La Philosophie d'Auguste Comte, 3° cdit
thèse à n'être qu'une anticipation toute provisoire sur le résultat d'une expérience déterminée. ïl n'admet pas que l'on puisse chercher à distinguer entre une physique mathématique qui introduirait à la base du calcul Virnaginaire, c'est-àdire ce qui, comme l'action à distance, contredit les lois communes de la représentation, et celle qui postule seulement V imaginable^ c'est-à-dire qui se contente de transposer, à une autre échelle de grandeur, une donnée telle quede mouvement vibratoire, lequel, dans un certain domaine, est accessible à l'observation directe. Rien de plus caractéristique, pour définir l'attitude proprement positiviste, que le refus d'entrer dans l'exaniien des doctrines optiques : « Le système émissif... ne peul avoir d'autre sens intelligible que de présenter les phénomènes lumineux comme radicalement analogues à ceux du mouvement ordinaire : de même la seule signification admissible de l'hypothèse des ondulations consiste évidemment dans l'assimilation des phénomènes de la lumière avec ceux de l'agitation vibratoire qui constitue le son : d'une part, c'est è, la barologie, de l'autre, à l'acoustique, que l'on prétend comparer l'optique. Mais comment des analogies aussi gratuites, aussi incompréhensibles même, pourraient-elles avoir aucune véritable efficacité scientifique? En quoi perfectionneraientelles réellement nos moyens généraux de coordination 1 ? »
Enfin, et c'est ce qui donne au positivisme de Comte sa physionomie particulière dans l'histoire, la condamnation de ces hypothèses ne résulte nullement d'une prudente défiance à l'égard des partis pris systématiques ; au contraire, elle s'accompagne d'affirmations catégoriques sur l'avenir de la science. Prenant acte « du peu de liaison réelle qui existe malheureusement jusqu'ici » entre les différentes parties de la physique 2, Comte prédit que du point de vue de la coordina-
1. 5.?° Leçon, II, 647. Cf. 32e, p. 596 : « La même doctrine générale des vibrations qui, abusivement transportée à l'étude des phénomènes lumineux, par exemple, ne peut y conduire qu'à des conceptions chimériques, convient parfaitement, au contraire, à l'analyse des phénomènes sonores, où elle nous offre l'expression exacte d'une évidente réalité. »
2. Cours, 28* Leçon, II, p. 461. — Le jugement d'Auguste Comte s'éclaire • t s<^ précise lorsque nous jetons un coup dVpil sur la table des matières d'un ouvrage classique comme le Traité Élémentaire de Physique,^ de Péclet (2e édition, 1830). L'ouvrage contient deux parties. La première, intitulée Corps Pondérables, a cinq chapitres : 1° Propriétés générales des Corps; 2° Forces permanentes gui agissent sur les corps; 3° Corps^ solides; 4° Corps liquides; 5° Corps gazeux, dont le § 5 est intitulé Emploi des gaz comme moteurs, suivi par un § 6 qui, sous ce titre : De V Air considéré < omme véhicule du Son, est consacré à V Acoustique. La seconde Partie, Fluides Impondérables, comprend également cinq chapitres : 1° Calorique; 2* De l'électricité; 3° Magnétisme; 4° Galvanisme ; 5* Lumière. Dans les Considérations, qui parurent en 1872, Cournot écrit : « Les théories optiques de Fresnel* n'ont aucune liaison avec la théorie de la chaleur donnée par
LA PHYSIQUE POSITIVISTE
tion « la physique par la variété et la complication de ses phénomènes, doit toujours être évidemment très inférieure à l'astronomie, quels que puissent être ses progrès futurs1 ».
Ces progrès seront des progrès de forme ; ils consisteront à multiplier les « lumineux rapprochements que comporte si naturellement l'emploi judicieux de l'analysé mathématique entre les questions d'ailleurs hétérogènes à tous autres égards, qui peuvent conduire à des équations semblables 2 ». Mais de cette unité formelle, qui réside toute entière dans l'identité de l'instrument mathématique 3, le positivisme interdit de conclure à l'unité de nature, qui devrait reposer « sur des assimilations réelles et fondamentales : déduite d'analogies purement hypothétiques, elle est à la fois sans consistance et sans utilité... Que l'esprit humain sache donc, à cet égard, renoncer enfin à l'irrationnelle poursuite d'une vaine unité scientifique 4 ».
De ces prophéties et de ces anathèmes qui achèvent de définir (en ce qu'elle a d'original, on n'ose pas dire d'excentrique) la philosophie positiviste de la physique, la science positive semble s'être jouée comme à plaisir depuis qu'a paru le second volume du Cours. Et, certes, il ne sera pas interdit aux disciples d'Auguste Comte de signaler, dans le démenti subi en apparence par leur maître, une survivance ou une réaction de Y esprit métaphysique. Mais peut-être y a-t-il autre chose. Peut-être cette épithète de métaphysique dont Auguste Comte use et abuse, dans le domaine spéculatif comme dans le domaine social, ne sert-elle qu'à dissimuler l'arbitraire et la subjectivité de son propre dogmatisme. Ne lui arrive-t-il pas de fonder la spécificité des sciences sur la spécificité des sens, en conformité avec la thèse du réalisme sensualiste: çavspbvSè
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ixA8Àoi7C£vai 5 ? « Malgré toutes les suppositions arbitraires, les
Fourier, ni avec la théorie de Coulomb ou de Poisson sur la distribution de l'électricité à la surface des corps conducteurs, ni avec la théorie d'Ampère sur la constitution des aimants; et le plus important objet de la physique actuelle est au contraire de montrer que tous ces phénomènes optiques, thermiques, électriques, magnétiques, ont entre eux la plus intime union. »» (II, 128.)