Deuxième Analogie, B. I, 263. i
LA. DEUXIÈME ANALOGIE DE L'EXPÉRIENCE
L'énumération de termes en eux-mêmes indifférents à leur ordre de succession, d'unités que Ton dispose en séries pour en faire des nombres, ne conduirait pas à un rapport de* cause à effet. Quand je perçois une maison, j'en appréhende une à une les parties ; mais cette succession subjective de l'appréhension laisse tout à fait indéterminée la succession objective des phénomènes : « Mes perceptions pouvaient commencer par le faîte et finir par les fondements, ou bien commencer par le bas et finir par le haut, de même elles pouvaient appréhender par la droite ou par la gauche les éléments divers de l'intuition empirique. » (Ibid., p. 254.) La succession des perceptions n'a donc rien qui touche à la, détermination objective des phénomènes ; car on n'a point affaire à un événement. Au contraire, « si, dans un phénomène contenant un événement, j'appelle A l'état antérieur de la perception et B le suivant, B ne peut que suivre A dans l'appréhension, et la perception A ne peut suivre B, mais seulement le précéder. Je vois par exemple un bateau descendre le courant d'un fleuve. Ma perception du lieu où le bateau se trouve en aval du fleuve succède à celle du lieu où il se trouvait en amont, et il est impossible que dans l'appréhension de ce phénomène le bateau soit perçu d'abord en aval et ensuite en amont. L'ordre des perceptions qui se succèdent dans l'appréhension est donc ici déterminé, et c'est de lui que l'appréhension en dépend. » (Ibid., p. 253.) Nous n'allons pas du sujet à l'objet. Au contraire la succession objective des phénomènes est ce dont dérive la succession subjective de l'appréhension, qui, considérée isolément, serait tout à fait indéterminée et ne distinguerait aucun événement d'un autre.
On n'épuiserait donc pas la conception kantienne de la causalité si l'on se contentait de dire que le principe s'applique dans le temps. Un caractère du temps apparaît avec la causalité, qui n'apparaissait pas avec la substance, de même qu'un caractère de l'espace se manifeste avec les triangles dièdres qui demeurait caché avec les triangles plans ; et c'est le caractère essentiel : insuper po s abilité dans le premier cas, irréversibilité dans le second : « Nul phénomène ne retourne du moment suivant à celui qui le précède, quoique tout phénomène se rapporte à quelque moment antérieur. » (Ibid., p. 255.) Autrement dit, la distinction de lavant et de Vaprés ne se ramène pas à un rapport rationnel, à une spécification abstraite : elle implique une hétérogénéité qui a sa racine dans la nature des choses ; de telle sorte que le principe de causalité, déduit comme tous les autres principes par la subsomption de la forme a priori de l'intuition sous une catégorie de
l'entendement, ne comporte pourtant d'application objective à la nature que par une référence à une différence d'ordre, qui no vient pas de l'esprit, qui est une donnée irréductible
de l'expérience.