Perrin, Les atomes, 1913, p
2. Langkvin, La physique du discontinu, apud Les progrès de la physique moléculaire, 1914, p. 4ô ; et dans fleuri Poinca 'é, L œuvre scientifique et l'œucre p/iilosophiquc, 1911, p. 199 : « .Les mouvements des élactrôns intérieurs aux atomes dont les ondes lumineuses sont issues ne sauraient être régis par des équations différentielles, qui, par leur forme même, impliquent la continuité dans la distribution des probabilités. Il nous faut renoncer à ce mode d'analyse pour énoncer les lois qui régissent les pliénomèues intra-atomiques. Il ne peut être utile que dans certains cas où le
rand nombre des éléments en jeu suffit pour effacer toute influence des iscontinuités individuelles et profondes. »
à ces conditions. Sans cette croyance, le problème dont nous parlons n'aurait aucun sons; l'interpolation serait impossible : on ne pourrait déduire une loi d'un nombre fini d'observations ; la science n'existerait pas1. » Or précisément cette condition de continuité, à laquelle paraissait liée l'existence de La scienoe, se trouve avec la théorie des quanta, non pas ccwQQplètemeaii écartée sans doute, mais beaucoup moins strictement impérative ; et Poincaré lui-même écrira, en 1912, à la veille de sa mort : « On ne se demande plus seulement si les équations différentielles de la Dynamique doivent être modifiées, mais si les lois du mouvement pourront encore être exprimées par des équations différentielles. Et ce serait la révolution la plus profonde que la Philosophie Naturelle ait subie depuis Newton 2. »
Tel est, sous son aspect le plus frappant pour le philosophe* le caractère que le savoir revêt dans ce début du xxe siècle. Les faits révélés au physicien par la technique du laboratoire sont de telle nature qu'ils l'obligent à remanier l'instrument mathématique dont il avait fait usage jusque-là. Le progrès de la science, depuis l'époque lointaine où Pythagore découvrait une loi de correspondance entre les relations mathématiques des nombres et les rapports musicaux des sonsr paraissait consister à dépasser la sphère du discontinu pour organiser des méthodes de mieux en mieux adaptées à la continuité des phénomènes. Et voici que la complexité croissante, tant des moyens de calcul que des procédés d'observation, ramène l'attention sur cette discontinuité dont on avait cru devoir se détacher comme si elle n'exprimait qu'un stade élémentaire et trop simple de l'analyse scientifique. Une physique du discontinu, selon l'expression de M. Langevin, s'élabore, qui requiert de nouveaux schèmes mathématiques.
Ici encore, ici surtout, le philosophe devra éviter la précipitation du jugement, qui lui ferait imaginer une antinomie de la raison, avec nécessité d'opter entre la thèse du continu et l'antithèse de la discontinuité. L'apparition des nouveaux cadres n'entraîne pas la mise hors de service des anciens. Ce qui paraît vrai, c'est ceci : la philosophie scientifique, toujours encline à faire fond sur le principe d'économie, avait interprété dans un sens dogmatique le succès de la continuité (particulièrement le succès remporté, au xviir3 siècle, dans ce domaine même de l'acoustique qui avait été le théâtre du triomphe de la discontinuité) comme si l'explication mathé-