Premiers Principes. Trad. citée, p
2. Doctrine du Droit. Introduction. II Trad. Barni, 1853, p. 19.
l'expérien* e humaine et la causalité PHYSIQUE
tique qui rattache toute législation des phénomènes au rythme ternaire do la pensée : thèse, antithèse et synthèse. Les substances sont, causes les unes par rapport aux autres; l'égalité de l'action et de la réaction manifeste la relativité essentiel le qui les fonde (tans l'unité de l'aperception transcendantalc.
138. L'édifice de la physique rationnelle est établi. Ce qui ne veut pas dire que Ton ait, tant bien que mal, fait place à des tendances divergentes ou même incompatibles. Laméthode kantienne a consisté à suivre un progrès de pensée qui permet de disposer, selon une hiérarchie de plans successifs, les perspectives de la science apparues à Descartes, à Leibniz, à Newton ; de manière à embrasser dans son intégrité, et à coordonner dans un ordre intelligible, l'ensemble des principes qui sont à la base de la science moderne. Et quelle meilleure garantie Kant pouvait-il espérer et offrir, pour la solidité intrinsèque et la valeur durable de cette œuvre, que de faire correspondre chacun des principes ainsi déterminés à l'un des moments que lui fournissait la tradition de la logique péripatéticienne : quantité, qualité, relation?
A dire vrai, le caractère de la garantie à laquelle Kant attachait tant de prix montre surtout comme la doctrine toute nouvelle de l'idéalisme critique se développe dans les cadres de l'antique dogmatisme. Et de là peut-être la dualité des aspects, l'hétérogénéité des tendances, qui se manifestent à travers les Premiers principes métaphysiques de la science de la nature.
L'inspiration maîtresse est bien celle de Yidéalisme critique. C'est au préjugé dogmatique qu'il faut attribuer les contradictions de fait, les antinomies apparentes, dont la nature de l'espace, la relation du mouvement à la force, ont été l'occasion. Par exemple, il est impossible de se représenter un espace dont on puisse dire qu'il est fini, puisque ce qui déterminerait l'espace limité, serait encore de l'espace limitant. Mais la négation de l'espace fini, ce n'est nullement l'intuition d'un espace indéfini qui existerait en soi, c'est la conscience d'un processus inhérent à l'activité spirituelle. Grâce; à ce processus, progression ou régression sont assurées de se poursuivre sans fin : « Les partie®, en tant qu'elles appartiennent à l'existence d'un phénomène, n'existent que dans la pensée, c'est-à-dire dans la division même, Or la division va sans doute à l'infini, mais elle n'est cependant jamais donnéecomme infinie. Aussi, de ce que la division va à l'infini, il ne s'ensuit pas que l'objet divisible contienne une multitude de?
LA. PHILOSOPHIE KANTIENNE DE LA NATURE
parties existant pour soi en dehors de notre représentation 1. » Ce qui est vrai relativement à l'infiniment petit sera également vrai dans l'infiniment grand. L'idéalisme résout, par la considération du processus intellectuel, l'antinomie qui apparaît inéluctable pour le réalisme.
De même, s'il faut dépasser la notion de l'espace relatif, dont la cinématique peut se contenter, afin de fournir un fondement à la distinction entre les mouvements véritables et les mouvements apparents, il ne s'ensuit pas qu'en niant la relativité en quelque sorte absolue de l'espace, on soit condamné à poser la réalité absolue de l'espace. Du point de vue critique, la relativité de l'espace absolu n'est nullement une contradiction ; car l'espace absolu est une idée, c'est l'enveloppe des espaces relatifs, c'est la limite au delà de laquelle il est inutile de pousser la régression et à partir de laquelle le système des mouvements peut être constitué, de manière à mettre en évidence les forces réelles qui s'exercent dans l'univers, les lois qui déterminent leurs actions et leurs réactions nécessaires.
Ainsi encore, Kant pourra introduire dans la mécanique la notion de force, sans impliquer par là ou le recours dialectique au monde nouménal de Leibniz, ou l'ontologie newtonienne de la force en soi. Au même titre que la substance ou la cause, la force est une notion requise pour l'intelligibilité de l'expérience. Elle est idéalement liée au mouvement, non comme ce qui produit, dans V ordre de l'être, à qui est produit, mais comme ce qui conditionne, dans l'ordre de la connaissance, à ce qui est conditionné ; elle en est dégagée par le procédé d'analyse réflexive dont la philosophie critique achève de mettre en lumière l'originalité et l'autonomie.
139. — Seulement peut-on s'en tenir là? N'y a-t-il pas, dans les Premiers principes métaphysiques de la science de la nature, autre chose que l'idéalisme critique ? Si le kantisme se définit, en ce qu'il a d'original et de spécifique, par le souci de ne dépasser en rien l'horizon que délimite la connexion des principes rationnels avec l'intuition empirique, n'apparaît-il pas que Kant, en plus d'un endroit, y est demeuré pré-kantien ou (ce qui revient presque au même théoriquement, mais dans la pratique s'est révélé beaucoup plus grave) qu'il y est déjà post-kantien ? « Le plus grand défaut de la pénétration, a écrit La Rochefoucauld, n'est pas de n'aller point jusqu'au but, c'est de le passer2. »
C'est un fait qu'aux yeux de Kant la mécanique ne s'achève