EXAMEN DE LA DOCTRINE B IRANIEN NE
actuel de l'effort ; une zone d' « abstraction réflexive » ou d'analyse réflexive, qui permettrait de franchir les limites de •cette actualité, mais qui serait de nature proprement intellectuelle. « En s'attachant d'abord à la valeur étymologique des mots, d'après laquelle principe veut dire la même chose que commencement, un principe de la connaissance ne serait que telle connaissance déterminée, considérée au moment où elle commence. Le premier connu [prius tempore) serait le principe. Mais ce n'est pas ainsi que nous déterminons la valeur réelle de ce terme, pris dans le sens ordinaire et indépendamment de tout système. Ce n'est jamais au premier en temps que nous nous arrêtons et que nous sommes les maîtres de nous arrêter. Une loi de l'esprit nous impose la nécessité de remonter jusqu'à un premier générateur (prius natura) qui détermine le commencement de la suite, quoiqu'il soit luimême tout à fait indéterminé ; ou qui est la condition de cette suite commençante, quoiqu'il soit lui-même sans condition. C'est ce premier dans l'ordre de génération que nous appelons principe, et qui diffère, par le genre et la nature itoto génère et natura), de tout ce qui est compris dans la succession phénoménique à partir du commencement jusqu'à la fin l. » Et dans Y Anthropologie même, et à l'endroit où il vient d'exposer sa thèse d'une causalité donnée dans le sentiment immédiat : « On ne peut concevoir et exprimer un pur phénomène, séparé de l'être, ou de la chose dont il est la manifestation, un mode ou une qualité sans un sujet d'inhérence, un effet sensible sans quelque cause cachée, un mouvement quelconque, qui commence dans l'espace ou dans le temps, sans une force qui le fasse commencer. » (N., III, 411.)
19. — Ainsi, non seulement l'empirisme des sens et de l'imagination, mais l'empirisme de la conscience, serait insuffisant pour rendre compte de la naissance et de l'application du principe de la causalité. Malheureusement, chaque fois qu'il s'agit de définir ce qui s'ajoute à l'expérience pour garantir la réalité causale, pour donner le moyen de saisir ce principe tout au moins « comme loi subjective de l'esprit - », le même spectacle se manifeste : l'aspiration rationaliste de Biran ne réussit pas à prendre corps dans une conception de ta raison qui offre à son exposé une base ferme et précise. Au contraire, et dans l'écrit même auquel nous venons de référer et où il paraît le plus préoccupé de vaincre le scepti-
1. Rapport des Sciences Naturelles. F.dit. Bertrand, 161. î. Inédit public par M. Tisserand, apud Reçue de Me'taphuiique et Morale, mars 1916, p. 329.
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eisine de Hume et de « nous assurer qu'il existe des causes ou forces productrices Hors de nous, semblables à celle que hous employons à rhouvoir le corps et qui constitue notre ■min », Biran se fèrme à lui-même toutes les issues par les-' quelles il pourrait obtenir une vue sur l'activité réflexive de l'intelligence : « Dans l'application du principe de causalité..., l'effel ne peu! être dit identique à sa cause productive, puisqu'il en diffère essentiellement et qu'il est perçu en lui-même liai' une opération de l'esprit et, pour ainsi dire, par un sens différent de celui qui suggère l'idée de cause ; par cette même raison, l'effet ne peut être dit compris dans sa cause ou la cause renfermer son effet, comme un' sujet donné objectivement est dit renfermer toutes les propriétés qui en dérivent ou les attributs qui découlent de son essence, et ne sont que cette essence même développée et vue d'une certaine manière, par suite encore, il n'y a point de réciprocité entre la valeur de l'expression intellectuelle attachée à la cause et celle du signe de l'effet sensible, point de transformation possible de l'un dans l'autre, par conséquent point d'application de la méthode d'analyse, qui puisse faire remonter de l'effet à sa cause productive, ni de synthèse proprement dite qui conduise de la cause à l'effet par une composition d'idées, car pour que ces méthodes telles qu'elles ont lieu en mathématiques, par exemple, puissent avoir ici quelque application r il faudrait que l'idée du sujet et celle de l'attribut, et de la cause et de l'effet, se forment de la même manière par des éléments homogènes qu'étant implicitement identiques entre elles, il fût possible d'exprimer l'une par les éléments de l'autre... » (Ibid., p. 327.)
Nous voici donc au rouet : l'empirisme nous renvoie au rationalisme, et le rationalisme nous renvoie à l'empirisme. Tout en soupçonnant que le Leibniz des Nouveaux Essais et le Kant de la Critique de la Raison pure avaient renouvelé la conception de l'activité intellectuelle1, Biran s'en est tenu à
1. Rien, à cet égard, n'est émouvant comme la- page de l'Essai sur les Fondements de la Psrjcholof/ie (Edit. Naville, t. I, p. 306 et 307), où Maine de Bilan pressent dans la seule dissertation de 1770 la révolution de pensée d'où la critique kantienne devait sortir : « Conceptus intellectualis abstrahit ab omni sensitico, non abstrakitur a sensitivis, et forsitan rectius diceretur ABSTÊAHENS quam ABSTRACTUS. Ce point de vue rentre parfaitement dans ma manière de considérer les idées abstraites réflexives de substance, de cause, de force, telles que je les ai déduites par l'analyse du fait primitif de conscience, en développant le caractère di.stinctif si bien exprimé p;ir Kant. En remontant jusqu'à la source même de la distinction, on trouverait la confirmation du principe que j'ai cherché moi-même à établir, et comme le résumé de toute cette section, savoir, que le moi qui existe ou s'aperçoit intérieurement comme un, simple, identique, n'est point abstrait deb sensations comme ce qu'il y aurait de commun ou de général en elles,