De An, II, 1, 412 b
est mise en évidence la cause immédiate du changement : cause mut ruv, un cause efficiente, ou cause poétique r.
Cette cause est pour les yeux la cause par excellence. Mais elle ne saurait suffire pour V esprit ; car elle est hors d'état d'expliquer ce qui est l'essentiel du problème : comment ces coups de ciseau se sont trouvés conduire à une forme définie, celle de l'Eros ou de l'Hermès. La forme qui apparaît à l'achèvement de l'œuvre a dû être conçue avant la série d'efforts qui lui doivent leur succession et leur signification2. Ce qui est la fin du processus, en dépit, ou plutôt en raison, de ce qu'elle en est la fin, devra être considéré comme en étant aussi la cause. Et par là le système des causes requiert pour s'achever la cause finale, qui est à la fois terme et principe. Elle est le terme aux yeux du spectateur qui doit attendre le dernier coup de ciseau avant d'apercevoir complètement réalisée l'idée de l'artiste ; elle est le principe dans l'esprit de l'artiste lui-même chez qui la conception de l'ensemble, l'anticipation de la forme, a déterminé la suite des mouvements à exécuter sur la matière.
Cette distinction entre les deux ordres inverses, ordre extérieur de la connaissance et ordre intime de la production réelle 3, qui se présente si aisément à la pensée dans le domaine de l'art, Aristote s'en autorise pour étendre au domaine de la nature vivante la même interprétation rationnelle de l'expérience. Ici, sans doute, les causes qui rendent compte du changement se dérobent à l'observation immédiate. L'enfant devient homme par un processus de maturation qui ne manifeste aucune intervention extérieure, qui apparaît comme purement spontané : 'h f*sv ouv ziyyv\ ap-/y] £v aÀÀtj), tj 81 <pu<nç àp/,7) Iv txuxû4. Mais le matérialisme, suivant lequel la puissance serait d'elle-même, et en tant que puissance, capable de passer à l'acte, contredit aux conditions de toute explication rationnelle, puisqu'il prétend rendre compte de ce qui est déterminé, en s'appuyant sur le seul indéterminé. La croissance de l'enfant vers l'humanité n'est pas intelligible par son point de départ apparent ; car à l'enfant, pris en soi, il
L Met., Z, 6, 1045 b 21 : aruov o-jÔèv a>>>.o ttat] si 11 coç >uvï)<jav èx ôuvâ{xsco; elç èvspy&iav.
2>. Met., Z, 7, 1032 b 15 : twv Ôè ysysascov xal y.iviqaf.ojv ^ jjlsv vôtj<jiç xaXeïxat, rt 8è -oi^at;, r\ ftsv xko xftq oep/^ç y. ai tou e'tôoOç votqg-iç, o'oltzo tou TîXeuTaîou t^ç voirçcrsco; Troivjcrt?.
3. Phys., VIJI, 7, 261 a 13 : 9aîvsTai tô yivo'jxsvov octeXèç xaî ap/jp iov ûffTS tô xf\ ysvéffet verspov ttj cpùasi ^pôxspov eivac. — De Part, anim., I, 1, G46 a 35 : to> {aèv ouv xpova) WpoTépav T-rçv uAtjv àvayxaîov eivai xal t^v 7svs<7iv, tw Xoyw os T7jv oùo-îav xal tvjv, exaciTou p-opcpTiv. Cf. Phys., I, 1, 184 a 1G; et Met., A, 3, 1077 a 26.