‹ L'expérience humaine et la causalité physiqueChapitre 70 sur 263 · Il Analyt., II, 13, 100 a · texte numérisé non relu

Il Analyt., II, 13, 100 a

3. Met. Z, 1, 1031 b 20 : tô sTuaTacÔou sxacrxov toOtô tô ti rjv stvoii srcî<TTa<rOai.

4. II Analyt., I, 31, 88 a 5 : tô 8s -xaOoXou Ti(xtov oxt crfkoi tô gutiov.

1 i2 L'EXPÉRIENCE humaine et la causalité physique

placer en face de la réalité spirituelle et de satisfaire aux exigences de la logique véritable.

A quoi il convient d'ajouter que, du point de vue qui est celui d'Aristote, le départ à faire entre les constituants statiques de l'individu importe moins que la discrimination de leurs places respectives dans le processus du devenir. Matière et forme apparaissent alors comme les termes entre lesquels se produit ce qu'Aristote appelle tantôt ybeaiï, tantôt j^vvjffiç, et qui se traduirait plutôt par changement que par mouvement. Le changement, c'est génération et corruption, c'est augmentation ou diminution, c'est altération (iXàoWeç) ; le mouvement local n'est qu'un cas particulier du changement, et qui ne peut être étudié, selon Aristote, qu'une fois déterminées les conditions dont dépend l'intelligence du changement en général. Or, ce qui caractérise un changement, c,'est qu'il comporte, au point d'arrivée, une détermination qui manquait au point de départ ; de sorte qu'on pourra dire qu'ici existe la forme et là était la matière. Matière et forme se préciseront donc en fonction l'une de l'autre. Ce n'est pas n'importe quelle matière qui devient n'importe quelle forme ; ce n'est pas n'importe quel sujet qui devient bien portant ou malade, savant ou ignorant, blanc ou noir, chaud ou froid 1.

La régularité dont témoigne le processus du changement conduit ainsi à concevoir, d'une part, la matière comme un genre, auquel la forme ajoute une détermination spécifique, et, d'autre part, les déterminations spécifiques comme constituant des couples de contraires, qui appartiennent au même genre et sont l'objet d'une même science2. L'alternative entre ces deux contraires marque les limites de la prévision intellectuelle. Des deux déterminations antagonistes qui pouvaient se produire, l'une a lieu effectivement, et c'est la forme prise sous son aspect positif. Or, cet aspect positif s'accompagne d'une détermination négative, correspondant à l'éventualité contraire et qui, en un certain sens, est encore une forme 3. Par exemple, le froid est la privation du chaud. Ce qui devient froid est ce qui pouvait devenir chaud4. Et cette double détermination de la forme, affirmative et négative,

1. Cf. Met., A, 1, 1069 b 28 : Et oi\ xc zaxi ouvdifxst, ocX).' o{At>jç où tou

fÛYÔVTOS, àXV ETÉppV £; ÉxépOU.

2. De Gen. ei Corr., J, 7, 321 b 6 : xtjv (jlsv yàp ûXrjv Xe^oftev ojioccoç eIîceÏv T7jv xCittjv eivoci Tcôv àvTiy.£t(i.évwiV Ô7coxspouo*jv, (oc77T£p yévoç ov; et de Gen., I, lH, 721 b 9 : ai Ysvé<?ît; ~rL ôXfj ex xûv èvavxiiov.

'■>. axio7\Gic, xvt;t©afftç, Met., I, 4, 1055 b 7; rt axior\<3i.ç, slSo's tzwç euxiv, Physs., II, 1, 193 b 19;

4. Met., Q, 9, 1051 a 5 : o<ra yàp xaxà xô ôjvacrQac /éysxac, xaùxdv sort Suvaxôv xivavxîa. Phys., IV. 9, 217 a 22 : èVciv u)a] [xia xu>v svavxûov, ôspfiou vaî 'Vv/z/j, "/al t&v SVàiov Evâvxftocreoov' xal èx ôuvàjxEi ôvxoç èvspysc'a ov ytVExat.

ESTHÉTIQUE ET BIOLOGIE

apporte une limitation capitale à l'indétermination de la matière. Avant de recevoir l'une ou l'autre des formes contraires, le sujet se définit par cette capacité de réception, virtualité ou potentialité, qui est la puissance, Suvajj-i:1. La matière joue donc le rôle de puissance, est assimilée à la puissance 2 ; et, en tant qu'elle est puissante, elle est relative à l'actualité de la forme ou énergie, twv zpo; v. ^ uXr) ■ aXXw yào

Sur cette relativité de la matière va se fonder une hiérarchie dans l'ordre des matières et des formes, des puissances et des énergies. Le marbre ou l'airain, qui est forme déterminée par rapport à l'indétermination amorphe de la TrptoTT) uA/j 4 est, à son tour, matière par rapport à la forme que le sculpteur aura donnée au marbre ou à l'airain. De même dans l'ordre de la vie, tout organe est matière par rapport à la fonction qui est acte ou énergie: ô 8 'ôçôaXuiçSXr) ?tyscoçs. D'une façon générale, l'âme est la forme du corps, comme la vision est la forme de l'œil. Proposition qui se précisera encore : Yâme nutritive, qui, sous son premier aspect, est la forme clu corps, sera matière par rapport à Yâme sensitive qui, à son tour, apparaît comme la matière de Yâme noétique.

70. — Par cette hiérarchie s'achève le tableau du monde aristotélicien, prêt en quelque sorte à se mettre en branle sous l'action des causes capables de lui communiquer l'impulsion. Les causes qui devront s'ajouter à la matière et à la forme pour rendre compte clu processus par lequel celle-ci devient celle-là, sont Y efficiente et la finale. La nécessité de les faire intervenir à titre de causes distinctes résulte de la manière même dont Aristote a engagé le problème. Le marbre ne devient pas de lui-même Hermès ou Eros ; il faut que sur la puissance, qui n'est évidemment ici que possibilité indéfinie, s'exerce une action externe, venue d'un être différent qui possède le pouvoir de la causalité. Ce qui donne naissance à la statue, ce sont les coups de ciseau du sculpteur par lesquels

1. Met., f), S, 1050 b 8 : —àaa ôyvoîrçuç à[ia àvxt^âaïto; saxtv. Cf. Rhet. II, 19, 1932 a 11 : y) vàp aùx7] ôûvajxcç x<ov svavxt'ojv, ivavxta.

2. De An., II, 2, 412 a 9 : % piàv yXr] ôûvafxt,-, xo B ' sï8oç bxsAÉxsia. Cf. Met., H, 2, 1043 a 25 : urcoxeifievov a>ç r\ ôâXaxxa, rj ô'ïvéoyeiu xoù r, \iopcpri r\ ôfxaXôxr].; 0, 8, 1050 b 2 : çavspôv oxt. rt ouata xat t6 eÏSoç svloyeta iaxtv. Zellek, Philosophie der Griechen. t III, 36 édit., p. 318, note 4. Sur la différence de sens entre rèvxE/r/sta et l'èvipysta. Cf. Rodier, Commentaire au rcepï tyvyr;;, II, 268.

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