L idéalisme contemporain, 2e édit. 1921, p
4. Voir Revue de 'Métaphysique et de Morale, 1900, p. 556, et Bibliothè-
MÉCANIQUE ET PHYSIQUE
rimentale est toujours soumise à la revision ; on doit toujours s'attendre à la voir remplacée par une autre loi plus précise. Personne cependant ne redoute sérieusement que celle dont nous parlons doive être jamais abandonnée ou amendée. Pourquoi ? Précisément parce qu'on ne pourra jamais la soumettre à une épreuve décisive... Je suppose que nous observions n molécules, et que nous constations que leurs 3 n coordonnées satisfont à un système de 3 n équations différentielles du quatrième ordre (et non du deuxième ordre, comme l'exigerait la loi d'inertie). Nous savons qu'en introduisant 3 n variables auxiliaires, un système de 3 n équations du quatrième ordre peut être ramené à un système de 6 n équations du deuxième ordre. Si alors nous supposons que ces 3 n variables auxiliaires représentent les coordonnées de n molécules invisibles, le résultat est de nouveau conforme à la loi d'inertie. En résumé, cette loi, vérifiée expérimentalement dans quelques cas particuliers, peut être étendue sans crainte aux cas les plus généraux, parce que nous savons que dans ces cas généraux, l'expérience ne peut plus ni la confirmer, ni la contredire l. » Cette conclusion appelle une réflexion, que nous empruntons au livre de M. Jacques Duclaux sur la Chimie de la matière vivante : « Suivant un mot profond et original de M. Schuster, une, théorie ne vaut rien quand on ne peut pas démontrer qu'elle est fausse 2. » Du moment que les principes de la mécanique ne sont plus menacés d'être contredits, ils doivent renoncer du coup à l'espoir d'être vrais, selon la signification ordinaire du mot ; ils subissent une sorte de dégradation, dont Poincaré, d'ailleurs, rend compte en ces termes : « Les principes de la mécanique se présentent à nous sous deux aspects différents. D'une part, ce sont des vérités fondées sur l'expérience et vérifiées d'une façon très approchée en ce qui concerne des systèmes presque isolés. D'autre part, ce sont des postulats applicables à l'ensemble de l'univers et regardés comme rigoureusement vrais. Si ces postulats possèdent une généralité et une certitude qui faisaient défaut aux vérités expérimentales d'où ils sont tirés, c'est qu'ils se réduisent en dernière analyse à une simple convention que nous avons le droit de faire, parce que nous sommes certains d'avance qu'aucune expérience ne viendra la contredire :5. »
que (lu Congrès de P/dlosophie, t. III, 1901, p. 457. (Nous citons d'après le recueil intitulé La Science et rflypot/icse.)