recueillies à Stockholm par Descartes et Ghanut. C'est ce qu'achevait de montrer, en 1671, le Traité de physique de Rohault, qui « fut pendant un demi-siècle en usage dans les Ecoles 4 ». La Physique de Rohault semblait élever hors de toute conteste la suprématie du cartésianisme dans le domaine de la physique, comme la Géométrie de Florimond de P>eaune et de ses collaborateurs l'avait fait pour la mathématique, comme la Recherche de la Vérité allait le faire pour la philosophie.

1. Cf. Roberval, De vacuo Narratio (Seconde lettre à des Noyers) apud Œuvres de Biaise Pascal, t. II, 1908, p. 336 et suiv.

2. Fragment de Préface pour le Traité du vide. Ibid., p. 136.

3. Lettre de Jacqueline Pascal, du 25 septembre 1647, lbid., p. 47.

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