‹ L'expérience humaine et la causalité physiqueChapitre 198 sur 263 · Bosler, art. cité, p. 354, col. A · texte numérisé non relu

Bosler, art. cité, p. 354, col. A

l'état Hu repos ou de mouvement où se trouveraient divers groupes d'observateurs les uns par rapport aux autres : « Un premier groupe d'observateurs voit une onde lumineuse se propager dans une certaine direction avec la vitesse de trois cenï mille kilomètres par seconde et voit un autre groupe d'observateurs courir après cette onde avec une vitesse qui peul être quelconque ; et cependant, pour ce second groupe, l'onde lun line use se mouvra par rapport à lui avec la même vitesse de trois cent mille kilomètres par seconde... La vitesse de la lumière... est la seule vitesse qui se conserve quand on passe d'un système de référence à un autre et joue dans l'univers électromagnétique le rôle que joue la vitesse infinie dans l'univers mécanique1. »

Le rôle qui était attribué à la vitesse infinie dans l'univers mécanique, on n'a pas de peine à le comprendre, lorsqu'on réfléchit sur cette affirmation que deux événements, en des points différents de l'espace, se produisent en même temps ; la notion de simultanéité, prise sous son aspect immédiat et avec sa signification absolue, apparaît comme une donnée de sens commun. Seulement, l'affirmation de la simultanéité absolue implique une condition physique qui demeure sousentendue : le postulat inconscient de l'instantanéité du signal qui avertit au point A que l'événement se produisait au point B. Or, si l'on y réfléchit, cette instantanéité ne saurait être^ ni définie logiquement par la raison suffisante, ni constatée physiquement sous une forme positive. Elle est, dans son fond, une négation ; elle revient à nier qu'il faille un certain temps pour la propagation de l'action de signalement. Nous apercevons alors que la notion de temps absolu, ou plus exactement la notion de la mesure unique du temps, c'est-à-dire d'une simultanéité indépendante du système de référence, ne doitson apparence de simplicité et d'immédiate réalité qu'à un défaut d'analyse. L'univers mécanique, l'univers de la cinématique habituelle, est un univers abstrait, peut-être fictif ; car il suppose « la possibilité d'une signalisation instantanée à distance, sans que l'expérience vienne autoriser une telle hypothèse. Par opposition, la cinématique nouvelle prend directement appui sur les faits et' ne fait intervenir dans la définition du temps lui-même que des possibilités expérimentales immédiates, telles que la synchronisation à distance par l'intermédiaire de signaux réels - ».

1. Langevin-, T Évolution de l'Espace et du Temps, apud Atti del IV Congresso internazionale di Filosofia, Bologne, 1911, t. I, p. 203.

2. Langevin, Le Principe de la relativité'. Bulletin de la Société française des Electriciens, décembre 1919, p. 612. — « Admettre (écrit Langevin dans

A l'entendre ainsi, la théorie de la relativité ne présenterait, selon nous du moins, ni d'antinomie pour la raison, ni même de paradoxe pour le bon sens, Si quelques-uns de ses critiques et même de ses commentateurs y ont rencontré des insolubilia, nous serions disposés à croire, pour notre part, que cela tient surtout à des malentendus de langage. Par exemple, M. Einstein a posé comme un « principe » la constance de la vitesse de la lumière 1. Mais l'expression de principe ne saurait avoir, dans la conception relativiste, le sens que lui conféraient ou la physique des forces centrales, avec Laplace et Poisson, ou la « physique des principes » avec Mach et Poincaré ; car la physique de la relativité repousse également et l'absolu réel de l'ontologie newtonienne, et l'absolu formel du conventionalisme a priori. Ce que l'on désigne ici par principe, ce n'est autre chose que le fait expérimental, en tant qu'il est pris pour point de départ d'une interprétation théorique. Et certes il était difficile d'espérer que la doctrine de la relativité bénéficiât immédiatement de ce progrès de sagesse spéculative qui était pourtant sa raison d'être, et qui en sera forcément la conséquence, Le principe de la constance de la vitesse de la lumière a été entendu d'abord dans l'ancien sens du mot, comme si un fait expérimental pouvait être un absolu ; par une contradiction qui n'était pas dans les idées, mais qui était dans les mots, la vitesse finie de la lumière fut assimilée à un absolu véritable, témoin ce curieux incident de polémique qui éclaire, semble- t-il, d'un jour significatif la confusion initiale. Lorsque M. Einstein fut amené, par le développement de la théorie de la relativité, à rejeter la constance de la vitesse de la lumière, ce développement, qui rend la doctrine plus claire et plus solide, a commencé par être interprété, d'une façon littérale, tout au moins, comme un échec de la conception initiale, M. Max Abraham n'écrivait-il pas en 1914 : « L'hypothèse... — dépendance de la vitesse de la lumière à V égard du potentiel de gravitation — a été posée (1911)

cette même page) que la lumière se propage avec la même vitesse dans toutes les directions pour tous les systèmes de référence revient à dire que dans chacun de ces systèmes la correspondance des temps en des points différents, la synchronisation des horloges, est réalisée au moyen de signaux lumineux ou électromagnétiques (ondes do télégraphie sans fil) qui se propagent avec une vitesse finie, celle de la lumière. Le temps utilisé par chacun des groupes d'observateurs est ainsi le temps optique ou électromagnétique, et la vitesse de la lumière qui intervient dans la définition même du temps, joue par là même un rôle particulier qui explique son introduction dans les formules des transformations... permettant de passer d'un système de référence à un autre. »

1. Zur Elektrodynamik der bewegten Kùrper, 1905. apud das Relaticitàtsprinzip, 1913, p. 27.

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par A. Einstein, qui a ainsi mis la hache à Tune des racines de La théorie de la. relativité qu'il avait établie précédemment l, » ?

Une confusion du même ordre se retrouverait, semble- t-il, à l'origine de bien des controverses soulevées par les caractères attribués au temps dans la théorie de la relativité. Cette théoi ie renonce à parler d'un temps absolu, qui serait une réalité à mesurer, c'est-à-dire existant antérieurement à l'opération de mesure. Le temps naît du moment où il est mesuré, conformément à l'axiome énoncé par M. Einstein à propos de la mil ion de simultanéité. « Der Begriff existiert fur den Physiker erst dann, wenn die Môglichkeit gegeben ist, im konkreten Folle herauszufinden , ob der Begriff zutrifft oder nicht1 . » Or précisément il semble que presque toujours les adversaires, plus d'une fois aussi les partisans, de la relativité, ont méconnu la restriction posée par M. Einstein et qui donne son sens relativiste à la théorie. On dirait qu'ils n'ont pas tenu compte de l'idée exprimée par ces mots : pour le physicien, ou si l'on préfère et pour mieux mettre en relief la gravité fondamentale du malentendu, qu'ils ont lu inconsciemment : pour le métaphysicien, là où M. Einstein pense et écrit : pour le physicien.

VA, en effet, qu'arrive-t-il à la suite de cette inconsciente transposition ? La constance de la vitesse de la lumière implique une pluralité irréductible de mesures physiques du temps puisque les divers groupes d'observateurs, en déplacement les uns par rapport aux autres, sont, non plus des fabricants d'horloges, libres de se détacher de leurs instruments et les comparer, mais des habitants d'une horloge, prisonniers de leur instrument, liés à son état supposé de repos ou de mouvement. D'où l'on a conclu à la pluralité des temps, devenus les hypostases de leurs mesures, des temps, pris dans leur réalité ontologique, abstraction faite des conditions spéciales dont on est parti pour les mesurer. Et c'est ainsi qu'on est passé de considérations formelles sur les définitions de la simultanéité des événements ou de l'égalité des temps à des spéculations sur l'évolution des êtres réels et sur leur vieillissement. Or de telles spéculations ne sauraient dépouiller leur apparence de mythe imaginaire, tant du moins que l'on conservera sa valeur relativiste à la doctrine de la relativité.

1. La Nouvelle mécanique, Scientia, janvier 1914, Suppl. p. 24.

2. Ueber die Spezdelle und die Atlgemeine Relativitcïtstheorie, § 8, 10e édit. Braunschweig, 1920, p. 14.

En régime de relativité, il nous paraît aussi incorrect de dire qu'il y a plusieurs temps, que de dire après les découvertes des géométries euclidiennes qu'il y a plusieurs espaces. Depuis Lobatschewsky et Riemann, il y a divers métriques de l^space ; depuis M. Einstein il y a divers métriques du temps. Ce serait un aveu d'impuissance, un échec, pour l'intuition réaliste d'un Newton qui commence par poser l'unicité d'un temps coulant d'une façon uniforme ; mais du point de vue relativiste c'est la condamnation du postulat, qu'aussi bien Newton n'a pu soutenir qu'en faisant appel à l'image, peutêtre contradictoire, d'un être contemporain de tous les temps, d'un sur observateur capable de coordonner dans une représentation unique les systèmes différents que des groupes d'observateurs se font de l'univers suivant les circonstances différentes de leurs observations.

Cette séparation radicale entre la mesure expérimentale et l'intuition réaliste du temps, sur laquelle il convient d'insister, parce que c'est un préservatif précieux contre toute spéculation métaphysique qui prétendrait avoir pour objet le temps considéré comme réalité indépendante, se trouve consacrée par la communication décisive de Minkowski : Raum und Zeit 1. Selon cette conception, « sans laquelle, dit M. Einstein, la théorie de la relativité généralisée serait peut-être toujours restée dans les limbes 2, » l'espace et le temps ne sont plus isolés l'un de l'autre ; car isolés ils ne sont que des abstractions, des fantômes ; ils sont pris ensemble, comme constituants de l'univers, dans un continuum à quatre dimensions. « Le continuum espace-temps à quatre dimensions de la théorie de la relativité manifeste dans ses propriétés formelles pour la mesure, l'affinité la plus étroite avec le continuum à trois dimensions de l'espace géométrique Euclidien. Pour mettre cette parenté en évidence, on doit d'ailleurs remplacer la coordonnée habituelle du temps t par la grandeur imaginaire qui lui est proportionnelle v — 1 et. Et alors les lois naturelles qui satisfont aux conditions de la théorie (spéciale) de la Relativité prennent des formes mathématiques dans lesquelles la coordonnée temporelle joue exactement le même rôle que les trois coordonnées spatiales3. » L'espace et le temps seront des coordonnées, et rien que des coordonnées, c'est-à-dire des procédés destinés à faire ressortir Yinva-

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