‹ L'expérience humaine et la causalité physiqueChapitre 41 sur 263 · Discours, § 162. Trad. Fr., (par B ) 1831, p · texte numérisé non relu

Discours, § 162. Trad. Fr., (par B ) 1831, p

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pénibles recherches, et l'on peut dire qu'elle est tout à fait inconnue ; celle du deuxième forme aujourd'hui une branche de physique très importante. Dans un cas semblable, quand nous sommes parvenus à un dernier, fait, nous regardons un phénomène comme pleinement expliqué. Ainsi, une branche nous paraît à son terme au point où elle se marie au tronc, et un bourgeon à celui où il se confond avec la branche ; ainsi, un ruisseau conserve son nom et son importance jusqu'à ce qu'il se perde dans quelque affluent plus considérable, ou qu'il se jette dans la rivière qui le verse dans l'Océan. » (Ibid., § 168, p. 161.)

La pensée de Sir John Herschel est, ici, tout autre que celle de Mill. Suivant Mill, la recherche de la causalité atteint son but quand elle a fait apparaître ce que Herschel appelle la « circonstance concomitante invariable » de la rosée : « Toutes les fois qu'un objet se couvre de rosée, il est plus froid que l'air. » Suivant Herschel, la découverte de la causalité suppose, en outre, que le mode d'action est compris, et en particulier qu'une voie de passage est tracée entre le phénomène cause et le phénomène effet. En l'espèce, la connaissance du fait qu'il y a entre l'atmosphère une quantité de vapeur d'eau susceptible, dans un milieu refroidi, de se convertir en gouttelettes liquides est une condition nécessaire au succès de l'explication causale ; car elle permet d'établir entre l'ensemble des phénomènes avant, et l'ensemble des phénomènes après, le dépôt de la rosée, cette continuité que Herschel compare à l'unité d'une branche ou d'un ruisseau.

Mill a donc transposé dans le sens de l'empirisme l'analyse qu'il empruntait à Herschel. N'en a-t-il pas par là même méconnu la signification? De deux choses l'une, en effet : ou c'est Mill qui a raison, ou c'est Herschel. Si Mill a raison, la causation ne suppose rien de plus que l'invariabilité de la circonstance concomitante ; mais aussi de ce point de vue l'exemple de la rosée cesse d'être topique. Ainsi, et comme le propose Renouvier, « imaginons que la terre ait plusieurs satellites, comme d'autres planètes en ont, et tellement disposées qu'il ne puisse y avoir de nuit sereine sans clair de lune. L'action de la lune sur les gelées de printemps, et sur les rosées en tout temps, se prouverait alors par la méthode de différence, quoiqu'il ne dût pas dépendre- d'une pareille méthode de mettre cette hypothèse en défaut. On aurait constamment les A, B, G, a, b, c, et les B, G, b, c. A clair de lune, a gelée blanche (ou rosée), B, C, b, c, les autres circonstances supposées possibles, comme la saison, le vent, etc. Otez le clair de lune, il ne gèle plus dans de telles circonstances ;

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rendez le clair de lune, il gèle, et pourtant la lumière lunaire* ne serait pour cria ni effet, ni cause, ni partie indispensable de la cause, comme le dit le canon. Ce serait simplement une' circonstance constamment concomitante d'une condition nécessaire, la sérénité de l'atmosphère, condition elle-même' insuffisante, les causes réelles et dérobées à l'observation vulgaire étant le refroidissement par rayonnement et la présence de la vapeur d'eau dans l'air. Il est clair que, ces derniers ne se montrant pas, la méthode de différence doit s'accrocher où. elle peut, et rien ne l'empêche d'opérer et de conclure1 ».

Ou c'est Herschel qui a raison. Mais alors la théorie de la rosée fournit tout autre chose qu'une .uniformité invariable de succession. Elle détermine la causalité réelle en découvrant le mode d'action grâce auquel l'intelligence passe des phénomènes déterminants aux phénomènes déterminés. De ce point de vue, la concordance de succession entre le refroidissement par rayonnement et la gelée ne sera nullement comparable à la concordance de succession entre la présence de la lune et la rosée. Les deux cas correspondraient bien plutôt à deux conceptions opposées de la causalité scientifique. Dans le dernier cas, l'homme est en présence de phénomènes entre lesquels il note des coïncidences de simultanéité et de succession, sans être capable de décider qu'ils sont liés entre eux, qu'ils appartiennent, à une même « branche » ou à un même « cours d'eau », bref qu'ils rentrent dans une même série naturelle. Par suite, les croyances aux influences de la lune, dans tous les domaines où l'observation des siècles antérieurs a cru les saisir, si elles sont plus ou moins bien justifiées quant au détail, n'en seraient pas moins toutes également bien fondées en principe. Dans le premier cas, au contraire et suivant l'expression de Herschel, « nous avons le droit de dire que nous voyons les faits avec les yeux de la raison - ». L'esprit ne s'est pas contenté de considérer qu'à un moment donné il y a de la vapeur d'eau dans un milieu rafraîchi et qu'il y a, au moment suivant, des gouttelettes de rosée. Il sait autre chose encore ; il a compris que c'est la vapeur d'eau qui est devenue goutte de rosée, il a fait rentrer phénomènes antécédents et phénomènes conséquents dans l'unité d'une même série, h l'intérieur de laquelle l'investigation scientifique du changement peut se donner carrière.

1. Traité de Logique Générale et de Logique Formelle, édit. 1912, t. II,. p. 22.

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