Cour», 289 leçon, t. II, p. 151, note
o. René Berthelot, Un romantisme utilitaire, t. II, Le pragmatisme chez Bergson, 1913, p. 273.
372 l'expèiuuncê humaink et la. causalité physique
l'( i me de lois «les relations où les com posants d'un corps soni pris i n proportions fixes ; et ces lois évoquent la notion d'élément, Mais elle n'impliquent ni que l'élément soit isolé, m même que la grandeur en soit approximativement déterminée. Le chimiste pense aux atomes ; il ne les connaît pas. Aussi, lorsque, en 1811, Avogadro est conduit à supposer « que le nombre des molécules intégrantes dans les gaz quelconques i si toujours le même, à volume égal, ou est toujours proportionnel aux volumes 1 », la conception de ce nombre N, appelé a devenir si fameux, n'aboutit guère qu'à poser un problème, et d'une difficulté si grande que la formule d'Avogadro, pendant près d'un siècle, figurera le type de l'hypothèse destinée à demeurer perpétuellement hypothèse. Les ressources techniques dont disposait alors la science semblaient lui interdire lente conquête effective dans le domaine entrevu par la spéculation scientifique, Gournot, si prudent et si avisé pourtant lorsqu'il s'agit de réserver les droits de la contingence historique et les surprises de l'avenir, écrivait dans un ouvrage qu'il faisait paraître, il n'y a pas plus de cinquante ans : « Jamais le microscope ne pénétrera dans la sphère infinitésimale où s'opèrent les phénomènes que nous nommons chimiques ou moléculaires2. » Toute catégorique qu'était l'affirmation, elle devait être démentie par l'événement.
D'ailleurs, à l'époque où sont publiées les Considérations de Cournot, un progrès notable était en train d'être acquis par les travaux sur la thermodynamique, qui, avec les recherches de Maxwell, inaugurent l'ère positive de la mécanique statistique. Il est vrai seulement qu'elles demeurent dans l'ordre théoi ique ; et Maxwell en a lui-même mis le caractère en évidence dans le dernier chapitre de ses Leçons élémentaires sur la Cha- It ûr, où il insiste sur les postulats de la doctrine. D'une part, « dans un choc entre deux molécules... le mouvement du centre de gravité après le choc, demeure le même qu'avant le choc », et « la vitesse de chaque molécule par rapport au centre de gravité n'est pas changée en grandeur, mais seulement en direction ». D'autre part, considérant un grand nombre de molécules en mouvement, on les suppose « contenues dans un récipient dont les parois sont de telle nature qu'elles restituent aux molécules qui les choquent, l'énergie
1. Le mémoire d'Avogadro : Essai d'une manière de déterminer les masses relatives des molécules élémentaires des corps, et les proportions selon lesquelles elles entrent dans les combinaisons, a été réimprimé dans le quatrième volume de la collection : Classiques de la Science, Molécules, al >mes et notations chimiques, 1913, p. 17.
2. Considérations sur la marche des idées, 1872, t. I, p. 294.
LA. MÉCANIQUE STATISTIQUE
que celle-ci leur transmet, de telle sorte que l'énergie totale des molécules ne soit pas modifiée... Et ici, continue Maxwell, je tiens à faire remarquer qu'en adoptant cette méthode statistique qui consiste à ne tenir compte que du nombre moyen des groupes de molécules classées suivant leurs vitesses, nous abandonnons la méthode cinétique précise dans laquelle on tient un compte exact des circonstances qui accompagnent les chocs successifs de chaque' molécule particulière 1 ».
Quelle est la portée de cette dernière remarque pour l'interprétation philosophique de la causalité ? Et ne peut-on pas dire qu'elle tend à remettre en question la fonction explicative qui était la raison d'être de la théorie cinétique ? « La distribution des molécules en classes correspondant à leur vitesse suit exactement la même loi mathématique que la distribution des observations suivant l'importance des erreurs, » ou « des marques faites sur une cible suivant leur distance au centre de la cible, pourvu qu'un grand nombre de coups aient été tirés par des personnes d'un même degré d'habileté.,» (P. 396.) La généralité du résultat commun à des problèmes très différents, suggère d'elle-même une interprétation qui va dans le sens des théories conventionalistes ou pragmatiques, Autrement dit, on serait tenté d'y voir, plutôt que les propriétés caractéristiques des phénomènes, celles de l'instrument que l'on a eu la volonté d'employer, instrument indifférent à la nature des choses et à qui la vérité serait indifférente. La théorie cinétique des gaz correspondrait tout au plus à cette sorte de physique mathématique que les géomètres français avaient, à la suite de Laplaee et de Poisson, développée au début du xixe siècle, et où il s'agissait de retrouver par une voie difficile et subtile les lois mêmes que le contrôle expérimental avait déjà dégagées et vérifiées. « Je ne crois pas me tromper, écrivait M. Volterra dans une notice sur YŒuvre mathématique de Poincaré 2, en disant que beaucoup de physiciens regardent cette flore mathématique, comme un ensemble de plantes parasites du grand arbre de la philosophie naturelle. »
Mais cette conclusion n'est que provisoire. Il importe de la corriger à l'aide d'une remarque, ajoutée immédiatement par M. Vol terra : « Il y a cependant une autre physique mathématique qui forme un ensemble inséparable de la considéra tion des phénomènes. On ne pourrait comprendre aucun progrès dans leur étude sans l'aide que cette analyse mathéma-