Cf. Y Exposition du Système du Monde, livre V, chap
2. Deuxième discours sur VHistoire Universelle (discours sur les Progrès de VEspèce humaine) vers 1751, édit. Schelle, t. I, 1913, p. 315. Cf. Comte, Cours de Philosophie positive, VI, 1842, p. 325. de l'édition originale : « L'illustre économiste Turgot fut amené... à construire directement sa célèbre théorie de la perfectibilité indéfinie, qui, malgré son caractère essentiellement métaphysique, servit ensuite de base au grand projet historique conçu par Condorcet. »
3. Tenue en 1798, elle fut rapportée par Saint-Simon, dans le Mémoire sur la Science de t'homm.e, écrit en 1813, Œuvres, t. XI, p. 45, note.
LA PHYSIQUE DES FORCES CENTRALES
par leur petitesse, semblent ne pas tenir aux grandes lois de • la nature, en sont une suite aussi nécessaire que les révolutions du soleil. Dans l'ignorance des liens qui les unissent au système entier de l'univers, on les a fait dépendre des causes finales, ou du -hasard, suivant qu'ils arrivaient et se. succédaient avec régularité, ou sans ordre apparent ; mais ces causes imaginaires ont été successivement reculées avec les bornes de nos connaissances, et disparaissent entièrement devant la saine philosophie qui ne voit en elles que l'expression de l'ignorance où nous sommes des véritables causes. » (3e Edit., 1816, p. 4.)
Laplace écarte donc la tentation de remonter vers l'ontologie aristotélicienne, sous le couvert du dynamisme : « La nature de cette modification singulière en vertu de laquelle un corps est transporté d'un lieu dans un autre, est et sera toujours inconnue. Elle a été désignée sous le nom de force : on ne peut déterminer que ses effets, et la loi de son action. » (Exposition, III, 1.) La sagesse est d'envisager « l'attraction comme Newton l'avait présentée, c'est-à-dire, comme un fait général auquel il s'était élevé par une suite d'inductions, et d'où il était redescendu pour expliquer les mouvements célestes... Cette liaison analytique des faits particuliers avec un fait général, est ce qui constitue une théorie. » (Ihid., V, 5.)
Si elle ne répond pas à l'exigence d'une métaphysique qui serait orientée vers le réalisme de la causalité, la loi de la gravitation offre du moins ce caractère qu'elle satisfait à une sorte de rationalité esthétique, en manifestant dans sa structure interne une perfection d'harmonie qui l'apparente à la géométrie. « Une de ses propriétés remarquables, écrit Laplace, est que si les dimensions de tous les corps de l'univers, leurs distances mutuelles et leurs vitesses venaient à croître ou à diminuer proportionnellement, ils décriraient des courbes entièrement semblables à celles qu'ils décrivent : en sorte que l'univers réduit ainsi successivement jusqu'au plus petit espace imaginable, offrirait toujours les mêmes apparences à ses observateurs. Ces apparences sont par conséquent indépendantes des dimensions de l'univers ; comme en vertu de la proportionnalité de la force à la vitesse, elles sont indépendantes du mouvement absolu qu'il peut avoir dans l'espace. La simplicité des lois de la nature ne nous permet donc d'observer et de connaître que des rapports l. »
1. V. 5. — On trouve une même réflexion dans l'ouvrage posthume de Kant: Vom Ueberyanye von den metaphysischen An/anysyrunden der Naturœissenscliaft zur P/iysik. Kant y rappelle la remarque du Genevois Deluc, que l'on pourrait reconstruire le monde dans une coquille de noix
Texte que Laplace commente dans une note : « Les tentafcives des géomètres pour démontrer le postulaium, d'Euclide sur Les parallèles onî été jusqu'à présent inutiles. Cependant personne ne révoque en doute ce postula tum et les théorèmes qu'Euclide en a déduits. La perception de l'étendue renferme donc une propriété spéciale, évidente par elle-même et sans laquelle on ne peut rigoureusement établir les propriétés des parallèles. L'idée d'une étendue limitée, par exemple du cercle, ue contient rien qui dépende de sa grandeur absolue. Mais >i nous diminuons par la pensée son rayon, nous sommes portés invinciblement à diminuer dans le même rapport sa ( irconférence et les côtés de toutes les figures inscrites. Cette proportionnalité me paraît être un postulatum bien plus naturel que celui d'Euclide : il est curieux de la retrouver dans les résultats de la pesanteur universelle. »
152. — Ainsi, la îorme intelligible de la géométrie soutient la forme intelligible de l'astronomie, elle en garantit la perfection théorique. De là les questions nouvelles qui se posent à l'esprit : Est-ce que l'astronomie ne nous offre pas l'idéal de ce que doit être une science -rationnelle de la nature ? Et le physicien ne devra-t-il pas se proposer la découverte de lois fondamentales qui soient analogues aux lois newtoniennes ? Y parvenir dans un domaine déterminé, ce ne sera pas seulement enrichir d'une connaissance nouvelle l'ensemble du savoir positif, ce sera encore atteindre un type définitif de vérité, contribuer à en démontrer la valeur universelle.
Les Mémoires fondamentaux de Coulomb,. en particulier le Mémoire de 1785 « où l'on détermine suivant quelles lois le fluide magnétique ainsi que le fluide électrique agissent soit par répulsion, soit par attraction 1 », ont apporté une contribution expérimentale, d'une précision inespérée, au succès de ce programme théorique ; et Laplace écrivait dans YExposition du Système du Monde (IV, 17) : « La nature nous offre dans les phénomènes électriques et magnétiques, des forces répulsives qui suivent la même loi que la pesanteur universelle. Coulomb a fait voir, par des expériences très délicates, que les points animés de deux électricités semblables se
sans qu'aucun changement y apparaisse pouvu que les proportions y soient maintenues. (Le mot est chez Deluc un souvenir de Condillac, Traité des Sensations, I, IV, § 18, qui lui-même renvoie à Malebranche, Recherche de la vérité, liv. I, ch. VI.) Et Kant ajoute : « La proposition n'est ni téméraire, ni même hardie. Elle signifie simplement que la grandeur et la masse de L'univers sont relatives, et non absolues. » § 400. Edit. Krause, 1888, p. 164.: 1. Voir Collection, de Mémoires relatifs à la Physique, publiés par la. Société française de physique, t. I, 1884, p. 116.
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repoussent en raison inverse du carré de la distance, et qu'ils s'attirent suivant la même loi, lorsque les électricités sont contraires 1 ».
Le renouvellement des études chimiques, à partir de Lavoisier, venait appuyer renseignement donné par la statique électro-magnétique. Déjà Voltaire remarquait dans les Lettres philosophiques : « L'attraction domine jusque dans la chimie anglaise2. » Le principe est repris par 1 ami de Laplaee, Berthollet, qui écrit au début de Y Introduction à son Essai de Statique chimique (1805) : « Les puissances qui produisent les phénomènes chimiques sont toutes dérivées de l'attraction mutuelle des molécules des corps à laquelle on a donné le nom d'affinité, pour la distinguer de l'attraction astronomique. Il est probable que l'une et l'autre ne sont qu'une même propriété. »
Enfin, lorsqu'en 1820 (Ersted fit connaître « les Expériences relatives à l'effet du conflit électrique sur l'aiguille aimantée », les recherches qui permirent à Ampère de constituer, presque immédiatement, le premier édifice de TElectro-dynamique, s'inspirent du même modèle, témoin le préambule du Mémoire sur la Théorie mathématique des phénomènes électro-dynamiques , uniquement déduite de V expérience 3 : « L'époque que les travaux de Newton ont marquée dans l'his- -toire des Sciences n'est pas seulement celle de la plus importante des découvertes que l'homme ait faites sur les causes des grands phénomènes de la nature, c'est aussi l'époque où l'esprit humain s'est ouvert une nouvelle route dans les sciences qui ont pour objet l'étude de ces phénomènes. Jusqu'alors on en avait presque exclusivement cherché les causes dans l'impulsion d'un fluide inconnu qui entraînait les particules matérielles suivant la direction de ses propres particules, et partout où l'on voyait un mouvement révolutif, on imaginait un tourbillon dans le même sens. Newton nous a appris
1. Avec un appareil analogue à l'appareil de Coulomb, mais qui avait été conçu par Michell, dès 1708, Henry Cavendish, au cours de ses expériences faites dans les années 171)7 et 1798,* réussit à mettre en évidence l'attraction des corps pesants et à préciser la mesure de la densité terrestre (Ilosenbergerj Gesehichte der Physik, t. III, 1887, p. 95). Le retentissement des travaux d>- Cavendish Tut tel (pie M. Crémieu pouvait écrire, en 1907, dans une élude sur le Problème de la Gravitation (Revue générale dés Sciences, lé janvier p. 7, col. A) : « Les expériences de Cavendish, qui firent, en 1798, toucher du doigt l'existence de la force attractive, contribuèrent puissamment à créer un état d'esprit nouveau. Il en résulte qu'à l'heure actuelle la notion d'attraction à distance est devenue primordiale et domine toute préoccupation de chercher comment une attraction peut se faire sentir à distance. »