La Connaissance et l'Erreur, trad. Dufour, 1908, p
ÉNERGIE ET ENTROPIE
fin. Par là les spéculations issues de la physique de Sadi Carriot et de Clausius vont rejoindre les spéculations issues de la biologie de Lamarck et de Darwin.
166. — En 1867 les Premiers Principes, de Spencer, opérèrent la liaison des deux idées, pour en faire la base d'un vaste système cosmologique. Spencer se place d'emblée dans le plan de l'ontologie : « La force dont nous affirmons la persistance est la force absolue que nous sommes obligés de concevoir comme le corrélatif nécessaire de la force dont nous sommes conscients 1. » Fixer le sens où évolue cette force primordiale, ce serait expliquer non seulement la destinée de 1 univers qui est l'objet de l'intelligence, mais de cette intelligence ellemême, rangée parmi les produits de l'évolution universelle.
M. Lalande a repris le problème au cours de l'étude qu'il a intitulée : La Dissolution opposée à V Evolution dans les sciences physiques et morales (1899), et il a fait ressortir comme le principe de Carnet nous obligeait à retourner le sens de l'évolutionnisme spencerien : « L'évolution étant définie par le passage de l'homogène à l'hétérogène, et la dissolution par son contraire, il n'y a aucun doute que la loi générale du monde matériel, dont toutes les évolutions partielles sont des accidents, consiste dans l'ensemble en une dissolution. » (P. 70.) Et l'expression de dissolution, empruntée à la terminologie de Spencer, ne doit pas donner le change sur la pensée de M. Lalande : il s'agit d'un principe positif, d'une « marche à l'égalité », qui n'aurait rien d'ailleurs de paradoxal ou même d'étonnant. « Au point de vue logique, en effet, toute différence est un fait contingent, surprenant, qui ne satisfait pas l'esprit, qui réclame même une correction, si elle est possible... Dire que tous les phénomènes physiques ont pour loi la marche à l'égalité, c'est donc dire qu'ils tendent de plus en plus à satisfaire l'intelligence humaine et que leurs transformations sont raisonnables. Le monde matériel obéit ainsi à la raison et répond à notre désir d'unité non seulement dans son être, mais encore dans son devenir. » (P. 66-67.)
La. doctrine de YEvolution créatrice n'accorde pas une importance moindre à la loi de Carnot-Clausius. C'est « la plus métaphysique des lois de la physique, en ce qu'elle nous montre du doigt, sans symboles interposés, sans artifices de mesure, la direction où marche le monde ». (1907, p. 264.) Dès lors, elle nous conduit à poser de la façon la plus directe le problème de la création et de Dieu « Un monde tel que notre