‹ L'expérience humaine et la causalité physiqueChapitre 166 sur 263 · Cf. De primae philosophiae emendatione, G. IV · texte numérisé non relu

Cf. De primae philosophiae emendatione, G. IV

LA PHYSIQUE MÉCANISTE

propre de Descartes, fondée sur l'instantanéité de la propagation lumineuse, il est difficile sans doute de voir autre chose qu'un « faux départ ». Mais, s'inspirant de l'esprit cartésien, Huygens éclaire le mécanisme de la propagation lumineuse par le mécanisme de la propagation sonore, et trouve dans l'expérience décisive de Rœmer la confirmation de son principe fondamental : « Si... la lumière emploie du temps à son passage... il s'ensuivra que ce mouvement imprimé à la matière est successif et que, par conséquent, il s'étend comme celui du son par des surfaces et des ondes sphériques l. » Les découvertes de Newton sur la dispersion des couleurs permettent à Malebranche de préciser encore la comparaison : « Il en est de la lumière et des diverses couleurs comme du son et des divers tons. La grandeur du son vient du plus ou moins de force des vibrations de l'air grossier, et la diversité des tons du plus ou moins de promptitude de ces mêmes vibrations, comme tout le monde en convient. La force ou l'éclat des couleurs vient donc aussi du plus ou moins de force des vibrations, non de l'air, mais de la matière subtile, et les différentes espèces de couleurs du plus ou moins de promptitude de ces mêmes vibrations-. ».

Au xviii6 siècle les théories des Cartésiens comme Huygens et Malebranche, se trouvèrent enveloppées dans le discrédit dont le système des tourbillons fut frappé après le triomphe de la cosmologie newtonienne : « Le système de l'émission ou celui de Newton, soutenu par le grand nom de son auteur, et je dirais presque par cette réputation d'infaillibilité que son immortel ouvrage des Principes lui avait acquise, a été plus généralement adopté. L'autre hypothèse, ajoute Presnel, paraissait même entièrement abandonnée, lorsque M. Young l'a rappelée à l'attention des physiciens par des expériences curieuses, qui én présentent une confirmation frappante, et semblent en même temps bien difficiles à concilier avec le système de l'émission »

Il ne s'agira donc plus de confronter deux systèmes de coordination et de représentation qui tous deux se superposent aux faits et ne font qu'exprimer dans l'abstrait le conflit des tendances philosophiques. La théorie conduit à l'expérience :

1. Traité de la Lumière, chap. I. {Les Maîtres de la pensée scientifique, 1920, p. 4.)

2. Malebranche. lié/tenions sur la lumière et les couleurs, et lu génération du feu. (Apiid Histoire de V Académie royale des Sciences, 1699, p. 26.) Citées par Duhèm. L'Optique de Malebranche, Revue de Métaphy-êique, janvier 1916, p. 83.

3. De la Lumière (1822)., les Classiques de la Science, V. 1914, p. 1.

l 8X1*1 FUENCÉ HUMAINE ET LA CAUSAI,! TÉ lMlYSloUE

C esl l€ phénomène des battements qui paraît avoir suggéré a Young la première idée de l'interférence des vibrations1. » El L'expérience confirme la théorie. Grâce à Young, dit encore Verdet [Ibid.), « le système de l'émission a été définitivement réfuté, et l'existence des ondes lumineuses rendue, pour ainsi dire, aussi palpable que celle des ondes sonores ».

Sut- la base de la découverte de Young, Fresnel construit l'édifice qui fait de l'optique mathématique une science positive : « La grande objection de Newton à la théorie des ondes cla il qu'elle ne pouvait rendre compte de la propagation reet-iligne de la lumière. Or l'objection avait doublement tort : car non seulement le principe de Huygens, pris en son vrai sens, conduisait tout droit à la démonstration de la propagation rect il unie de la lumière, mais encore il l'établissait de telle sorte qu'il faisait prévoir, dans certains cas déterminés, une réelle inflexion des rayons lumineux, comme s'ils tendaient à contourner les parois de l'écran placé sur leur passage. La théorie des ondes déterminait en un mot la propagation du rayon lumineux de manière à déterminer du même coup les phénomènes si remarquables de la diffusion de la lumière et de la diffraction, restés obscurs ou inconnus dans toute autre "hypothèse*. »

La perfection avec laquelle les phénomènes se déduisent des principes, exclut, semble-t-il, toute espèce de doute sur la réalité de ces principes : « La lumière n'est qu'un certain mode de vibrations d'un fluide universel ;>\ » L'existence de ce fluide n'est pas une hypothèse ; Lamé, en 1852, dans la conclusion célèbre de sa Théorie mathématique, de V élasticité,' s'exprime avec une netteté parfaite : « L'existence du fluide éthéré est incontestablement démontrée par la propagation de la lumière dans les espaces planétaires, par l'explication si simple, si complète des phénomènes de la diffraction dans la théorie des ondes 4. » Et la solidité de cette physique nou-

1. Veroet, Œtcares^tl, 1872 p. 322, Cité par Gay. Lectures scientifiques, Physique ^et Chimie, 2° édit , 1906, p. 293.

2. Hannequin, Eêsaï Critique sur L' Hypot/tèse des Atomes dans la science contemporaine, 1895, p. 186. ,

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