Frésnel, De la, Lumière, édit. citée, p
\. P. 331. — 11 ne sera pas inopportun d'emprunter à Lamé une définition particulièrement nette de la conception de ce fluide : « Il existe dans tout même entre les partieules des corps, un fluide éminemment élastique, auquel on donne le nom d'e'ther. Son état statique dépend de la répulsion qu'il exerce sur lui-même, et des actions qu'il éprouve de la part des arômes pesants. En vertu de ces forces, l'éther est répandu uniformément dans tout espace vide de matière pondérable, sa densité est constante, et son élasticité est la même en tout sens. Dans un espace occupé par un corps solide, liquide ou gazeux, d'éther peut avoir une densité plus
LA PHYSIQUE MECANISTE
velle, Lamé l'oppose à « l'hypothèse impuissante et stérile des forces centrales » ; il y voit la condamnation de la mécanique physique, telle qu'elle était préconisée au début du xixe siècle, de cette « extension, au moins prématurée, sinon fausse, des principes et des lois de la mécanique céleste ». (îbid., II, 332.)
D'ailleurs, l'année 1850 avait apporté aux idées de Fresnel le surcroît de consécration qu'elles pouvaient encore souhaiter. Les efforts désespérés des mathématiciens newtoniens pour contester renseignement à tirer du phénomène des interférences, avaient amené à concevoir une autre sorte d'expérience, plus spécifiquement cruciale, si l'on peut ainsi parler, que celle de Young ; et ce fut celle que réalisa Foucault en mesurant la vitesse de la lumière dans l'air et dans l'eau : « D'après le système de l'émission, le changement de direction de la lumière [dans la réfraction] serait dû à une accélération subie à son entrée dans les milieux réfringents. Dans le système des ondulations, ce même changement de direction devrait coïncider avec un ralentissement dans la vitesse de propagation du principe lumineux. Frappé de cet. antagonisme entre les deux systèmes, M. Arago déclare, en 1838, que l'un des deux succombera le jour où l'on constatera, par une expérience directe, dans quel sens se modifie la vitesse, lorsque la lumière pénètre d'un milieu rare dans un milieu plus dense, lorsqu'elle passe de l'air dans Teau ou dans tout autre liquide. » Or, « l'expérience différentielle » sur les déviations de la lumière donne un résultat qui ne laisse aucun doute : « Toujours celle qui correspond au trajet dans l'eau se montre plus grande que l'autre, toujours la lumière se trouve retardée dans son passage à travers le milieu le plus réfringent. La conclusion dernière à ce travail, ajoute Foucault, consiste donc à déclarer le système de l'émission incompatible avec la réalité des faits *. »
161. — Les textes que nous venons de rappeler suffisent pour attester l'impression, donnée par l'optique de Fresnel vers le milieu du xixe siècle, que le débat historique soulevé par l'avènement du mécanisme cartésien est désormais tran-
grande ou plus petite que dans le vide, et son élasticité suit les mêmes variations que celle des corps pondérables, c'est-à-dire .qu'elle est constante dans les gaz, les liquides et les solides homogènes non cristallisés, mais varie avec la direction dans les cristaux dont la forme primitive n'est pas un polyèdre régulier. » (Cours de Physique de l'École Polytechnique, 2e édit., t. II, 1810, p. 326.) Sur la transformation de la notion d'ëther après Fresnel, voir Duhem, l' Evolution de la mécanique, IV. Le Retour à VAtomisme et au Cartésianisme, I. La mécanique de Hertz. Revue générale des Sciences, 15 mai 1903, p. 219, col. A.
1. Sur les vitesses, relatives de la lumière dans l'air et dans l'eau, apud les Classiques de la Science. II, 1913, p. 13-11.
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ché, que la physique est capable d'achever l'idée de la causa h h- en établissant, entre les principes théoriques et les conséquences expérimentales, un lien de représentation géométrique, de continuité intelligible.
Ce n'es! pas tout encore : dès le moment même où il déga- -i ait les conceptions maîtresses de son œuvre à venir, Fresnel les rapportait à une vue d'ensemble qui comprenait la chaleur et l'électricité au même titre que la lumière : « Je t'avoue, écrivait-il à son frère Léonor le 5 juillet 1814 que je suis fort tenté de croire aux vibrations d'un fluide particulier pour la transmission de la lumière et de la chaleur. On expliquerait l'uniformité de vitesse de la lumière comme on explique, celle du son ; et l'on verrait peut-être dans les dérangements d'équilibre de ce fluide la cause des phénomènes électriques. On concevrait facilement pourquoi un corps perd tant de chaleur sans perdre de son poids. »
Les travaux de Fresnel sur la lumière remplissent la période de 1816 à 1822. A son tour, de 1825 à 1832, Faraday ouvrait à l'électricité cette voie prévue par Fresnel.
Pour l'objet que nous nous proposons ici, le trait essentiel à retenir de l'œuvre de Faraday, c'est qu'elle détache de la tradition newtonienne la science de l'électricité, qu'elle la replace dans le courant de la pensée cartésienne. Ce trait est souligné avec une netteté toute particulière dans les réflexions suivantes de M. Langevin au début d'une conférence sur les Grains d'électricité 2 : « L'histoire des théories électriques jusqu'à la fin du xixe siècle comprend deux grandes périodes. Dans la première, que le nom de Coulomb peut servir à caractériser, la notion essentielle est celle des charges électriques agissant à distance les unes sur les autres et jouant un rôle analogue à celui des masses dans la théorie de la gravitation. La seconde période commence avec Faraday, qui refusa d'ad- ' mettre la possibilité d'actions immédiates à distance et ramena l'attention vers le milieu à travers lequel ces actions se transmettent... Faraday représente les phénomènes électriques et, en particulier, les propriétés des diélectriques matériels, par l'existence de tubes de force portant à leurs deux extrémités des charges électriques égales et de signes contraires sur lesquelles ils tirent avec une force variable d'ailleurs avec la nature du milieu isolant qu'ils traversent et que leur présence modifie'5. »