Leçon, II, 623. Cf. 29% p. 489, et 33% p
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Laplace, c'était professer que tous les phénomènes de la nature rentrenl dans le cadre des lois qui régissent le jeu des forces attractives ou répulsives. Pas plus que Lagrange et Fourier, Auguste Comte n'entend certes renoncer à l'héritage de Newton ; seulement, au lieu de faire de la mécanique céleste le prototype de tonte science, l'intermédiaire obligé pour passer a la physique, il la considère comme la première application d'une méthode générale, destinée à mettre le contenu concret de l'univers en connexion avec l'instrument de l'analyse mathématique. Les rapports qui figurent dans la formule de la gravitation : proportion aux masses, raison inverse du carré des distances, sont seulement un exemple des déterminations particulières auxquelles conduit la mise en équation des conditions fournies par l'expérience, mais qu'il serait arbitraire et chimérique de vouloir étendre à l'universalité des phénomènes naturels l.
Le newtonianisme de Comte est donc soumis à une double restriction, par laquelle se précisera la conception positiviste de la science. D'une part, Comte s'approprie la critique de T « idée inintelligible » d'attraction due aux cartésiens français « l'illustre Jean Bernoulli et le sage Fontenelle », qui ont « puissamment contribué... à épurer le caractère primitif de la pensée fondamentale de Newton, en détruisant l'apparence métaphysique qui altérait la réalité admirable de cette sublime découverte. » {24e Leçon, II, 249.) D'autre part, il éliminera de YOjjtique newtonienne toute la partie de recherche purement théorique où l'auteur, au sentiment de Comte, s'est jmis en contradiction avec son propre génie : « Newton..., par son admirable doctrine de la gravitation universelle..., avait élevé d'une manière irrévocable la conception fondamentale de la philosophie moderne au-dessus de l'état où le cartésianisme l'avait placée, en constatant l'inanité radicale de toutes les études dirigées vers la nature intime et le mode de production des phénomènes, et en assignant désormais, comme seul but nécessaire des efforts scientifiques vraiment rationnels, l'exacte réduction d'un système plus ou moins étendu de faits particuliers à un fait unique et général. Ce même Newton, dont l'exclamation favorite était : O physique ! garde-toi de la métaphysique ! s'est laissé entraîner, dans la théorie des phénomènes lumineux, par les anciennes habitudes philosophi-
1. Cf. Hemi PoinCaré, la Valeur de la Science, p. 1-63 : « C'est Newton qui nws a montré qu'une loi n'est qu'une relation nécessaire entre l'état présent du monde et son état immédiatement postérieur. Toutes les autres lois, découvertes depuis, ne sont pas autre chose, ce sont, en somme, des équations différentielles. »
LA PHYSIQUE POSITIVISTE
ques, jusqu'à la personnification formelle de la lumière, envisagée comme une substance distincte et indépendante du corps lumineux ; ce qui constitue évidemment une conception tout aussi métaphysique que pourrait l'être celle de la gravité, si on lui attribuait une existence propre, isolée du corps gravitant. » {33e Leçon, II, 638.)
Sous réserve de ce contraste, qu'il signale également chez un Descartes et chez un Huygens, Auguste Comte retrouve dans l'histoire de la physique moderne le courant positif qui remonte aux « découvertes capitales de Galilée sur ■ la chute des corps1 », et dont il considère le triomphe comme désormais assuré : « Tous les bons esprits reconnaissent aujourd'hui [1835] que nos études réelles sont strictement circonscrites à l'analyse des phénomènes pour découvrir leurs lois effectives, c'est-à-dire leurs relations constantes de succession ou de similitude, et ne peuvent nullement concerner leur nature intime, ni leur cause, ou première ou finale, ni leur mode essentiel de production. » (Ibid., p. 435.) Sans renoncer d'une façon rigoureuse à l'emploi du terme de cause2, Comte établira une distinction entre la cause, entendue au sens de cause première ou de cause finale, et la loi qui définit une relation précise entre phénomènes. La cause est une de ces fictions abstraites et chimériques, de ces entités, qui font l'objet propre de la métaphysique ; l'âge positif se caractérise en physique par la restriction de l'effort scientifique à la détermination de la loi.
158. L'opposition entre la cause et la loi ne correspond pas seulement à un moment décisif dans l'effort de systématisation par lequel Comte préludait à la constitution de sa sociologie. Elle devait participer au rayonnement de la pensée comtiste, et finir par être regardée d'une façon assez générale comme exprimant la philosophie de la science positive, et non plus uniquement la philosophie positiviste de la science. A ce titre, elle marque une étape importante dans l'évolution de la pensée moderne.
Ce n'est pas qu'en rejetant l'idée de cause dans la sphère d'une métaphysique périmée, Comte entende proscrire l'hypothèse en tant qu'hypothèse ; il demeure, comme l'a fait observer M. Lévy-Bruhl, aussi éloigné de l'empirisme que du mysticisme1'. Mais sa tendance générale est de réduire l'hypo-