‹ L'expérience humaine et la causalité physiqueChapitre 45 sur 263 · A. Secciii, Les Étoiles, t. I, 1880, p. 23, n · texte numérisé non relu

A. Secciii, Les Étoiles, t. I, 1880, p. 23, n

3. Lettre IV, à Qldenèurfj. Édit. Van Vlotén et Land (in-8°), t. Il, 1883, p. 11.

l'eXPÉRII NGE iu.maim: BT LA CAUSALITÉ PHYSIQUE

matière la substance) m* périt pas, et .que sa forme seule subit un changement '. »

Rien è coup sûr ne pourra, mieux souligner la distance qu'il \ a entre La réalité de l'expérience scientifique 1 et la métaphysique a priori de l'empirisme que ce contraste, vérilablemenl « crucial » entre John Stuart Mill et Emmanuel Kant. En i 7 s l Kaut a compris, en 1843 Mill n'a pas encore aperçu, ce pnai devait assurer à La chimie de Lavoisier la valeur d'une science positive. De fait, si la causalité, dans la la nature physique, était simplement ce qu'elle est dans le Système de Logique, la théorie du phlogistique serait irrépn chai de ; et de ce point de vue Ostwald a pu formuler dans un de ses livres : der W erdegang einer Wissenschaft, un jugement souvent rappelé : « La théorie du phlogistique a pour la première fois éclairci la relation réciproque des m dons si importantes d'oxydation et de réduction ; par elle, la science les a'acquises d'une façon durable. Que les vues sur la matière, qui étaient encore toilt à fait vagues, fussent bienlot orientées en sens inverse, c'était relativement moins important 2. » Dans la réalité de l'histoire, Vin ver s ion, comme il est arrivé pour l'astronomie moderne avec Copernic, comme il devait arriver avec Abel pour la théorie des fonctions elliptiques, a été l'événement décisif, l'acte constitutif. Avec elle a pris fin l'empirisme baconien, qui était lui-même un reflet et un prolongement de l'empirisme médiéval. C'est que Lavoisier assure le triomphe d'une méthode nouvelle, qui seule était capable de donner à la chimie droit de cité dans la science. Tandis que les phlogisticiens, faisant fond sur une intuition réaliste et qualitative de la matière, affirmaient encore, en 1777, la matérialité du phlogistique \ dès 1774, dans un rapport à V Académie des sciences, les commissuites, qui étaient Trudaine, Macquer, Leroy et Cadet, disaient : « M. Lavoisier a soumis tous les résultats à la mesure, en calcul,. à la balance, méthode rigoureuse qui heureusement pour l'avancement de la chimie, commence à devenir indispensable dans la pratique de cette science'1. »

Ge qui met donc entre la science de Lavoisier, et la tech-

1. Critique de la raison pure. Première Analogie de l'Expérience, Trad. Barni, t. I, 18:">9, p. <ilf>. Le philosuphe ëst'le cynique Demonax. CL'Mkvekx.\, Identité et Méaiiïé, 2e edit. 1^1^, p. Itio. "

t. I / / .colntion d'une Science : la chimie, trad. Du four, 1905, p. 19.

3. Daîis l' Arant-Projtos au Traité chimique de l'Air et du Feu, de S< h ki". le, le chimiste suédois Bergmann écrivait : « Le phlogistique paraît être une matière réellement élémentaire, qui pénètre la plupart des substances et qui s'y maintient avec opiniâtreté. » i Trad. de Dietrich, Paris, 1781, p. xlii.)

4. Apud Opuscule* physiques cl <himiqves de Lacoisier, 1. 1, 1774, p. 308. Cf. MEYERSfON, Identité et Réfilitéi 'l" édition, p. 184.

RAISONS DE l'ÉCHRC DE MILL

nique de ses prédécesseurs, si ingénieuse, si subtile, si riche qu'elle soit, une distance infinie, c'est que celle-là possède un principe de relation quantitative, permettant la discrimination entre la vérité, d'une part, et d'autre part, son inverse. Elle satisfait par suite aux conditions que Kant avait indiquées, en 1781, comme nécessaires à la constitution d'un univers scientifique, offrant dans l'expérience un déterminisme rigoureux des phénomènes. La Première analogie de V expérience trouve son expression adéquate dans les formules célèbres : « Rien ne se crée, ni dans les opérations de l'art, ni dans celles de la nature, et l'on peut poser en principe que dans toute opération, il y a une égale quantité de matière avant et après l'opération ; que la qualité et la quantité de principes est la même, et qu'il n'y a que des changements, des modifications. C'est sur ce principe qu'est fondé tout l'art de faire des expériences en Chimie : on est obligé de supposer dans toutes une véritable égalité ou équation entre les principes des corps qu'on examine et ceux qu'on en retire par l'analyse 1. » Tel est le langage tenu par Lavoisier en 1789. Et Kant, aux yeux de qui déjà la chimie de Stahl, même restreinte aux limites modestes d'une technique expérimentale, n'en dépassait pas moins déjà les ressources fournies par la logique de l'empirisme 2, écrira en 1796, dans la préface de sa Rechtslehre : « Si l'on veut procéder en philosophie par principes, il n'y a qu'un seul vrai système possible, si diverses et si contraires qu'aient été souvent les opinions des philosophes sur une seule et même question. C'est ainsi que le chimiste a raison de dire, qu'il n'y a qu'une chimie (celle de Lavoisier) 3. »

1. Traité Elémentaire de Chimie, t. I, 1789, ch. XIII, p. MO.

2. Seconde Préface à lu Critique de la Raison pure (1787;. « Lorsque Galilée fît rouler su un plan incliné des boules dont il avait lui-même déterminé la pesanteur, ou que Torricelli fît porter à l'air un poids qu'il savait être égal à une colonne d'eau à lui connue, ou que, plus tard, Stahl transforma des métaux en chaux et la chaux à son tour en métal, en y retranchant oh en ajoutant certains éléments, alors une nouvelle lumière vint éclairer tous les physiciens. Ils comprirent que la raison n'aperçoit que ce qu'elle produit elle-même d'après ses propres plans, qu'elle doit prendre les devants avec les principes qui déterminent ses jugements suivant des lois constantes, et forcer la nature à répondre à ses Questions, au lieu de se laisser conduire par elle comme àla lisière. » Tract. Barni, T. I, 1869, p. 2.

'A. Éléments métaphysiques de lo Doctrine du Droit, trad. Barni, 1853, p. 7. Cf. Cournot, Matérialisme, Vitalisme, Rationalisme, Etude stir l'emploi des données de la science en philosophie, 1*7."», p. 297. - La physique a été renouvelée, ou plutôt la science de la physique a pris naissance le jour où Galilée a imaginé de prendre pour sujet de l'expérimentation physique des grandeurs directement mesurables; et un siècle et demi plus tard, la chimie a changé de face le jour où Lavoisier y a fait prévaloir le continuel emploi de la balance, c'est-à-dite de la mesure. »

deuxième: partie

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