Gesc/ùchtc der Atomisti/,, t. I, p
ment, mais qui douent l'atome de la causalité nécessaire pour rendre compte de phénomènes négligés ou contredits par la représentation purement substantialiste et statique de l'atome. Ces propriétés ne surgissent pas naturellement de l'atome; tout au contraire, elles lui sont conférées du dehors, par un coup d'état intellectuel. Toute la vertu de l'atomisme était d'expliquer le complexe par le simple ; on fait exactement l'inverse, on veut rendre raison du simple par le complexe. Sans même revenir sur la question de la pesanteur, qui demeure sujette à controverse, il suffit de rappeler ici les textes classiques de Lucrèce concernant la théorie épicurienne du clinamen : « Dans la chute en ligne droite qui emporte les atomes à travers le vide, en vertu de leur poids propre., ceux-ci, à un moment indéterminé, en un endroit indéterminé, s'écartent tant soit peu de la verticale, juste assez pour qu'on puisse dire que leur mouvement se trouve modifié... Si toujours tous les mouvements sont solidaires, si toujours un mouvement naît d'un plus ancien suivant un ordre inflexible, si par leur déclinaison les atomes ne prennent pas l'initiative d'un mouvement qui rompe les lois du destin pour empêcher la succession indéfinie des causes, d'où vient cette liberté accordée sur terre à tout ce qui respire ? d'où vient, dis-je, ce pouvoir arraché aux destins, qui nous fait aller partout où nous conduit notre volonté, et, comme les atomes, nous permet de changer de direction, sans être déterminés par le temps ni par le lieu, mais suivant le gré de notre esprit lui-même 1 ? »
Selon l'atomisme originel, l'explication du tout par les éléments consiste à rendre raison des caractères que présente dans l'observation ordinaire un corps composé, à l'aide de caractères tout différents, qui appartiennent à l'élément en tant qu'élément ; l'instabilité du composé, qui fournit la donnée du problème, contraste avec l'immutabilité de l'élément, qui fournit le principe de la solution ; et ce principe, on est allé le chercher dans une région qui est au-dessous du plan des phénomènes, qui est inaccessible à l'expérience immédiate.
La théorie du clinamen, c'est tout autre chose. Sans doute on y conserve le vocabulaire de l'atomisme et l'ordre extérieur de l'exposé ; mais la démarche réelle de la pensée, qui en ferait la valeur et qui seule lui confère une signification, est exactement l'inverse de l'atomisme originel. Ce qui apporte le principe de la solution, ce n'est plus la considération de l'élément
1. Dé Katar a Rerum, t. II, v. 217-220 et 251-260, trad. Ernout, 1920, p. 51
et suiv.