‹ L'expérience humaine et la causalité physiqueChapitre 258 sur 263 · Science et Libre Pensée, 1905, p · texte numérisé non relu

Science et Libre Pensée, 1905, p

HUMANISME ET SCIENCE

Mais il n'en est plus de même si la nature se révèle dans la science par un effort solidaire d'une raison et d'une expérience, toutes deux inséparables et toutes deux inépuisables. Alors industrie et science se continuent l'une l'autre, sans qu'il y ait à poser quelque part, à concevoir même, une ligne de démarcation entre le naturel et Y artificiel. L'élément simple obtenu par la décomposition de l'eau n'est pas moins artificiel, pas moins naturellement inexistant, que le produit complexe, inventé dans un laboratoire de parfums ou dans une usine de matières colorantes ; et celui-ci n'est

' pas, en un autre sens, moins naturel que celui-là.

En conciliant la rigueur du déterminisme scientifique et le succès de la pratique industrielle, l'humanisme réussit là où . le naturalisme ne pouvait pas ne pas échouer ; car pour l'humanisme il n'y a pas deux mondes et il n'y a pas deux destinées, le monde de la spéculation et le monde de l'action, la destinée de l'homme et la destinée de la nature.

•Pour le petit enfant, connaître, c'est manier, c'est effectuer des mouvements qui modifient le cours spontané de l'univers ; et ces mouvements eux-mêmes rentrent pourtant dans l'ensemble du système universel. Il n'en est pas autrement pour la science, dont on peut dire tout à la fois qu'elle a marqué d'un caractère plus humain notre connaissance des choses, d'un caractère plus objectif les procédés de notre connaissance. Le progrès du savoir entraîne un progrès de la nature, en tant que l'espèce humaine en a mis à profit, pour ses besoins et pour ses désirs, les diverses manifestations. Les puissances de l'univers, qui dormaient inutilisées, la souveraineté créatrice de l'esprit les a forcées à se révéler et les a domestiquées, en même temps que l'esprit prenait conscience de soi, dans la spécificité de son action qui est l'action rationnelle.

• 274. — Enfin à l'humanisme, tel que le relativisme critique permet de le définir et de le préciser, il appartient de dissiper un dernier préjugé, ou plus exactement de dénoncer un dernier anachronisme. Il est vrai que les initiateurs de la science moderne ont conçu qu'elle devait servir à établir un ordre humain qui, par l'accumulation incessante des découvertes, serait appelé à surpasser les ressources de la nature vivante, prodigieusement complexes et surprenantes, mais tout de même limitées par la monotonie de leur rythme, par leurs périodes de croissance et de dissolution, à surpasser même les manifestations mystérieuses que l'on rattache aux pratiques occultes : « Il y a une partie dans les

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Mathématiques, écrivait Descartes, que je nomme la science des miracles, pour ce qu'elle enseigne à se servir si à propos de Ta ir et de la lumière, qu'on peut faire voir par son moyen toutes les mêmes illusions, qu'on dit que les Magiciens font paraître par l'aide des Démons1. »

Cette conception d'un ordre humain qui serait comme surnaturel, le xvnr siècle l'a traduite dans une doctrine du progrès, tout abstrait et tout mécanique, qui a provoqué, d'une façon légitime, la réaction vitaliste et romantique. Mais il importe de comprendre que cette réaction est ellemême relative à l'interprétation que les philosophes de l'Encyclopédie tendaient à donner du savoir scientifique et dont on retrouve encore l'écho dans le positivisme de Comte : la science consisterait dans un enregistrement de résultats purement objectifs qui s'imposeraient par eux-mêmes, éliminant toute spéculation sur la constitution intrinsèque du savoir, toute réflexion sur la fonction de connaissance. Or, l'effort de notre livre a été de recueillir sur ce point capital l'enseignement que comporte l'évolution de la physique depuis un siècle. L'intelligence du savoir nous a paru liée à la formation d'une conscience intellectuelle. Et ainsi l'idée de progrès perd l'apparence qu'elle avait revêtue d'une addition passive et matérielle ; la vie scientifique est l'une des bases de la vie proprement humaine, c'est-à-dire de la vie spirituelle en tant qu'elle s'élève au-dessus de l'inconscience instinctive où l'ordre biologique est naturellement enfermé. La conscience intellectuelle devient capable d'appuyer et d'éclairer le progrès d'une conscience morale et d'une conscience religieuse, se libérant des préjugés égoïstes et des traditions littérales. Par là peut-être, ce que le philosophe retire de l'application à la science de la nature, le conduira vers une lumière qui vaudra encore mieux que la science. « Souvent, disaient les Stoïciens, un homme qui a été recommandé à un autre, en arrive à faire plus de cas de celui-ci que de l'auteur même de la recommandation ; de même il n'y a pas lieu de s'étonner si, recommandés d'abord à la sagesse par une impulsion initiale de la nature, nous finissons par , chérir cette sagesse plus que la nature même qui nous avait portés vers la sagesse. » (Cicéron, De Finibus, III, 7.)

J. Lettre de Septembre 1629, Édition Adam-Tannery, t. I, p. 21.

INDEX DES 'AUTEURS CITÉS

(Les chiffres renvoient aux numéros des payes).

Abraham (Max), 395, 409-410.

Adam, 183, 186, 197.

Alembert (r), 250, 255-258, 457,

Ambroise, 176.

Ampère, 325-327.

Anaxagore, 118, 482.

Andler, 89, 290.

Antisthène, 160.

Arago, 345.

Archimède, 475.

Aristote, 7, 115-157, 301, 303- 304, 307, 339, 392, 467-468, 575-

Arius Didymus, 162.

Arrhénius, 372-373.

Aulu-Gelle, 176.

Avogadro, 380.

Bacon (F.), 22, 197-201, 442, 587-

Barrow; 231.

Basile, 176.

Bauer, 387, 396.

Becquerel (Henri), 377.

Becquerel (Jean), 407.

Bergson, 48, 315, 357-358, 464,

Berkeley, 302, 461-462, 465.

Bernoulli (Daniel), 253, 371,

Berthelot (Marcelin), 613.

Berthelot (René), 371, 552. BerthollEt, 325.

Bertrand (Joseph), 341, 419.

Bicjourdan, 82, 417.

Biot, 36, 445.

Blainville (de), 314-315.

Blanchet (Léon), 177, 207.

Bloch (Eugène), 364.

Bloch (Léon), 229.

Blondlot, 426.

Boirac, 527.

Boltzmann, 363.

Bonald (de), 107-108.

Borel (Emile), 91, 418, 519.

Boscovich, 259.

Bosler, 403, 407.

Bossuet, 104, 111.

Bouasse, 227, 543.

Bouché-Leclercq, 163.

Bourdin (Le P.), 178.

Boutroux (Emile), 219, 299,

Boutroux (Pierre), 149, 175,

Bréhier (Emile), 162, 478.

Brière (G.), 189.

Brochard, 5, 161, 163, 199.

Broad, 401.

Broglie (M. de), 387.

Brunetière, 451.

Brunhes (Bernard), 355, 362,

Buffon, 290.

Burdin, 322.

Campbell (Norman), 590.

Cantor (Georg), 476, 541.

Cantor (M.), 368.

Carnot (Hippolyte), 348.

Carnot (Lazare), 259-260, 458-

INDEX DES AUTEURS CITÉS

Caunot (Sadi), 348, 356-358.

Cassirer, 254.

Cavèndish, 325.

Christoffel, 414.

CllUYSIPPE, lfio.

ClCÉRON, 614.

Clair au x, 251:

Clarke, 217-248.

Clausius, 356.

c.lifford, 485.

Colding, 347, 354.

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