Cf. Ha.mf.lin, Essai sur les éléments, etc., p
4. Voir Jouguet, Lectures de Mécanique, t. II, 1909, p. 3, note 138, et Poincaré, Science et Hypothèse, p. 132.
5. Cf. Max Abraham, La nouvelle Mécanique, Scientia, janvier 1914; Supplément, p. 12.
lième par rapport à la vitesse de la propagation lumineuse, on se heurtait toujours à un résultat négatif : quel que soit le sens du mouvement terrestre par rapport au rayon émané du soleil, la vitesse de propagation de la lumière demeure la même. Un résultat d'un caractère négatif, doit, en toute rigueur logique, être tenu pour provisoire. M. Michelson, en terminant, le 8 juin 1921, son Cours de la Sorbonne, insistait encore sur la possibilité de nouvelles expériences susceptibles de mettre en évidence un mouvement par rapport à un milieu qui serait absolument fixe et qui est représenté comme éther immobile. '
La perfection de la technique expérimentale mise en œuvre par M. Michelson n'en commandait pas moins aux théoriciens d'adapter aux résultats de l'expérience les formules qui les mettaient en état de coordonner les phénomènes. Et l'interprétation de ces formules conduisit M. Lorentz, concurremment d'ailleurs avec M. Pitz-Gerald \ à expliquer le résultat inattendu des expériences de M. Michelson en supposant « que tous les objets' terrestres, y compris les piliers de maçonnerie qui supportent les instruments de mesure se contractent, dans le sens du mouvement d'entraînement* d'une petite fraction y/1 — v"2 :c-de leur longueur (v vitesse terrestre, c vitesse de la lumière) 2 ».
De cette contraction, aucune des tentatives expérimentales n'a réussi à déceler la réalité. Elle est simplement déduite de la théorie électromagnétique de la lumière, et le coefficient en est calculé de manière à compenser le trouble que le résultat négatif de Michelson avait introduit dans la théorie. Or n'est-ce pas demander beaucoup aux choses que de plier ainsi l'indéformation qui semblait caractéristique du solide en tant que tel, à l'immutabilité des hypothèses sur l'éther '■> ? Nous
1. Lorentz, Der Interferenzversuch Mic/ielsons (1895), apud Das Relativiiàtsprinzip, Eine Sammlnng von Ab/iandlungcn, 3e édit. Leipzig- Berlin, 1920, p. 2.
2. Bosler, La théorie cV Einstein et la nouvelle loi de la Gravitation, Revue scientifique, 20 juin 1920, p. 354, col. A.
3. Dans la pensée de M. Lorentz, il est vrai que l'hypothèse de l'éther pouvait fournir une analogie d'ordre intuitif à l'appui de la contraction : « Du reste, la contraction de la règle mobile qu'il remarque dans le cas précédent et le ralentissement de la marche d'une horloge mobile n'étonneront pas trop notre phvsicien. S'il a appris que les actions électromagnétiques se propagent dans l'éther, il sera préparé à admettre la même chose pour les forces moléculaires. Il se dira donc que ces forces peuvent être modifiées par une trans lation du système si l'éther n'y prend pas part. Cela pourra fort bien produire un raccourcissement d'une barre métallique et l'élasticité du ressort d'un balancier peut être changée de telle manière que la marche d'un chronomètre en est ralentie. »» Lorkntz, La Gravitation. (Scientia, 1er juillet 1914, t. XVI, p. 35.) J
»n« l'expérience humaine et la causalité physique
• ns un peu les tenues ; mais cette attitude du physicien a quelque chose qui fait penser à l'autoritarisme administratif. C'est ainsi que les bureaux inventent des procédures tout exprès pour interposer des fictions entre eux et la réalité. Par exemple, la loi exige-t-elle qu'une assemblée ait voté son budget le 31 décembre à minuit : si, quelques minutes avant minuit, le débat n'est pas terminé, on arrête l'horloge, pour l'empêcher de sonner minuit, et la face est sauvée. La contraction compensatrice que MM. Lorentz et Fitz-Gerald imaginent et calculent pour sauver l'infaillibilité des hypothèses antérieures, pour n'avoir pas à modifier leur façon générale de voir les choses, n'a peut-être pas plus de valeur qu'un expédient de jurisprudence.
184. — C'est ici que M. Einstein intervient, et son intervention paraît décisive, comme le fut celle de Copernic dans le système astronomique, de Kant dans la théorie de la connaissance, d'Abel dans l'étude des fonctions elliptiques. Au lieu de prolonger une représentation intuitive jusqu'au moment où sa complication lui enlève toute portée, même du point de vue intuitif, il opère une inversion dans ce qui servait de fondement à la représentation intuitive. Avant M. Einstein, et par un postulat inconscient, la physique posait a 'priori, et elle maintenait en toute occurrence, l'unité immuable des procédés humains de mesure, se réservant de prêter à la nature les mouvements nécessaires pour justifier l'absolu de cette mesure unique. Avec M. Einstein, la physique se retourne vers la manière dont nous prenons nos mesures, et se demande s'il n'y a pas à tenir compte des conditions dans lesquelles l'homme est placé, sinon de l'imperfection, du moins de la diversité des moyens que les circonstances lui imposent. Il arrive, par exemple, qu'on doive me restituer un lingot d'un poids déterminé, En le pesant de nouveau, je constate qu'il manque quelques grammes, ma première pensée sera sans doute qu'ils ont été volés ; ma seconde sera de m'assurer d'abord que, dans l'intervalle de deux pesées, ma balance est restée aussi juste.
En retournant ainsi le problème, on sera conduit à pousser le principe de la relativité plus loin que la science ne l'avait fait jusqu'ici.
Les vues théologiques de Newton ne jouent aucun rôle dans les conceptions de Laplace. Il n'en était que plus remarquable de retrouver aux dernières pages de YExposition du Système du Monde (V, v), une référence implicite au Dieu newtonien qui est en dehors de l'espace et du temps. Quoi de plus naïf
que le texte même où, prétendant illustrer la relativité par l'indiscernabilité des mondes semblables, Laplace introduit des observateurs pour qui l'univers serait un spectacle : « L'univers réduit ainsi successivement jusqu'au plus petit espace imaginable, offrirait toujours les mêmes apparences à ses observateurs »? Et l'on ne saurait, croyons-nous, trop méditer ce passage : il exprime à merveille quelle idée, dans les générations antérieures à M. Einstein, on se faisait de la relativité. D'un côté, il y avait l'univers, c'est-à-dire tout ce qui remplit la totalité de l'espace et se succède dans la totalité du temps ; d'autre part, des observateurs qui spéculaient sur les rapports constituant la législation de cet univers. Lorsque de tels observateurs décident de mesurer le temps, ils sont libres de choisir suivant leur commodité l'unité de temps, de la façon dont les peuples sont libres d'adopter une division conventionnelle de la journée soit en vingt heures soit en vingt-quatre heures. Leur choix était un choix intemporel analogue à celui par lequel Kant prétendait rendre compte de notre destinée morale ; en effet, il était l'œuvre d'êtres qui sont antérieurs à la naissance du temps, capables de le créer ainsi que fait, dans le Timée, le Démiurge du mythe platonicien.
De M. Einstein donc, on pourrait dire, et cette fois à la lettre, qu'il a fait descendre la philosophie du ciel sur la terre. Un Dieu pouvait choisir à son gré une planète pour horloge, étant lui-même indépendant de tout mouvement, mais l'homme ne peut pas faire qu'il ne soit pas' placé sur une horloge, attaché à cette horloge. Notre façon de mesurer ne peut aboutir à des mesures qui ne soient pas liées au mouvement de la terre, parce que nos instruments de mesure participent à ce mouvement. Nous ne sommes pas des observateurs transcendants par rapport à l'univers ; nous sommes des occupants de l'espace, vivant dans une actualité sans cesse entraînée et déplacée par le cours mobile du temps.
Que le sens commun prenne difficilement son parti de cette conception, c'est ce dont témoigne rétonnement provoqué par l'interprétation nouvelle de la relativité. Mais, on ne saurait trop le répéter, qui dit sens commun, ne dit pas bon sens, tout au contraire ; et il est possible que nous assistions ici à un épisode de la lutte séculaire qui est engagée entre le conformisme du sens commun et Y autonomie du bon sens, épisode comparable à celui dont l'existence des antipodes avait, au viir3 siècle, été l'occasion.