‹ L'expérience humaine et la causalité physiqueChapitre 197 sur 263 · Cf. Nature et Liberté, 1921, p. 99 et supra · texte numérisé non relu

Cf. Nature et Liberté, 1921, p. 99 et supra

iOù l'expébibnce humaine bt la causalité physique

Le vieillard qui monte péniblement au cinquième étage et sïrnc (oui essoufflé : Dr mon. temps, les escaliers étaient moins r aides, parte assurément le langage du sens commun ; car le propre du sens commun, c'est de se tourner, par une démarche spontanée., vers les choses, Il s'y installe, afin d'y « réaliser » les changements liés aux variations de ses états personnels. Au bon sens il appartiendra de rectifier les témérités naïves du sens commun. N'est-ce pas, en définitive, témoigner d'un môme bon sens, de se refuser à croire, ou que Les marches de l'escalier se sont haussées pour excuser la fatigue du vieillard, ou que les corps se sont contractés dans un certain sens pour expliquer le résultat négatif de l'expérience de M. Michelson ?

L'immense intérêt philosophique que présente l'œuvre de M. Einstein viendra de ce qu'elle nous a découvert la signification relativiste de la relativité, en opposition à l'absolu de la relativité qui avait été, dans les générations précédentes, dressé symétriquement à l'absolu newtonien.

La relativité absolue se manifeste comme relativité relatante, c'est-à-dire qu'elle détermine a priori et à volonté des cadres qui délimiteront le réel, quel qu'il soit. Si l'on rencontre une difficulté pour adapter les tableaux de la nature aux cadres de l'esprit, on n'a pas besoin de toucher aux cadres. Il suffira d'introduire des grandeurs auxiliaires, expression de phénomènes hypothétiques, auxquelles sera confiée la mission de corriger la résistance de la nature et de la remettre au pli du format officiel. Bref, pour la physique des principes, les faits sont des collaborateurs gênants. Tout l'art du savant consiste à les éliminer, afin de pouvoir se livrer en paix aux combinaisons analytiques, qui relèvent de conventions a priori, aussi détaché de ce qui se passe dans l'univers qu'un typographe à l'égard du contenu des ouvrages qu'il compose. La science, ainsi conçue, ne sera pas fausse ; mais bien pis que cela, elle se refusera toute chance de devenir vraie ; elle se développera d'autant plus librement qu'elle s'est installée dans un plan qui n'offre aucun risque de choc, aucun espoir non plus de contact, avec la réalité.

La relativité, suivant M. Einstein, c'est au contraire ce qu'on pourrait appeler la relativité relatée, c'est-à-dire que l'instrument de mesure n'est pas un absolu qui peut être déterminé en soi indépendamment de ce qui est à mesurer, et où l'on ferait rentrer à toute force et à tout prix le mesuré. Le cadre n'est pas préétabli par rapport au tableau. Et en ce sens Newton avait raison contre les Cartésiens lorsqu'il proclamait, sinon le primat du mesuré sur le mesurant, du moins

l'indépendance du mesuré par rapport au mesurant. La formemathématique est faite pour mettre en évidence le donné qui est irréductible à la forme, le physique spécifiquement déterminé en tant que tel 1. L'instrument trahirait en quelque sorte sa destination s'il imposait aux choses des caractères qui ne viendraient que de lui, s'il prétendait obtenir le réel en le déduisant de propriétés qui seraient a priori conférées à une entité abstraite : espace, temps ou mouvement. Seulement, entre Newton et M. Einstein, subsiste cette différence capitale que chez Newton la chose à mesurer possède un contenu absolu, d'ailleurs situé hors des prises directes de l'homme, mais qui demeure accessible à Dieu. Devant Dieu du moins l'univers newtonien serait objet d'intuition, il ferait tableau. Selon M. Einstein, on ne peut pas dire qu'il y ait un tableau, absolument parlant ; car le tableau n'est connu qu'en fonction du cadre, c'est-à-dire à travers les procédés de mesure. Et, ce qu'il est essentiel d'ajouter, ces procédés de mesure sont eux-mêmes liés aux choses qu'ils' servent à mesurer. L'intelligence de cette réciprocité rend impossible à séparer pour les considérer à part ce que les commodités du langage avaient d'abord fait désigner comme cadre et comme tableau. La science va, par une sorte d'oscillation perpétuelle et pour une adaptation toujours plus étroite, du mesuré au mesurant, du mesurant au mesuré.

185. — La première théorie de la relativité (qui a été appelée plus tard la théorie de la relativité au sens restreint) est caractérisée par deux propositions fondamentales, en connexion l'une avec l'autre, et dont la connexion manifestera cette réciprocité entre les conditions de la mesure et la réalité mesurée.

Du point de vue de la mesure, ce que signifie le résultat négatif auquel s'est heurté M. Michelson, c'est ceci : « Il est impossible, par quelque moyen physique que ce soit, de mettre en évidence un mouvement uniforme de translation auquel participent à la fois l'observateur et tout ce qu'il observe-. »

D'autre part, si l'on considère ce qui est mesuré, on exprimera le fait expérimental en disant que la vitesse de la lumière a toujours la même mesure, sans qu'il y ait à tenir compte de

1. M. Jean Becquerel a donné de cette idée, au premier abord déconcertante dans une théorie de la relativité, l'expression suivante : « Ce qu'il y a de plus remarquable dans l'hypothèse d'Kinstein, c'est qu'elle constitue un retour à l'espace et au temps absolu. » {Le principe de la relativité et la gravitation, 1922, p. 2X3.)

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